Marseille 6-0 Troyes : l’analyse de la première de Michel

L’OM ne pouvait pas rêver meilleur « nouveau départ » : au programme de cette première belle soirée de la saison au Vélodrome : une victoire 6-0, des attaquants enfin en réussite et un Lassana Diarra de gala pour ses débuts sous le maillot ciel et blanc. Sur son banc de touche, Michel a vécu un dimanche parfait. Cette première réussie valide forcément les premiers jalons de sa méthode. Une situation idéale pour poursuivre le travail et imposer ses principes de jeu. Mais ce projet, quel est-il ? Débuts de réponse après la prestation des Marseillais face à Troyes.

Un nouveau système : 

C’est la premier élément marquant. Exit le 4-2-3-1 utilisé par Passi lors de son intérim à Reims et par Bielsa la saison dernière, les Marseillais ont débuté la rencontre en 4-1-4-1. Pressenti pour reprendre le poste de n°10 laissé vacant par Thauvin après Reims, Cabella a finalement commencé la partie sur l’aile gauche. A noter aussi la première de Manquillo, remplaçant de dernière minute de Dja Djédjé sur la droite de la défense, ainsi que le retour de Barrada dans l’entrejeu.

Pressing : Barrada-Lemina, les métronomes 

Les deux avaient brillé avec Bielsa il y a moins d’un mois, lorsque l’OM s’imposait en amical face à la Juventus. Face à Troyes, le public du Vélodrome les a retrouvés dans des rôles bien différents. Associés dans l’entrejeu devant Lassana Diarra, les deux hommes ont été les baromètres du pressing marseillais. Une autre grande nouveauté par rapport à l’ère Marcelo Bielsa : rompant avec le pressing jusqu’au boutiste de l’Argentin, l’OM a retrouvé face à Troyes une alternance entre phases de pressing haut dans le camp adverse et séquences défensives avec un bloc médian, afin de contenir la relance troyenne.

Barrada et Lémina étaient au coeur de ce travail « à deux vitesses ». De leur positionnement sur le terrain dépendait la hauteur du bloc marseillais. Proches de Batshuayi en début de match, ils orientaient la relance troyenne vers les côtés où ils étaient ensuite secondés par les sorties de Cabella et Alessandrini. L’OM resserrait alors son bloc côté ballon pour tenter de le récupérer. En milieu de première mi-temps, les milieux ont relâché la pression, laissant la balle parvenir aux milieux troyens et se contentant de les contenir et les orienter vers les couloirs.

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Positionné entre le relayeur et le latéral troyen, Lemina met la pression sur le porteur.

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Quelques minutes plus tard, séquence quasi-identique avec Cabella qui complète le pressing sur le défenseur à l’opposée.

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L’OM alterne séquences hautes dans le camp troyen et phases en bloc médian. Barrada et Lémina travaillent avec Batshuayi pour permettre la remontée du bloc. Proche de sa défense, Diarra est là pour compenser les mouvements de ses défenseurs lorsqu’il n’a pas d’adversaire à chasser.

Défense : Lassana Diarra au coeur du système

Pour sa première conférence de presse en début de semaine, le nouveau coach de l’OM n’était pas avare en superlatifs envers son nouveau n°10 : « c’est un joueur qui complète parfaitement l’effectif pour deux raisons: son expérience internationale, et, plus que le fait de parler espagnol, c’est un joueur qui connaît parfaitement le jeu. » A l’issue de la grosse performance du Français, il s’est même permis d’en rajouter : « on ne peut pas jouer mieux au foot que ce qu’il a fait aujourd’hui, tout ce qu’il a fait était parfait. A la façon dont il a joué, on a vu qu’il comprenait le football. Quand on a un joueur de ce niveau, on peut être tranquille, il fait beaucoup plus de choses que l’entraîneur. »

Et il est vrai que Lassana Diarra va être un « facilitateur » de la vie de son arrière-garde s’il continue sur la lancée de ce qu’il a montré face à Troyes. Car le système défensif de l’OM risque de beaucoup dépendre de ses performances. Dimanche, le milieu densifié de l’OM orientait Troyes vers les côtés. Alessandrini et Cabella étaient là pour protéger les couloirs face aux latéraux adverses.

