Paris SG 0-0 Marseille : l’analyse tactique

Au prix d’un match ennuyeux mais loin d’être inintéressant sur le plan tactique, l’OM de Rudi Garcia a réussi sa première sortie en ramenant un point du Parc des Princes. Bien organisés défensivement, les Marseillais ont réussi à couper les circuits préférentiels des champions de France en titre. Exceptées sur quelques séquences, ces derniers n’ont pas su trouver la faille, faute de mouvements et d’intensité dans les 30 derniers mètres.

Les compos :

Pour sa première avec sa nouvelle équipe, on s’attendait à ce que Rudi Garcia ressorte son traditionnel 4-3-3. Avec seulement quelques heures de vie commune avec le groupe marseillais, l’ancien coach du LOSC et de la Roma a opté pour un système plus défensif en 5-3-2. Côté parisien, pas de surprise : le XI titulaire est l’équipe-type du moment avec Di Maria et Lucas derrière Cavani et Rabiot pour accompagner la paire Motta-Verratti au milieu de terrain.

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Le premier plan de jeu de Garcia : 

Deux jours et autant d’entraînements : c’est le délai dont a bénéficié Rudi Garcia pour préparer son équipe à ce périlleux déplacement au Parc des Princes. Et quand le laps de temps est aussi court, on va le plus souvent à l’essentiel. Vu que Marseille n’allait certainement pas avoir le ballon face au PSG, son nouvel entraîneur s’est concentré sur la phase défensive.

Pour cela, il a ressorti Rolando du placard pour renforcer son arrière-garde. Ajouter un défenseur central n’était d’ailleurs pas un luxe tant l’OM avait connu des difficultés (et concédé des buts) sur les centres adverses depuis le début de la saison (voir : Marseille, une défense en chantier). Rolando s’est donc retrouvé aux côtés de Fanni et Doria, formant la base d’un 3-5-2 venu au Parc avant tout pour préserver ses cages inviolées.

Pas de pressing haut pour cet OM, mais un bloc médian pour faire face à la construction parisienne. La première ligne Gomis-Njie s’est concentrée sur la couverture de la zone de jeu habituelle de Thiago Motta. Derrière eux, Diarra chapeautait un milieu bricolé avec Anguissa à droite et Thauvin à gauche. Les deux hommes avaient pour consigne de suivre de près les deux relayeurs parisiens, Rabiot et Verratti, et ce même lorsqu’ils s’excentraient pour toucher le ballon.

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Les espaces qu’ils pouvaient laisser dans leur dos étaient comblés par Diarra et/ou les sorties de la défense de Doria et Fanni. Ces derniers ont en effet suivi plus d’une fois les décrochages de Lucas ou Di Maria afin de ne pas leur laisser le temps de se retourner et d’éviter à Paris de créer le surnombre dans le coeur du jeu. Même chose sur les côtés : Sakai et Bedimo se sont retrouvés dans des situations de un-contre-un, l’un s’opposant aux montées de Maxwell pour l’un, quand l’autre a dû couvrir les appels en profondeur d’Aurier.

Pendant la première heure de jeu, l’OM a plutôt bien tenu le choc, particulièrement au milieu de terrain. Les consignes spécifiques données à Thauvin et Anguissa (très orientées sur Verratti et Rabiot) auraient pu poser des problèmes puisqu’elles créaient des espaces autour de Diarra. Mais à l’inverse de Bordeaux qui a explosé là-dessus (lire : PSG 2-0 Bordeaux : l’analyse tactique), les Marseillais ont su les combler : en laissant peu de liberté à Motta pour les exploiter (travail Gomis-Njie), mais aussi avec le travail de Diarra, Doria ou Fanni pour densifier la zone.

Tactiquement, le plan n’était toutefois pas infaillible. Contraints de quitter la ligne défensive pour suivre Lucas ou Di Maria, Doria et Fanni – tout comme Sakai ou Bedimo sur les côtés – ont souvent laissé de l’espace dans leur dos. Pour peu que les milieux marseillais laissent trop de champ au porteur – ce qui pouvait arriver sur les longues séquences parisiennes -, ces espaces devenaient des zones à problèmes. Mais les joueurs d’Unai Emery n’ont pas mis assez de mouvement pour les utiliser correctement, en tout cas jusqu’aux entrées de Matuidi (60e) ou Jesé (75e).

