Marseille 3-0 Rennes, l’analyse tactique

Samedi après-midi, l’Olympique de Marseille a enchaîné un 4e succès de rang en disposant de Rennes devant son public. Si le score final est large, il est toutefois assez flatteur pour une formation phocéenne qui a eu beaucoup de mal en première mi-temps. Elle s’est toutefois rendue le match facile en débloquant la situation juste après le repos, contrôlant ensuite une équipe bretonne de moins en moins inspirée au fil des minutes.

Compositions : 

Evidemment, on ne change (presque) pas une équipe qui gagne : pour ce match, Marcelo Bielsa a reconduit son équipe-type de ce début de saison. Toujours en 4-2-3-1 puisque les Rennais ne jouaient qu’avec un seul attaquant de pointe. En attendant Doria (?), c’est Morel qui a débuté en défense centrale aux côtés de Nkoulou.

Côté rennais, Philippe Montanier s’est appuyé sur le même axe qui avait réussi à prendre un point face au PSG la semaine dernière. Derrière Toivonen, Doucouré, Gelson Fernandes et Pajot avaient pour mission de verrouiller le milieu de terrain. Sur les ailes en revanche, les hommes changeaient puisque Ntep et Moreira étaient préférés à Prcic et Pedro Henrique.

Marseille manque de vitesse : 

Comme face au PSG, les Rennais ont abordé cette partie en laissant volontairement le ballon à leurs adversaires. Toivonen et Doucouré formaient le premier rideau défensif, positionnée au niveau du rond central dans la zone d’Imbula. Ils laissaient donc venir Morel, Nkoulou et Romao, chargés de la relance marseillaise. Au sein du deuxième rideau, Ntep et Moreira fermaient les couloirs face aux montées de Dja Djedje et Mendy. Dans l’axe, Pajot et Gelson Fernandes devaient eux gérer les déplacements de Payet et autres décrochages des attaquants marseillais.

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Le 4-4-2 rennais face à la relance marseillaise : Toivonen et Doucouré sont en première ligne et laissent les défenseurs phocéens sans pression. Au sein du deuxième rideau, Gelson et Pajot sont au pressing sur les milieux se rendant disponibles (Imbula et Thauvin, qui décroche dans sa moitié de terrain sur cette action).

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En difficulté pour accélérer le jeu dans l’axe, les Marseillais tentent de passer par les côtés pour construire. Les paires ailier-latéral reçoivent le soutien de Gignac ou Payet. Rennes répond en envoyant Gelson ou Pajot dans la zone afin d’éviter le surnombre. A noter aussi le repli de Doucouré, qui coupe la solution en retrait sur cette action.

Ce sont d’ailleurs ces derniers qui se sont révélés importants en début de partie afin de permettre à l’OM de remonter les ballons et de s’installer dans le camp adverse. Payet s’est retrouvé à décrocher assez bas afin de sortir de la zone gardée par les milieux rennais afin de relayer les relances de ses partenaires. Plus flagrant encore, les mouvements de Ayew, qui quittait son aile pour offrir des solutions dans le coeur du jeu et créer le surnombre face à Gelson et Pajot (avec Imbula et Payet).

Ces mouvements de Ayew dans le coeur du jeu ont naturellement fait pencher le jeu de l’OM à droite en début de partie. Thauvin a été trouvé à plusieurs reprises en position d’ailier mais n’a pas su faire la différence face à Mbengue puis Diagne. Au final, malgré sa domination territoriale, l’OM a eu beaucoup de difficultés pour créer le danger sur les buts de Costil. La faute à un manque de dynamisme au milieu de terrain, plutôt bien contrôlé par Gelson et Pajot, qui recevaient en plus le soutien de Doucouré lorsque l’OM était installé dans leur camp.

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Lorsqu’il repique dans l’axe, Ayew crée le surnombre face à Gelson Fernandes et Pajot. A noter que ces mouvements sont aussi permis par les déplacements de Gignac sur toute la largeur du terrain : en allant occuper la zone de Danzé, il »fixe » ce dernier, ce qui libère automatiquement Ayew au milieu de terrain.

