Marseille 4-0 Nice, l’analyse tactique

Après un début de saison difficile, l’OM avait relevé la tête en ramenant trois points de Guingamp la semaine dernière. Juste avant la trêve internationale, les hommes de Marcelo Bielsa se devaient de confirmer cette première victoire à domicile face à Nice. Un objectif rempli de fort belle manière : rigoureux dans le pressing et appliqués sur le plan technique, les Marseillais ont surclassé une formation niçoise loin d’être au niveau.

Compos et systèmes : 

Invaincu face à l’OM la saison dernière, cette dernière se déplaçait au Vélodrome dans son système de jeu habituel : un 4-1-4-1 avec Mendy devant la défense et Bosetti en pointe, Cvitanich étant une nouvelle fois sur le banc de touche. Comme face à Barcelone durant la préparation, Hult et Eysseric évoluaient dans l’entrejeu. Arrivé cet été de Belgique, Vercauteren était titulaire sur l’aile droite.

Face à un adversaire qui n’alignait donc qu’un seul attaquant de pointe, Marcelo Bielsa n’avait pas besoin de trois défenseurs centraux. Romao a retrouvé son poste au milieu de terrain, sur la même ligne qu’Imbula. Payet évoluait lui aussi plus haut, juste derrière Gignac. Toujours à l’OM malgré les rumeurs concernant son départ, Ayew remplaçait Alessandrini sur l’aile gauche, Thauvin complétant le quatuor offensif de l’autre côté.

Opposition tactique et duels :  

Rien de bien révolutionnaire à signaler dans l’opposition tactique. La principale bataille se situait dans l’entrejeu où Romao et Imbula faisaient face à Hult et Eysseric. Peu importe l’équipe en possession du ballon, les quatre milieux de terrain se sont très rarement quittés jusqu’au changement tactique opéré par Claude Puel en cours de deuxième mi-temps (voir plus bas). Sur les côtés aussi, on retrouvait des deux-contre-deux opposant ailiers et latéraux : Dja Djedje et Thauvin face à Bauthéac et Amavi d’un côté, Mendy et Ayew face à Vercauteren et Puel de l’autre.

Dans une telle situation, le premier des éléments à prendre en compte concerne la hauteur du pressing et de savoir quelle formation va tenter de récupérer le ballon le plus loin de ses cages ? En l’occurrence, l’OM a rapidement affiché ses intentions grâce à l’activité de Payet et Gignac en première ligne. A l’inverse, Bosetti n’a quasiment jamais été épaulé lorsqu’il fallait gêner la relance marseillaise. Romao ou Imbula avaient beau décrocher entre leurs défenseurs, Hult et Eysseric ne les suivaient pas et restaient en position au niveau du rond central.

nice-orgadef

L’opposition tactique de base : l’OM tient le ballon dans son camp et Nice tente de bloquer les relais offerts à Nkoulou et Morel. En début de partie, les deux défenseurs marseillais vont profiter des espaces qui s’offrent à eux pour chercher leurs attaquants dans le dos de la défense azuréenne.

Marseille et son pressing efficace : 

Troisième homme de l’entrejeu de Marcelo Bielsa, Dimitri Payet a eu une importance capitale dans le bon pressing de l’équipe, et ce tout au long de la partie. Calquée sur le système niçois dans l’entrejeu, l’organisation marseillaise le plaçait dans la zone de Mendy. Payet avait pour mission de bloquer le capitaine niçois, mais aussi de sortir dès que possible au pressing en cas de passe en retrait vers Diawara ou Genevois. Ces courses permettaient de « forcer » la relance azuréenne, facilitant dès lors la récupération de balle pour Nkoulou et Morel, dominateurs derrière face au seul Bosetti.

Très rapidement, les Niçois ont été étouffés par l’excellent pressing de leurs adversaires. Les ballons étaient très rapidement rendus, au mieux par des relances « dans le vide », au pire par des pertes de balle dans l’entrejeu de la part de Hult ou Eysseric, pris par Romao et Imbula. Les Marseillais ont su verrouiller l’axe, forçant les Niçois à des passes difficiles le long de la ligne de touche pour ressortir « proprement » les ballons.

Ci-dessus, deux bonnes séquences de pressing côté marseillais qui ne laissent comme seule solution que le jeu direct

Ci-dessus, deux bonnes séquences de pressing côté marseillais. Alors que Payet, Romao et Imbula ferment l’axe, Ayew et Thauvin sortent mettre la pression sur les latéraux adverses. En couverture, Mendy et Dja Djedje se positionnent pour l’interception.

Une transition défensive perfectible : 

S’ils ont rendu beaucoup de ballons à l’OM sur ces phases de jeu, les Azuréens ont toutefois obtenu des situations favorables lorsqu’ils parvenaient à se défaire de la pression marseillaise. Lorsque Hult ou Eysseric prenaient le dessus sur Imbula et Romao, Bauthéac et Vercauteren avaient souvent un temps d’avance sur Dja Djedje et Mendy sur les ailes. Heureusement pour les Phocéens, leurs adversaires n’ont pas été inspirés à la finition.

