Marseille 3-1 Bordeaux, l’analyse tactique

Dans un match intense, l’Olympique de Marseille est logiquement venu à bout des Girondins de Bordeaux et a repris sa place en tête de la Ligue 1. Dominateurs, les Marseillais se sont pourtant faits surprendre en début de deuxième mi-temps sur une attaque rapide… C’était sans compter sur leur capacité de réaction, qui leur a permis de finir très fort en inscrivant trois buts dans la dernière demi-heure en profitant de failles dans la défense bordelaise.

Les compositions :  

Comme d’habitude avec l’OM, c’est le système mis en place par l’adversaire qui a décidé de son organisation défensive. En l’occurrence, les Girondins se sont présentés au Vélodrome en 3-4-3, qui se transformait rapidement en 5-4-1 en phase défensive. Touré, Maurice-Belay et Khazri formaient l’attaque bordelaise, soutenus par Plasil et Sertic dans l’entrejeu. En défense, Planus, Pallois et Yambéré étaient encadrés par Poundjé et Mariano.

Du coup, le onze marseillais s’est organisé en 4-2-3-1. Aloé effectuait ses débuts en tant que titulaire en défense centrale aux côtés de Fanni. Comme d’habitude, Dja Djedje et Mendy évoluaient sur les flancs, et la paire Imbula-Lemina était reconduite au milieu de terrain. Alessandrini finalement absent, Barrada en profitait pour débuter sur le côté droit, Thauvin passant à gauche et laissant Payet en soutien de Gignac.

Bordeaux veut éviter la pression : 

Durant les premières minutes de la partie, les Girondins ont tenté d’éviter la pression marseillaise. D’abord en mettant en place un pressing assez haut dans le camp des Phocéens afin de gêner leurs sorties de balle. En première ligne, Touré déclenchait le pressing, suivi de Maurice-Belay ou Khazri qui quittaient leurs positions excentrées (face à Mendy et Dja Djedje) pour sortir sur l’axial le plus proche (Aloé, Fanni). Au milieu de terrain, Sertic et Plasil répondaient eux aux déplacements de Lemina et Imbula.

Dans le camp marseillais, les Bordelais pouvaient ainsi se retrouver à cinq (3 attaquants et 2 milieux de terrain) face à six joueurs marseillais (4 défenseurs et 2 milieux de terrain). Lorsque Khazri ou Maurice-Belay se retrouvaient à exercer le pressing dans l’axe (Aloé, Fanni), leurs latéraux (Mariano, Poundjé) devaient normalement compenser leurs changements de zone en sortant de la ligne défensive afin de bloquer le latéral marseillais laissé seul (Mendy, Dja Djédjé). Or très souvent, ces derniers ont eu assez de temps pour se mettre dans le sens du jeu et progresser dans le camp bordelais.

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Maurice-Belay et Touré ont bloqué le flanc droit de l’OM (Dja Djédjé, Aloé). Dans l’axe, Sertic empêche la passe vers Imbula. Les Marseillais tentent de passer côté opposé : Khazri réagit en sortant au pressing sur Aloé. Il laisse volontairement Mendy seul dans son couloir, en comptant sur la sortie de Mariano au milieu de terrain pour bloquer le latéral marseillais.

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Très souvent, les latéraux bordelais étaient trop loin de leurs homologues marseillais sur ces phases de jeu. Ici, Poundjé laisse trop d’espaces à Dja Djédjé qui peut chercher Barrada dans la profondeur.

Lorsqu’il était servi dans l’axe, Imbula était aussi un danger pour le milieu bordelais par sa capacité à faire la différence dans les duels grâce à son avantage physique (notamment face à Plasil). Bref, les Marseillais ont vite trouvé les solutions pour déjouer le pressing bordelais et rentrer dans les 40 derniers mètres. Soit dans l’axe via Imbula, soit par les côtés en jouant dans le dos des latéraux girondins. Gignac et Payet n’ont d’ailleurs pas hésité à s’excentrer pour occuper ces espaces et accompagner les courses de leurs joueurs de couloir.

Repoussés ainsi dans leur camp, les Girondins se repliaient donc en 5-4-1 en phase défensive afin de répondre au mieux aux offensives marseillaises. Sur les côtés, Khazri et Maurice-Belay devaient bloquer les montées de Mendy et Dja Djedje afin de permettre à Mariano et Poundjé de suivre les déplacements de Thauvin ou Barrada à l’intérieur. L’OM a rapidement pris l’ascendant en terme de possession et de domination territoriale, mais les Bordelais ont été les premiers à se montrer dangereux.

