Monaco 0-3 Paris SG : ce que le but de Cavani nous enseigne sur le match

Après une série de trois victoires consécutives sans le moindre but encaissé, le Paris Saint-Germain a remis un coup sur le reste de la Ligue 1 en allant battre l’AS Monaco sur ses terres (3-0). Un match à sens unique sur le plan statistique (64% de possession pour les Parisiens, 19 tirs à 3) mais pas sans intérêt sur le plan tactique. Retour sur quelques éléments-clés de cette rencontre par le prisme du premier but parisien, inscrit par Cavani.

Monaco : l’envie de défendre haut 

Pour qui n’a pas eu l’occasion de voir la rencontre dimanche soir, quelques chiffres concernant le comportement défensif de l’ASM peuvent paraître étonnants. En effet, au bout des 90 minutes de jeu, les joueurs de Leonardo Jardim ont réalisé la majorité de leurs actions défensives (tacles, interceptions, fautes) au-delà de leurs 40 mètres (30/51). Même constat en ce qui concerne les ballons récupérés : sur leur total de 44, les Monégasques en ont récupéré 23 entre le début du rond central dans leur camp et la moitié de terrain parisienne.

Ces statistiques concordent avec les habitudes du PSG en terme de possession du ballon. Avec Swansea (50,5%), la formation parisienne était la saison dernière la seule équipe parmi cinq championnats européens (Bundesliga, Ligue 1, Liga, Serie A, Premier League) à faire plus de passes dans sa moitié de terrain que dans celle de l’adversaire (51,4%). Les Monégasques ont ainsi tenté de bloquer la circulation parisienne assez haut de manière à avoir des ballons intéressants à jouer en contre-attaque, à l’instar d’ailleurs de ce qu’ils avaient fait à l’aller face à Valence.

Les actions défensives de l'ASM : 21 dans leurs 40 mètres, 28 au-delà.

Les actions défensives de l’ASM : 21 dans leurs 40 mètres, 28 au-delà.

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La construction du premier but part du camp parisien. Monaco a orienté le jeu côté Maxwell et tente d’augmenter la pression. Bernardo Silva se rapproche du porteur et compte sur Martial (David Luiz), Lemar (Thiago Motta), Traoré (Matuidi) et Fabinho (Cavani) pour le seconder.

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Servi dos au but, l’Uruguayen parvient à rendre le ballon à Maxwell. Solution de sortie pour le Brésilien : Verratti se rend disponible dans l’axe, dans la zone délaissée par Thiago Motta qui a entraîné Lemar avec lui pour justement lui créer l’espace.

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L’ASM avait toutefois une solution sur ces passes : utiliser l’ailier à l’opposé de l’action pour intercepter ou mettre la pression sur le destinataire. Au lieu d’arriver sur Verratti, la passe de Maxwell va finir sa course entre l’Italien et Ibrahimovic (rendant impossible l’intervention de l’ailier de l’ASM).

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Dos au but, Ibrahimovic résiste à la pression de Toulalan et oriente sur Aurier. Le champ libre permet au PSG de gagner une trentaine de mètres.

PSG : fixer dans l’axe 

L’un des grands chantiers pour les Parisiens était donc de parvenir à trouver des relais dans l’entrejeu pour forcer les Monégasques à reculer. Dès les premières minutes de la partie (cf. l’image ci-dessus), Ibrahimovic a offert des solutions avec ses décrochages au milieu de terrain. Se positionnant entre Toulalan et Traoré quand il n’était pas suivi par Raggi ou Ricardo Carvalho, le Suédois n’a perdu que deux ballons dans cette zone-clé du terrain pour la possession parisienne. Mieux, il n’a quasiment pas eu le moindre déchet dans son jeu de remise.

