Rennes 1-4 Nice : l’analyse tactique

A l’occasion du match de clôture de la 10e journée de Ligue 1, l’OGC Nice a poursuivi sa belle série en ramenant un large succès du Roazhon Park de Rennes. A l’instar Bordeaux ou Saint-Etienne, les Bretons ont été dépassés par le fond de jeu et la réussite niçoise. Critiqué après la rencontre, leur système en 3-4-3 et leur supériorité physique avaent pourtant posé des problèmes aux Aiglons, qui ont eu besoin d’un gros quart d’heure pour véritablement entrer dans leur match.

Le 3-4-3 pour répondre au milieu en losange :

Depuis le début de la saison, l’OGC Nice est sur une moyenne de plus de 300 passes par match au milieu de terrain (lire : Nice : les clés de l’animation offensive). L’équipe base sa possession sur ses trois milieux (Seri, Koziello, Mendy), qui profitent de la proximité et de la mobilité de leurs attaquants pour redoubler les passes et faire courir le ballon. Cette densité entre les deux lignes, concentrées dans l’axe, a pour conséquence de resserrer le bloc adverse, créant des espaces dans les couloirs pour les latéraux. En plus d’être des solutions offensives, ces derniers sont aussi des appuis excentrés utiles pour sortir d’un possible pressing dans l’axe.

Nice vs Rennes - Football tactics and formations

Avec son 3-4-3, le Stade Rennais était justement armé pour répondre aux redoublements de passes niçois. Avec 8 joueurs dans l’axe, les Bretons avaient déjà du répondant sur le pur plan numérique face au 4-3-3 (ou 4-4-2 en losange) niçois. La densité proposée sur chaque ligne (3 défenseurs, 3 milieux, 2 attaquants), en plus de leur supériorité athlétique, leur a permis de réagir aux redoublements niçois en sortant au pressing sur les remises (passes en retrait, ex : transmission de Germain vers Koziello). En début de partie, les trois lignes étaient bien coordonnées et ont ainsi provoqué plusieurs pertes de balle dangereuses pour la défense azuréenne.

L’OGCN était aussi privé de ses appuis sur les côtés : Mendy, Séri et Koziello n’avaient en effet pas la possibilité d’écarter le jeu pour se donner le temps de sortir du pressing adverse. Ricardo Pereira et Pied étaient eux aussi sous la pression de Moreira et Baal, libérés par le 3-4-3 et capables d’aller chercher plus haut leurs adversaires directs. Preuve des problèmes posés par le système rennais, les Niçois n’ont pas eu l’avantage de la possession de balle durant le premier quart d’heure (48% contre 56% de moyenne depuis le début de saison)…

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Rennes en position dans son camp : Séri n’a pas de solution pour progresser. La présence de Moreira dans le couloir bloque le jeu vers Ricardo.

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Le un-contre-un dans le couloir prive Nice d’une solution pour se sortir de la pression dans l’axe.

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Le milieu niçois joue en retrait sur Le Marchand. Le bloc rennais réagit : Sio sort sur le porteur, Henrique suit Mendy dans le rond central.

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La « sentinelle » niçoise se retrouve sous la pression des deux attaquants.

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Mendy perd le ballon et les Rennais partent en contre. Une situation mal gérée par les attaquants bretons, qui avait là l’occasion d’ouvrir le score.

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Nouvelle situation, quelques minutes après l’ouverture du score. Le Marchand trouve Wallyson qui ne peut pas se retourner et remet donc sur Seri.

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Seri se retrouve sous la pression de Doucouré.

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Seri perd le ballon et Rennes a une nouvelle situation intéressante à jouer… Heureusement pour Nice, Wallyson y met fin en faisant une faute.

La réplique niçoise : 

Loin d’être un problème tactique sur ce début de match, c’est bien le manque de qualité des Rennais dans les transitions offensives qui leur a coûté cher. L’occasion de la 7e minute (ci-dessus) aurait normalement dû déboucher sur une très grosse occasion, si ce n’est pas un but, à la manière de celui inscrit face à l’Olympique Lyonnais en début de saison (Pedro Henrique, suite à une récupération haute dans les pieds de Yanga-Mbiwa – lire Lyon 1-2 Rennes, le plan de jeu gagnant de Montanier).

Le but de Bodmer, inscrit contre le cours du jeu (14e), a aussi permis à Nice de « se mettre » dans la rencontre et de trouver petit à petit des solutions pour se défaire de la pression rennaise. Les Azuréens se sont d’abord montrés beaucoup plus réactifs à la perte du ballon. A l’instar de la faute « tactique » de Wallyson sur la capture précédente, les joueurs de Claude Puel ont su répondre rapidement aux ballons qu’ils perdaient dans l’entrejeu en allant « gnaquer » les récupérateurs rennais.

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Pris entre Sio et Doucouré, Mendy est sur le point de perdre le ballon. Pied et Koziello sont déjà en mouvement pour gêner la transition adverse.

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Les deux milieux niçois contrôlent le porteur tandis que Bodmer et Mendy sont à proximité des attaquants adverses.

Les Aiglons ont aussi redoublé d’efforts pour rester dans le camp rennais. Puisqu’ils étaient mis en difficulté lorsqu’ils redoublaient les passes au milieu de terrain, ils avaient tout à gagner à rester dans la moitié de terrain rennaise. Sous l’impulsion de Koziello, Seri ou Wallyson, les Niçois sont régulièrement sortis au pressing afin de forcer la relance bretonne, facilitant la récupération du ballon des défenseurs et le renvoi du jeu dans le camp adverse.