A leurs côtés, Barrada et Lémina devaient eux évoluer très près des milieux adverses : pas question de jouer plus bas que leurs ailiers (entre le latéral et l’ailier), à moins de suivre l’incursion de l’adversaire le plus proche du porteur. Leur but était de rester à proximité des soutiens proposés aux joueurs de couloir (milieux axiaux), afin de pouvoir les mettre sous pression s’ils recevaient le ballon. Résultat, une distance relativement importante entre la défense et le milieu marseillais et un Lassana Diarra chargé de gérer cela.

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Alessandrini bloque le couloir devant Karaboué. Au lieu de redescendre entre Diarra et Alessandrini pour protéger la zone, Barrada reste à proximité du Troyen le plus proche du porteur dans l’axe, afin de pouvoir mettre la pression s’il est servi. C’est à Diarra et aux défenseurs de gérer l’espace.

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En l’occurrence, cette distance entre la défense et les milieux marseillais a souvent amené les latéraux à sortir de l’alignement pour stopper l’avancée d’un adversaire. Ici, Mendy sort pour bloquer la montée de Martins Pereira. Il est couvert par Rekik, lui-même protégé par Diarra.

Les compensations entre la défense marseillaise et Lassana Diarra avaient pour objectif de permettre à Barrada et Lemina de défendre en avançant le plus souvent possible. Le rôle des deux hommes était capital puisqu’ils permettaient ainsi au bloc marseillais de remonter. Comme dans la moitié de terrain adverse, leur rôle complétait celui de Batshuayi. Le Belge devait se montrer vigilant afin de bloquer les relais adverses qui échapper à ses milieux.

Rarement mis en danger, les Marseillais ont quand même connu quelques petits soucis. En début de partie, les appels de Jean dans le dos des latéraux (Mendy notamment) ont crée des décalages dans la défense phocéenne, lorsque les Troyens jouaient long pour sortir de la pression adverse. Sur les phases plus construites, le danger est venu de ballons bien sortis des couloirs par les Aubois, qui échappaient ensuite à la pression de Barrada ou Lemina (et Batshuayi).

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Sur cette séquence, le bloc marseillais se retrouve en difficulté : Barrada n’a pu faire reculer son adversaire, qui a donné une passe latérale. Batshuayi et Lemina sont trop loin pour intervenir ; du coup, c’est Diarra qui doit sortir pour combler la brèche et se fait facilement éliminer.

Préparation : plus de solutions autour du porteur

Une autre information qu’il fallait tirer des premiers mots prononcés par Michel en tant qu’entraîneur de l’OM. L’ancien coach de l’Olympiakos avait prévu de demander à ses hommes de produire un jeu plus construit. Cela s’est ressenti dès les premières minutes de jeu face à Troyes : Lemina et surtout Barrada sont régulièrement redescendus afin de toucher le ballon et orienter le jeu vers l’avant. Un autre principe à l’opposée de Bielsa, qui demandait beaucoup à ses défenseurs pour ressortir les ballons afin de profiter ensuite du grand nombre de joueurs dans le camp adverse pour se projeter rapidement vers le but.

L’OM a ainsi souvent relancé à partir de situations de large surnombre dans sa moitié de terrain : le ballon circulait entre les défenseurs centraux et les milieux de terrain jusqu’à ce que l’un d’entre eux trouve une passe à faire afin de franchir la ligne médiane. Le procédé restait le même sur les phases de pressing troyen en début de deuxième mi-temps : le jeu partait seulement de plus loin, Mandanda y tenant un vrai rôle afin d’éliminer la première ligne troyenne.