Et pour cause, ils ont souvent déjoué le pressing marseillais grâce à la mobilité de leurs attaquants. Dès la récupération, Touré était rejoint par Maurice-Belay dans l’axe afin de créer un deux-contre-deux face à la défense marseillaise. Si le jeu court était impossible pour remonter le ballon, les Girondins cherchaient alors le jeu direct vers ces derniers en espérant mettre Aloé et Fanni en difficulté avant le repli du reste du bloc phocéen. A l’aise dos au but, notamment grâce à la qualité de ses contrôles orientés, Maurice-Belay a posé pas mal de problèmes aux défenseurs marseillais dans ce registre.

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Suite à un ballon bien ressorti par la défense bordelaise, Maurice-Belay devance Aloé et met le ballon dans la course de Sertic, qui peut lancer Touré vers les buts de Mandanda.

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Les trois attaquants bordelais cherchent à jouer assez proches les uns des autres afin de mettre la défense centrale marseillais sans protection en cas de duel perdu. Habituellement, l’OM se repose sur la présence d’un joueur supplémentaire dans cette zone (en l’occurrence Nkoulou) afin d’avoir le surnombre. Là, avec le positionnement rapproché des trois Bordelais, celui-ci n’existait pas et c’est le Girondin à l’opposé de l’action (Poundjé ci-dessus) qui se retrouvait en infériorité numérique (au lieu de l’avant-centre).

Le problème Payet : 

Dangereux en contre-attaque, les Bordelais ont fait le choix du jeu rapide au détriment de la maîtrise technique : l’équipe était construite pour aller vite de l’avant (grâce à la mobilité de son trio d’attaque) mais était vite à la peine lorsqu’elle tentait de redoubler les passes et d’utiliser la largeur du terrain. Résultat, l’OM a tenu le ballon la majeure partie du temps et a pu s’appuyer sur l’activité de Payet pour faire la différence dans le dernier tiers. Positionné en soutien de Gignac,  l’international français a posé d’énormes problèmes aux Girondins par ses décrochages au milieu de terrain.

Dès que l’OM entrait dans les 40 mètres bordelais, il se rendait disponible en revenant dans la zone gardée par Sertic et Plasil, qui étaient déjà opposés à Lemina et Imbula. Normalement, l’un des trois défenseurs bordelais aurait dû le suivre afin d’éviter qu’il ne crée le surnombre. Mais excepté Yambéré sur quelques phases de jeu, ces derniers n’ont pas su limiter son influence. Payet s’est ainsi retrouvé à l’origine de deux grosses occasions de but (Thauvin, 20e – Gignac, 33e), la seconde obligeant Carrasso à une belle sortie dans les pieds du buteur marseillais.

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Sur cette situation, Yambéré a suivi Payet mais ce dernier a le temps de voir l’appel de Thauvin et d’ajuster son ouverture dans le dos de Mariano.

Bordeaux plus bas : 

A la base de la plupart des occasions dangereuses de l’OM en première mi-temps, Payet posait un réel problème tactique que les Girondins se devaient de résoudre après la pause. Ils ont donc abandonné le pressing vu en début de match et décidé d’attendre l’OM au niveau de la ligne médiane. Maurice-Belay se retrouvait dans l’axe, cherchant à isoler Imbula par rapport à Aloé et Fanni, désormais sans adversaire pour les gêner. En deuxième rideau, Plasil et Sertic se retrouvaient donc à deux face au seul Lemina et étaient désormais capables en mesure de gérer les décrochages de Payet.

Les Girondins ont pourtant souffert en ce début de deuxième mi-temps, payant sans doute leur positionnement plus défensif. Aloé et Fanni étant désormais suffisants pour mettre le jeu dans les 40 mètres bordelais, des joueurs comme Imbula et Lémina ont pu intervenir plus haut sur le terrain et se projeter vers les buts de Carrasso. Ils ont d’ailleurs été à la finition sur deux actions dangereuses mais ont à chaque fois buté sur le portier girondin (49e, 50e). Dans la foulée, c’est Aloé qui a trouvé la barre sur corner. Et c’est paradoxalement après cette succession d’occasions manquées par les Marseillais que les Girondins ont ouvert le score sur un ballon gagné par Khazri dans les pieds de Mendy (1-0, 55e).

