Reims 1-0 Marseille : l’analyse tactique de l’OM

Après de nombreuses saisons passées en tant qu’adjoint, Franck Passi a fait dimanche après-midi ses débuts en tant qu’entraîneur (intérimaire) principal de l’OM. L’occasion de scruter les premières décisions tactiques de celui qui se retrouve sur le devant de la scène après une saison passée dans l’ombre de Marcelo Bielsa.

A une heure du coup d’envoi, la découverte du onze de l’OM était marquée par un seul vrai choix de la part du nouveau coach : la titularisation de Florian Thauvin au poste de meneur de jeu. Ocampos profitait de ce repositionnement du n°10 marseillais pour débuter sur l’aile gauche. Alessandrini était lui toujours à droite, Batshuayi devant. Dans l’entrejeu, Romao était préféré à Sparagna pour débuter aux côtés de Lémina. Derrière, rien ne changeait : Mendy et Dja Djédjé encadraient toujours Nkoulou et Rekik.

Sans le ballon : passage en zone et première ligne moins intense

D’entrée de jeu, le changement était palpable dans le comportement défensif de l’OM. Le choix de titulariser Thauvin en soutien de Batshuayi a limité l’impact défensif de la première ligne, capitale pour déclencher le pressing sous Bielsa. Le travail des 2 hommes n’était pas coordonné et les défenseurs rémois en ont profité tout le match. Mandi a particulièrement brillé par ses prises d’initiative (montées balle au pied, passes vers l’avant) pour éliminer le premier rideau marseillais. Même chose à la retombée des longs ballons d’Agassa, qui ont permis aux Rémois de ne pas prendre de risque dans leurs 30 mètres.

A défaut de faire reculer leurs adversaires, les deux attaquants de l’OM ont tout de même orienté les premières passes vers les côtés : Lemina et Romao mettaient la pression sur Oniangué et Devaux dans l’axe, les repoussant repoussaient vers Ocampos ou Alessandrini, focalisés sur le ballon dans la moitié de terrain adverse. Les Marseillais tentaient d’enfermer les Rémois sur les côtés. Généralement, un des deux joueurs à vocation défensive dans cette zone sortait au pressing, le second assurant la couverture et permettant à la défense de ne pas trop s’excentrer (ex : Mendy couvert par Lémina à gauche ; Romao couvert par Dja Djédjé à droite).

Le pressing marseillais à l'oeuvre :

Le pressing marseillais à l’oeuvre : Ocampos est tourné vers l’intérieur pour tenter d’enfermer Oniangué, repoussé par Romao.

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En pointe du système marseillais, Batshuayi est loin d’avoir l’impact de Gignac. A plusieurs reprises, il s’est laissé dépasser par un Mandi très entreprenant, mettant alors les deux milieux marseillais à découvert.

Problème pour les Marseillais, les Rémois avaient souvent une solution pour se tirer de cette pression (appui sur le latéral, retour sur le défenseur central, longs ballons vers l’avant sur N’gog dans le pire des cas…). Bref, plusieurs outils outils pour rentrer dans la moitié de terrain phocéenne. L’OM retrouvait alors la défense de zone abandonnée depuis l’arrivée de Bielsa. L’équipe se repositionnait en 4-2-3-1 avec deux ailiers très excentrés : Alessandrini et Ocampos étaient désormais focalisés sur un adversaire direct, en l’occurrence les latéraux rémois.

Résultat de cette mise en place, une énorme surface à couvrir dans l’entrejeu pour Romao et Lemina. Les deux milieux de terrain ont souvent été baladés sur toute la largeur de leur moitié de terrain, devant participer aux prises à deux sur les ailiers adverses tout en ayant un oeil sur les incursions des milieux de terrain (Oniangué notamment). Sans l’aide régulière des trois offensifs, leur tâche a été très compliquée, si bien que lorsque les Rémois relançaient un temps de jeu à partir de leurs défenseurs, ils étaient parfois complètement hors de position.