Les milieux monégasques se sont du coup retrouvés dans une situation difficile : à deux (Toulalan-Traoré), ils devaient à la fois gérer les mouvements de Verratti et Matuidi tout en surveillant les décrochages d’Ibrahimovic depuis la pointe de l’attaque, voire ceux de Lucas Moura qui a pris l’habitude de redescendre toucher le ballon à l’intérieur depuis son aile droite. Plusieurs fois, Toulalan et Traoré ont donc été secondés par leurs ailiers (El-Shaarawy, Bernardo Silva) : les deux hommes sont venus défendre « à l’intérieur » afin d’épauler Lemar lorsque ce dernier était en situation d’infériorité numérique.

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Passes reçues, données et manquées par Ibrahimovic face à Monaco.

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Servi par Aurier, Lucas se retrouve face à Toulalan et Echiejile.

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Le Brésilien décide de repasser par Aurier, qui sert Verratti. Les trois milieux offensifs de Monaco en profitent pour revenir derrière le ballon.

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De nouveau, Paris tente d’offrir une solution par un décrochage (Matuidi). Et une nouvelle fois, c’est un ailier de l’ASM qui réagit (Bernardo Silva).

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Comme Bernardo Silva, El-Shaarawy se déplace lui aussi vers le coeur du jeu afin d’accentuer la pression sur les milieux parisiens… et être proche du porteur si Matuidi remet sur Verratti ou Motta.

PSG : finir sur les côtés 

Les Parisiens se sont alors retrouvés dans une situation qu’ils connaissent bien face à un bloc adverse très resserré sur la largeur. Pas un problème pour l’équipe qui défend, tant que les joueurs font les efforts afin de mettre la pression sur le porteur et prévenir le jeu long. Mais Monaco n’avait certainement pas les jambes, après son match de Ligue des Champions en début de semaine, pour rester sur le même rythme durant 90 minutes. Dès que les attaquants relâchaient la pression, c’est tout le terrain qui s’ouvrait pour les transversales de Verratti ou Thiago Motta.

Et les deux Italiens s’en sont donnés à coeur joie avec plusieurs ouvertures pour Aurier et Maxwell. Orphelin de Verratti lors de la journée précédente (lire : Montpellier 0-1 PSG : la vie sans Verratti), le latéral droit a retrouvé un volume offensif digne de son début de saison, recevant pas moins de 19 ballons de la part de ses deux partenaires de l’entrejeu : 43% des passes arrivées dans ses pieds venaient de Verratti et Motta, la plupart du temps dans l’espace afin qu’il arrive lancé. Moins sollicité sur son flanc gauche (12 passes sur 47 venant de Verratti et Motta), Maxwell a quand même activement participé à l’élaboration du premier but parisien.

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La distribution des passes dans le dernier tiers de Verratti et Motta. Où l’on voit plusieurs ballons à destination des latéraux.

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Sur cette action, Motta surprend tout le monde – et El-Shaarawy en premier – en attaquant l’espace au lieu de rester en position. Le néo-Monégasque reste scotché sur la prise de balle du Parisien, qui file vers la zone de Traoré.

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Deux solutions pour lui alors que Traoré bloque son avancée : Lucas à droite ou Ibrahimovic à gauche. Il va finalement choisir le Brésilien.

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Seul face à Toulalan, Lucas attire l’attention de El-Shaarawy qui redescend vers lui et Traoré dans l’axe.

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Le Brésilien repasse par Thiago Motta, qui remet en retrait pour Verratti.

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Ce long « une-deux » entre Lucas et Thiago Motta a permis de faire reculer les Monégasques. Verratti a ainsi le temps de changer le jeu vers Maxwell.

Monaco : en retard dans le dernier tiers 

Ce long travail de préparation des Parisiens (moins d’une passe sur cinq a été réalisée dans le tiers offensif) au milieu de terrain leur permettait ensuite d’avoir un temps d’avance à l’approche de la zone de vérité. Si finir la rencontre à plus de 92% de passes réussies est déjà une performance, frôler les 84% de réussite dans les 30 derniers mètres est encore plus révélateur de la supériorité technique des joueurs de Laurent Blanc. Là encore, Ibrahimovic a été important par la justesse de ses choix. Même face au Gazélec, le PSG n’avait pas aussi bien enchaîné dans cette partie du terrain (99 passes sur 130 contre 113/135 face à l’ASM).

