Montpellier 0-1 PSG : la vie sans Verratti

En ouverture de la 3e journée de Ligue 1, le Paris Saint-Germain est allé décrocher sa 12e victoire consécutive en championnat sur la pelouse de Montpellier (1-0). Sans Marco Verratti, les hommes de Laurent Blanc ont eu du mal mais ont assuré l’essentiel. Retour sur ce match en se penchant sur les conséquences de l’absence de l’Italien, histoire de bien prendre la mesure de son rôle dans le jeu parisien.

Le PSG avec Verratti : deux premiers matchs-révélateurs

Nous l’avions déjà revu la semaine dernière (lire : « PSG 2-0 Gazélec : des Parisiens trop gestionnaires ? ») : le PSG doit avant tout sa possession de balle élevée à la qualité technique d’un quatuor bien rôdé depuis la saison dernière (et non à l’intensité qu’il peut développer à la récupération du ballon). Associés pour la première fois de la saison dimanche dernier face à Ajaccio, Thiago Silva, Thiago Motta, David Luiz et Marco Verratti avaient émargé à plus de 100 ballons joués chacun.

Les quatre hommes sont les garants de la possession de balle parisienne, ayant pour mission d’offrir toujours un soutien au porteur de balle. Motta et Verratti ont beaucoup de liberté dans leurs déplacements et en usent intelligemment sans que l’équilibre de l’équipe ne s’en ressente. Thiago Silva et David Luiz jouent eux sur la hauteur de leur positionnement pour se rendre disponible. Evidemment, ces quatre-là savent aussi se trouver et échangent beaucoup de ballons (ensemble, ils pesaient 30% des échanges parisiens face au Gazélec).

Avec une moyenne de 105.5 passes/match sur les 2 premières journées de la saison, Marco Verratti est le maillon le plus fort de ce quatuor. Proches de lui sur le terrain, Thiago Silva (28 passes face au Gazélec) et Thiago Motta (35 passes) se reposent sur lui dès qu’ils le peuvent. Et l’Italien leur rend bien (23 passes pour Thiago Silva, 31 pour Thiago Motta) : ces relais, courts pour la plupart (redoublements de passes), leur permettent de se défaire de la pression adverse en attendant de recevoir de nouveau le ballon.

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Un seul être vous manque… Sur cette séquence, Motta va faire une mauvaise passe dans l’axe sous la pression montpelliéraine. Inutile de dire que cette passe aurait été récupérée par Verratti si ce dernier avait été sur la pelouse.

Contre Montpellier : un PSG mis sous pression

Face à Montpellier, les Parisiens n’ont donc pas pu bénéficier des relais de Verratti dans l’entrejeu. Et cela s’est ressenti sur leur animation. Dès les premières minutes de la partie, Thiago Silva, David Luiz et même Thiago Motta ont joué plus long qu’à l’accoutumée (19 ballons contre Lille, 15 contre Ajaccio… 31 contre Montpellier).Certes, ce jeu long est une arme de plus en plus utilisée par les Parisiens, pour tester la défense adverse dans sa gestion de la profondeur.

Mais les Héraultais ont aussi réussi à forcer plusieurs passes longues grâce à un bon pressing dans l’entrejeu. Ciblant les joueurs qui ne participent habituellement pas à cet effort de conservation (Matuidi, Lucas, Aurier etc…), ils ont poursuivi leurs efforts sur les passes en retrait à destination des défenseurs parisiens, forçant ces derniers à dégager le ballon au loin à plusieurs reprises. En couverture, les défenseurs faisaient le job (Hilton en tête, avec 14 ballons récupérés).

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Les milieux héraultais n’hésitaient pas à suivre les passes en retrait des Parisiens pour pousser les défenseurs à allonger.

Aurier, moins en vue : 

Au-delà des performances des cadres (Thiago Motta, Thiago Silva, Matuidi, Verratti), le latéral droit est la vraie satisfaction du début de saison parisien. Impressionnant contre Lyon lors du Trophée des Champions, l’Ivoirien a continué sur sa lancée face à Lille et Ajaccio. A lui seul, il a donné l’impression d’occuper tout le flanc droit, du poste de latéral à celui d’ailier. C’est d’ailleurs peut-être pour cela que Laurent Blanc avait demandé à Lucas Moura d’évoluer côté gauche face au Gazélec.

Face à Montpellier, l’Ivoirien est moins apparu à son avantage, notamment offensivement. Et l’absence de l’Italien n’y était bien sûr pas étrangère. Car jusqu’ici, Verratti était le pourvoyeur de ballons n°1 d’Aurier (7 et 18 passes lors des 2 premières journées). Surtout, il a su le trouver dans la profondeur à plusieurs reprises grâce des passes très verticales, qui permettaient de servir l’ancien Toulousain lancé. Des transmissions qui n’ont pas eu lieu face à Montpellier.

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En jaune, les passes « verticales » de Verratti à Aurier, qui permettent à l’Ivoirien de faire la différence. Malgré sa bonne entente avec Lucas Moura (12 services du Brésilien face à Montpellier), il n’aura pas bénéficié de la même rampe de lancement contre Montpellier.