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Alors que Reims renverse le jeu, Peuget a une passe vers l’avant « facile » à donner vers De Préville. Deux solutions pour l’OM afin d’y remédier : une première ligne plus consistante (repli de Batshuayi, individuelle de Thauvin ?) ou une deuxième ligne plus compacte sur la largeur, quitte à laisser de l’espace à Signorino sur le côté et coulisser ensuite.

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Six secondes après la séquence précédente, la même situation se reproduit avec Mandi à l’opposée : Bulot est disponible entre Ocampos (fixé sur Traoré) et Lémina.

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Obligés de défendre aux 4 coins du terrain, Lemina et Romao ont eu du mal à retrouver rapidement leurs positions dans l’axe

Avec le ballon : tout sur Thauvin ? 

Romain Alessandrini l’avait annoncé dans les colonnes du JDD : l’OM a travaillé pour la première fois depuis longtemps la conservation du ballon à l’entraînement cette semaine. Et les joueurs l’ont mis en pratique sur la pelouse d’Auguste-Delaune. Une conservation de balle assurée par les quatre défensifs qu’étaient Romao, Lemina, Nkoulou et Rekik. Objectif : faire circuler le ballon (45% de passes de l’équipe pour ces quatre-là) en attendant que l’un d’entre eux prenne l’initiative et effectue la première passe vers l’avant.

Cela pouvait passer par un changement de jeu (Lemina), une montée (Rekik) ou une simple passe latérale à destination des couloirs (79 passes pour Dja Djédjé, 62 pour Mendy). Face à des Rémois qui ont accepté de reculer pour se replacer en 4-1-4-1, ces séquences de conservation ont permis à l’OM de remonter tranquillement leur moitié de terrain afin de lancer leurs actions à partir de la ligne médiane. Parfois trop bas en début de partie, Devaux et Oniangué ont d’ailleurs su s’ajuster afin de rester assez près de N’gog pour ne pas laisser trop d’espaces à Rekik, Nkoulou ou Lemina.

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En revanche, dans les temps forts rémois, difficile pour l’OM de ressortir le ballon sans passer par un dégagement de Mandanda…

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Avec le ballon, l’OM organise sa relance autour de ses quatre défensifs (centraux et milieux de terrain).

Ralentir le rythme est une chose appréciable, encore faut-il être en mesure d’accélérer face à un bloc adverse qui a eu tout le temps de se replacer. Et pour cela, l’OM semble avoir tout misé sur Florian Thauvin pour ce premier match. Très mobile, l’ancien Bastiais s’est baladé sur la largeur, offrant toujours une solution à la manière d’un Valbuena (avec l’OM, mais aussi avec l’OL samedi soir à Guingamp). A l’inverse de ce dernier, il était toutefois plus attiré par le but (appels en profondeur) que par la conservation du ballon (peu de décrochages). Il a notamment profité des sorties de Devaux ou Oniangué pour demander le ballon dans leur dos, embarquant Peuget avec lui.

Si ses déplacements étaient bons (52 ballons touchés, la majorité dans les 25 derniers mètres), le joueur a ensuite manqué d’efficacité, que ce soit dans ses gestes ou dans ses choix. A sa décharge, le manque de mouvement autour de lui a été préjudiciable à son rendement (très peu de combinaisons avec Alessandrini ou Dja Djédjé notamment). Ses meilleures actions sont venues de ses appels dans le dos des latéraux adverses, sortis de l’alignement car attirés par Alessandrini ou Ocampos. Mais même sur ces séquences à son avantage, il n’a pas réussi à  prendre le dessus sur la défense rémoise (Mandi-Weber, encore convaincants après un bon match à Bordeaux).

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Florian Thauvin a passé la partie à quitter sa position axiale pour aller travailler sur les côtés avec Ocampos-Mendy ou Alessandrini-Dja Djédjé. Ici, son appel dans le dos de Traoré lui permet d’arriver lancé face à Mandi.

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Les ballons touchés par Thauvin face à Reims : en orange, les zones les plus prolifiques.

