Marseille 1-1 Lyon, l’analyse tactique

Après deux victoires faciles au Vélodrome (face à Troyes et Bastia), l’OM de Michel a vécu hier soir son premier grand rendez-vous de la saison au Vélodrome face à l’Olympique Lyonnais. Un match fermé de prime abord, la faute à des Lyonnais qui ont su priver leurs adversaires de leurs circuits de passes habituels, mais qui s’est décanté suite à l’expulsion d’Alessandrini. Alors que les Gones avaient toutes les cartes en mains pour ramener la victoire, ils ont payé leur manque de réalisme et une attitude plus passive après la pause forcée de l’heure de jeu.

Les compositions : 

Côté marseillais, Michel avait profité du déplacement à Groningen pour faire tourner son effectif. Du coup, c’est l’équipe-type qui s’est retrouvée sur la pelouse du Vélodrome pour ce premier choc de la saison. Même chose côté lyonnais, à une exception près : l’absence de Yanga-Mbiwa, remplacé par Bisevac dans le onze de départ. Sergi Darder faisait lui ses débuts en tant que relayeur droit dans le milieu de l’OL.

Première mi-temps : un OL en place 

Depuis que Michel est arrivé sur la Canebière, il a fait de la conservation du ballon l’un de ses principes de jeu les plus importants. La préparation se fait dans la moitié de terrain phocéenne. Les défenseurs centraux et Diarra s’appuient sur les mouvements de Barrada et Lucas Silva pour faire bouger le bloc adverse, en attendant qu’une brèche se crée. Le jeu se développe ensuite sur les côtés grâce à des mouvements coordonnés de l’ailier et du latéral : le premier repique dans un espace à l’intérieur tandis que le second apporte la largeur en prenant le couloir.

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La relance de l’OM autour de Diarra : Nkoulou, Rekik, Barrada et Lucas Silva évoluent dans l’axe afin de fixer le bloc adverse.

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Barrada décroche sans être suivi par Darder ou attaqué par Beauvue. Il a le temps de se retourner et servir Barrada dans le rond central.

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Le bloc lyonnais est attiré par la prise de balle du Marocain qui se met dans le sens du jeu. L’espace à exploiter se situe dans le dos de Darder.

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Barrada libère rapidement le ballon vers Cabella qui repique intérieur alors que Mendy prend le couloir.

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Cabella laisse filer le ballon, ce qui permet d’éliminer Jallet, sorti au pressing. Mendy récupère la balle et peut filer dans l’espace

Pour l’adversaire de l’OM, la clé pour bien défendre est de réussir à stopper la préparation des actions. En d’autres termes, intervenir avant que les milieux phocéens puissent lancer les mouvements qui se développent ensuite sur les côtés. Or, c’est ce que l’OL a plutôt bien fait au cours de la première mi-temps.

Leur système en 4-3-3 avec Valbuena entre Lacazette et Beauvue afin de bloquer Diarra a posé beaucoup de problèmes à la relance marseillaise. Nkoulou et Rekik n’étaient pas pressés, mais ils n’avaient pas non plus les solutions pour relancer court et mettre leurs milieux dans de bonnes conditions.

Dans l’entrejeu, Barrada et Lucas Silva étaient pris entre les deux premières lignes lyonnaises (attaquants et milieux de terrain). Seule solution courte pour l’OM, écarter vers Manquillo ou Mendy sur les côtés. Mais cela ne faisait que déplacer un problème qui restait identique : le manque de solutions autour du porteur en raison de la hauteur du bloc lyonnais.

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Manquillo récupère le ballon mais n’a pas de solution courte : Alessandrini est notamment suivi de près par Bedimo sur l’aile.

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Les Lyonnais ont aussi affiché une belle solidarité afin de rattraper les décalages qui pouvaient être crées dans l’entrejeu. Ici, Beauvue redescend afin d’éviter à Darder une situation de deux-contre-un.

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Cette bonne tenue du bloc face à la relance marseillaise a offert à l’OL plusieurs bons ballons de récupération à exploiter en contre-attaque. A l’origine de l’action menant au penalty de Lacazette (23e), un ballon gagné par Gonalons dans les pieds de Manquillo suite à un dégagement de Mandanda. Même chose pour le poteau du buteur lyonnais quelques minutes plus tard, puisque l’action fait suite à un ballon gagné par Tolisso dans le camp phocéen (28e).

