Di Maria au PSG : son intégration et sa première

Douze mois après les premières rumeurs évoquant son transfert dans la capitale, Di Maria a enfin posé ses valises à Paris. L’Argentin, finaliste malheureux de la dernière Copa America, a réussi ses débuts dimanche dernier face à l’ASM en signant une passe décisive magnifique pour Lavezzi en fin de partie. Entré en jeu sur l’aile droite à la place de Lucas, il a montré en l’espace d’une vingtaine de minutes ce qu’il allait pouvoir apporter en plus par rapport au Brésilien.

Di Maria, PSG-compatible ?

Avant de rentrer dans le détail de sa performance, Di Maria valait-il l’investissement ? Après tout, l’Argentin sort d’une expérience difficile en Premier League, au sein d’une équipe de Manchester United où il n’a jamais trouvé sa place. Après l’avoir baladé à plusieurs postes en début de saison, Louis Van Gaal l’avait finalement cantonné à l’aile gauche, son terrain de jeu pendant l’été avec l’Argentine. Di Maria a réussi une saison honnête outre-Manche (10 passes décisives, 3 buts en 27 apparitions dont 20 titularisations), mais son influence sur le jeu mancunien était à des années-lumière de sa participation à la Decima du Real Madrid au cours de la saison précédente.

Justement, Di Maria apparaît beaucoup plus comme un joueur « PSG-compatible ». La formation entraînée depuis maintenant 2 saisons par Laurent Blanc a désormais une ADN bien marquée : l’équipe aime tenir le ballon et a l’habitude de préparer ses actions loin du but adverse. La construction est lente, la préparation longue, et l’équipe a besoin d’accélérateurs aux avants-postes, d’autant qu’elle ne met pas beaucoup d’intensité à la récupération (pas de vagues d’attaque). Offensivement, le recrutement de Di Maria va dans le bon sens : il permet aux Parisiens d’avoir un catalyseur supplémentaire en attaque.

La saison dernière, le PSG a aussi affiché deux visages. La plupart du temps en Ligue 1, les Parisiens ont dominé leurs adversaires grâce à leur supériorité technique, construisant leurs nombreux succès sur cette maîtrise. Au plus haut niveau d’adversité toutefois, leur possession s’estompait et le PSG acceptait de laisser le ballon à l’adversaire. Une adaptation qui permettait de découvrir une formation capable de défendre correctement et d’être dangereuse en contre-attaque. Là encore, Di Maria apparaît comme un recrutement logique : l’Argentin ne rechigne pas aux tâches défensives et ses accélérations balle au pied font de lui un véritable atout pour remonter rapidement les ballons.

Sa première contre Monaco : 

Pour sa première sous le maillot parisien, Di Maria est donc entré en jeu à la 66e minute face à l’AS Monaco. Dès son premier ballon, touché sur l’aile droite, l’Argentin a fait parler sa qualité de centre pour déposer un caviar sur la tête de Cavani (67e). Un atout que Lucas n’a pas dans son arsenal offensif : sans avoir besoin de se lancer pour faire la différence en un-contre-un, Di Maria peut mettre le ballon sur la tête d’un partenaire dans la surface adverse. Un arme qui risque de faire mal à plus d’une défense avec Ibrahimovic et Cavani à la réception.

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Di Maria restait souvent « au large », offrant une solution pour étirer le bloc adverse et créant de l’espace avec son vis-à-vis.

Autre facette du jeu de Di Maria dans ce rôle d’ailier : la recherche de la profondeur. Au lieu de (trop) porter le ballon (reproche souvent fait à Lucas), l’Argentin a tenté de jouer le plus simplement possible pour cette première. Dès qu’il était sur son pied gauche, il tentait de trouver un partenaire. Plusieurs fois, il a ainsi tenté d’alerter un attaquant après avoir crocheté à l’intérieur face à Echiejile. Aucune de ces transmissions n’est passée, mais les tentatives dénotent une réelle envie du joueur : Di Maria est arrivée à Paris pour faire parler sa qualité de passes dans la zone de vérité. Ses statistiques (key-passes, passes décisives) seront à suivre de près.

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Di Maria fixe Echiejile et attend le bon moment pour servir Ibrahimovic dans la profondeur avec son pied gauche.

Sans le ballon, la faiblesse de l’opposition monégasque n’a pas permis de voir un Di Maria réellement impliqué défensivement. Une séquence intéressante est quand même à retenir pour la suite : alors que Verratti était au pressing sur Traoré, Di Maria a quitté son aile, anticipant la passe en retrait vers Carvalho afin d’être prêt à déclencher le pressing. Finalement, Traoré s’est sorti de ce mauvais pas et a pu jouer sur Echiejile, du coup seul dans le couloir. Deux façons de juger cette action. Positivement, le volume défensif de Di Maria sur l’aile devrait permettre de faire reculer les blocs adverses ; négativement, son envie de défendre en avançant pourrait aussi mettre son latéral en danger.

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Di Maria anticipe la passe en retrait de Traoré, mais Verratti se fait finalement dépasser par son vis-à-vis qui peut ouvrir à l’opposée sur Echiejile.

La sortie d’Ibrahimovic a marqué un tournant dans les premières minutes de Di Maria sous ses nouvelles couleurs. Avant celle-ci, l’Argentin a évolué dans un pur registre d’ailier : lorsque Paris bataillait pour la possession à l’opposée, Di Maria restait loin de l’action, collant quasiment à la ligne de touche afin d’offrir une solution au cas où le ballon sorte de la zone. S’ils ont fait le même appel une fois, Ibrahimovic et Di Maria ne se sont pas marchés dessus. L’Argentin s’est même mué en 2e attaquant, prenant la profondeur lorsque « Ibra » récupérait le ballon en position de n°10. A voir toutefois sur une période plus longue…

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Le danger d’associer Ibra et Di Maria : les deux font le même appel sur cette séquence. Sans gravité toutefois.

