Marseille : la première du 3-5-2

Après le 4-3-3 et le 4-4-2 en losange, José Anigo poursuit ses essais sur le banc de l’OM. Dimanche soir, ses joueurs se sont présentés sur la pelouse de Geoffroy-Guichard en 3-5-2. Bousculés en début de partie, les Marseillais ont gagné en solidité au fil de la rencontre, pour finalement repartir de Saint-Etienne avec un point. De quoi renouveler l’expérience dans les semaines à venir ?

La composition : 

Après l’annonce du système de jeu et du onze de départ, la première question concernait l’organisation de la défense. Si Morel et Djadjedje allaient forcément occuper les couloirs, il s’agissait de savoir comment Nkoulou, Mendes et Diawara se répartiraient les tâches derrière, tout en sachant que dans un tel système, il revient souvent aux deux stoppeurs excentrés le soin d’effectuer la première relance. Nkoulou s’est retrouvé dans l’axe de la défense, Lucas Mendes travaillant côté Morel et Diawara avec Djadjedje. Dans l’entrejeu, on retrouvait les éléments qui composaient le dernier milieu en losange de l’OM avec Ayew et – toujours – Payet pour encadrer Romao devant la défense. Devant, Valbuena évoluait comme d’habitude en soutien de Gignac.

A cette organisation, Saint-Etienne a répondu en adaptant son système de jeu habituel : au lieu d’évoluer avec une pointe basse au milieu de terrain (Clément), les Verts étaient en 4-2-3-1/4-4-1-1 avec Cohade en soutien de Brandao. Le rôle du milieu stéphanois était d’accompagner Brandao dans son pressing afin de, au mieux, bloquer la relance marseillais sur un demi-terrain en étant actif défensivement depuis le rond central. Cela permettait au deuxième rideau (les milieux de terrain) d’être plus compact afin de pouvoir suivre les déplacements de Payet ou Ayew lorsque ces derniers décrochaient tout en limitant les intervalles.

Face à la relance marseillaise, Brandao et Cohade se positionnent pour la bloquer sur un demi-terrain. En deuxième rideau, les milieux se resserrent et font le pressing sur leurs adversaires directs.

Face à la relance marseillaise, Brandao et Cohade se positionnent pour la bloquer sur un demi-terrain. En deuxième rideau, les milieux se resserrent et font le pressing sur leurs adversaires directs. Ici, Lemoine sort sur Ayew. A noter le positionnement de Valbuena, qui se place dans l’intervalle laissé par le milieu stéphanois sorti au pressing et qui va peser dans la suite des débats.

Avec le ballon : le 3-5-2 favorise la possession de balle

Le 3-5-2 est un système qui favorise la possession de balle, surtout face à un adversaire qui ne s’appuie que sur une seule pointe. Au cours des premières minutes de jeu dimanche soir, l’OM a logiquement pris possession du ballon. Grâce au surnombre face à la première ligne stéphanoise, les défenseurs étaient en mesure de faire tourner le ballon sans difficulté, usant parfois des appuis de Romao, Ayew ou Payet (malgré le pressing de Clément et Lemoine).

Maîtres du ballon, les Marseillais avaient en revanche beaucoup de mal à le porter dans le camp adverse. La raison ? La bonne pression stéphanoise dans le premier quart d’heure, qui les bloquait au niveau du rond central. Ayew et Payet étaient bloqués par Lemoine et Clément, tandis que l’activité de Cohade et Brandao ainsi que des ailiers limitait Diawara et Mendes dans leurs tentatives de porter eux-mêmes le jeu dans le camp adverse balle au pied.

Les Marseillais ont dû attendre une bonne demi-heure pour trouver la solution. Et cela est notamment passé par les décrochages de Valbuena au milieu de terrain. Du 3-5-2, l’OM pouvait ainsi passer en 3-2-4-1. L’un des milieux relayeurs décrochait (ex : Ayew) afin d’attirer un adversaire direct (ex : Lemoine) ; dans le même temps, Valbuena redescendait lui aussi afin de demander le ballon dans l’espace abandonné par le milieu stéphanois sorti au pressing. Aidés par la baisse de rythme de la première ligne stéphanoise (face à Mendes et Diawara), les Marseillais ont ainsi pu mettre le pied sur le ballon et enfin pénétrer dans le camp adverse.