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Les décrochages de Barrada et Lemina étaient évidemment compensés par les montées de Mendy et Manquillo dans les couloirs.

Sur les phases de pressing troyen, Mandanda visait les couloirs, occupés par Mendy et Manquillo.

Sur les phases de pressing troyen, Mandanda visait les couloirs, occupés par Mendy et Manquillo.

A noter aussi que lorsque l’OM a voulu conserver le ballon plus longtemps au milieu de terrain, l’équipe s’est appuyée sur les déplacements de Cabella. Quittant son aile gauche, l’ancien Montpelliérain offrait une solution supplémentaire dans le coeur du jeu. Cela permettait aux Phocéens de monopoliser le ballon en redoublant les passes avec Barrada, Lémina ou Diarra, et de s’offrir un peu de répit. Car une fois dans le camp adverse, l’équipe retrouvait des habitudes « Bielsa », en voulant aller très vite vers l’avant.

Attaque : moins de changements de jeu, plus de dédoublements

Mais contrairement au système de l’Argentin, qui demandait à fixer d’un côté pour renverser et finir de l’autre, les Phocéens se sont appuyés sur les triangles formés par les ailiers, les latéraux et les relayeurs pour accélérer dans le dernier tiers. C’est le flanc droit qui s’est montré le plus productif de ce point de vue avec Alessandrini, Manquillo et les excellents déplacements de Barrada pour les accompagner.

Le Marocain s’est infiltré à plusieurs dans la défense troyenne, quand il ne restait pas à la baguette pour servir ses partenaires dans la profondeur. Toutes proportions gardées, son rôle et ses déplacements pouvaient rappeler ceux de Rakitic avec le Barça. A gauche, Lémina a moins pesé à la création, laissant de la place à Cabella pour s’exprimer à l’intérieur du terrain. Avec Mendy, ce dernier a formé une paire très intéressante : les services dans le bon rythme du premier ont permis au second de faire parler sa puissance et mettre à mal l’arrière-garde troyenne par ses centres (cf, 1-0, 19e).

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Sitôt le premier ballon donné, les Marseillais essaient de vite déclencher une combinaison sur l’aile : ici c’est Manquillo qui s’apprête à dédoubler afin d’offrir une solution à Alessandrini.

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Même chose sur cette séquence avec la projection de Barrada dans le dos du latéral troyen.

Arrivés dans les 30 derniers mètres, les Marseillais mettaient en place leur bloc dans le camp adverse : Barrada et Cabella étaient à la baguette des deux côtés du terrain, recherchant des partenaires en profondeur sur les côtés ou les relais de Batshuayi dans le coeur de la défense. Présent en soutien, Diarra – parfois aidé par Lémina – était là pour déclencher le pressing à la perte, étant lui-même couvert par Nkoulou et Rekik.

Conclusion : 

L’OM de Michel a réussi sa première, mais il ne pouvait certainement pas rêver meilleur sparring-partner que l’ESTAC pour débuter. Déjà réputés pour laisser beaucoup d’espaces à leurs adversaires, les Troyens ont été dominés par des Marseillais largement au-dessus sur le plan physique. Les premier (Mendy dépose deux adversaires avant de centrer) et troisième (solo de Batshuayi en puissance dans la défense troyenne) buts ont bien illustré la différence athlétique entre les deux formations.

Celle-ci s’est particulièrement exprimée sur les ailes, qui ont vu les Marseillais prendre rapidement l’ascendant en attaque et multiplier les débordements et autres combinaisons au fil de la rencontre. A partir de là, inutile de chercher d’autre solution pour créer le danger sur les buts de Petric. Le déplacement à Guingamp la semaine prochaine offrira une toute autre adversité et un premier vrai test pour ce « nouveau Marseille », qui a su séduire pour sa première.

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1 réponse

  1. 25 août 2015

    […] : Marseille 6-0 Troyes : l’analyse de la première de Michel (Les Chroniques Tactiques, Florent Toniutti, […]

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