Une fois lancée dans le dernier tiers adverse, l’OM retrouvait ensuite certains réflexes de l’ère Bielsa : depuis le milieu de terrain, Lemina s’est souvent projeté pour tenter d’apporter un plus dans la surface adverse. Même chose pour Romao qui a parfois joué vers l’avant et s’est même projeté pour se retrouver dans le dernier tiers rémois. Les Phocéens ont ainsi connu des séquences d’occupation de la moitié de terrain rémoise, mais sans réellement mettre l’arrière-garde adverse en difficulté, si ce n’est sur coup de pied arrêté (tête de Romao sur corner, 46e).

En deuxième mi-temps, cette domination stérile a même accouché sur des situations dangereuses, lorsque Lemina et Romao se retrouvaient embarqués loin de leur défense et que le ballon était perdu. Plusieurs fois, les Rémois ont déjoué l’organisation marseillais et ressorti efficacement les ballons de leur moitié de terrain. Lorsque les Marseillais perdaient le ballon dans l’axe, les courses intérieures des ailiers (de Préville et Bulot, puis Siebatcheu) offraient des relais aux joueurs chargés de défendre, permettant des relances rapides et des contres qui auraient pu permettre aux Rémois de doubler la mise (N’gog vs Mandanda, 62e).

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L’OM a connu des problèmes d’équilibre en 2e mi-temps. Cette sortie de balle aboutira à une balle de 2-0 pour N’gog, repoussée par Mandanda.

Conclusion : 

L’ère Bielsa semble déjà loin. Défensivement, l’équipe n’a pas oeuvré en bloc (Thauvin-Batshuayi à part sur les phases de pressing ; Alessandrini-Ocampos sur les phases défensives) et ce manque de cohésion l’a empêché de défendre en avançant, exceptées sur les séquences d’occupation de la moitié de terrain rémoise. Offensivement, le choix de mettre Thauvin, qui brille par son irrégularité depuis son arrivée sur la Canebière, dans le coeur du jeu est un pari perdu sur ce match. Reste à savoir si Passi aura l’occasion de le refaire lors de la prochaine journée, en travaillant les combinaisons autour de son nouveau « meneur » dans la semaine (Ocampos-Mendy ; Alessandrini-Dja Djédjé).

Pour finir, petit paragraphe sur le Stade de Reims qui a confirmé sa belle performance à Bordeaux par un second succès. Les Rémois sont solides sur ce début de saison, capables d’alterner des séquences de pressing haut dans le camp adverse et de se replier très bas en 4-1-4-1 pour défendre dans leurs 40 mètres. Mandi et Weber forment une belle paire en défense centrale et l’équipe a réalisé de très belles sorties de balle collectives sous la pression marseillaise. Un début de saison prometteur, qu’ils devront confirmer face à un adversaire moins fort la semaine prochaine (Nantes).

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2 réponses

  1. Shinji dit :

    Bordel, c’était une purge ce match …

    Pourquoi avoir abandonné le marquage individuel?! C’est ce qui permettait de mettre une pression terrible à l’adversaire dans son camp! C’est aussi ce qui créait la surprise étant donne que plus personne ne fait ça…

    Heureusement que t’as fait un article sur la transition rapide de l’OM la semaine dernière, ca permet de constater la régression de l’OM dans le jeu. Plus de passes de la part du back-four = possession haute stérile comme a l’époque Baup et Deschamps. Moins de mouvement car moins d’espaces et moins de vitesse. Beaucoup plus simple de créer du mouvement quand le ballon est en mouvement et que les actions sont lancées. Sur ce matchs, tous les joueurs étaient déja devant le ballon … forcément que les espaces étaient restreints!

    C’est une faillite collective plus qu’individuelle, et c’est clairement lié au coaching.

    Un seul tir dans la surface de tout le match … depuis combien de temps on a pas fait ça?! J’ai pas la stat sur les centres mais ça doit être bien inférieur à la période Bielsa, et c’est pas un hasard. Pareil pour les km parcourus je pense.

    Thauvin joue contre-nature, il a pas l’utilisation du ballon d’un 10. Il sait pas faire moins de 3 touches de balles.

  1. 17 août 2015

    […] amène Romao et Lemina à devoir abattre un gros travail (d’autres en parlent mieux que nous ici) ; en répercussion de cet état de fait, l’attitude de chef de service technique à la mairie […]

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