Les difficultés des Phocéens pour ressortir le ballon comme ils en ont l’habitude ont eu des conséquences sur leur rendement offensif : ils ont eu moins de situations sur les côtés, et la plupart d’entre elles ont été gâchées par trop de précipitation (Alessandrini, Mendy). A la pause, seulement deux occasions à signaler dans la surface de Lopes : Alessandrini après un travail de Batshuayi sur une touche (9e) et l’attaquant belge suite à une récupération haute de Diarra (34e).

Lyon avec le ballon : 

Privés de la possession pour la première fois de la saison (55-45% pour l’OM à la mi-temps), les Lyonnais ont tout de même aussi eu l’occasion de construire. L’opposition tactique leur offrait l’avantage numérique dans le coeur du jeu (4 contre 3), mais Michel a répondu à ce problème en demandant à ses ailiers de défendre intérieur lorsqu’ils étaient à l’opposée du ballon.

L’OL s’est malgré tout appuyé sur la mobilité de Valbuena et la disponibilité de Lacazette (+10 passes par rapport à ses 4 matchs précédents) en décrochage, pour approcher les buts de Mandanda. Pas d’action tranchante à l’horizon néanmoins, si ce n’est une tentative timide de Valbuena dont le tir a fini dans les bras de Mandanda (10e).

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Lorsque l’OL relance, Michel demande à Barrada de sortir sur Gonalons, ce qui permet de mieux cadrer la relance. Pour compenser ce déplacement, Cabella défend intérieur pour être dans la zone de Darder.

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Cela permet notamment à Diarra de se concentrer sur Valbuena. Mais lorsqu’un autre attaquant décroche (Lacazette ?), il peut obliger l’un des défenseurs centraux à quitter sa position.

Deuxième mi-temps : Nkoulou-Rekik exposés, Diarra compense

Son équipe réduite à 10, Michel a fait le choix de passer en 4-3-2 en faisant entrer en jeu Nkoudou à la place de Cabella (46e). L’OM s’est retrouvé à défendre avec trois milieux de terrain sur la largeur, ces derniers étant aidés ensuite par les retours de Batshuayi ou de l’ancien Nantais sur les temps de jeu plus long des Lyonnais.

Défensivement, Nkoulou et Rekik ont eu fort à faire face à Lacazette et Beauvue. Le milieu marseillais étant désormais moins fourni, les passes arrivaient plus facilement jusqu’aux attaquants lyonnais. Les deux défenseurs se sont ainsi retrouvés à devoir les chasser à plusieurs endroits du terrain. Ils s’en sont malgré tout plutôt bien sortis dans les duels, bien aidés par un Lassana Diarra impressionnant de sérénité au moment de compenser leurs mouvements.

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Avec un milieu moins fourni après l’expulsion d’Alessandrini, les défenseurs marseillais ont souvent dû suivre les décrochages de leurs adversaires.

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Le danger venait de ballons conservés par l’OL alors qu’ils n’étaient plus en position : si le porteur avait le temps d’ajuster sa passe, alors la défense phocéenne pouvait être facilement mise hors de position. Ci-dessus, exemple avec Beauvue (53e).

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Exemple avec Darder (55e), alors que Nkoulou est sorti très haut sur Valbuena.

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Dans l’axe, Lassana Diarra avait un rôle de compensateur, chargé notamment de couvrir les sorties de ses deux centraux lorsqu’il ne devait pas oeuvrer lui-même entre les lignes.

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Sur cette séquence, il couvre Rekik et Nkoulou alors que Lacazette et Beauvue combinent dans leur zone.

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Au moment où l’action devient très dangereuse (Nkoulou éliminé), Diarra démarre.

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En deux secondes, il est déjà revenu sur Beauvue et récupère le ballon.

Les Lyonnais ont donc tout de même profité à plusieurs reprises de défenseurs marseillais trop « attirés » par le duel pour se créer des occasions. Darder (55e), Jallet (84e) et Valbuena (90e) ont manqué le coche, sans oublier une bonne séquence gâchée par un mauvais choix de Beauvue en début de deuxième mi-temps.

