Lyon 3-1 Marseille : l’analyse tactique

Après en avoir (re)pris 4 contre Monaco, l’Olympique de Marseille s’est à nouveau cassé les dents sur une autre grosse équipe du championnat. Après 10 premières minutes compliquées, l’OL a pris le contrôle de la partie et est allé décrocher un succès logique. Auteur d’un doublé, Alexandre Lacazette a été le grand artisan de la victoire lyonnaise, tant par ses buts que par son apport dans le jeu.

Les compos : 

A Lyon, tout le monde était sur le pont (enfin presque, puisque Depay n’était que sur le banc de touche au coup d’envoi). Le seul titulaire qui manquait à l’appel se nommait Rachid Ghezzal, toujours à la CAN avec l’Algérie. Maxwel Cornet en profitait pour débuter dans le couloir droit.

Côté OM, William Vainqueur était le principal absent au coup d’envoi pour cause de suspension. Arrivé en début de semaine sur la Canebière, Morgan Sanson était lui bel et bien présent dans le onze de départ.

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Encore une entame de match marseillaise : 

Cela deviendrait presque une habitude lorsque l’OM affronte un adversaire plus fort que lui sur le papier. A chaque fois, l’équipe de Rudi Garcia parvient à bien entrer dans ses rencontres, portée notamment par un pressing efficace. On l’avait vu face à Monaco, à l’aller comme au retour, cela a aussi eu lieu au Parc OL : les Marseillais ont réalisé 10 premières minutes de jeu très plutôt positives.

La capacité de l’OM à presser la relance a une nouvelle fois été déterminante. C’est Lopez qui a montré la voie en rejoignant Gomis à la pointe de l’attaque afin de mettre Mammana et Yanga-Mbiwa sous pression. Derrière, c’est tout le bloc phocéen qui accompagnait les deux hommes afin de priver les défenseurs de solutions courtes et les forcer les défenseurs à jouer long. A la retombée, Fanni, Rolando ou Doria avaient l’avantage dans les duels aériens face à des attaquants lyonnais la plupart du temps dos au but.

Conséquence, beaucoup de temps passé dans la moitié de terrain lyonnaise dans ce début de match… et un ballon qui pouvait aller très vite d’un but à l’autre au moindre duel perdu ou intervention manquée. A la récupération, les Marseillais procédaient en attaque rapide pour approcher les buts de Lopes. Bilan, quelques corners, plusieurs frappes et même des incursions dans la surface. Sur jeu placé aussi, les joueurs de Garcia ont bien démarré grâce à un Lopez très libre dans le half-space droit (7e), qui a profité de l’apathie des attaquants et d’un bloc trop bas côté lyonnais.

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Les problèmes des Marseillais ont commencé dès lors que leur pressing s’est étiolé, avant de s’arrêter. La frise ci-dessous l’illustre bien : les tirs de Lyon sont en orange, ceux de l’OM en bleu. L’équipe de Garcia est très bien entré dans le match (6 tirs à 1 dans les 11 premières minutes de jeu), mais elle n’a plus rien produit par la suite, et ce jusqu’à la pause. Reste à savoir pourquoi.

frise

L’OL dans les pas de Lacazette : 

Durant les premières minutes de jeu, alors que l’OL était contraint de repartir par du jeu long ou direct, Lacazette a montré la voie à ses partenaires en allant demander le ballon sur les côtés. En s’excentrant pour exploiter les espaces dans le dos de Sakai (focalisé sur Valbuena) ou Doria (focalisé sur Cornet), il n’avait plus à composer avec le marquage « dans le dos » de Fanni et Rolando, et forçait en plus ces derniers à quitter l’axe pour tenter de le bloquer (voir ci-dessous à 3’20 ou 6’35).

Toujours simple dans son jeu, l’attaquant de l’OL a été un vrai poison pour les défenseurs marseillais : toujours en avance, résistant à l’impact et surtout parfait dans ses remises, toujours dans le bon tempo, il a livré une partition de très haut niveau dans le jeu. En bref, la nouvelle démonstration de l’attaquant le plus complet du championnat. Ses remises se marient en plus à la perfection avec les déplacements de Fekir et Valbuena ou les appels en profondeur de Cornet et Tolisso.

Dès que l’OM a arrêté de presser, l’OL a eu l’occasion de ressortir les ballons au sol. Et il a immédiatement pris l’ascendant dans le jeu grâce à la supériorité de ses attaquants sur les défenseurs marseillais. En retard, ces derniers ont multiplié les fautes, notamment au milieu de terrain. Cela a permis à l’OL d’installer son bloc au milieu de terrain et de prendre possession du ballon.

Marseille : un bloc médian inefficace 

Le match est alors entré dans une 2ème séquence avec un OM en bloc médian face à la possession de balle lyonnaise en constante augmentation à partir du quart d’heure de jeu (0-15e : 56/44 pour l’OM – 16-45e : 63/37 pour l’OL). Avec un constat qui fait mal à l’équipe de Rudi Garcia : son milieu de terrain s’est révélé dans l’incapacité d’empêcher la progression adverse.

