Paris SG 2-1 Marseille, l’analyse tactique

En clôture de la 9ème journée de Ligue 1, le PSG recevait un OM en plein doute après deux défaites face à Angers et Liberec. Le pire était à craindre pour les Phocéens, mais ces derniers ont profité d’un changement tactique pour réaliser une partie pleine et pousser les Parisiens dans leurs retranchements. Trop passifs en début de partie, les joueurs de Laurent Blanc ont inversé la tendance en allant chercher l’OM plus haut et en mettant plus d’intensité dans l’entrejeu.

Les compositions : 

Pas de surprise côté parisien au coup d’envoi : pour ce deuxième gros match de la saison (après la victoire à Monaco, 3-0), Laurent Blanc reconduit l’équipe-type qui est venue à bout du Shakhtar en milieu de semaine. Tous les cadres sont là et l’attaque est emmenée par Ibrahimovic, Cavani et Di Maria.

Côté marseillais, pas de chamboulement au niveau des hommes non plus. A la découverte du onze de départ, la seule (petite) surprise concerne la titularisation de Rolando en défense en lieu et place de Rekik. Pour le reste, les dix autres titulaires étaient ceux attendus. En revanche, tactiquement, Michel change de système : Cabella est repositionné dans l’axe en soutien de Batshuayi. L’équipe se retrouve en 4-2-3-1 avec la paire Lucas Silva-Diarra dans l’entrejeu et Barrada côté gauche.

Paris Saint-Germain vs Marseille - Football tactics and formations

Le plan de Michel : 

Passer du 4-1-4-1 au 4-2-3-1 est un choix logique au moment d’affronter le PSG. Les Parisiens ont l’habitude de construire depuis leur propre camp, autour de leur duo d’Italiens (Motta-Verratti). En inversant le triangle de son milieu de terrain, Michel ajoute un joueur pour épauler Batshuayi dans cette zone et perturber la mise en place parisienne. Avec réussite en début de match puisque Paris a beaucoup de mal à se mettre en place.

La présence de Cabella et Batshuayi dans le coeur du jeu et la ligne de quatre très compacte des milieux de terrain pose beaucoup de problèmes au PSG. L’objectif des Marseillais est de mettre assez de présence dans l’axe afin de forcer Paris à aller sur les côtés (via Aurier et Maxwell) où le bloc tente de les y enfermer ensuite. Devant De Ceglie et Manquillo, Lucas Silva-Barrada d’un côté et Diarra-Alessandrini de l’autre resserrent les espaces, Cabella et Batshuayi oeuvrant sur les soutiens parisiens.

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Le 4-4-2 marseillais, avec deux premières lignes compactes dans l’axe pour gêner la circulation de balle parisienne.

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Lorsque Paris écarte côté, la position des milieux marseillais est importante afin de protéger l’intervalle entre le latéral et le central (ici Nkoulou-Manquillo). L’équipe réduit ensuite les espaces dans le couloir une fois la transmission arrivée au latéral. A noter dans l’axe le déplacement de Cabella qui permet de maintenir une présence dans le rond central… avant de se déplacer côté ballon pour contribuer à l’enfermement du porteur.

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De la défense à l’attaque : Marseille profite d’un ballon gagné dans les pieds de Cavani pour partir en contre dans le dos de Maxwell (5e).

Les Phocéens n’hésitent pas non plus à aller chercher la relance parisienne. Sur les relances de Trapp, ils quadrillent la moitié de terrain adverse afin de forcer l’Allemand à jouer long. Idem sur les touches où ils mettent beaucoup de densité côté ballon. En position basse, la bloc défensif resserre dans l’axe dès que les Parisiens parviennent à sortir la balle d’un côté. Alessandrini est ainsi auteur de plusieurs retours décisifs devant sa surface alors que Paris était parvenu à ressortir les ballons du côté droit (De Ceglie-Lucas Silva-Barrada).

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Sur les relances de Trapp, les Marseillais restent haut et mettent beaucoup de présence dans l’axe pour couper la relation entre défense et milieu.

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Sur les remises en jeu parisiennes, les Marseillais envoyaient jusqu’à 8 joueurs dans le camp adverse afin de bloquer toutes les solutions courtes. A noter, le positionnement de Barrada sur Verratti, qui permet habituellement à Paris de se tirer de ces situations.

En plus d’être très efficaces à la récupération durant les 20 premières minutes de jeu, les Phocéens se sont aussi montrés intelligents dans l’utilisation du ballon. Là encore, le changement de système a eu son importance puisque Cabella a eu un grand rôle à jouer en début de partie. Sa disponibilité dans le coeur du jeu a permis à l’OM de varier les approches et de sortir de l’animation stéréotypée des derniers matchs (l’ailier qui rentre, le latéral qui monte…).

La première attaque marseillaise (tir de Cabella, 2e) illustre bien cela puisque l’ancien Montpelliérain offre au départ une solution intérieure à Alessandrini, servi le long de la ligne de touche. Dès qu’ils parviennent à franchir la ligne médiane, les Phocéens sont à leur avantage offensivement : les déplacements d’Alessandrini ou Barrada à l’intérieur et les mouvements de Cabella et Batshuayi offrent beaucoup de solutions au porteur dans l’entrejeu, qui profitent en plus de l’apathie parisienne.