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D’abord au pressing sur Gelson, Koziello poursuit son effort sur Armand.

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Il est suivi par Wallyson qui se retrouve face à Diagne.

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Au contact de Sylla, Seri laisse Germain compléter le pressing en sortant sur Mendes pour forcer sa relance.

Avec le ballon, les joueurs de Claude Puel ont aussi occupé différemment l’espace afin de compliquer le pressing rennais. Dans des positions axiales derrière Mendy en début de partie, Bodmer et Le Marchand se sont écartés afin de permettre à l’équipe de plus utiliser la largeur. Mendy en a profité pour glisser entre ses deux centraux et sortir de la zone où il était mis en difficulté par Doucouré, Sio ou Henrique. Ces déplacements décrochage étaient compensés par la disponibilité de Seri et Mallmann (99 et 66 passes chacun). Conséquence de cet ajustement, de plus grandes distances à couvrir pour les Rennais au pressing et donc moins d’efficacité pour gratter des ballons dans le camp niçois.

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En s’écartant, Bodmer et Le Marchand offrent des solutions dans des zones non-couvertes par le pressing rennais.

Un changement de système fatal : 

Toujours dans le match à la pause (0-1), les Rennais ont sombré en deuxième mi-temps. Si son 3-4-3 a posé des problèmes aux Azuréens, le choix de Philippe Montanier de passer en 4-2-3-1 leur a offert beaucoup trop de solutions… à moins que ce ne soit sa mauvaise application. A la 52e minute, l’ancien entraîneur de la Real Sociedad décidait en effet de changer de système, certainement pour renforcer son attaque.

Latéral droit jusqu’ici, Moreira cédait sa place à Grosicki qui prenait place sur l’aile gauche. Mendes glissait couloir droit, laissant Diagne et Armand dans l’axe. Baal devait lui fermer le flanc gauche. Gelson Fernandes et Sylla restaient eux dans l’entrejeu, derrière un quatuor offensif formé par Doucouré, Pedro Henrique, Grosicki et Sio. Or dans la minute qui a suivi ce changement, Ben Arfa inscrivait le but du break (53e) sur une action en solitaire qui a mis en grande difficulté Sylvain Armand. L’ancien Parisien ne pouvait pas grand chose en un-contre-un face au meilleur buteur du championnat. Mais il n’aurait pas dû se retrouver dans cette situation, la faute à un repli défaillant de Baal.

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Rennes a perdu la balle depuis quelques secondes mais Baal est en retard, offrant à Seri un bel espace pour lancer Ben Arfa.

Beaucoup trop loin de l’action sur ce but, Baal est sorti quelques minutes plus tard, remplacé par Zeffane (66e). L’ancien Lyonnais n’a toutefois pas eu plus de réussite, puisqu’il a lui aussi laissé Sylvain Armand seul sur le 3e but niçois, emmené et conclu par Mahamane Traoré (75e). Sur cette action, le latéral gauche a perdu du temps en hésitant à sortir sur Pied au lieu de se replier, laissant Germain embarquer Armand sur l’extérieur pendant plusieurs secondes, ce qui a permis à Traoré de poursuivre sa course dans l’axe et de trouver un bel angle de passe pour servir Ben Arfa côté gauche. 

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Au moment de la transmission vers Traoré, plusieurs Rennais (Zeffane, Pedro Henrique, Doucouré) se font embarquer par une feinte de Seri.

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Complètement seul dans l’axe, Traoré mène l’action alors que ses attaquants profitent du retard pris par les latéraux niçois : Germain embarque Armand tandis que Ben Arfa a déjà de l’avance sur Mendes.

Conclusion : 

Face à la densité physique rennaise, les Niçois passaient un vrai test hier soir. Comme cela vient d’être montré, le 3-4-3 breton avait toutes les qualités pour leur poser beaucoup de problèmes. Ils ont su trouver des solutions et rivaliser en se montrant notamment très agressifs à la perte du ballon pour bloquer le jeu de transition adverse. Inefficaces sur ces phases de jeu et menés au score, les Rennais ont donc essayé une nouvelle approche en changeant de système en début de deuxième mi-temps… Une tentative mal appliquée et immédiatement punie par des Aiglons sur le point de s’envoler pour le podium de la Ligue 1 si Lyon, Monaco ou Marseille continuent leur bonhomme de chemin sans convaincre.

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3 réponses

  1. Alex dit :

    Bonjour,

    Je vois plus dans l organisation tactique de Rennes un 5 3 2.
    3 defenseurs centraux avec devant eux 2 milieux defensifs, appuyés par deux latéraux qui sont restés très souvent collés au bloc défensifs composés des 5 joueurs cités juste avant. C est souvent le cas avec Rennes ces derniers temps, un gros bloc qui essaie d alimenter Doucouré qui est positionné en meneur de jeu derrière 2 pointes. Après le 532 devient 352 en phase offensive. Non? J avoue suivre peu les matchs de Rennes mais du peu que j ai vu, je n ai pas reelement vu de 3 4 3.

  2. Alex dit :

    @Alex – je precise que je parle du dispositif de jeu sans ntep, son absence fait jouer le club en 532 plus que 343.

  3. 3-4-1-2 si tu préfères oui. Personnellement, je ne fais pas la différence entre les deux. Et c’est pas bien important dans cette analyse.

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