Marseille 0-0 Lyon, l’analyse tactique

En clôture de la 29e journée de Ligue 1, et après la défaite du PSG sur la pelouse de Bordeaux, l’OM retrouvait l’OL au Vélodrome, espérant effacer le souvenir du match aller et ses occasions manquées. Dominateurs grâce à un pressing de nouveau efficace, les Phocéens ont toutefois dû se contenter du point du match nul, la faute à un Lopes une nouvelle fois impérial dans ses buts.

Les compositions : 

Après avoir changé quelques têtes pour le déplacement (salvateur) à Toulouse, Marcelo Bielsa a retrouvé quasiment son onze-type pour ce match du dimanche soir. Thauvin et Gignac sont notamment de retour, qui doit toujours faire sans Nkoulou blessé de longue date.

Côté lyonnais aussi, pas de grand chamboulement. La blessure de Gourcuff a propulsé Ghezzal parmi les titulaires. Derrière, Rose enchaîne les matchs aux côtés de Umtiti après la blessure de Bisevac. Comme à l’aller, le 4-4-2 en losange de l’OL a fait face à la version à trois défenseurs du système de Bielsa.

Marseille : un pressing retrouvé 

Si la victoire n’a pas été au bout des 90 minutes, les Marseillais ont donc pu se féliciter d’une chose : leur pressing est de retour. Comme à l’aller, le 4-4-2 en losange de l’OL a forcé Marcelo Bielsa à faire défendre ses latéraux sur les deux milieux relayeurs (Dja Djédjé sur Tolisso et Mendy sur Ferri).

Dans l’axe, Payet et Imbula se sont retrouvés face à Gonalons et Ghezzal. Derrière, Fanni, Romao et Morel étaient au marquage de Fekir et Lacazette. Sur les ailes, Thauvin et Ayew avaient pour mission de bloquer les montées de Jallet et Bedimo. Enfin, Gignac en pointe travaillait entre Umtiti et Rose et devait empêcher leurs montées avec le ballon.

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Le système défensif de l’OM à l’oeuvre : un joueur de moins au niveau de la relance adverse, un joueur de plus en dernier rempart avant le gardien. Entre les deux, 9 duels.

Dès les premières minutes, les Marseillais ont montré d’excellents comportements pour contrer le jeu de l’OL. A l’instar de ce qu’avait fait l’AS Saint-Etienne lors du dernier derby remporté 3-0, ils ont su étouffer efficacement Gonalons et les solutions latérales (Ferri, Tolisso + Jallet, Bedimo) qui se présentent habituellement à lui.

Le flanc droit (Dja Djédjé + Thauvin) a abattu une grosse part du travail, le premier sortant sur Tolisso et poursuivant même ses efforts en cas de passe en retrait, parfaitement couvert par le second qui se repliait à chaque montée de Bedimo afin d’éviter l’égalité numérique derrière (Bedimo, Fekir, Lacazette vs Romao, Fanni, Morel).

Au vu de son sérieux dimanche soir, Thauvin a d’ailleurs sans doute tiré les leçons de son passage sur le banc de touche à Toulouse. Payet aussi s’est montré plus généreux. Plusieurs fois, l’ancien Lillois a fait les efforts pour rattraper un Lyonnais qui avait faussé compagnie à son adversaire direct (ex : Jallet-Ayew et Bedimo-Thauvin notamment).

Ces efforts accomplis par les joueurs offensifs ont évidemment facilité la tâche des défensifs : aidé par Dja Djédjé et Mendy, Imbula s’est senti moins seul et a vite pris le dessus sur Ghezzal, sorti avant la mi-temps. Derrière, l’agressivité de Morel, Fanni et Romao a posé beaucoup de problèmes à Fekir et Lacazette (comme Sall, Pogba et Perrin lors du derby…) qui n’étaient pas servis dans les meilleures conditions (24 ballons reçus à eux deux en première mi-temps, mais seulement 4 passes pour Fekir et 5 pour Lacazette, en plus de son duel perdu avec Mandanda).

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Le pressing marseillais à l’oeuvre en deux temps : 1) Gonalons, excentré côté droit, vient de servir Tolisso. Dja Djédjé, son adversaire direct, sort pour l’empêcher de renverser le jeu. Alors que Ayew revient sur Jallet, tous les autres Marseillais sont au contact de leurs adversaires directs : Thauvin-Bedimo, Imbula-Ghezzal, Mendy-Ferri, Morel-Fekir et Romao-Lacazette.

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2) L’OL a beau franchir cette première ligne de pressing, les Marseillais sont présents dans le repli. Thauvin a suivi Bedimo et se retrouve en position de latéral droit, tandis que Imbula contrôle la course de Ghezzal et le dirige vers l’extérieur.

L’OM étire le losange lyonnais

C’est à partir de ce pressing retrouvé que les Marseillais se sont crées leurs premières occasions de la partie (3e, 16e). Une fois en possession du ballon, ils ont posé des problèmes aux Gones en exploitant la largeur et les espaces autour des trois milieux adverses.