L’OM se crée aussi des situations intéressantes en contre-attaque grâce à des ballons récupérés sur les côtés. Aurier doit jouer les derniers remparts face à Barrada (5e) suite à un contre bien mené par Cabella depuis un ballon ressorti côté droit. Dans la foulée, c’est Alessandrini qui tente sa chance et Maxwell qui sauve les meubles en contrant le tir de l’ancien Rennais dans la surface. Finalement, Batshuayi débloque le compteur marseillais sur un bon centre de Barrada (30e).

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Première action du match, Alessandrini sert Cabella à l’intérieur. Ce dernier se joue de Verratti et s’en va tenter sa chance de loin (2e).

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Pour les Marseillais, les solutions ne manquent pas lorsque la ligne médiane et franchie et le pressing parisien relâché.

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Les Parisiens sont trop loin du porteur et ne parviennent pas à gérer les déplacements des attaquants marseillais.

Paris au petit trot : 

L’ouverture du score de Batshuayi intervient au meilleur des moments pour l’OM car elle coupe les Parisiens dans leur élan (30e). Jusque-là, les champions de France s’étaient en effet montrés dépassés dans l’engagement. Alors que l’OM n’a pas hésité à aller les chercher, ils se sont montrés incapables de mettre la même intensité dans la moitié de terrain adverse, jusqu’aux alentours de la demi-heure de jeu…

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Le PSG ne défend pas assez haut pour bloquer la relance courte de l’OM : Diarra récupère la balle et a tout le temps de se mettre dans le sens du jeu.

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En une transmission, il élimine l’ensemble du milieu parisien.

Offensivement, les joueurs de la capitale ont eu besoin de plusieurs minutes pour se mettre en route mais ils profitent des premières brèches dans le bloc marseillais à partir du milieu de la première mi-temps. Alors que le côté droit est bien verrouillé par Diarra-Alessandrini et Manquillo, les Parisiens se montrent dangereux à l’opposée : dès que Barrada et Lucas Silva baissent de rythme au niveau du pressing, Verratti, Aurier et surtout Di Maria attaquent les espaces entre Rolando et De Ceglie. En quelques minutes, le PSG se crée ainsi 3 grosses situations (22e, 25e, 28e).

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Verratti s’est défait de la pression de Barrada. De Ceglie défend extérieur sur Aurier, Lucas Silva ne peut intercepter la passe et c’est Di Maria qui s’en va au duel avec Rolando (au grand dam de Diarra qui signale le problème à ses partenaires dès le début de l’action).

Comme face à Bordeaux (2-2) ou Reims (1-1), les Parisiens ont donc été dans la réaction. Même s’ils ont réagi quelques minutes plus tôt, ils entrent véritablement dans leur match après l’ouverture du score phocéenne. Et cela se voit particulièrement dans leur comportement face à la relance adverse. Désormais, ils laissent beaucoup moins de solutions courtes à Mandanda, forçant ce dernier à allonger vers ses latéraux.

A la retombée, Aurier et Maxwell vont au duel avec De Ceglie et Manquillo. Si la balle n’est pas directement récupérée, Paris maintient alors la pression dans la moitié de terrain marseillaise grâce à Di Maria, Cavani, Verratti ou Matuidi, beaucoup plus près de Lucas Silva et Diarra qu’en début de partie. Si Diarra s’en sort techniquement (8/8 dans ses dribbles), Lucas Silva va voir son rendement baisser (27 ballons touchés de la 1ère à la 30e minute, seulement 24 jusqu’à sa sortie à la 85e).

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Ibrahimovic, Di Maria, Cavani et Matuidi forcent la relance longue de Mandanda. Le portier marseillais vise De Ceglie dans le couloir gauche.

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Aurier sort sur l’Italien et gagne son duel : Paris maintient la pression dans le camp phocéen. Pressé par Di Maria, Rolando renverse à l’opposée.

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Mais à la retombée, au lieu de reculer, Maxwell va au duel avec Alessandrini et récupère le ballon.

Si l’OM a manqué de réussite sur le premier penalty (Batshuayi qui tacle et met Ibrahimovic sur orbite…), c’est ce net regain d’agressivité des Parisiens dans leur moitié de terrain qui a provoqué le retournement du score en fin de première mi-temps. Sur la première action, si Batshuayi se jette, c’est d’abord pour tenter de récupérer un ballon qu’il vient de perdre, mis sous pression dans son propre camp par Thiago Silva. Même chose sur le second but, avec un corner obtenu suite à un ballon récupéré très haut par les Parisiens (Aurier face à De Ceglie, 42e).

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Revenus à 1-1, les Parisiens remettent la pression sur les Marseillais dès le coup d’envoi. A raison puisqu’Aurier va obtenir le corner du 2-1 dans les secondes qui suivent.