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Bordeaux reprend la partie en 5-4-1. Aloé et Fanni sont désormais sans opposition, le recul de Maurice-Belay étant censé créer un trois-contre-trois face à Imbula, Lemina et Payet dans l’axe.

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Sur le but bordelais, tout part d’un ballon gagné par Sertic suite à un travail de Khazri sur Mendy. Après avoir joué avec Maurice-Belay, le milieu bordelais poursuit son action et crée un deux-contre-deux qui attire Fanni côté ballon, laissant Touré dans son dos. Personne (Payet, Dja Djédjé) ne reviendra compenser son déplacement.

A 0-1, le coup était quasi parfait pour les Bordelais. Bien qu’ils aient concédé pas mal d’occasions (souvent sur des séquences de quelques secondes d’ailleurs), ce but arrivait au meilleur des moments face à une formation marseillaise qui baisse généralement de rythme dans la dernière demi-heure. Problème, les Girondins ont encaissé le but égalisateur beaucoup trop rapidement. Plus haut depuis le début de la deuxième mi-temps pour les raisons évoquées précédemment, c’est Lemina qui a remis les deux équipes à égalité en reprenant un centre de Payet au-dessus de Planus (1-1, 60e).

Marseille profite des failles bordelaises : 

Willy Sagnol a alors décidé de changer de système afin de passer en 4-3-3. Sur le papier, le changement n’était pas surprenant puisqu’il permettait enfin de répondre aux problèmes posés par les décrochages de Payet depuis le début de la partie. Il semblait même avoir été prévu quelques minutes plus tôt, avant d’être remis en question par l’ouverture du score bordelaise. L’égalisation a finalement déclenché la décision du staff girondin : Yambéré est sorti, remplacé par Sané, tandis que Planus était supplée par Traoré qui s’installait au milieu de terrain aux côtés de Sertic et Plasil (62e). En face, Marcelo Bielsa a répliqué en faisant entrer Batshuayi à la place de Barrada, renvoyant Gignac sur le côté droit (72e).

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Bordeaux renforce son milieu de terrain avec l’entrée de Traoré (ici au pressing sur Lemina).

Les minutes passant, les deux formations sont apparues fatiguées et l’intensité de la partie s’en est ressentie. Plus heurtée, la fin de match a vu Bordeaux avoir une balle pour reprendre l’avantage suite à une nouvelle récupération haute dans le camp marseillais (Rolan, 83e) mais c’est finalement l’OM qui a eu le dernier mot sur un corner concédé bêtement par Mariano et coupé au premier poteau par Gignac (85e). A 2-1, les Girondins n’avaient plus les ressources pour revenir, notamment en raison des efforts produits par leurs attaquants depuis le coup d’envoi : si Maurice-Belay a continué à se montrer dans l’axe, Touré et Khazri ont vite plongé après l’heure de jeu, sans doute fatigués par les efforts défensifs à produire.

Conclusion : 

S’il a définitivement scellé la victoire marseillaise, le but de Batshuayi relevait presque de l’anecdote à ce moment de la partie. Bordeaux a laissé filer le point du nul dans la dernière demi-heure à cause d’erreurs défensives assez évidentes (sur les deux premiers buts, Poundjé, Planus, Mariano et Pallois semblent directement impliqués). Le passage en 4-3-3 a peut-être mis en exergue ses faiblesses, mais il était attendu au vu de l’importance qu’avait Payet lorsqu’il créait le surnombre dans l’entrejeu.

A l’inverse de l’OM qui a su maintenir le même niveau de performance sur les 90 minutes de jeu, les Bordelais ont aussi sans doute payé le manque de profondeur de leur banc : les entrées de Traoré et Rolan n’ont pas eu d’impact offensif et les attaquants bordelais présents sur la pelouse ont certainement manqué de jus en fin de partie. En face, l’OM a eu le mérite d’insister jusque dans les dernières minutes pour faire la décision. C’est la première fois que les hommes de Bielsa renversent un score cette saison, un résultat loin d’être anodin au vu de leur projet de jeu, très gourmand en énergie.

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2 réponses

  1. guronsan dit :

    jolie! bravo, c’est vraiment intéressant!!

  2. Daniel Constance dit :

    Coucou,
    Je suis particulièrement d’accord avec toi sur le fait que les Girondins de Bordeaux n’ont pas la qualité requise sur le banc… Il faudrait définitivement songer à recruter lors des prochains mercatos.

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