PSG : le grand chantier de la possession

« Nous allons améliorer la possession. » Unai Emery en parlait déjà le 7 août dernier après avoir soulevé son premier trophée en tant qu’entraîneur du Paris Saint-Germain. Plus de trois mois après, le chantier continue avec des hauts en terme de production offensive (contre Metz ou Arsenal) mais aussi des très bas comme face à Saint-Etienne ou l’OM dimanche dernier.

Retour sur PSG – OM :

Face à la nouvelle équipe de Rudi Garcia, le PSG a en effet livré l’une de ses plus mauvaises prestations offensives de la saison à domicile. L’équipe n’a su se créer qu’une seule grosse occasion dans le jeu (big chance) en toute fin de match. Il faut remonter à la réception de Saint-Etienne lors de la 4e journée pour trouver trace d’un bilan aussi maigre au Parc des Princes. Déjà à l’époque, Paris avait concédé le nul face à une équipe qui avait su l’empêcher de développer son jeu fait de passes courtes et de redoublements au milieu de terrain (1-1).

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Rudi Garcia s’est lui aussi présenté au Parc dans un système à trois défenseurs centraux. Tout au long de la première mi-temps, l’OM a su bloquer les circuits de passes habituels des Parisiens grâce notamment aux sorties de Doria et Fanni, afin de compenser les surnombres que peuvent créer Lucas ou Di Maria dans l’entrejeu.

Ces sorties des défenseurs marseillais étaient toutefois de véritables occasions à saisir pour les Parisiens. Certes, cela les privait de leurs circuits courts habituels, mais cela créait aussi des espaces dans le dos de la défense. Plusieurs fois, il a manqué aux joueurs d’Unai Emery de la profondeur, des appels et du mouvement pour vraiment mettre en difficulté la défense phocéenne.

Il est d’ailleurs intéressant de relever que le PSG est passé à côté de ces occasions uniquement lorsque cela les forçait à jouer de manière plus directe. En d’autres termes, lorsque le jeu demandait de sauter le milieu. Car lorsque Paris parvenait à progresser dans le camp marseillais via son jeu court, il a ensuite cherché la profondeur dans ces fameux intervalles dans le dos de Fanni et Doria.

Après la pause, les Parisiens ont procédé à des ajustements offensifs afin d’être plus efficace dans la moitié de terrain adverse. Jusqu’à sa sortie à l’heure de jeu, Verratti a recherché de manière plus systématique la profondeur, lançant à tour de rôle Aurier puis Cavani dans le dos de Doria. L’entrée de Matuidi a offert le même type d’appels à gauche, tout en redynamisant un couloir qui manquait cruellement de mouvement durant le premier acte avec Maxwell, Di Maria et Rabiot.

Ce match est une nouvelle illustration des difficultés actuelles du PSG à créer du jeu. Le talent est toujours là, mais c’est bien sur le plan de l’organisation tactique de la possession qu’il y a un problème. L’équipe a beaucoup plus de difficultés à progresser dans le camp adverse. Et il ne faut pas chercher bien loin pour en trouver la raison principale.

Emery avait raison : 

Il y a quelques semaines, les cadres de l’effectif se seraient élevés contre le souhait premier d’Emery d’injecter plus de verticalité dans le jeu parisien. Après tout, Paris a tout raflé sur la scène nationale avec son jeu de possession alors pourquoi venir tout bousculer ? Sans le ballon, les joueurs ont en plus bien intégré les nouvelles consignes données par Emery, alors pourquoi celui-ci ne ferait-il pas avec les habitudes très ancrées des Parisiens depuis maintenant 3 saisons ?

Tout simplement parce que le PSG a perdu un homme-clé pour ce football-là : Zlatan Ibrahimovic. La saison dernière, lorsqu’il se retrouvait face à des adversaires verrouillant le milieu comme Saint-Etienne ou l’OM, l’avant-centre suédois n’était pas qu’une solution parmi d’autres. Il était la solution.

Ses décrochages et sa domination (athlétique et technique) sur le reste de la Ligue 1 en faisaient un point de fixation quasi-imprenable pour les milieux adverses. Lorsque Motta et Verratti faisaient face à des blocs bien en place et ne laissant aucun intervalle à exploiter, ils attendaient le décrochage d’Ibrahimovic. Que ce soit en pivot ou même face au jeu quand il redescendait jusque dans ses 40 mètres, le Suédois garantissait quasiment la progression du bloc vers le but adverse. De fait, il masquait les lacunes du jeu de position de son équipe.

