Marseille : sur les problèmes d’alignement en défense

Samedi dernier au Moustoir (1-1), l’OM a été sauvé par une nouvelle grande performance de Steve Mandanda. Auteur de 9 arrêts, le portier marseillais a préservé le point du match nul sur la pelouse de Lorient, ne craquant qu’une seule fois face à Majeed Waris.

Sur cette action justement, comme sur beaucoup d’autres, il a été délaissé par sa défense. Incapable de s’aligner correctement, celle-ci a permis à Mesloub de trouver son buteur en bonne position. C’est loin d’être une première puisque les 31 buts encaissés par l’OM cette saison, 6 ont été la conséquence directe d’un mauvais alignement de son arrière-garde.

– Face à Lyon à l’aller (à l’origine du penalty obtenu par Lacazette) : 1-1.
– Face à Nice à l’aller (but de Germain) : 0-1.
– Face à Montpellier au Vélodrome (but de Ninga) : 2-2.
– Face à Bordeaux (but de Khazri) : 1-1.
– Face à Toulouse au Vélodrome (but de Ben Yedder) : 1-1.
– Et donc face à Lorient (but de Waris) : 1-1

Et sans un Mandanda vainqueur de plusieurs duels face aux attaquants adverses, il aurait certainement pu y en avoir d’autres. Mais d’où viennent ces problèmes d’alignement ? Sans grande surprise, il s’agit d’une association de plusieurs facteurs, entre lacunes individuelles, manque d’automatismes et soucis qui touchent l’ensemble de l’équipe.

Les limites individuelles : 

Un joueur a très souvent eu le mauvais rôle sur ces séquences : Karim Rekik. Arrivé l’été dernier et présenté comme une recrue taillée pour le système de Marcelo Bielsa (marquage individuel), le Néerlandais est sans doute l’un des joueurs qui a le plus souffert de la transition entre les deux coachs. Il a d’ailleurs perdu sa place de titulaire en cours de saison.

Plutôt que de se positionner par rapport à ses partenaires, Rekik se focalise beaucoup trop sur le ballon et les déplacements des adversaires. On le retrouve alors en position de libéro, couvrant les courses adverses en espérant pouvoir les suivre ou intercepter la passe censé déclencher l’attaque.

rekik-lacazette

Au contact de Beauvue au départ de l’action, Rekik reste focalisé sur son adversaire et se retrouve complètement seul.

mesloub-waris

Autre situation face à Lorient : le Néerlandais ne se soucie que du ballon et pas de la position de ses partenaires.

Tout au long de la saison, Rekik et Rolando ont été mis en concurrence par Michel pour la place de deuxième central aux côtés de Nkoulou. Si l’on doit faire le bilan après 30 journées concernant l’efficacité des deux charnières, on ne peut que donner l’avantage à la paire Nkoulou-Rolando si l’on prend en compte le nombre de hors-jeux provoqués.

tableau-nkoulou-rekik-rolando

Pour expliquer les deux dernières lignes du tableau : la « moyenne (adversaires) » correspond au nombre de hors-jeux moyen/match concédés par les adversaires des deux charnières. La « progression » correspond à ce que représente en pourcentage la différence entre les nombre de hors-jeu réellement provoqués par la défense et le nombre de hors-jeu concédés habituellement par les adversaires. Avec Nkoulou-Rolando, l’OM provoque 32% de hors-jeux en plus qu’avec Nkoulou-Rekik.

Mais se focaliser sur Rekik ne suffit pas pour expliquer tous les problèmes d’alignement de la défense phocéenne. Les latéraux peuvent aussi être montrés du doigt pour certaines mauvaises habitudes.

Les cas de Brice Dja Djédjé et Javier Manquillo sont très intéressants à ce niveau. Coupables sur quelques buts, ils partagent les mêmes qualités lorsqu’il s’agit de défendre : ils s’appuient énormément sur leur pointe de vitesse, qui leur permet parfois de rattraper des fautes de placement… Mais lorsqu’ils sont trop justes, la sanction peut tomber très vite.

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Sur cette action, Manquillo va tenter de reprendre Germain mais n’y parviendra pas. Il n’est pas le seul fautif sur l’action puisque Rekik couvre lui aussi l’appel de l’attaquant niçois.

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Le constat est plus gênant sur cette séquence avec deux latéraux positionnés par rapport aux adversaires qui couvrent un axe exposé.

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Fautif face à Bordeaux, Benjamin Mendy semble lui plus coupable par manque d’attention.

On peut au passage se demander si le fait d’avoir travaillé le marquage individuel pendant une saison complète avec Marcelo Bielsa ne pèse pas aujourd’hui sur les habitudes de Brice Dja Djédjé ou Benjamin Mendy. En revenant au marquage en zone, les deux latéraux doivent refaire appel à des habitudes de placement par rapport à leurs partenaires qu’ils n’utilisaient pas la saison dernière.

A cela, il faut aussi ajouter le manque de vécu et d’automatismes. Tour à tour, l’arrière-garde phocéenne a dû intégrer Manquillo, Rekik, Rolando mais aussi Isla ou De Ceglie. Des éléments aussi nombreux que différents car ne pratiquant pas forcément le football de la même façon. On touche là aux limites d’un recrutement réalisé « à l’occasion » et sans véritable logique sportive.

Un autre problème collectif : 

Pointer du doigt uniquement la défense n’est voir que la partie visible du problème. Car lorsqu’elle est prise sur un mauvais alignement, c’est très souvent parce que les milieux de terrain ont laissé trop d’espaces à un adversaire pour ajuster une passe qui rencontre un bon appel.

Plus de détails : Statistiques : qui sont les meilleurs créateurs de Ligue 1 ? 

Passeur sur le but de Waris samedi dernier, Walid Mesloub a pu porter la balle pendant plusieurs secondes (entre 4 et 5) et sur une dizaine de mètres dans le camp marseillais avant de glisser le ballon à son buteur. La semaine précédente, c’est Didot qui avait profité de l’apathie du milieu marseillais pour adresser un ballon en cloche à Ben Yedder entre Rolando et Rekik.

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Une bonne défense commence par le travail des non-défenseurs. Or ce principe, les Marseillais ne l’ont toujours pas assimilé après 30 journées. Sans un milieu capable de réduire les espaces et le champ d’action des passeurs, une défense déjà faible individuellement ne peut pas faire grand chose.

En attendant les progrès au sein de la défense elle-même, les problèmes d’alignement pourraient être (au moins en partie) « masqués » par une plus grande cohésion du bloc-équipe.

Plus de détails : L’OM post-Bielsa : de la liberté à la déresponsabilisation 

L’activité de Lassana Diarra devant la défense a longtemps contribué à cela ; sur les 6 buts encaissés décomptés en début d’article, l’international français n’était là qu’à deux reprises. C’était contre Lyon et Bordeaux, soit deux buts encaissés sur des attaques rapides.

Son absence aujourd’hui n’est pas compensée. Aucun milieu n’est doté de son volume de jeu ou de son intelligence tactique… et aucun attaquant ne redouble les efforts en phase défensive pour leur venir en aide. Et comme le cadre tactique ne change pas, les problèmes risquent d’aller en s’aggravant match après match. Surtout avec la disparition des derniers espoirs européens…

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1 réponse

  1. 10 avril 2016

    […] sur les faiblesses de l'OM. Attention aux coups de pied arrêtés évidemment, mais aussi aux problèmes d'alignement qui ont plombé plusieurs matchs au Vélodrome. Il ne serait pas surprenant de voir Bordeaux […]

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