Nkoudou, 2ème attaquant 

Entré en jeu à la pause à la place de Cabella, Nkoudou s’est lui vite mis en action avec des prises de balle et des accélérations côté gauche qui ont gêné la défense lyonnaise. Avec Batshuayi, il a formé un duo d’attaque intéressant tout au long de la deuxième période. L’attaquant belge oeuvrait à la fois dans l’axe et côté droit afin d’offrir des solutions pour le jeu direct de Manquillo, utilisé à plusieurs reprises pour gagner du terrain facilement.

L’entracte de la 61e minute a eu de vraies conséquences sur le match puisque Lyon est revenu des vestiaires en jouant bien plus bas. Ce recul a rapidement été sanctionné par l’OM : même en étant à 10 contre 11, les Phocéens ont dominé la possession de balle sur cette période allant de la reprise du match à l’égalisation de Rekik (68e) : 65% de possession avec un Lassana Diarra qui a notamment contribué à donner plus d’envergure au jeu marseillais.

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Une séquence classique de la 2ème mi-temps : l’OL offre plus d’espaces à Diarra qui offre de la largeur en ouvrant sur Nkoulou ou Manquillo.

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L’Espagnol recherchait ensuite souvent Batshuayi dans le dos de Morel.

L’OL réagit trop tard : 

Cette égalisation a évidemment réveillé les Lyonnais qui ont mieux terminé la rencontre. Côté marseillais, Michel a d’ailleurs vite réagi en faisant entrer Anguissa à la place de Barrada afin de densifier son milieu de terrain (70e). Dominées par l’OL, les dernières minutes ont vu Valbuena passer tout près d’offrir la victoire à sa nouvelle équipe. Marseille a aussi eu une dernière occasion par l’intermédiaire de Batshuayi, après un travail de Manquillo côté droit.

Au final, le match nul est heureux pour les Marseillais qui n’ont pas réussi à développer leur jeu habituel à onze contre onze. Seul le manque de réalisme lyonnais leur a permis de rester dans le match (Lacazette, Darder). S’il a exposé Nkoulou et Rekik, le choix de Michel de conserver deux attaquants a malgré tout été payant au vu de l’impact de l’entrée en jeu de Nkoudou. Un coaching risqué mais permis par la nouvelle performance de Lassana Diarra au milieu de terrain.

Dans l’autre camp, les Gones peuvent nourrir des regrets quant au résultat final. Tout avait bien démarré en première mi-temps : l’équipe était en place, privait l’OM de ses circuits habituels et en tirait des occasions, à défaut de produire son jeu habituel. Après la pause aussi, les occasions sont venues, mais pas le second but qui aurait mis un terme au suspense. Le recul à la reprise du match (61e) a été un coup de pouce supplémentaire qui a permis à l’OM de revenir dans le match.

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3 réponses

  1. Salut,

    pour moi, la seule vraie défaillance de l’OM, notamment lors de la 1ère mi-temps, qui a conditionné toute la suite du match, c’est comme tu le dis, le fait que Marseille n’a pas repartir sereinement de sa défense et notamment de Mandanda. La relance de Mandanda quand il joue long est à l’origine du premier but et le vrai point faible de cette équipe. Lisez le dernier article de mon blog où j’explique aussi tout ca en vidéo.

  2. Logan dit :

    Pour moi l’emprise de l’OM a commencé dès la reprise et non à la 61ème. Je suis totalement d’accord avec le reste de cette très belle analyse. Je pense que c’est le manque d’ambition des Lyonnais qui leur coute la victoire. A 10 contre 11, si ils avaient choisi d’aller marquer le deuxième but plutôt que des rester dans leur schéma de base (4 défenseurs, 3 milieux à vocation défensive, bien défendre et contrer l’OM) alors il y’a de forte chance pour qu’ils aient gagné ce match. Marseille au contraire s’est donné les moyens de revenir malgré l’infériorité numérique. Au niveau de l’état d’esprit je trouve le match nul justifié. Mais au niveau des faits de jeu, Lyon aurait du remporter ce match, ils avaient tout les atouts pour enfoncer l’OM à 1-0.

  1. 21 septembre 2015

    […] Marseille 1-1 Lyon, l’analyse tactique (Florent Toniutti, Les Chroniques Tactiques, 21/09/2015) : encore une fois indispensable. […]

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