Ligue 1 : la phase aller 2017-18 en stats

La Ligue 1 reprend demain. Notre tour statistique de la phase aller n’est pas encore bouclé, mais en voilà la deuxième partie. Après les gardiens, place aux performances globales des vingt équipes.

Possession et domination : 

Commençons par jouer les prolongations d’un article intitulé « Dominer, Tirer, Gagner ? », publié au mois d’octobre dernier et qui débutait par un graphique associant la possession de balle (%) et le Tir Ratio (%).

Petit rappel pour les retardataires, le Tir Ratio (%) permet de déterminer si, en moyenne, une équipe tire plus souvent que son adversaire. Il se calcule ainsi : Tir Ratio = Tirs Tentés / (Tirs tentés + Tirs concédés). Et évidemment, les équipes ayant un ratio supérieur à 50% tirent plus souvent que leurs adversaires.

Avec le changement de style de l’Olympique Lyonnais, on ne distingue plus que 4 équipes ayant une possession importante cette saison : le PSG, Nice, Marseille et Lille. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’OM a conservé un pourcentage assez fort (> 55%) malgré le changement de système, présumée plus défensif, en cours d’exercice (4-2-3-1).

En bas à droite du tableau, ce n’est pas une surprise de retrouver l’OGC Nice et le LOSC… même si ce n’est pas pour les mêmes raisons. On sait que l’équipe de Favre privilégie la qualité à la quantité au moment d’attaquer (on en aura d’ailleurs la confirmation par la suite) et tire moins souvent que son adversaire.

Pour Lille en revanche, ce sont bien les limites de l’équipe qui expliquent sa position. L’arrivée de Christophe Galtier devrait changer beaucoup de choses durant la phase retour et les nordistes pourraient bien se retrouver dans une partie du tableau complètement différente en mai prochain.

A l’extrémité gauche du classement, la position du FC Nantes qui interpelle forcément. Cinquièmes du classement, les Canaris ont la 19ème possession du championnat, coincés entre les promus troyens et amiénois. Le chiffre rappelle forcément Leicester, champion d’Angleterre en 2016 avec la 20ème possession de la saison. Les similitudes sont même assez impressionnantes entre les deux équipes puisque Nantes affiche à la trêve 44,8% de possession et un Tir Ratio de 50,1% alors que Leicester avait fini la saison avec… 44,7% de possession et un Tir Ratio de… 50,2% !

Dans cette partie gauche du tableau, deux équipes se distinguent en tirant plus souvent que leurs adversaires malgré une possession inférieure : il s’agit de Caen et de Montpellier. Bonne surprise du début de saison, les Normands ont depuis été dépassés par des Héraultais auxquels il ne manque pas grand chose pour afficher de vraies ambitions lors de la phase retour (voir par ailleurs).

Avant de passer aux Expected Goals, penchons-nous sur d’autres Ratios : ceux concernant les tirs cadrés et aux Big Chances. Parce que tirer plus souvent au but que son adversaire ne signifie pas forcément cadrer plus ou avoir plus de grosses occasions.

On en parlait quelques lignes plus tôt. Une seule équipe accompagne le PSG, l’OM, l’OL et l’ASM dans les deux tableaux : le Montpellier Hérault. Comme quoi, leur invincibilité face à ce Big Four ne sort peut-être pas de nulle part. L’équipe de Michel der Zakarian est le seule parmi les 16 autres de Ligue 1 à tirer, cadrer et avoir en moyenne plus de grosses occasions que ses adversaires. Une performance de taille qui montre que sa 7ème place est loin d’être usurpée (en attendant mieux ?).

En assez bonne position au Big Chances Ratio (6ème), les Girondins de Bordeaux sont eux plombés par leur manque de précision en attaque (28,13% de tirs cadrés, 18ème). Auteur d’un seul but depuis le début de la saison, Nicolas de Préville illustre bien cette impuissance en affichant un assez terrible 6/36 au tir (16,6% de tirs cadrés). François Kamano (8/34) et Lukas Lerager (5/25) ne font pas beaucoup mieux. Plus bas dans le classement, le Toulouse FC qui souffre des mêmes maux.

Dans la moitié gauche du tableau, on commence aussi à voir les effets de l’approche tactique de l’OGC Nice en attaque. L’équipe tire moins au but que ses adversaires, mais elle cadre plus (40,16% de tirs cadrés, 2ème derrière Lyon) et elle se crée (un peu) plus de grosses occasions. C’est d’ailleurs la seule dans ce cas parmi les formations dont le Tir Ratio est inférieur à 50%.