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Quelques secondes plus tard, les rôles sont bien définis : Ibrahimovic a décroché et Di Maria se mue en 2e attaquant en prenant la profondeur.

Une fois le Suédois sorti, remplacé par Lavezzi, Di Maria est beaucoup plus souvent revenu dans l’axe afin de travailler avec ses milieux de terrain. La sortie de Verratti (81e, pour Marquinhos) a accentué le changement de registre de l’ancien Madrilène, qui a laissé Aurier occuper le couloir. Sa merveille de passe en profondeur pour Lavezzi (83e) est d’ailleurs venu de ce changement de rôle, qui l’a amené à toucher plus de ballons et plus bas sur le terrain qu’au moment de son entrée en jeu. Di Maria a ainsi récupéré le rôle qui incombait à Pastore en fin de saison dernière, profitant de l’absence d’Ibrahimovic pour prendre le rôle de « l’attaquant qui décroche ».

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A la sortie d’Ibrahimovic, Di Maria devient le joueur censé accompagner les milieux et permettre la remontée du ballon.

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Les ballons reçus par Di Maria avant et après la sortie d’Ibrahimovic. Où l’on voit bien la différence en terme de volume et de zones de jeu. Ci-dessous, les deux animations qui vont avec ces « maps« 

D’autres rôles pour Di Maria ? 

A première vue donc, Di Maria arrive à Paris pour prendre la place de Lucas Moura dans le XI parisien. Même si l’association avec Ibrahimovic n’a pas duré longtemps et que l’adversité n’était pas au mieux, l’équilibre offensif était intéressant… et l’Argentin a réellement apporté un plus à la fin de match parisienne. Sa polyvalence pourrait toutefois l’amener à évoluer dans d’autres zones dans les prochains mois.

 

A gauche, sa palette offensive pourrait offrir une multitude de solutions. Déjà, il serait sur son « meilleur pied » afin de déborder et centrer pour ses attaquants. En collant la ligne, il deviendrait aussi une solution pour le jeu long de Marco Verratti, capable par ses ouvertures de créer des situations de un-contre-un à jouer face au latéral adverse. Enfin, son jeu dans les petits espaces servirait les habituelles incursions de Blaise Matuidi depuis le milieu du terrain.

En décrochant de son aile, l’Argentin apporterait aussi de la créativité à une zone qui peut parfois en manquer : David Luiz et Matuidi ont une palette de passes moins large que Thiago Silva et Verratti. Avec les projections de l’international français pour compenser ses décrochages, Di Maria pourrait notamment apporter la qualité de son jeu long dans cette zone (changements de jeu vers Aurier ?). Attention toutefois à ne pas marcher sur les pieds d’Ibrahimovic comme face à l’ASM.

Lire : Atletico 2-2 Real Madrid, l’analyse tactique. Pressé par Arda, Di Maria se défait de son vis-à-vis et renverse à l’opposée sur Carvajal.

Ce n’est sans doute pas un hasard si le PSG s’est penché sur le cas Di Maria dès la saison dernière. L’Argentin sortait d’une saison exceptionnelle, la plus belle de sa carrière, avec le Real Madrid. Carlo Ancelotti avait fait de lui le joueur-clé de son équipe, celui qui permettait la bascule entre le 4-3-3 (position haute) et le 4-4-2 (position basse). Une articulation tactique qui avait permis au coach italien de libérer Cristiano Ronaldo du repli défensif en favorisant la mise en place d’un jeu de transition fulgurant.

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En position haute, Di Maria permettait de compenser les absences de Ronaldo et de presser le flanc droit de la défense adverse.

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En position basse, il revenait aider Marcelo afin de fermer le couloir.

 

Les débuts de Di Maria face à l’AS Monaco peuvent présager d’une articulation similaire à terme, mais avec l’Argentin sur le flanc droit. Difficile en effet d’imaginer Matuidi laisser sa place dans l’entrejeu au vu de son début de saison. Par rapport au Real Madrid de la Decima, le PSG se retrouverait alors avec le 4-3-3 vu face à l’ASM en phase offensive, qui se transformerait en 4-4-2 en phase défensive avec Di Maria à droite (dans le rôle de Bale), Matuidi à gauche (Di Maria) et la paire Motta-Verratti (Xabi Alonso-Modric) dans l’axe.

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4 réponses

  1. Aurousseau Hugues dit :

    @merci pour cette analyse passionnante.
    dans quel système pourrait on l associer à Pastore?

  2. Pilou dit :

    Quelque chose me dit que pour « Javié », c’est le banc qui l’attend cette saison(sauf coupes nationales voire blessures en cascade).
    J’ai l’impression que Blanc n’a jamais accordé une réelle confiance à Pastore, si ce n’est par défaut la saison dernière…

  3. Alain dit :

    Bonjour florent, encore merci c’est intéressant et bien écrit. J’aurais bien LIKER tes articles Mais pas de bouton… ( je lis la version mobile)

  4. Sami dit :

    Finalement, l’arrivée de Di Maria permet au PSG de bénéficier des qualités de Pastore et Lucas en un seul joueur : la qualité de passe, la capacité à organiser le jeu de plus bas et la facilité à combiner dans les petits espaces de l’argentin ; le coup de rein et la capacité d’élimination en un contre un du brésilien. Pas mal comme synthèse !

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