Premier souci, l’apport très irrégulier de Bafetimbi Gomis à la pointe de ce système. Dans un 4-1-4-1, le travail de l’avant-centre est capital pour perturber la relance adverse. Que ce soit en coupant la relation entre les centraux ou en revenant fermer l’axe, il est le premier défenseur de son équipe (cf. Gaetan Laborde à Bordeaux ou Billy Ketkeophomphone qui excellait dans ce domaine à Angers l’an passé). Or Gomis n’a pas eu l’apport escompté, se retrouvant parfois derrière Lopez et Sanson.

https://twitter.com/byOMForum/status/823561742596849665

Mais les soucis ne s’arrêtaient pas là pour les deux relayeurs marseillais. Dans un 4-1-4-1, l’intérêt est de priver la défense centrale adverse de solutions courtes pour relancer, puis de sortir si possible lorsque la passe va d’un joueur à l’autre. Cette modulation (4-1-4-1 en 4-4-2) n’est possible que si le n°6 accompagne la sortie d’un des deux n°8 au pressing afin de combler l’espace libre. Or Anguissa a souvent joué bien trop bas par rapport à ses partenaires du milieu.

Dernier problème, et pas des moindres, l’orientation défensive très portée sur l’adversaire de Thauvin et Sarr. Les deux ailiers de l’OM ont passé leur temps à suivre les mouvements et les montées des latéraux lyonnais. Alors que le ballon était encore dans les pieds de la relance lyonnaise (Mammana, Yanga-Mbiwa, Gonalons ou Tolisso), ces derniers s’orientaient déjà vers Morel ou Rafael.

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Résultat, les trois milieux se sont retrouvés avec d’énormes espaces à couvrir dans leur dos. Des intervalles dans lesquels les attaquants lyonnais ne se sont pas privés de demander le ballon… et évidemment, ils le touchaient puisqu’ils avaient toujours un temps d’avance sur des défenseurs marseillais bien moins vifs qu’eux.

Problèmes de structure défensive > transitions difficiles : 

Le deuxième souci de ces orientations défensives de l’OM tenait dans la situation de l’équipe à la récupération du ballon. Celle-ci n’intervenait généralement qu’aux abords de la surface. Il y avait du coup de fortes chances pour que Thauvin et Sarr soient collés à leur défense afin de répondre aux montées des latéraux lyonnais. Résultat, au moment de repartir, l’OM avait très peu de solutions pour jouer vite vers l’avant.

Il n’y en avait même qu’une seule : Bafetimbi Gomis. Le circuit de transition a d’ailleurs été très rapidement lisible avec la recherche de l’avant-centre pour une remise sur Lopez ou Sanson avant l’attaque de la profondeur via les appels Sarr ou Thauvin. Le problème, c’est qu’à partir du moment où Gomis était contrôlé par les Lyonnais restés en couverture (Mammana, Yanga-Mbiwa, Gonalons), les sorties de balle rapides devenaient quasiment impossibles (d’où la longue période de disette offensive de l’OM).

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Deuxième mi-temps : 

A la pause, le score de 1-0 en faveur de l’OL est bien payé pour les Marseillais tant ils ont subi pendant une grosse demi-heure. Les choses n’ont pas vraiment changé au retour des vestiaires, même si l’équipe de Garcia aurait pu égaliser sur coup de pied arrêté (Anguissa, 46e). L’OL a gardé le contrôle des débats, ajoutant un 2ème but en profitant d’un tacle malencontreux de Sanson, passeur décisif pour Lacazette (2-1, 61e).

Sur les bancs, les coachs se sont ensuite répondus. Garcia est intervenu le premier en faisant entrer Cabella à la place de Lopez (66e). Un changement bienvenu, puisqu’il a inversé le milieu olympien (4-2-3-1) et enfin offert un soutien à Bafe Gomis, créant plus d’espace pour ce dernier. La réduction du score de Doria dans la minute qui a suivi a même fait germer l’idée d’un retour marseillais.

Bruno Génésio n’a pas tardé à réagir en inversant lui aussi son milieu de terrain avec l’entrée de Tousart pour renforcer son milieu de terrain (71e). Ce changement a permis aux Lyonnais de gérer la fin de match, Lacazette mettant fin au suspense quasiment dans la foulée en profitant d’une erreur de Rolando (75e).

Conclusion :

Une victoire nette de l’Olympique Lyonnais. Leur début de match a été difficile, mais les Gones ont su développer leur jeu et afficher leur supériorité technique dès que l’OM a réduit l’intensité de son pressing. Le jeu d’attaque de l’OL est sans doute moins riche que la saison dernière, mais le niveau actuel des individualités (Lacazette en tête) lui permet quand même d’être dangereux.

Dans l’autre camp, la défense marseillaise peut une nouvelle fois être pointée du doigt… mais il faut aussi poser la question du contexte dans lequel elle évolue. Une défense fébrile peut être « masquée » par un bloc-équipe performant et capable de réduire les espaces autour d’elle. Aujourd’hui, c’est loin d’être le cas et les préférences tactiques de Rudi Garcia n’y sont pas étrangères. Reste à savoir ce dont sera capable William Vainqueur lorsqu’il fera son retour derrière Lopez et Sanson.

Les quelques phases de possession des Marseillais ont aussi été l’occasion de voir leur dépendance à Maxime Lopez. Libre en début de match, ce dernier a vite été suivi de très près par le système lyonnais. Aucun joueur n’a su prendre la relève par la suite. Pour sa première, Sanson a d’ailleurs vécu un vrai calvaire avec le ballon (52% de passes réussies et 4 ballons perdus). Motif d’espoir, les Phocéens n’affronteront pas Monaco ou Lyon tous les week-ends d’ici le mois de mai.

A écouter : 

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