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Autre souci pour les Marseillais, plus gênant celui-là : l’incapacité de l’équipe à attaquer. La stat’ a marqué les esprits à la fin du match, et à raison : l’OM n’a pas tiré une seule fois au but en 90 minutes de jeu. Leurs « situations » favorables se comptent elles sur les doigts d’une main, et se sont concentrées sur la deuxième mi-temps après l’entrée de Machach, intéressant dans un rôle hybride entre relayeur et animateur du couloir gauche.

Si attaquer n’était pas une priorité, Rudi Garcia s’est agacé plus d’une fois pendant la rencontre. A raison puisque c’était plus l’incapacité de ses joueurs à réaliser trois passes qui était alors en cause que le plan de jeu. Ces limites techniques peuvent poser des questions quant à la réelle marge de manoeuvre de Garcia pour hausser le niveau de l’effectif actuel, tant il est adepte d’un jeu rapide qui demande beaucoup de justesse pour être efficace. En attendant d’y voir plus clair dans ce secteur, l’OM a juste à retenir le bon point ramené de ce déplacement.

Le PSG et le manque de mouvement :

Lors de sa dernière sortie à domicile, le PSG avait peut-être réalisé sa meilleure prestation de la saison en Ligue 1 face à Bordeaux (2-0). A l’issue du match, nombreux étaient ceux qui se félicitaient du nouvel hybride parisien, « un PSG redevenu très Blanc en possession avec Motta-Verratti en chef d’orchestre, mais toujours Emery à la récupération et au pressing ». Mais une question se posait à la fin de notre analyse : « cela a suffit face à un Bordeaux désorganisé, mais peut-on vraiment garantir que la réussite sera la même contre une équipe plus armée ? »

Ce match face à l’OM a permis d’apporter une réponse à cela. Comme cela a été dit précédemment, le plan choisi par Rudi Garcia n’était pas sans faille (profondeur), mais il a eu le don de bloquer le circuit préférentiel des Parisiens. L’équipe d’Unai Emery n’a pas pu réciter SON football. Plus gênant, elle a eu beaucoup de mal à s’adapter par la suite. Certes, elle a beaucoup plus utilisé la profondeur après la pause, mais les joueurs ont manqué de justesse pour exploiter ces ballons.

Ce besoin d’appels et de profondeur explique les changements opérés par le technicien espagnol : si elle ne lui a pas plu, la sortie de Verratti au profit de Matuidi (59e) allait dans ce sens. Même chose pour l’entrée de Jesé à la place d’un Angel Di Maria très loin de son meilleur niveau (75e).

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Le problème, c’est que l’équipe n’a pas vraiment su se montrer dangereuse sur la durée face à un adversaire qui lui demandait d’en faire plus pour être déstabilisé. Plus de justesse technique, mais surtout plus de courses, plus d’appels… Bref, plus d’intensité ! On en revient à ce fameux terme qui accompagne le début de saison des Parisiens.

Lorsque l’adversaire est « en place », l’équipe parisienne est aussi pénalisée par le manque d’implication des défenseurs dans le processus de construction. Marquinhos et Thiago Silva ne prennent que très rarement la main dans ce secteur, préférant s’effacer au profit des milieux de terrain. Lorsque celui-ci est composé de Motta ou Verratti, cela peut se comprendre.

Pourtant, cela oblige ces derniers à rester très bas, souvent hors du bloc adverse, pour donner le tempo et lancer les offensives. Résultat (surtout pour Verratti et Rabiot), cela enlève des solutions susceptibles de se proposer entre les lignes… et cela provoque une dépendance accrue envers les joueurs présents dans ces zones-clés. Et quand ces derniers ne sont pas au niveau (comme Di Maria en ce moment), construire devient forcément plus compliqué, encore plus lorsque l’avant-centre ne s’insère plus dans ce jeu-là.