Rennes loupe le coche : 

Ce sont même les Rennais qui se sont montrés les plus dangereux durant le premier acte. La première occasion de la rencontre (Ntep face à Mandanda, 4e) a bien illustré le « danger » assumé par l’organisation mise en place par Marcelo Bielsa. Son équipe presse et va chercher très haut son adversaire, compliquant la transition défense-milieu grâce à l’activité de Gignac, Payet ou Imbula. Mais si la première passe franchit ce rideau pour arriver sur un attaquant (Toivonen) ou un milieu avancé (Doucouré), tout se joue alors sur les duels.

Or sur l’occasion de Ntep, tout part d’un décrochage de Toivonen qui fausse compagnie à Morel au départ de l’action. Le décalage est ainsi crée et tout s’enchaîne : le Suédois glisse la balle à Doucouré qui se retrouve dans le sens du jeu. L’OM doit alors basculer d’une séquence de pressing à une situation de repli (transition défensive). Les Bretons tentent eux de prendre de vitesse leurs adversaires directs afin d’offrir une solution au porteur de balle avant que ces derniers ne reviennent en position.

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Alors que l’OM est au pressing (Mendy, Ayew, Imbula), la défense marseillaise est à l’oeuvre : Morel sur Toivonen, Romao sur Doucouré et Nkoulou en couverture. Le Suédois est toutefois en avance sur son vis-à-vis : alors que Payet a coupé son effort, il est dépassé par la montée de Pajot qui se retrouve lancé face à une défense désormais forcée de reculer.

Assez rapidement toutefois, les Marseillais ont corrigé le tir et Morel s’est chargé personnellement de Toivonen, laissant Nkoulou en couverture alors que Romao était sur Doucouré. L’ancien latéral de Lorient n’a pas hésité à sortir très loin de sa défense, parfois jusque dans le camp adverse, afin de ne pas laisser le moindre espace à l’attaquant rennais. Sans ce point de fixation, les Bretons ont eu beaucoup plus de mal à se créer des opportunités, s’enferrant dans des tentatives individuelles sur les ailes qui n’ont pas abouti (Ntep, Moreira etc…).

Deuxième acte à sens unique : 

Mais à la pause, Marseille avait beau avoir le ballon, c’est bien Rennes qui faisait la meilleure impression : bien que « simple », son projet de jeu était le plus efficace et il a fallu quelques mauvais choix en attaque pour les empêcher de débloquer la situation. Tout a en revanche changé dès la reprise puisque l’OM a très rapidement ouvert le score. Bien bloqué durant la première mi-temps, Thauvin et Dja Djedje font la différence à deux-contre-deux sur leur côté droit. A la retombée au second poteau, Gignac ouvre le score (48e).

Si ce but a mis l’OM sur les bons rails offensivement, il n’a pas réglé tous les problèmes derrière : Rennes s’est crée de nouvelles par l’intermédiaire de Doucouré, qui a posé des soucis à la défense phocéenne en attaquant la profondeur. Les Bretons sont aussi allés chercher la relance marseillaise beaucoup plus haut, et l’ont même mise en difficulté alors qu’Imbula peinait à influer sur le jeu. Mais le second but de Gignac (63e) a ensuite mis fin au suspense et aux derniers espoirs bretons.

Désormais en contrôle, l’OM a dû faire face à l’entrée en jeu d’un deuxième attaquant rennais, Habibou remplaçant Doucouré quelques minutes plus tard (67e).  Comme d’habitude dans ces situations, Romao a glissé en défense, laissant Imbula dans l’entrejeu afin de soutenir Nkoulou et Morel (puis Sparagna, 84e).  Alors que Toivonen était désormais complètement éteint par la défense marseillaise (et Morel en particulier), l’ancien attaquant de La Gantoise a posé quelques problèmes par ses décrochages et sa mobilité sur le front de l’attaque.

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Le système a changé mais pas l’objectif des défenseurs marseillais. A l’instar de Morel avec Toivonen depuis le début de la partie, Romao prend en chasse Habibou et ne le lâche pas lorsqu’il décroche. Gignac et Imbula sont eux au marquage sur Gelson et Pajot. En couverture, Nkoulou évolue lui sans adversaire direct.