Mais ce besoin de multiplier les solutions pour permettre la relance (décrochages de Ayew puis de Valbuena) avait évidemment des conséquences sur la suite des évènements. Les Marseillais n’avaient que très peu de solutions aux avants-postes pour attaquer la défense stéphanoise. Gignac s’est retrouvé très esseulé à la pointe de l’attaque, et les rares opportunités intervenues dans le jeu sont venues de mouvements rapidement déployés sur les ailes. La première occasion marseillaise a d’ailleurs bien symbolisé ce problème : Valbuena lance l’attaque depuis son camp, après être redescendu aux côtés de Ayew ; Payet relaie l’action entre les lignes stéphanoises et décale Morel qui centre pour Gignac (27e).

Marseille a besoin du décrochage de Valbuena et de Ayew pour défaire le pressing stéphanois. Payet joue les relais entre les lignes, et lance Morel sur l'aile.

Valbuena redescend à hauteur de Ayew afin de mettre le pied sur le ballon. Il profite de la passivité de Lemoine, qui ne veut pas se faire éliminer par le dribble pour trouver Payet dans l’espace entre les lignes vertes. Ce dernier lance ensuite Morel dans l’espace.

Bref, l’OM s’est heurté à l’un des soucis classiques pour les équipes qui « débutent en 3-5-2 » : la difficulté de l’animer offensivement. Plus que dans d’autres systèmes de jeu, il revient aux défenseurs centraux de prendre leur responsabilité en ce qui concerne la relance. Plus ils sont efficaces dans ce domaine et plus les milieux peuvent évoluer haut… Plus les milieux sont haut, plus il y a de solutions en attaque etc…

Sans le ballon : une vraie progression sur 90 minutes 

L’incapacité des Marseillais à développer leur possession de balle dans le camp adverse en début de partie a permis à Saint-Etienne de prendre l’ascendant au bout de quelques minutes de jeu. Afin de répondre à la première ligne Gignac-Valbuena, Clément décrochait entre ses défenseurs centraux afin de créer le surnombre. Ni Ayew ni Payet ne réagissaient à son déplacement ; cela a permis à l’ancien milieu de terrain du PSG de faire courir les attaquants marseillais avec Sall et Perrin, jusqu’à ce que l’un des 3 soit décalé afin d’effectuer la relance. Dans une situation similaire, le Téfécé, qui aujourd’hui maîtrise le 3-5-2, répond par la sortie d’un de ses milieux de terrain en pointe du pressing. Face à Monaco il y a quelques semaines, Regattin sortait par exemple de sa moitié de terrain pour répondre aux décrochages de Toulalan entre ses défenseurs.

Longtemps en première mi-temps, Saint-Etienne a profité de cet avantage numérique à la base de sa construction pour attaquer les côtés, où Morel et Djadjedje se retrouvaient seul face à deux adversaires (Hamouma et Zouma pour le premier, Tabanou et Trémoulinas pour le second). En début de match, les latéraux marseillais tentaient de jouer haut, afin de bloquer les latéraux adverses. Dans son couloir, Djadjedje a souvent été battu par le jeu long de Perrin, qui profitait de l’absence de pression pour ajuster des transversales dans son dos vers Tabanou. Soutenu ensuite par Cohade et Trémoulinas, le gaucher de l’ASSE portait ensuite le danger sur l’aile.

Grâce au décrochage de Clément, non-compensé par Ayew ou Payet, Saint-Etienne est en surnombre face à Valbuena et Gignac. Perrin en profite pour jouer long, et viser l'espace dans le dos de Djadjedje, pris entre Trémoulinas et Tabanou.

Grâce au décrochage de Clément, non-compensé par Ayew ou Payet, Saint-Etienne est en surnombre face à Valbuena et Gignac. Perrin en profite pour jouer long, et viser l’espace dans le dos de Djadjedje, pris entre Trémoulinas et Tabanou.