Ce problème de transition défensive sera toutefois l’une des choses à corriger d’ici la reprise du championnat pour les Olympiens. Les deux latéraux doivent notamment adapter leur comportement en fonction de l’organisation choisie par Marcelo Bielsa dans l’axe. Lorsque l’OM n’aligne que deux défenseurs centraux, comme hier soir, leur repli doit être extrêmement rapide, sous peine de se retrouver dans des situations comme celle présentée ci-dessous.

om-lateraux

Eysseric a pris le dessus sur Imbula et a le champ libre pour progresser vers les buts de Mandanda. La défense centrale marseillaise part sur son côté gauche pour répondre à l’appel de Bosetti. A l’opposée, Dja Djedje est en retard par rapport à Bauthéac… mais le meneur de jeu niçois choisira de décaler son attaquant de pointe au lieu de lancer l’ancien Dijonnais.

Animation marseillaise : 

Maîtres du ballon, les Marseillais ont eu besoin de quelques minutes pour trouver les circuits leur permettant de déjouer l’organisation niçoise. Celle-ci les attendait dans l’axe avec un trois-contre-trois (Hult-Eysseric-Mendy et Romao-Imbula-Payet), et cherchait à les contrer en utilisant ensuite la vitesse de Bauthéac pour partir dans le dos de Dja Djedje. Après plusieurs tentatives de jeu long de la part de Morel et Nkoulou, la solution est venu de joueurs capables de dézoner pour perturber les duels crées par l’opposition tactique.

Sur le premier but,

Sur le premier but, Ayew quitte la zone de Puel pour revenir chercher le ballon dans l’entrejeu. Il se retrouve face à Eysseric, normalement au contact d’Imbula et va rechercher Gignac, justement parti dans la zone du latéral niçois. 

Alors que Thauvin est resté la plupart du temps dans son rôle d’ailier droit, Ayew a souvent quitté son côté gauche pour repiquer dans l’axe et « casser » le trois-contre-trois dans l’axe. Marqué par Puel lorsqu’il était sur son aile, l’international ghanéen n’était pas suivi lorsqu’il revenait dans le coeur du jeu. Il est ainsi très souvent revenu demander le ballon dans la zone d’Eysseric, pris entre la nécessité de « serrer » Imbula pour l’empêcher de démarrer balle au pied et surveiller Ayew qui se retrouvait dans son dos.

L’OM est ainsi souvent entré dans la moitié de terrain niçoise par le côté gauche. Les mouvements d’Ayew devaient être compensés par Mendy (qui lâchait Payet) ou Vercauteren (qui resserrait dans l’axe et donc ouvrait le couloir à Mendy). Cela se ressentait ensuite dans les 30 derniers mètres où ces derniers étaient en retard sur leurs adversaires directs, laissant la défense sans aide face aux attaques marseillaises sur les ailes. Ayew et Payet ont aussi régulièrement permuté pour perturber le milieu de terrain niçois.

Coaching niçois et réponse marseillaise : 

Plutôt bien revenus des vestiaires, les Niçois ont définitivement coulé sur la première offensive marseillaise de la deuxième mi-temps (3-0, Payet 48e). Joué à partir de ce moment, le match n’avait plus grand chose à raconter jusqu’à l’heure de jeu et un double changement opéré par Claude Puel. Avec les entrées de Rafetraniaina et Cvitanich (59e), Nice est passé dans un 4-4-2 en losange qui a forcé l’OM à repasser à trois défenseurs (toujours cette idée de surnombre face aux attaquants adverses).

Mais cette fois, le 3-4-3 marseillais a tenu, grâce au sérieux de Payet dans le repli défensif. Jusque-là très actif en première ligne, et sur les prises de balle de Mendy, l’ancien Stéphanois et Lillois est cette fois revenu défendre à hauteur d’Imbula. C’est justement ce qu’il manquait à l’OM dans ce système en début de saison, un joueur capable d’épauler le milieu marseillais dans l’entrejeu lorsque Romao devait glisser en défense.

sdfsfd

Lors des premiers matchs de la saison, la grande faiblesse du 3-4-3 de l’OM tenait dans la solitude d’Imbula dans l’entrejeu en phase défensive. Indispensable, le repli défensif de Payet permet de soutenir l’ancien Guingampais : les deux hommes doivent coulisser sur la largeur pour empêcher ou compliquer la progression de l’adversaire dans l’axe.

Match-référence : 

Avant de repartir pour deux semaines de travail à l’entraînement, l’OM tient avec cette victoire son premier match-référence de la saison. Sur le plan de l’engagement, tous les joueurs ont répondu présents, permettant à l’équipe d’asphyxier très vite un OGC Nice incapable de réagir. Offensivement, les automatismes se mettent en place et les combinaisons sur les ailes semblent de plus en plus précises. Néanmoins, quelques bémols sont encore à relever, notamment dans la transition défensive (positionnement des latéraux). Des lacunes qui seront à scruter de près lorsque le championnat reprendra ses droits.

Vous aimerez aussi...

4 réponses

  1. Coco dit :

    super intéressant, et vachement clair dans les descriptions, notamment sur le rôle de Ayew. Je serais bien intéressé par une analyse de la permutation des ailiers, car c´est un truc que j´ai du mal à capter (plus précisément, en quoi ca perturbe le système défensif) … merci encore!

  2. Augustin dit :

    Au top, comme d’habitude ! Merci !
    Je suis d’accord avec la demande faite par Coco, ça serait très intéressant

  3. denis dit :

    Bonjour,
    L’entraineur de L’OM, Marcelo Bielsa, a fait un bel effort au niveau de la formation et des stratégies de l’équipe. Je pense que le club marseillais peut s’en sortir en Ligue 1 malgré ses retards du début.

  1. 1 septembre 2014

    […] – Vu d’ailleurs : Pour ceux qui ne connaissent pas encore les chroniques tactiques. […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *