Montpellier 2-1 Marseille, l’analyse tactique

Sorti prématurément de la Coupe de France par Grenoble, l’OM n’a pas réussi à se relancer vendredi soir sur la pelouse de la Mosson. Dominés par une équipe montpelliéraine bien organisée et qui a tout simplement fait preuve de plus d’engagement, les Phocéens se sont logiquement inclinés et pourraient perdre la tête du championnat durant le week-end.

Les compositions : 

Rolland Courbis ayant préparé un 4-4-2 pour faire face au champion d’automne, Marcelo Bielsa a logiquement répliqué en ressortant son système à trois défenseurs centraux. Romao s’est retrouvé à droite de la défense, aux côtés de Morel et Fanni et avec pour tâche de contrôler les deux attaquants montpelliérains, Bérigaud et Barrios.

De l’autre côté du terrain, Gignac, Batshuayi, Thauvin et Payet formaient le quatuor offensif marseillais. Très intéressant face à Lille juste avant la trêve, le Belge débutait la partie sur l’aile droite, laissant l’axe à Payet et le flanc gauche à Thauvin.

Les différentes formes du système montpelliérain :

En août dernier déjà, Montpellier était allé chercher une belle victoire sur la pelouse du Vélodrome. A l’époque, l’OM de Bielsa était encore en rodage et, avec le recul, ce match était passé pour un accident côté phocéen.

Mais hier soir, Montpellier a confirmé son statut de bête noire de l’OM grâce à un plan de jeu bien rodé, visant à bloquer la relance courte marseillaise. Positionné devant la défense à trois, Imbula a été le premier joueur ciblé par les Héraultais, et ce quelque soit la hauteur de leur bloc.

Lorsque le ballon était dans les pieds de Mandanda, les Montpelliérains laissaient Romao, Fanni et Morel avec le ballon. En revanche dans l’entrejeu, Sanson sortait en pointe de son milieu de terrain afin de suivre les déplacements d’Imbula.  Il se retrouvait ainsi en soutien de Barrios et Bérigaud.

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Alors que Sanson suivait Imbula, Bérigaud et Barrios laissaient venir Morel et Romao jusqu’à ce que ces derniers arrivent à hauteur du rond central. Ils se déplaçaient alors afin de leur couper la route et les empêcher d’ajuster leur passe (courte ou en profondeur).

Ce travail dans l’axe afin d’isoler Imbula allait de pair avec celui des trois autres milieux de terrain. Toujours en couverture sur ces phases de jeu, Marveaux se chargeait de suivre Payet afin de l’empêcher d’offrir des solutions courtes à ses partenaires chargés de la première passe.

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Sanson et Marveaux sont chargés de suivre les mouvements de Imbula et Payet. Même lorsque l’ancien Lillois décroche, le milieu de terrain le plus reculé doit le suivre pour l’empêcher de créer le surnombre au niveau de la ligne médiane.

En bloquant Imbula et Payet, les Montpelliérains ont réussi à verrouiller l’axe. Même lorsque l’international espoirs parvenait à éliminer un premier adversaire (ex : Sanson), il était souvent repris par le retour d’un second (Barrios, Bérigaud…). De son côté, Payet était le plus souvent repoussé vers les couloirs, où il était ensuite pris à deux par les retours de Lasne ou Mounier (en plus de la présence de Marveaux qui le suivait aussi sur lalargeur).

Les deux ailiers montpelliérains avaient aussi leur rôle à jouer face à la relance marseillaise puisqu’ils devaient bloquer les latéraux (Mendy et Dja Djédjé). Dans leur dos, Dabo et Congré suivaient aussi leurs adversaires directs de près, afin de les empêcher de proposer des solutions en décrochant, notamment dans les intervalles séparant Marveaux de ses partenaires.

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Le plan de jeu de Montpellier illustré avec la fermeture de la relance par Bérigaud. La position de ce dernier coupe complètement Imbula du ballon ; cela permet à Sanson de resserrer vers le côté afin de bloquer Thauvin en cas de dribble intérieur. Seule solution pour l’OM, le jeu direct dans la profondeur… un jeu long qui s’avèrera infructueux pendant toute la rencontre.

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En phase défensive, les Montpelliérains se regroupaient ensuite en 4-4-1-1. Sanson redescendait aux côtés de Marveaux devant la défense tandis qu’un attaquant (Bérigaud ou Barrios) revenait afin de maintenir une présence dans la zone d’Imbula.

Marseille : des faillites individuelles

Si les Montpelliérains ont – majoritairement – excellé dans l’exécution défensive, c’est aussi parce que les Marseillais sont individuellement passés à côté de leur match. Le plan de jeu mis en place par Rolland Courbis s’appuyait en effetsur la capacité de ses hommes à remporter leurs duels et à résister aux dribbles adverses.