Cela se retrouvait d’abord dans la relance marseillaise : Romao, Fanni et Morel se sont ainsi partagés les trois relations de passes les plus prolifiques de l’OM, aidés il est vrai par l’attentisme de la première ligne lyonnaise (11 passes de Fanni à Romao, 10 passes de Romao à Fanni et 10 passes de Morel à Fanni). Il s’agissait d’abord de choisir un côté par lequel attaquer le milieu de l’Olympique Lyonnais, même si Imbula est aussi devenu une solution plein axe en prenant le dessus sur Ghezzal.

Une fois le ballon dans le couloir, parfois grâce à un renversement de jeu (ex : de Morel vers Thauvin), les Marseillais ont exploité les espaces dans le losange lyonnais. Alors que Ferri et Tolisso coulissaient vers Mendy ou Dja Djédjé, les joueurs à vocation offensive de l’OM se positionnaient dans les intervalles.

Payet a très souvent quitté sa position dans l’axe afin de s’intercaler entre les milieux et les latéraux lyonnais et ainsi sortir de la zone de Gonalons. Vers la fin du premier quart d’heure (13e), son centre vers Gignac aurait pu profiter à Mendy, qui n’a toutefois pas inquiété Lopes sur sa reprise.

Dimitri Payet se crée de l'espace en allant demander le ballon sur les côtés.

Dimitri Payet se crée de l’espace en allant demander le ballon sur les côtés. Sa qualité de centre lui permet de créer le danger depuis cette zone, Ayew et Gignac se retrouvant face à Rose et Umtiti dans la surface lyonnaise.

Autre signe de la recherche de la largeur côté marseillais, une passe de Dja Djédjé pour Mendy qui a pris à défaut le milieu à trois de l’OL. Le centre du latéral gauche a ensuite été repris par Gignac qui a forcé Lopes à se détendre (28e).

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28e minute : la plus belle occasion phocéenne de la première mi-temps. Alors que Gonalons est attiré par le déplacement Payet au départ de l’action, Dja Djédjé récupère le ballon et rentre à l’intérieur, fixant Tolisso et Ferri avant de libérer vers Mendy. Complètement seul au moment d’être servi, le latéral gauche adresse un bon centre pour Gignac qui force Lopes à la parade.

Lyon : les limites du bloc médian 

Déjà gênés par l’agressivité des Marseillais, les Lyonnais ont aussi payé leur approche tactiquee. Comme face au PSG il y a quelques semaines, les attaquants laissaient les défenseurs marseillais sans pression, ne déclenchant leur pressing que lorsque ces derniers approchaient le niveau du rond central.

Leur rôle était notamment de bloquer l’avancée de Morel ou Romao afin de gêner leurs relances, tandis que Ghezzal se chargeait d’Imbula. Dans l’axe, Fanni avait lui beaucoup plus de liberté avec le ballon… même s’il a failli être poussé à la faute par manque de solution (6e).

Malgré cela, l’OL s’est quand même crée une première très grosse occasion (7e) par Lacazette. Tout est parti d’une mauvaise passe de Romao, mis sous pression par l’international français. Derrière, les Lyonnais sont allés très vite en contre-attaque mais le meilleur buteur du championnat s’est heurté à Mandanda.

Cette alerte sur les buts marseillais n’a tout de même été qu’une péripétie dans un premier quart d’heure largement à l’avantage des hommes de Bielsa. Lyon n’a réellement commencé à sortir la tête de l’eau que quelques minutes plus tard grâce à une première ligne étirée (Gonalons entre Umtiti et Rose) afin de compliquer le premier pressing des Marseillais (Gignac-Payet) et permettre les relances – les montées – de Umtiti ou Rose sur les côtés.

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Si les défenseurs lyonnais parviennent à franchir la ligne médiane avec le ballon, ils peuvent créer la supériorité numérique. Le travail de l’avant-centre marseillais (en l’occurrence Gignac) est donc capital pour empêcher leurs montées.

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Dès que Gignac n’est plus là, les choses se compliquent. Ici, Rose l’a bloqué au départ de l’action et Umtiti en a profité pour prendre l’espace et attaquer Dja Djédjé en un-contre-un. Lancé, Bedimo ne sera pas rattrapé par Thauvin… mais son centre ne trouvera que des Marseillais.

Un temps fort qui n’a toutefois pas duré, l’OM reprenant assez rapidement l’ascendant. Une situation face à laquelle Hubert Fournier a réagi. Peu avant la mi-temps, il a décidé de lancer Njie à la place d’un Ghezzal très loin de jouer son rôle de meneur de jeu (16 ballons reçus, 12 passes tentées, 4 réussies…).