Un équilibre plus fragile 

Plus facile à presser quand Verratti n’est pas là, le PSG gère moins bien le rythme de la rencontre, que ce soit dans son camp ou dans la moitié de terrain adverse. Face à Montpellier, la blessure précoce de Javier Pastore (10e) n’a d’ailleurs pas arrangé les affaires parisiennes de ce point de vue. Les Parisiens ont en effet perdu avec l’Argentin le joueur autour duquel la possession pouvait s’organiser dans la moitié de terrain adverse (en cas de duel remporté à la retombée des longs ballons des défenseurs).

De ce problème de gestion du rythme a découlé le manque d’équilibre des Parisiens à la perte de balle. Peu attiré par le but et garant de la possession, Verratti est un élément indispensable à la bonne tenue de l’équipe dans le camp adverse (second soutien avec Thiago Motta et donc en première ligne pour couper les contres). Sans son partenaire, et avec un Rabiot souvent trop haut, Motta s’est retrouvé trop seul. Dépassé à plusieurs reprises par les contres adverses, le PSG a dû s’en remettre à la maladresse montpelliéraine pour rattraper des situations qui semblaient mal embarquées pour sa défense (infériorité numérique).

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A plusieurs reprises, les Montpelliérains ont eu des situations de surnombre à négocier en contre-attaque. Mais ils n’ont jamais su les mener à bien, permettant à Trapp de passer une soirée plutôt tranquille.

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Sur cette séquence, Thiago Motta est aussi battu sur la relance héraultaise. C’est un cinq contre trois qui va se lancer en faveur des Montpelliérains… sans aboutir sur un tir en bonne position.

Sans Verratti : qui en profite ? 

Malgré l’absence de Verratti, Paris l’a emporté et quelques éléments ont su se montrer à leur avantage. Matuidi a confirmé son énorme début de saison en étant l’unique buteur de la partie. Le Français a récité sa partition désormais habituelle, oeuvrant entre le milieu et l’attaque. Mais le pressing montpelliérain a surtout permis de vérifier l’habileté de Kevin Trapp au pied. Plusieurs fois, à la manière de ter Stegen sous le maillot du Barça, il a effacé la première ligne adverse pour trouver ses latéraux et permettre à Paris de gagner une quarantaine de mètres dans sa remontée de balle.

Autre joueur intéressant en l’absence de Verratti : Lucas Moura. Oeuvrant côté droit après avoir été à gauche face au Gazélec, le Brésilien a souvent traversé la zone habituelle de l’Italien en deuxième mi-temps. Sa conduite de balle lui permettait de fixer plusieurs adversaires avant d’ouvrir le jeu pour ses partenaires dans l’axe. Il a d’ailleurs lancé l’action se terminant sur le but de Matuidi (61e). Un volume de jeu intéressant pour un joueur qui a besoin de ce genre de matchs alors que Di Maria s’apprête à intégrer le groupe parisien.

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Le but parisien (61e).

Isoler Verratti : un problème insoluble ? 

Montpellier n’a pas su en profiter, mais le PSG n’est clairement pas la même équipe sans Verratti. Heureusement pour les hommes de Laurent Blanc, « Il Gufetto » devrait rapidement revenir aux affaires et à nouveau faire cauchemarder les entraîneurs adverses. Car il ne semble clairement pas y avoir de solutions pour l’arrêter, si ce n’est un pressing tout terrain pour bloquer les Parisiens dès la première passe (de Trapp, Thiago Silva ou David Luiz). Pour une équipe qui décide d’attendre le PSG dans l’entrejeu (bloc médian), il est très difficile d’isoler Verratti de ses partenaires.

Par sa position excentrée, Verratti est en effet l’homme-clé du milieu parisien car il est justement très difficile à prendre. Habituellement, ces joueurs censés lier le jeu de l’équipe occupent une position axiale (Pirlo, Xabi Alonso…). Dans le cas de l’ancien milieu de la Juve, beaucoup d’adversaires ont usé du marquage individuel pour le priver de ballons et diminuer son influence. Certains y sont parvenus sur le plan statistique… même s’ils ne pouvaient pas l’empêcher de diriger la circulation du ballon de ses partenaires sans même le toucher (!).

Mais dans le cas de Verratti, l’individuelle est impossible pour la bonne et simple raison qu’elle demanderait à un joueur de quitter sa position. Si un attaquant, cela crée des brèches dans l’axe pour les montées des défenseurs parisiens. De la même façon, si c’est un ailier qui se charge de son cas, il laisse de l’espace dans son dos pour le latéral parisien. Cette situation explique sans doute pourquoi Laurent Blanc ne pense pas repositionner Verratti devant la défense pour l’instant. A ce poste-là, il est beaucoup plus facile à prendre. Il suffit de se rappeler du quart de finale qu’il avait joué à ce poste face au FC Barcelone (Suarez toujours dans sa zone).

Sur les rares phases de possession parisiennes au Nou Camp, Suarez ne quittait pas la zone de Verratti afin de l’isoler de ses partenaires.

A défaut de pouvoir le suivre à la trace, déclencher le pressing lorsqu’il reçoit le ballon n’est pas non plus une garantie de réussite. Verratti sait lire les jaillissements et le pressing adverses pour mieux les éliminer ensuite et s’ouvrir le terrain. Verratti est aujourd’hui le joueur qui se rapproche le plus du Xavi de l’ère Guardiola : relayeur droit, ses déplacements offrent une deuxième solution pour sortir le ballon (Thiago Motta étant à Verratti ce que Busquets était à Xavi) très difficile à appréhender pour les adversaires.

 

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