Deuxième mi-temps : 

Le retour des vestiaires est marqué par quelques ajustements faits de part et d’autre. Côté marseillais, Diarra revient en position d’axial gauche : Michel espère sans doute renforcer la protection devant De Ceglie et Rolando, mis en difficulté en première mi-temps. Côté PSG, c’est Verratti qui prend une nouvelle envergure dans le jeu, alors que l’équipe maintient le même niveau d’intensité au pressing.

Cantonné à son côté droit en première mi-temps, l’Italien se montre beaucoup plus mobile après la pause. Dès la reprise, on le retrouve ainsi à l’opposée de sa zone de jeu habituelle afin de permettre aux Parisiens de sortir du couloir. Cette disponibilité accrue dans l’entrejeu permet à Paris de mieux faire tourner le ballon et d’utiliser enfin la largeur du terrain pour attaquer. Bilan : une possession accrue (59-41% en deuxième mi-temps, contre 52-48% en première).

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Verratti se charge de la relance côté droit et alerte Ibrahimovic dans le rond central.

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Quelques secondes plus tard, il contribue à faire ressortir le ballon du petit périmètre dans lequel les Marseillais tentaient d’enfermer ses partenaires. Le PSG repart alors à l’opposée vers Aurier et Di Maria.

Lorsque Marseille repart de sa moitié de terrain, Verratti et Matuidi sortent à tour de rôle pour bloquer Diarra.

Si Paris retrouve un semblant de maîtrise technique (balle de 3-1 pour Aurier, 49e), l’OM a aussi des coups à jouer lorsque l’équipe parvient à déjouer le pressing haut parisien. L’équipe montre en effet de belles aptitudes sur attaque rapide, comme sur l’occasion amenant au penalty de Barrada (54e). Ces qualités réapparaissent aussi sur les deux dernières grosses occasions marseillaises de la partie (Batshuayi après une récupération haute, 57e et Cabella suite à une séquence lancée par un dribble de Diarra, 89e).

Malheureusement pour les Phocéens, ils butent sur un Kevin Trapp en grande forme dans ses cages : le portier allemand repousse toutes les tentatives et permet à Paris de garder l’avantage au score. Dans l’autre but, Mandanda brille aussi en écartant une tentative à bout portant de Pastore (77e). Entré en jeu, l’Argentin a tout fait sur cette séquence, la lançant sur un une-deux avec Di Maria avant d’être à la réception du centre à ras de terre de Cavani.

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Alessandrini vient de remettre le ballon dans la course de Lucas Silva suite à un ballon dégagé par Mandanda. Le Madrilène enchaîne vite et trouve Batshuayi, qui écarte vers Barrada côté gauche. Pris par le Marocain, Aurier concède le penalty.

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A l’origine de la dernière occasion marseillais, un ballon sorti par Diarra qui efface 7 Parisiens. Les Marseillais enchaîneront assez vite, permettant à Cabella de finir en bonne position face à Trapp. Mais le gardien allemand aura le dernier mot.

Conclusion : 

Malgré la défaite, l’OM de Michel a offert une opposition qui a forcé le PSG à s’employer pour s’en tirer avec les trois points de la victoire. Auteurs d’une superbe entame, les Marseillais ont même rivalisé en possession avec leurs adversaires durant la première demi-heure de la partie. Cependant, difficile de se projeter sur ce que sera l’équipe au retour de la trêve internationale car de nombreuses questions restent en suspens, la première concernant le système de jeu : le 4-2-3-1 était-il un « one-shot » ou le reverra-t-on dès la reprise ?

Côté parisien, pas de grande nouveauté : l’équipe a haussé son niveau de jeu face à l’adversité et a tout de même assez rapidement renversé le match après avoir concédé l’ouverture du score. Le public du Parc des Princes retiendra néanmoins le match-référence de Trapp dans ses cages : l’Allemand a directement contribué au succès des siens en repoussant les tentatives de Barrada et Cabella.

 

 

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4 Responses

  1. Hoss dit :

    Merci !

  1. 5 octobre 2015

    […] Lire la suite sur http://www.chroniquestactiques.fr… […]

  2. 6 octobre 2015

    […] Paris SG 2-1 Marseille, l’analyse tactique (Florent Toniutti, Les Chroniques Tactiques, 05/10/2015) : l’article apporte la confirmation que le changement tactique de Michel (4-3-3 en 4-2-3-1, comme l’année dernière sous Bielsa) a été payant. De plus, l’intelligence de jeu (dans les passes et les déplacements spontanés) des joueurs de cette saison (Cabella, Barrada, Diarra et Lucas Silva) permet à l’OM de faire jeu égal avec le PSG lors des 30 premières minutes et sur quelques séquences en 2nde mi-temps. Seule la défense, particulièrement N’koulou, extrêmement fébrile et l’italien De Ceglie pas au niveau et bien trop lent (Manquillo a gauche -DDD prenant sa place à droite- semble apporter plus de garantie) ont été les véritables points faibles de l’OM. […]

  3. 6 octobre 2015

    […] Lass au milieu de terrain en ajoutant Lucas Silva à ses côtés ? L’occasion de relire la chronique tactique de Florent Toniutti à propos du 4-2-3-1 de l’OM lors du match contre le […]

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