Avec son départ, Paris a donc perdu plus qu’un buteur fiable. Il a aussi perdu celui sur lequel l’équipe se reposait face aux équipes les mieux organisées (avec ses limites au plus haut niveau et dans les matchs à plus haute intensité… mais ici, on parle surtout de Ligue 1).

Evidemment, les deux Italiens n’avaient pas et n’ont toujours pas besoin d’aide lorsqu’il faut sanctionner les équipes mal positionnées : le match face à Bordeaux – présenté par beaucoup comme le match de la renaissance du PSG de Blanc – a été un vrai trompe-l’oeil à ce niveau. Ce jour-là, c’était portes ouvertes dans le milieu girondin. La performance parisienne était autant due à la désorganisation bordelaise qu’aux performances de Motta et Verratti.

Sans Ibrahimovic, le PSG ne peut plus se permettre de jouer sur ce rythme finalement très lent. En ce sens, Unai Emery était dans le vrai en début de saison lorsqu’il souhaitait changer les habitudes des Parisiens jusque dans leur manière d’utiliser le ballon.

Aujourd’hui, Paris ne se repose plus sur les décrochages de son avant-centre. Emery a toujours privilégié des attaquants déconnectés de la construction et plutôt focalisés sur la finition (Bacca, Gameiro pour citer les derniers exemples à Séville). A ce niveau, ça tombe bien puisque Cavani n’a jamais été loué pour ses qualités de pivot ou sa capacité à combiner.

Autre élément propre au système mis en place par Emery, les latéraux évoluent très haut sur le terrain et ne sont pas des joueurs dédiés à la construction. Ils interviennent surtout en fin de mouvement, par leurs appels et leurs débordements. Si l’on excepte Maxwell, là encore ça colle à l’effectif : les latéraux parisiens sont d’abord des gros moteurs capables de multiplier les montées, les appels et les déboulés dans leurs couloirs, voire jusque dans la surface adverse.

Du coup, vu que Paris a retrouvé ses habitudes de la saison dernière, avec des milieux habitués à venir demander le ballon très bas et hors du bloc adverse, la progression du jeu ne repose plus que sur deux joueurs : Angel Di Maria et Lucas Moura. Or, l’Argentin est dans une très mauvaise passe (voir ci-dessous), en plus d’être très loin du registre qui l’avait vu faire la meilleure saison de sa carrière au Real Madrid. Lucas n’évolue pas non plus dans des conditions idéales pour s’exprimer, même s’il reste à l’heure actuelle le joueur le plus utile pour Paris dans ce secteur.

Dans cette zone, le PSG est aussi en difficulté en raison des blessures et autres méformes des concurrents des deux sud-américains (Jesé, Ben Arfa). Les problèmes physiques de Javier Pastore sont un vrai coup dur tant le meneur de jeu argentin semblait être la solution naturelle pour satisfaire les désirs de verticalité du nouvel entraîneur.

La marge de progression : responsabiliser la défense, changer les habitudes des milieux

Face à des formations regroupées, le premier chantier se situe au niveau de la relance. Pour remédier au manque de solutions dans le bloc adverse (Lucas et Di Maria), il faut en ajouter. Et pour cela, c’est d’abord la défense qui doit évoluer plus haut et prendre ses responsabilités. Thiago Silva et Marquinhos ont largement les qualités techniques pour donner l’impulsion au jeu parisien aux côtés de leur n°6. A Emery de débloquer les têtes car c’est sûrement là que se situe le problème à l’heure actuelle.

A leur décharge, l’évolution viendrait sans doute plus naturellement si les milieux ne revenaient pas constamment demander le ballon hors du bloc. Que ce soit Verratti, Rabiot ou Matuidi, tous ont pris cette habitude : ils cherchent le confort pour prendre possession du ballon, ce qui de fait réduit le nombre de solutions pour ensuite progresser entre les lignes adverses.