Seul (petit) rayon de soleil dans cette soirée bien terne pour les Parisiens, l’entrée en jeu de Hatem Ben Arfa. A 10 minutes de la fin (80e), l’ancien Niçois s’est positionné dans la zone de milieux marseillais forcément émoussés et a fait quelques dégâts (2 fautes subies) par ses prises de balle.

Il participe notamment à l’action menant à la plus grosse occasion parisienne (Cavani sur passe de Matuidi, 84e). Une big chance qui certes aurait pu permettre au PSG de l’emporter, mais qui était surtout la seule obtenue dans le jeu. Et c’est bien là leur plus gros problème dans ce match : Paris a réalisé l’une de ses pires prestations de la saison à domicile en terme de production offensive. L’autre remontait à la réception de Saint-Etienne et s’était déjà soldée par un match nul.

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9 réponses

  1. Ruddy dit :

    Jese aussi est bien rentré ils ont apporté de la vitesse. Je pense qu’il serait vraiment temps Emry apporte du changement. Di Maria est vraiment hors forme, Lucas moyen. Et à chaque construction il y a bcp trop d’hommes derrière le bloc comme évoqué. Ben Arfa et Jesé pourraient vraiment apporter quelque chose

  2. Benm dit :

    Ah je suis content de cette analyse pour moi le principal probleme de l’équipe depuis maintenant plusieurs années est le positionnement trop bas de La Défense centrale et des milieux relayeurs qui ne se projete pas, ce qui ne permet pas à l’équipe d’effectuer un pressing cohérent à la perte du ballon et d’être en surnombre aux abord de la surface lors des offensives, le bloc défensif du PSG joue trop dans un fauteuil, il prefere assurer ses arrières plutôt que d’épauler les attaquants dans les actions, après est-ce de la faute de La Défense centrale ou de Motta Verratti je ne sais pas…. on le voit sur les photos se sont des plans large avec le Psg qui a le ballon est pourtant les trois quart du temps on ne voit pas Thiago silva ou Marquinhos et Motta et Verratti sont tres loin des attaquants pas facile de construire une attaque dans ses conditions

  3. Jerome dit :

    On entends assez souvent que contre des sytèmes à 3 défenseurs centraux, la meilleure arme est d’avoir une attaque à 2 pointes. Pensez-vous que le PSG pourrait gagner à travailler un tel système avec une paire devant du type Jésé/Cavani , Ben Arfa/Cavani ou même JKA/Cavani?
    Merci en tout cas pour vos articles toujours très intéressants.

  4. claudius dit :

    Merci pour cette très bonne analyse et respect pour votre travail.
    Pour moi l’aspect psychologique dans l’application d’une tactique est fondamentale. Côté PSG , certains joueurs ont du mal à dépasser l’individualisme. Dans le foot, ce qui prime (comme dans l’univers d’ailleurs) c’est toujours l’intelligence collective. (cf Arrigo Sacchi – voir le documentaire http://www.universcience.tv/video-football-l-intelligence-collective-3342.html). Les pseudo-leaders du PSG sont fragiles psychologiquement et/ou sans humilité , (Thiago Silva, Verratti, Di maria, Thiago motta) entourés de gamins à recadrer sans arrêt (Aurier, Kurzawa), les autres suivent. L’année dernière tout le monde avait peur du boss de Rosengard. Malheureusement, il n’y a jamais de recadrage de la part de l’institution PSG (présidence). En face l’OM c’était solidarité et respect de l’idée collective de défendre (avec un Diarra costaud), c’est peut-être ennuyeux en terme de spectacle mais très intéressant à observer dans le parcours de l’OM et son contexte particulier.

  5. Sarfate dit :

    Toujours aussi cool de te lire .

  6. toujours très agréable de te lire. en espèrant en lire encore beaucoup. Je rejoins le commentaire précédent, la présidence est hors sujet, manque de respect au cadre de l’équipe voir le traitemet de sirigu, et companie… et laisse faire n’importe quoi les aurier… et pourquoi avoir recruter jese et ben harfa si c’est pour mettre ces joueurs en tribune, si le psg n’en avait pas besoin, fallait pas les recruter. Bref je pense que le problème est dans l’organisation et non au niveau des joueurs qui semblent perdu de ce fait

  7. lalokine dit :

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