D’entrée de jeu d’ailleurs, les premiers décalages ont été crées par des Marseillais, Dja Djédjé et Batshuayi posant des problèmes à Congré dans son couloir gauche (1e). Les choses se sont gâtées ensuite avec des duels qui ont largement tourné à l’avantage des locaux.

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Montpellier misait sur la capacité de ses milieux de terrain (Marveaux-Sanson) à ne pas laisser respirer leurs adversaires directs, quitte à abandonner beaucoup d’espaces à l’opposée. Trop rarement, les Marseillais ont réussi à renverser le jeu.

Perturbés par l’organisation adverse, les Marseillais ont passé beaucoup de temps en première période à chercher la bonne formule en attaque. Eteint par Marveaux, Payet a laissé l’axe à Batshuayi au bout de quelques minutes. Un choix logique puisque l’OM était contraint de jouer plus direct et de passer par les airs pour atteindre le dernier tiers héraultais.  Le Belge a toutefois été très loin du niveau qu’il avait affiché dans la même position face à Lille.

Au final, les deux opportunités marseillaises de la première mi-temps sont venues d’une reprise de la tête de Gignac sur un corner de Payet (22e) et d’un bon appel en profondeur de Thauvin (sur jeu direct de Romao, 25e). Bref, rien de véritablement construit, alors qu’en face les Héraultais parvenaient à développer quelques phases de jeu intéressantes.

Montpellier occupe la zone d’Imbula : 

C’est sans doute le point le plus important important au moment d’affronter l’OM : savoir déjouer son pressing. En l’occurrence, les hommes de Rolland Courbis ne s’embarrassaient pas du ballon lorsqu’il fallait sortir de leurs 30 mètres. Généralement, un long ballon à destination de Barrios ou Bérigaud suffisait pour éviter de perdre le ballon dans une position dangereuse.

A la bataille sur les seconds ballons, que ce soit dans leur camp ou dans celui de l’OM, ils recherchaient quasi automatiquement l’opposée afin de jouer dans le dos des latéraux marseillais. Parfois, Barrios et Bérigaud étaient sollicités en appui afin de jouer les relais, le Paraguayen montrant à certains moments qu’il avait quelques beaux restes.

Dès la récupération côté gauche, Lasne rentre à l'intérieur

Dès la récupération côté gauche, Lasne rentre à l’intérieur et offre une solution à Sanson, dans l’intervalle séparant Imbula et Payet.

Une fois dans le camp adverse, les Montpelliérains développaient leurs offensives autour de cinq joueurs : alors que Marveaux restait en couverture dans l’axe, Sanson se joignait à l’attaque aux côtés de Bérigaud et Barrios. Sur les ailes, Lasne et Mounier n’hésitaient pas à rentrer dans le coeur du jeu pour se rendre disponibles. La plupart du temps, ils se défaisaient de leurs adversaires directs (Mendy et Dja Djédjé) et créaient ainsi un surnombre.

Ces derniers n’ont en effet jamais réussi à leur passer devant, ou très rarement, ce qui a permis aux cinq Héraultais de faire circuler le ballon en attendant de trouver une faille qui leur permettait de progresser vers les buts de Mandanda. Souvent, celle-ci se trouvait sur la largeur : les latéraux (Dabo, Congré) ne montant pas, les ailiers marseillais ne redescendaient pas et laissaient donc beaucoup d’espaces sur les côtés. Montpellier écartait sur Mounier ou Lasne et attendait ensuite l’appel en profondeur de Bérigaud ou Sanson pour rentrer dans les 30 derniers mètres.

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En possession du ballon, Marveaux a de multiples solutions courtes qui s’offrent devant lui. A noter le positionnement de Dja Djédjé et Mendy, plus bas que leurs défenseurs centraux. Si le second est au contact de Bérigaud, le premier n’a aucune raison de se trouver là. Il serait en effet plus utile au milieu de terrain, là où se trouve son adversaire direct (Mounier).

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Les Montpelliérains tiennent le ballon et exploitent intelligemment les espaces. Alors que Mendy a été attiré à l’intérieur, Lasne s’écarte pour offrir une solution vers le couloir. Et Thauvin est trop loin pour venir en aide à son partenaire.

Deuxième mi-temps : 

Au retour des vestiaires, Marseille est tout de même revenu en affichant un autre visage. Le match aurait d’ailleurs pu basculer sur une énorme erreur de Sanson, qui a offert une balle de 1-1 à Gignac (47e) mais le meilleur buteur phocéen n’a pu convertir cette offrande inespérée.

Dans les minutes qui ont suivi, l’OM a enfin semblé prendre la mesure de son adversaire, s’appuyant notamment sur une montée en régime de Romao. Beaucoup plus haut sur le terrain, le Togolais se retrouvait à la relance et restait ensuite dans le camp adverse afin d’épauler Imbula. Une prise d’initiatives qui a fait reculer l’ensemble du bloc héraultais et même permis à tous les Marseillais de s’installer dans le camp adverse sur quelques séquences.