Les attaques : 

Place désormais aux Expected Goals avec le volet offensif pour débuter. Le graphique ci-dessus permet de visualiser plusieurs choses en un coup d’oeil. De gauche à droite, les équipes sont classées en fonction de leurs Expected Goals (indiqué au sommet de chaque barre bleue), du plus élevé (PSG) au plus faible (Amiens).

Les parties vertes et rouges illustrent la sur- ou la sous-performance de chaque équipe. Le vert représente les buts marqués en plus des Expected Goals alors que le rouge symbolise la sous-performance, qui tire le bilan offensif vers le bas.

Premier constat : si les quatre équipes de tête ont plané sur la phase aller, c’est avant tout grâce à leurs attaques. Le PSG, l’OL, l’OM et l’ASM sont un voire deux crans au-dessus de la concurrence dans ce domaine, tant en terme de production (xG) que de performance. Les quatre équipes font mieux que ce qui est annoncé par le modèle, même si toutes ne sont pas sur le même rythme. En délicatesse avec ses buteurs (Germain, Mitroglou), l’OM pourrait devenir une équipe encore plus dangereuse si ces derniers se mettaient en route sur la phase retour.

Derrière ce quatuor, Dijon se détache avec la 5ème meilleure attaque du championnat malgré une production moyenne (11ème). Les Dijonnais récoltent en partie les fruits d’un mercato réussi. La saison dernière, Sliti et Saïd s’étaient distingués par leurs performances en terme de xG et de buts inscrits. Ils sont aujourd’hui encore en sur-performance (surtout Saïd), tandis Jeannot, Tavares et Kwon leur emboîtent le pas. Bref, c’est d’abord grâce à ses talents que Dijon se maintient en milieu de tableau.

Le talent, c’est sans doute ce qu’il manque à l’AS Saint-Etienne à l’heure actuelle. Malgré une production offensive identique, les Verts ont mis 10 buts de moins que le DFCO. Ils ne sont pourtant pas les plus mauvais élèves devant le but puisque la palme revient au Stade Malherbe de Caen, qui a quasiment mis 10 buts de moins que ce qui était attendu. Alors que Dijon a 4-5 joueurs capables de faire la décision, Caen ne s’appuie aujourd’hui que sur deux buteurs, Rodelin et Santini, qui plus est en situation de sous-performance.

Après ces constats, tentons de trouver des explications. Pour qu’une équipe sur-performe devant le but adverse, elle peut compter sur :

  • le talent de ses attaquants
  • des positions de tir plus intéressantes

En cela, le xG.tir peut parfois permettre de comprendre pourquoi une équipe, qui ne sortirait pas particulièrement du lot au niveau de sa production globale, peut se révéler performante en attaque. Le tableau ci-dessous croise le nombre de tirs tentés par match (volume) et le xG.tir (qualité).

Côté Big Four, derrière les intouchables parisiens, on note une vraie progression de l’Olympique Lyonnais par rapport à notre point du mois d’octobre. A l’époque, l’OL était à moins de 0,12xG.tir. Il est désormais à 0,136 et lorgne vers les 0,140. En résumé, l’équipe se crée de bien meilleures situations de frappe qu’en début de saison.

Elle est certainement bien aidée par l’installation de Houssem Aouar dans le onze de départ. Le jeune Lyonnais est en effet l’un des joueurs dont les passes-clés (dernières passes) sont les plus intéressantes puisqu’elles donnent, en moyenne, plus de 20% de chances de marquer à ses partenaires (0,208 xA.passe-clé). Le fait que Mariano ait découvert le concept de passe a aussi changé la donne, ce dernier suivant de près son partenaire sur cette stat-clé (0,190 xA.passe-clé).

Dans la partie gauche du tableau, la position de Nice laisse espérer une progression de leur part. Offensivement, tous les voyants sont au vert avec plus de tirs cadrés que l’adversaire (tableau 2), plus de grosses occasions (tableau 3) et des tirs d’assez bonne qualité (0,118 xG.tir). Problème jusque-là, aucun attaquant ne tient la cadence individuellement à l’exception de Mario Balotelli. Le jour où Pléa retrouvera ne serait-ce que son rythme de la saison dernière (il en est encore assez loin), l’attaque offrira un visage bien plus intéressant.