On arrive ici au cas le plus symbolique de cette transition Blanc-Emery : Marco Verratti. Dans le 4-3-3 de Blanc, l’Italien a récité ses gammes pendant 3 ans, poussant certains à en faire l’héritier de Pirlo ou Xavi. Mais il suffit de se pencher sur les perfs du Barcelonais au même âge pour voir l’écart qui sépare encore le Parisien du meilleur 8 de l’histoire récente. Aujourd’hui à 23 ans, Verratti est à Motta ce que Xavi à plus de 30 ans était à Busquets : un deuxième n°6 plus qu’un véritable milieu relayeur.

Or sans Ibrahimovic, le 4-3-3 parisien a besoin de relayeurs plus agressifs dans leurs déplacements afin de multiplier les solutions au sein du bloc adverse. Soit une approche aux antipodes de leurs habitudes avec Laurent Blanc, qui les positionne dans des zones et des situations moins « faciles » à négocier (dos au but, espaces réduits…).

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Unai Emery doit convaincre… son groupe : 

En vérité, Emery se retrouve face à une situation très ardue : faire comprendre à un groupe qui a tout gagné pendant 3 ans de cette façon que cela ne peut pas forcément continuer. Paradoxalement, si elles le fragilisent dans la presse, les contre-performances récentes du club comme le nul face à l’OM sont peut-être plus utiles qu’on ne le croit pour lui permettre de faire passer son message auprès des joueurs.

L’Espagnol passe d’ailleurs lui aussi un test avec ce nouveau challenge. Ses équipes à Séville ou Valence n’ont jamais été réputées pour leur capacité à produire du jeu à partir d’une forte possession. Emery a fait sa réputation et ses succès sur sa maîtrise du pressing, des transitions et la capacité de ses équipes à mettre beaucoup d’intensité dans tout ce qu’elles font.

Mais à Paris, c’est bien le travail de la possession qui devient le chantier principal vu le contexte de la Ligue 1, dominée par le club de la capitale. A lui d’intégrer cela à son arsenal, il ne lui manquera alors plus grand chose pour rejoindre la ligue très fermée des meilleurs coachs du moment. Et Paris franchira sans doute un nouveau cap sur la scène européenne. Mais avant, il lui faut convaincre… son groupe.

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5 réponses

  1. favro laurent dit :

    Bravo pour cette analyse prospective ……….qui a été confortée quasiment en tous points par les faits lors du match d’hier soir LILLE/ Psg: l’implication/RESPONSABILISATION dans les relances par les 2 centraux // les projections de Verratti// il ne manque plus que RABIOT ne prenne définitivement la place de MOTTA qui est et restera le maillon faible de ce nouveau projet de jeu mis en place par EMERY

  2. Cyril dit :

    @favro laurent
    j’ai regardé le match aussi hier, il y’a eu un vrai progrès ds la construction des DC et moins de joueurs derrière..J’estime qu’EMERY doit lancer Jesé et/ou Ben Arfa devant.. Ils ont proposé de la profondeur et du mouvement vers le but. ce que ne fait pas Lucas ni Di Maria en ce moment.

  3. niakola dit :

    ah ben voilà une fine analyse !! très lucide et judicieuse…à voir avec les opinions de Puel récemment das l’équipe ou des experts tv qui ne comprennent pas la fin du jeu de possession du psg…

  4. Benm dit :

    Complètement d’accord avec ton analyse, plus que La verticalite ou la profondeur, le probleme du Psg est que le bloc évolue Bcp trop bas malgres sa possession, La Défense centrale et les milieux relayeur jouent trop dans un fauteuil et laisse trop souvent les attaquants seuls, ce qui explique aussi les gros déchets de ceux ci … ils ne sont pas épaulé par leurs milieux. Par contre je ne suis pas convaincu que le retour de Pastore soit forcément la solution contre des équipes regroupé, le rôle de numéro 10 n’existe plus dans les grands clubs …. car le peu d’espace que tu as pour créer à cet endroit du terrain t’oblige à redescendre ou te mettre sur un côté…. même Messi qui a pourtant toutes les qualités pour être un 10 prefere se mettre sur un côté, les équipes qui jouent avec un 10 sont en général des faux 10, soit des 9 et demi pour combiné avec avec un attaquant plus puissant ou des relayeurs pour faire un pressing haut à la récupération

  1. 2 novembre 2016

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