Conclusion : 

Agréable à suivre, cette rencontre a bien illustré les idées de jeu de cet OM. Etouffant, le système de jeu peut tout de même être exposé à tout moment, si l’un des défenseurs est en retard dans son marquage. A ce titre hier, Morel a effectué une très grande prestation face à Toivonen, tout comme Nkoulou qui a quasiment su couper toutes les offensives que les Bretons avaient réussi à lancer. Difficile aussi de ne pas évoquer le cas de Gignac, une nouvelle fois auteur de l’ouverture du score. Ses capacités de buteur et son abnégation en phase défensive (c’est souvent lui qui revient aider ses milieux de terrain) en font un avant-centre idéal pour le projet de jeu de Bielsa.

Côté rennais, le score est très lourd au vu de la prestation collective. Loin de « bétonner », le 4-4-2 de Montanier a fait plutôt bonne impression et aurait pu (dû ?) être récompensé de ses efforts en première mi-temps si Ntep s’était montré plus lucide dans le camp marseillais. La disparition de Toivonen dans le jeu après la pause a toutefois mis un coup aux ambitions rennaises, seulement compensée après l’entrée de Habibou alors que l’OM menait déjà 2-0.

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6 réponses

  1. George T Newman dit :

    Belle analyse, d’un match que j’ai également trouvé agréable à suivre, contrairement à certains qui ne l’ont vu qu’à travers le prisme de l’OM (mauvais en 1ere, bon en 2e). La tactique de Montanier était moins frileuse qu’elle ne paraissait, avec double latéral à droite, et un milieu de terrain en soutien de l’attaquant.

    Petite question néanmoins: Rennes a joué en 4-4-2 toute la rencontre, mais c’est seulement quand Montanier a fait rentrer un joueur estampillé « attaquant » (contrairement à Doucouré donc) que Bielsa décide de passer à 3 défenseurs. Alors qu’en fin de compte, le système rennais n’a pas changé, seulement les profils des attaquants (avec un Toivonen plus en retrait qu’au début du match, sans que ça l’aide à peser sur le jeu).

    Du coup, autre question: Montanier peut il envisager de jouer avec Habibou et Toivonen dès le début de la rencontre, avec la même efficacité défensive (et a priori plus d’efficacité offensive) ?

  2. Bonne remarque sur le système rennais. Mais à mon sens, le Marseillais n’a pas foncièrement changé non plus : la position de Romao a bougé parce que Habibou jouait plus haut, mais au bout du compte, il a travaillé comme il l’avait fait jusqu’ici face à Doucouré. Le plus important pour l’OM, c’est que toute l’équipe soit au diapason de ce changement afin qu’Imbula ne se retrouve pas complètement seul au milieu (retour de Gignac hier, très souvent).

    A priori, Montanier aurait pu jouer avec les deux oui. Même si leur complémentarité reste à démontrer sur le long terme. Hier, Habibou est rentré en jeu après la grosse baisse de régime de Toivonen. Plus que de jouer à deux attaquants, faut jouer avec des joueurs forts dos au but face à cet OM-là. Ou l’opposé : des dévoreurs d’espaces… mais dans ce cas, il faut des créateurs ++ au milieu afin de faire les passes avant d’être pris par le pressing.

  3. cacoweb dit :

    Merci pour cet article sympa.

  4. Football Addict dit :

    Bonjour Florent,

    J’apprécie ton analyse mais j’ai une question: Es-tu sûr que l’OM évolue en 4-2-3-1 ?

    La semaine dernière je me suis penché sur les systèmes de Bielsa et, pour moi, l’OM joue dans un 2-3-1-3-1.

    J’ai essayé de le détailler ici: http://forum.lephoceen.fr/entries/3393-La-VRAIE-tactique-de-Bielsa

    Jette s’y un œil quand t’auras le temps, je suis vraiment curieux d’avoir ton avis dessus ;)

    Bonne journée.

  5. Un système se lit sur la phase défensive. Donc oui, 4-2-3-1.

  6. Setra dit :

    Analyse du match très objective. Je trouve que question tactique Rennes aurait pu faire mieux, mais bon…

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