Cette capacité de Saint-Etienne à jouer dans le dos de ses latéraux a forcé l’OM à revoir sa copie : Morel et Djadjedje ont reculé d’un cran, transformant le 3-5-2 en 5-3-2. Fini le jeu long sur les ailes. En revanche, bonjour les montées des latéraux adverses. Désormais sans adversaire direct, Zouma et – surtout – Trémoulinas se sont retrouvés à l’origine de plusieurs mouvements offensifs. Si le futur joueur de Chelsea se heurtait à l’activité défensive de Ayew, qui aidait à la fermeture du couloir, l’ancien Bordelais a longtemps profité de la passivité de Payet pour attaquer la défense marseillaise, toujours avec les mêmes soutiens (Cohade, Tabanou).

Après la pause, les Marseillais ont réglé la plupart des problèmes rencontrés en première mi-temps. Ils ont beaucoup mieux quadrillé leur moitié de terrain, réglant notamment les problèmes posés par les décrochages de Clément et les montées de Trémoulinas. En couverture, Diawara anticipait sur les longs ballons afin d’être présent dès la retombée et bloquer Tabanou sur l’aile gauche. Au-delà de ces solutions trouvées, les Phocéens ont surtout donné l’impression de fonctionner enfin en bloc, resserrant les distances entre eux et coulissant ensemble sur la largeur au lieu de laisser d’énormes brèches dans leur dos ou des espaces dans l’entrejeu.

Après la pause, l'OM a rectifié le tir :

A défaut de presser la relance stéphanoise, l’OM répond désormais au décrochage de Clément par la sortie de Payet à hauteur de Gignac et Valbuena. La fermeture du couloir est aussi mieux assurée grâce à Djadjedje et Diawara désormais au contact de Trémoulinas et Tabanou.

Conclusion : 

Si son animation offensive a laissé à désirer de la première à la dernière minute de la partie, malgré quelques fulgurances, le 3-5-2 de l’OM a certainement regonflé sa défense. Certes, l’équipe a dû s’ajuster en cours de match et Saint-Etienne a peut-être payé l’inconstance de son attaque (Brandao en-dessous malgré son but, Cohade qui a eu du mal à redoubler les courses et les efforts après un début de match réussi). Mais au final, ce sont bien les Phocéens qui ont donné l’impression de monter en puissance en se montrant de plus en plus solides au fil de la rencontre. La marge de progression est encore très grande, notamment sur le plan du pressing et de l’animation offensive. Mais l’OM s’est peut-être trouvé une base de travail plus saine qu’avec les systèmes à 4 défenseurs, qui ont notamment fait ressortir les faiblesses de sa défense depuis le début de saison.

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4 réponses

  1. the teacha dit :

    Je ne crois pas à la durée de ce système car l’OM n’a que 3 stoppeurs et si l’un des 3 se blessent, il faudra repasser à un systeme a 4 defs à plats.
    Ensuite, ce systeme se travaille sur la durée comme Toulouse qui le prépare depuis le mois de juillet, c’est pas entre 2 matchs que l’OM va améliorer son animation offensive qui est trés pauvre

  2. higgins dit :

    salut et merci ce systéme me rappelle celui utilisé par Raymond la science, mais ici les trois offensifs sont pour l’instant moins percutants et efficaces que le trio papin waddle pelé…
    @the teacha, on peut ulitliser Fanni en stoppeur il l’a déjà fait à Rennes et sous Deschamps…se pose le problème de l’arrière droit si Bddd se blesse…
    A noter qu’Anigo à jouer avec ce systéme en 2004 avec hemdani en libéro, et meriem à la place de valbuena et une attaque marlet drogba…
    Vu la faiblesse de la défense et de la baisse de régime de N’koulou j’y vois de l’avenir pour cette config surtout que PSG risque de joue ravec deux attaquants (ibra+cavani)

  3. higgins dit :

    @higgins
    oups désolé pour les fautes « a joué » ;-)

  4. hamada jambay dit :

    the teacha
    D’accord avec Higgins, Fanni serait parfait en stoppeur droit dans ce système, et Romao ferait l’affaire, sans compter ALoe et Andonian.
    En reanche, le système de 2004 est clairement avec un meneur en soutien de deux attaquants DD et Marlet ou Battles) et deux récupérateurs purs (N’Diaye, Flamini) ce qui le rend, je crois, bien différent, avec notamment un jeu aujourd’hui beaucoup moins direct.

    Merci pour l’article.

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