Marseille : une défense en chantier

Dix-septième du classement avant de recevoir Nantes dimanche, l’OM s’est offert une bouffée d’air frais en s’imposant face aux Canaris (2-1). S’il offre un peu de répit à Franck Passi et à son staff, ce succès ne doit toutefois pas masquer les problèmes récurrents rencontrés par la défense de l’OM depuis le début de la saison. Car Nantes a largement eu les opportunités pour marquer plus d’un but au Vélodrome.

Le 4-4-2 et la défense collective : 

Lors de la 3ème journée face à Lorient, l’OM a décroché son premier succès de la saison en 4-4-2 avec le duo Gomis-Iseka aux avants-postes et un Cabella repositionné sur le côté gauche.

En l’espace de 90 minutes, Franck Passi et ses joueurs avaient fait mentir le Laurent Blanc de 2011, qui annonçait à l’époque : « au plus haut niveau, le 4-4-2 n’existe plus ». Depuis, l’Atletico Madrid de Diego Simeone est passé par là, mais c’est une autre histoire. Revenons à l’OM : après cette première victoire en L1, le 4-4-2 est apparu comme un système intéressant pour cette équipe en reconstruction.

Pourquoi pas après tout : dans ce système, les postes sont quasiment tous doublés. Face à Nantes, Passi a poursuivi dans cette voie en titularisant Njié aux côtés de Gomis en attaque. Autour des deux anciens Lyonnais, Cabella et Thauvin occupaient les ailes. Le duo Anguissa-Vainqueur – en attendant Diarra – devait tenir l’entrejeu devant une défense composée de Sakai, Fanni, Doria et Bedimo.

Le problème, c’est que le 4-4-2 de l’OM n’est pas accompagné des principes de jeu qui doivent normalement le régir. Prenez l’exemple de l’Atletico ou – plus proche du niveau de la Ligue 1 et de l’OM – la reconstruction en cours du côté de Bordeaux avec Jocelyn Gourvennec.

Qu’il soit colchonero ou marine et blanc, le 4-4-2 est d’abord un système de récupération collective du ballon. Pour citer Jocelyn Gourvennec, le coach girondin : « je ne trouve pas de système plus cohérent pour défendre collectivement. » Il permet de bien quadriller le terrain. Si les lignes bougent bien ensemble, elles doivent permettre de récupérer le ballon via des prises à 2 voire à 3 joueurs.

Le problème, c’est que les orientations défensives de l’OM sont aujourd’hui beaucoup trop focalisées sur les adversaires pour que le système puisse fonctionner correctement.

L’exemple le plus flagrant se trouve évidemment sur les ailes, où les latéraux sont souvent abandonnés à des un-contre-un parce que leurs ailiers ne défendent réellement que sur le latéral adverse. Ces mêmes ailiers abandonnent aussi leurs milieux de terrain lorsque leur pressing est sauté. Résultat, les deuxièmes ballons sont pour l’adversaire.

Ce manque de cohésion entre les joueurs atteint son paroxysme dans la surface de réparation avec l’absence d’aide de la part des milieux défensifs sur les centres, et ce même en cas de supériorité numérique adverse ! Mais puisqu’ils n’ont pas d’adversaire direct à surveiller…

L’orientation sur l’homme est ce qui permet à une équipe d’aller presser haut l’adversaire et de forcer ses relances. L’OM a d’ailleurs montré qu’il était capable d’être efficace sur de telles séquences. Les problèmes apparaissent justement lorsque ce pressing est sauté et qu’il s’agit de retrouver un bloc-équipe afin de défendre.

Ce manque de cohésion peut rappeler à certains le Bordeaux de la saison dernière dirigé par Willy Sagnol : capable d’aller chercher haut ses adversaires, il a ensuite pêché par manque de cohésion sur les autres phases défensives (repli, couverture…), laissant la part balle aux duels malgré une défense sans individualité très forte.