En difficulté dans les duels avec les défenseurs marseillais, Fekir a reculé d’un cran pour laisser la place de deuxième attaquant au nouvel entrant. Un remplacement qui s’est accompagné d’un léger mieux pour l’OL, qui a plutôt bien entamé la deuxième mi-temps, se heurtant toutefois toujours à des Marseillais très impliqués défensivement.

Deuxième mi-temps : 

L’affrontement tactique n’a pas connu de grandes évolutions durant la première moitié du second acte. L’OL a mieux résisté face à la relance marseillaise en positionnant sa première ligne légèrement plus haut (notamment à partir des dégagements de Mandanda).

L’OM est tout de même resté au-dessus sur le plan collectif, trouvant même un nouveau circuit de jeu à partir de Fanni : plusieurs fois, ce dernier a profité de l’absence de pressing sur lui pour jouer long vers la zone de Jallet-Ferri, comptant sans doute sur la présence de Ayew et Mendy afin de prendre le dessus sur le plan athlétique.

Toutefois, excepté un poteau de Gignac suite à une erreur d’Umtiti (71e) et quelques coups de pied arrêtés côté lyonnais, pas grand chose à signaler pour Lopes et Mandanda. En plein milieu du second acte, Bielsa a modifié son système avec la sortie de Dja Djédjé, remplacé par Aloé.

L’OM s’est alors retrouvé sans véritable latéral droit, laissant tout le couloir à Ocampos (remplaçant de Thauvin, 60e). Aloé a pris le marquage de Njié et s’est intégré à la ligne de trois aux côtés de Fanni et Morel. Romao est lui passé au marquage de Fékir, permettant à Imbula de jouer plus haut tout en se retrouvant face à Tolisso une fois le ballon perdu.

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Le passage à deux milieux axiaux avec le ballon offre plus de solutions courtes à Fanni. Fekir se retrouve seul face à deux joueurs. Cela pose ainsi des problèmes dans les autres marquages. Ici, Ferri laisse Mendy pour prendre Imbula. Jallet se retrouve donc lui aussi entre-deux (Ayew, son adversaire direct, et Mendy sur l’aile).

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Ce circuit plein axe a fonctionné pour mettre Payet dans de bonnes situations. Servi par Romao, il élimine Gonalons sur son contrôle et tente sa chance de loin. Un tir dévié par Rose.

Ce passage à deux milieux axiaux (autour de Fékir) a encouragé l’OM à passer plus dans l’axe en fin de partie, utilisant Romao ou Imbula pour alimenter les attaquants. Payet s’est ainsi retrouvé en bonne position pour tenter sa chance à mi-distance, mais son tir a été déviée par la défense lyonnaise (voir ci-dessus).

Le dernier quart d’heure a ensuite été plus équilibré, les deux formations obtenant des situations pour enlever la rencontre mais Lopes et Mandanda ont fait les arrêts pour préserver le score (face à Fanni, 83e et Tolisso, 88e).

Conclusion : 

Le score n’est pas en sa faveur mais l’OM de l’automne semble bien de retour. Dimanche soir, tous les joueurs étaient au diapason et le mot « bloc » pouvait de nouveau s’accoler au terme « équipe » après un début d’année difficile. Pour preuve, les grosses occasions de l’OL ne sont intervenues que sur une erreur de transmission marseillaise (Lacazette, 7e) et après l’expulsion de Morel (85e).

Comme face au Paris Saint-Germain, les Lyonnais ont dû s’en remettre à leur gardien de but pour s’en tirer avec le point du match nul. Même s’il y a eu du mieux en deuxième mi-temps, leur passivité face à la relance adverse a failli leur coûter cher, puisqu’elle permettait à l’OM de remettre toujours le jeu… et la pression dans leur moitié de terrain.

S’ils restent bien en tête du championnat, les Gones risquent toutefois d’avoir du mal à y rester jusqu’à la 38ème journée s’ils restent sur cette lancée… à moins qu’Alexandre Lacazette ne retrouve l’efficacité sur laquelle il surfait avant sa blessure. Le moment de ressortir une formule toute faite, que l’on risque d’entendre si l’OL va jusqu’au bout : « on dit souvent qu’il n’y a pas de grande équipe sans grand gardien et sans grand avant-centre… » 

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3 réponses

  1. millionico dit :

    3 matchs de suite pas évident à l’extérieur ça laisse des traces. De retour à domicile, la zone d’action sur le terrain des joueurs offensifs et leur déplacements seront à nouveaux plus optimisés

  2. Mr pascool du Burkina Faso dit :

    Très belle analyse… encore félicitations…Pour ma part, je penses que BIELSA doit par moment faire confiance à Batchuayi pour sa puissance et Ocampos pour son agilité et sa vitesse d’entrée de jeu… Avec ce résultat, le chemin pour les places Européennes s’annonce compliqué pour l’OM…

  3. Daniel Constance dit :

    Salut,
    Excellent analyse ! Vivement qu’Alexandre Lacazette retrouve sa forme, car le gardien ne pourra pas tout sauver…

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