Romao a rejoint Imbula dans l’entrejeu et fait automatiquement reculer le bloc montpelliérain. Le Togolais a aussi eu son importance pour empêcher les sorties de balle et autres contres adverses. Malheureusement pour l’OM, cela n’a pas duré longtemps, Montpellier s’en sortant de nouveau par sa capacité à bloquer les sorties de balle.

Imbula était beaucoup plus épaulé en deuxième mi-temps, entre la participation défensive d’Omrani (souvent à la limite…) et les sorties de Romao de la défense. Sur cette action, il accompagne Mounier qui arrive du côté gauche pour offrir une solution.

Problème, ce regain d’ambitions n’a été que de courte durée, les Phocéens se montrant incapables de le convertir en occasions de but. Montpellier s’est aussi adapté en reculant légèrement : Sanson restait désormais aux côtés de Marveaux en phase défensive, laissant Barrios et Bérigaud continuer le travail d’isolation d’Imbula. L’ajustement a fonctionné et Montpellier s’est crée plusieurs situations grâce à des ballons récupérés aux abords de la ligne médiane entre la 50e et la 60e minute.

Ce n’était que partie remise puisque les Héraultais ont été récompensés de leurs efforts juste après l’heure de jeu, sur une action menée par Mounier, Barrios, Bérigaud et conclue par Lasne à l’opposée (61e). Une phase de jeu cruelle pour la défense marseillaise puisque chacun de ses éléments s’est montré fautif à un moment donné (Fanni face à Barrios, Morel sur Bérigaud, Romao et Dja Djédjé sur Mounier, Mendy et Lasne…).

La réduction du score d’Omrani (68e) a presque été anecdotique tant les Marseillais se sont montrés incapables de surfer sur cette dernière pour aller chercher l’égalisation. La dernière occasion de la partie a même été montpelliéraine, Sanson forçant Mandanda à la parade (80e).

Conclusion : 

C’est la première défaite de l’OM de la saison face à une équipe a priori inférieure en terme de qualité d’effectif (PSG, l’OL et Monaco pouvant être considérés comme étant au-dessus ou de niveau équivalent) depuis que les Phocéens se sont mis en route en septembre dernier. Plus inquiétant, ce revers a pour principale raison le manque de combativité de l’équipe, qui lui a fait perdre la bataille des duels, capitale dans le système Bielsa.

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6 réponses

  1. Pilou dit :

    Non Marseille avait déjà perdu à domicile 2 à 0 contre Montpellier lors de la deuxième journée de L1.
    Pour le reste, les autres équipes ont compris qu’en empêchant l’OM de presser, ils pouvaient vite faire la différence. A Bielsa de trouver des solutions… et de remonter quelques bretelles!

  2. ClemBdr dit :

    En tout cas, Marveaux est vraiment fort en ce moment, après avoir éteint Verratti au Parc avant la trêve, il se révèle en éteignant Payet sur ce match (même si celui-ci n’était pas dans une forme olympique..)

  3. TitiHenry dit :

    Que penses-tu du cas Payet ? C’est quand même le joueur de cette première partie de saison, le joueur qui fessait les transitions, briller les autres et surtout était décisif. Que penses-tu de la gestion de Bielsa qui a troublé son meilleur joueur uniquement pour montrer que c’était lui le patron, et on voit maintenant le résultat. Il est médiocre, et ce n’est pas Batshuayi qui n’a pas l’étoffe d’un meneur, ni le TRÈS SURCOTER Thauvin qui peut tenter de remplacer tout l’apport de Payet dans le jeu marseillais.

    De plus tu l’as dit à la fin, Marseille a failli dans les duels, ce qui est censé être l’arme absolu de cette équipe, inquiétant, même si une victoire peut faire relancer la machine… Mais j’ai de sérieux doute sur la stabilité de cette équipe au plus haut niveau quand on dépend tant d’un seul et unique joueur.

  4. Neco dit :

    En ce qui concerne la performance individuelle et collective de Payet je ne suis pas du tout surpris. En effet depuis plusieurs saisons c’est un joueur très irrégulier capable du meilleur comme du pire. A titre d’exemple je citerai sa dernière saison à Saint-Etienne où il avait inscris 13 buts dont la majeure partie était en première partie de saison.

    Avec Payet c’est souvent tout ou rien et je pense que ça se confirmera encore au cours de la saison.

  5. Foots dit :

    Le blocage au milieu de Imbula et Payet était de toute beauté, et particulièrement efficace. Payet n’était pas au niveau et n’a pas su réagir techniquement, c’est un joueur trop instinctif qui peu se retrouver en grave difficulté quand il ne trouve pas de solutions

  6. Daniel Constance dit :

    Coucou,
    Je suis surtout d’accord avec le fait que les Marseillais sont passés à côté de leur match ! Individuellement, ils n’ont pas été à la hauteur et par la suite, la machine marseillaise ne s’est jamais mise en route…

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