Du côté des équipes très performantes à la finition, on voit que Dijon et Amiens ne s’appuient pas forcément sur des occasions de grande qualité. Une lecture qui est confirmée par le tableau précédent, qui présentait le Big Chance Ratio des deux formations (16ème et 19ème). Pas forcément mieux loti, le Stade Rennais s’en sort lui aussi très bien. On a là trois équipes qui peuvent remercier certains de leurs talents, qui se sont montrés particulièrement efficaces sur cette phase (Mubele, Khazri, Bourigeaud pour Rennes, Manzala et Konaté pour Amiens).

Les défenses : 

Même procédé que tout à l’heure en s’attaquant désormais aux performances défensives. Première observation, le Big Four est beaucoup moins dominateur puisque si le PSG est toujours en tête (15,39xGc), il est suivi de très près par Montpellier (15,58 xGc) alors que Lyon est relégué à la 6ème place, Marseille à la 8ème et l’AS Monaco à la 11ème.

On peut d’ailleurs se demander comment Monaco parvient à s’en tirer avec la 4ème meilleure défense du championnat malgré un xGc aussi moyen. En 2014-15, les Monégasques avaient déjà sur-performé dans ce domaine, l’équipe terminant l’exercice en ayant encaissé 10 buts de moins que prévu.

Durant cette saison, ils avaient néanmoins pu compter sur un très grand Danijel Subasic, auteur de l’une de ses plus belles performances sur 38 journées. Aujourd’hui, le portier croate ne permet pas d’expliquer la performance de l’équipe puisqu’il se situe simplement dans la moyenne des gardiens de L1 sur la phase aller. L’explication est donc ailleurs. Certains parleront de chance, d’autres y verront une limite du modèle statistique. On vous laisse juges.

Même la qualité des tirs concédés par l’ASM ne permet pas de trancher. Ces derniers ont en effet concédé des tirs en moyenne légèrement plus dangereux que Bordeaux mais ils ont pourtant pris 10 buts de moins. On l’a vu dans un précédent article : les Bordelais ont aussi été plombés par les performances de Benoît Costil dans les cages. Un tel écart reste toutefois difficile à expliquer.

Puisque l’on parle des gardiens, ce graphique permet de remettre en avant certains noms évoqués dans notre article sur le sujet. Le Stade Rennais peut notamment remercier Tomas Koubek, auteur de pas mal d’exploits sur sa ligne qui ont compensé le fait que l’équipe a en moyenne concédé les positions de tir les plus dangereuses. 19ème de ce classement, Angers n’a pas eu cette chance et espère mieux s’en tirer avec Ludovic Butelle.

Tout en bas du tableau, ce sont Nantes (0,079 xGc) et surtout Amiens (0,080 xGc) qui interpellent puisqu’elles concèdent en moyenne les tirs les moins dangereux du championnat. Une solidité qui apporte des certitudes sur le plan défensif et permet par exemple à Amiens, qui subit très souvent les débats (20ème au Tir Ratio), d’attendre son heure et/ou l’erreur adverse.

Conclusion : 

S’il fallait pronostiquer à l’instant T les deux équipes qui accompagneront le PSG en Ligue des Champions la saison prochaine, les chiffres développés ci-dessus privilégieraient sans doute Lyon et Marseille, en tablant sur la fin de l’immunité défensive de l’AS Monaco. Mais ce serait sans prendre en compte la probable progression des hommes de Leonardo Jardim sur la phase retour.

De la même façon, on serait en droit d’attendre un rebond de Bordeaux, si tant est que ses deux extrémités (gardien et avant-centre) soient plus performantes, ou une confirmation du décollage de l’OGC Nice entrevu durant les dernières journées de la phase aller. Dans l’autre sens, il sera sans doute difficile pour Amiens de rester bien au chaud en milieu de tableau.

Mais s’il ne fallait garder qu’une seule équipe à analyser, ce serait Montpellier. Les Héraultais ont presque tous les voyants au vert à l’exception de leur performance devant le but adverse. Joueur le plus prolifique de l’équipe en terme de tirs/match (3,19), Giovanni Sio n’a malheureusement pas l’efficacité qui devrait aller avec son statut d’avant-centre. A sa décharge, il accomplit déjà énormément d’efforts, et ce des deux côtés du terrain. Pour le réalisme, la solution viendra peut-être d’Isaac Mbenza, buteur à trois reprises depuis décembre (Angers x2 et Bordeaux) et en avance sur ses Expected Goals à l’heure actuelle.

1 réponse

  1. Samsagus dit :

    Bravo pour le travail réalisé.
    Les Expected Goals ne sont qu’une modélisation statistique du foot mais l’analyse croisée qui en est faite là est très fouillée et apporte un éclairage vraiment intéressant sur certaines dynamiques de la Ligue Confo.

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