Face à Nantes dimanche, c’est le vétéran Rod Fanni qui a enfilé le costume de pompier de service à plusieurs reprises pour sauver ses partenaires. Mais l’OM peut-il s’en remettre au talent d’un seul joueur pour tenir la baraque pendant la trentaine de matchs restants ? Difficile à croire… Il suffit de repenser au naufrage de Hubocan contre Rennes, lui qui avait fait de bons débuts auparavant.

Un déséquilibre dangereux :

L’autre problème pour la défense de l’OM réside dans… sa manière d’attaquer. Plusieurs fois face au FC Nantes, les Phocéens ont été pris en flagrant délit de déséquilibre. Et il n’a manqué aux Nantais qu’un peu de justesse technique ou de meilleurs choix pour en profiter.

Adjoint de Marcelo Bielsa pendant plus d’une saison, Franck Passi a certainement tiré pas mal de choses de l’enseignement de l’Argentin. Lorsque l’on voit Anguissa ou Vainqueur se projeter jusque dans la surface adverse, on ne peut que repenser à cette douce époque de folie argentine.

Le problème, c’est qu’avec Bielsa, ses projections venaient à la conclusion de circuits de passes répétés à l’entraînement. L’équipe se projette en nombre une fois que le décalage est crée ou sur le point de l’être. La liberté n’intervient qu’une fois le ballon arrivé dans de bonnes conditions dans les 30 derniers mètres.

Or sur les mouvements développés dans la vidéo ci-dessus, les montées se font alors que l’équipe est encore en train de construire. Le résultat est sans appel : à la perte, l’OM n’est pas en mesure de réagir et l’adversaire peut ressortir facilement.

Conclusion :

Au-delà de tous les détails mis en exergue dans cet article, le plus grand souci de cet OM réside peut-être dans son manque d’intensité collective. Plusieurs fois, que ce soit avec ou sans le ballon, les joueurs qui ne sont pas directement concernés par une action restent de simples spectateurs.

En phase offensive, cela donne le 1 contre 2 perdu par Florian Thauvin et l’absence de soutien ou de joueur dans son dos pour bloquer la sortie de balle. En phase défensive, cela donne un Rekik abandonné par ses partenaires sur le débordement de Cyprien.

Ce problème, ennuyeux puisqu’il annihile quasiment la possibilité de prise à deux ou trois, pourrait ne pas être aussi important si les joueurs loin de l’action n’avaient pas non plus les yeux rivés dessus. On en vient à la gestion des centres adverses avec la passivité étonnante des milieux défensifs, qui abandonnent beaucoup trop souvent leur défense.

Bref, en attendant le nouveau président, le nouveau coach et les nouvelles recrues (pour cet hiver), le chantier est énorme pour cet OM capable d’être séduisant offensivement mais très loin d’être un collectif digne de la première moitié de tableau de Ligue 1 sur le plan défensif.

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4 réponses

  1. Iniesto dit :

    Salut Flo, j’ai une question à propos de la première vidéo.
    Admettons que comme tu le suggères, les milieux défensifs entrent dans la surface pour éviter le surnombre à la réception des centres. Ne penses-tu pas que cela laisserai un espace libre en retrait à l’entrée de la surface ? Comme ça été le cas lorsque Gillet tire sur la barre.

  2. A partir du moment où il n’y a aucun adversaire dans leur zone, et qu’ils voient clairement que leurs partenaires dans la surface sont en situation d’égalité voire d’infériorité numérique, quel est l’intérêt d’attendre tranquillement à l’entrée de la surface ?

    Quant au tir de Gillet, c’est parce que Khaoui est allé bloquer des espaces à l’opposée.

  3. Iniesto dit :

    Oui en effet je suis d’accord.
    Dans cette même vidéo, l’action contre Rennes nous donne un autre élément montrant que certains problèmes viennent des consignes données à Thauvin et Cabella. (Se focaliser uniquement sur leurs latéraux respectifs) Cabella (je crois en bas de l’écran) anticipe l’appel de son latéral adverse sur l’extérieur. Ce qui permet au porteur de balle rennais de rentrer dans le coeur du jeu, lever les yeux et trouver Grosicky de l’autre côté.

  1. 28 septembre 2016

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