Cette avance des Parisiens au départ des actions permet aussi d’expliquer le (faible) nombre d’actions défensives (tacles, interceptions, fautes) des Monégasques dans leur moitié de terrain. Lorsque la balle arrivait dans les 30 derniers mètres, c’est parce que les joueurs de Jardim était mis hors de position dans l’entrejeu. Ensuite, la maîtrise technique de leurs adversaires faisait que le ballon ne ralentissait pas, compliquant de fait les interventions. La finition premier but parisien est une belle illustration, l’ASM ne parvenant pas à rattraper le retard pris sur le changement de jeu de Verratti vers Maxwell.

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L’ASM ne va jamais parvenir à rattraper le retard concédé au début de l’action sur le changement de jeu de Verratti. Bernardo Silva revient sur le latéral brésilien, mais ce dernier trouve Ibrahimovic dans l’axe. Derrière, les appels croisés du latéral (vers le but) et de Matuidi (vers le poteau de corner) vont mettre Bernardo Silva en difficulté.

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Fabinho sort sur Ibrahimovic afin de bloquer la passe vers Maxwell… mais le Suédois fait le bon choix en jouant vers Matuidi, qui a semé Lemar.

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Bernardo Silva se retrouve seul contre deux et est déjà trop loin de Matuidi pour intervenir. Dans l’axe, Cavani est en avance sur Ricardo Carvalho.

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Concentré sur Maxwell, Raggi ne regarde pas ce qu’il se passe dans son dos et ne voit pas que Cavani est en avance sur Ricardo Carvalho. Un seul joueur aurait pu rattraper le coup côté monégasque : Echiejile, qui couvre Cavani et Lucas sur le centre de Matuidi.

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Cavani reprend au premier poteau, et débloque la situation au tableau d’affichage. Un but qui rappelle dans sa finition (déplacements croisés Matuidi-Maxwell) celui inscrit face à Chelsea la saison dernière.

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5 réponses

  1. franz dit :

    Bonjour, merci pour cette suite d’article sur le PSG qui permet de mieux cerner le projet de jeu de laurent blanc.

    Par contre, j’aurai une question : fondamentalement, commencer ses actions aussi bas que le PSG ne devrait-il pas permettre moins d’action offensive dangereuse ?
    Je trouve que c’est un choix surprenant pour un prétendant à la ligue des champions.

  2. eightg4 dit :

    J’aurais aimé que vous compariez la tactique utilisé 3/4 du match et l’impact de Di Maria sur ces dispositions tactiques et ce qu’il a permis d’obtenir en terme de construction du jeu (plus direct, moins de passes en retrait etc).

  3. Candido dit :

    Salut Florent, merci pour tes chroniques qui nourrissent mon amour du football j’ai cru remarqué que Motta se plaçait très très fréquemment entre les deux centraux parisiens lors des phases de relance, aboutissant quasiment à un 3-4-1-2 avec Ibra en 10 (plus qu’en 9 qui décroche). Sachant que Verratti, palliant l’absence de Motta, lors de l’ICC s’intercalait beaucoup entre les centraux aussi, j’aimerai savoir si tu penses -comme moi- que le PSG est en train de changer de système de relance ou bien tu penses que c’est conjoncturel et que le circuit de relance utilisé la saison passée, que tu avais mis en évidence, va reprendre ses droits ?

  4. C’est une solution face à une équipe qui pratique l’individuelle sur lui : en l’occurrence, Lemar était dans sa zone. Du coup, il sort de cette zone et permet aux centraux de s’écarter. Cela offre plus de solutions sur la largeur pour relancee.

  5. Kevinpsg85 dit :

    Bravo pour vos analyses tactiques tres interressantes. D’apres vous , le psg ne se mettrait pas a jouer en 343 ou 3412 avec ibra qui decroche et motta entre les centraux et max et aurier en lateraux tres offensifs? Quel systeme serait le mieux adapté en jouant avec di maria , pastore , ibra et cavani?

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