Lyon 2-1 Paris SG : l’analyse tactique

28 journées plus tard, l’Olympique Lyonnais est donc devenu la première équipe française à faire tomber le Paris Saint-Germain cette saison. S’ils ont profité de certaines absences (Verratti, Di Maria), les Gones – qui étaient d’ailleurs eux aussi largement diminué – ont avant tout réalisé une prestation collective de grande qualité. Tirant tous dans le même sens, ils ont empêché le PSG de mettre en place son jeu sur la pelouse du Parc OL pendant plus d’une heure, et se sont surtout montrés tranchants offensivement pour prendre l’avantage au tableau d’affichage.

Sur le même sujet : Lyon 2-1 Paris SG : l’OL a appuyé sur les points faibles du PSG

Les compositions : 

Il y a une semaine pourtant, peu étaient ceux qui imaginaient un tel scénario. Le match à Lille avait été catastrophique dans tous les sens du terme. Au-delà de la défaite, l’équipe avait perdu Jallet et Grenier (suspendus), qui s’ajoutaient à une longue liste de blessés (Umtiti, Tolisso, Valbuena…). Le retour de Gonalons n’était donc pas de trop au moment de recevoir le leader incontestable et incontesté du championnat.

Le grand favori s’est néanmoins déplacé dans le Rhône sans deux de ses cadres : alors que Matuidi débute la partie sur le banc, Verratti et Di Maria n’ont même pas fait le déplacement. Laurent Blanc veut gérer au mieux les forces de chacun en vue des échéances à venir. C’est donc avec un milieu très remanié que les Parisiens (Motta, Stambouli, Rabiot) entament la rencontre.

Lyon vs Paris SG - Football tactics and formations

Lyon verrouille le coeur du jeu : 

D’entrée de jeu, le 4-5-1 lyonnais se pose au milieu de terrain avec pour objectif de priver le PSG du lien qui existe habituellement entre son milieu et ses attaquants. La ligne de cinq dans l’entrejeu, allant de Cornet à Ghezzal en passant par Gonalons, est très compacte et dissuade Thiago Silva ou David Luiz, laissés libres par l’organisation, de chercher les relais de Lucas ou Ibrahimovic dans leur dos.

Les joueurs de Bruno Génésio se déplacent aussi en fonction des mouvements de leurs adversaires directs. Yanga-Mbiwa et Morel accompagnent les décrochages des attaquants parisiens (Ibrahimovic, Lucas Moura) afin de les empêcher de se retourner. Même chose dans l’entrejeu avec Darder, Ferri, Cornet ou Ghezzal qui n’hésitent pas à sortir sur Rabiot ou Stambouli lorsque ces derniers redescendent afin de soutenir Motta, lui-même suivi de près par Lacazette.

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S’il laisse de la liberté aux Parisiens pour sortir de leurs 40 mètres, le bloc lyonnais met ensuite beaucoup de densité pour les priver de solutions courtes aux abords du rond central.

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S’ils attendent généralement en bloc médian, les Lyonnais peuvent aussi ressortir sur les Parisiens afin de les mettre en difficulté sur les côtés.

Repoussé dès qu’il tente de passer dans l’axe, le PSG est rapidement contraint d’utiliser les côtés. Ses latéraux sont laissés complètement libres par l’organisation lyonnaise… Dès que Maxwell et Van der Wiel sont servis, l’OL referme son piège autour d’eux.

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L’organisation lyonnaise contraint le PSG à passer par les côtés. Cela se ressent dans les relations les plus fréquentes avec l’apparition de Maxwell et Van der Wiel parmi les joueurs les plus sollicités par David Luiz et Thiago Silva.

PSG : des latéraux privés de solutions 

Très sérieux dans le repli défensif, Ghezzal et Cornet font les efforts afin de bloquer la progression de leurs adversaires directs. Dans leur dos, c’est tout le bloc lyonnais qui coulisse afin de priver ensuite le latéral parisien de solutions. Dans l’axe, Darder et Ferri sont plus mobiles que Stambouli et Rabiot et s’opposent à leurs projections. Gonalons se montre aussi très présent (8/9 tacles + 2 interceptions) afin d’empêcher les Parisiens de revenir dans le coeur du jeu.

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Face à l’organisation lyonnaise, le jeu du PSG est contraint de passer par les côtés.

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Le problème, c’est qu’une fois les latéraux servis, ces derniers manquent de solutions ou celles-ci sont bien contenues par le 4-5-1 lyonnais.

A ce bon quadrillage du milieu de terrain, il faut aussi ajouter la performance de la défense lyonnaise, qui gère bien la profondeur et met à plusieurs reprises les attaquants adverses hors-jeu (7 hors-jeu signalés au total contre le PSG, soit presque deux fois plus que d’habitude – 4). Une vraie progression par rapport aux précédentes sorties de l’OL face au PSG, qui avaient justement vu le bloc des Gones incapables de gérer l’espace dans son dos sur les ouvertures de Thiago Silva, David Luiz ou Verratti.

L’absence de l’Italien dimanche a sans doute pesé dans ce secteur puisqu’elle a enlevé une partie du danger à créer dans le dos de la défense lyonnaise. Avec seulement Thiago Silva ou David Luiz pour faire ces ouvertures, les Gones avaient le temps de se préparer à cette possibilité lorsque les défenseurs parisiens recevaient le ballon (d’autant plus que la circulation de balle parisienne manquait de fluidité et de rapidité).

Ils ne seront pris qu’une fois en profondeur durant la première mi-temps, après un bon travail de Rabiot pour lancer Lucas (40e). Heureusement, Lopes est bien sorti de sa surface pour sauver les meubles (40e).

Un milieu parisien dépassé : 

L’autre point positif côté lyonnais tient dans l’activité défensive accrue d’Alexandre Lacazette. L’attaquant ne ménage pas ses efforts sur le front de l’attaque et redescend souvent gratter des ballons qui traînent dans les pieds de Parisiens incapables de progresser vers le but adverse. Preuve de son implication dans ce secteur, il termine la rencontre avec 6 tacles tentés, 1 interception et 2 fautes (moyenne de la saison : 1,8 tacles, 0,3 interception et 2,1 fautes/90min).

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Alors que le bloc lyonnais est en place, Lacazette redescend et vient perturber la possession parisienne.

Face à cette activité lyonnaise, les milieux parisiens vivent un véritable calvaire. Sur les deuxièmes ballons, ils sont quasiment toujours devancés par des adversaires plus vifs qu’eux. Cette différence de mobilité se ressent aussi dans la moitié de terrain lyonnaise, avec des Gones qui parviennent toujours à se replacer avant que les Parisiens n’aient le temps de se projeter.

Sur le plan statistique, il faut relever les 7 ballons perdus pour le trio Rabiot-Stambouli-Motta (dont 5 pour Rabiot). Sans liant dans l’entrejeu, le PSG est incapable d’approcher les buts de Lopes, excepté sur un raid de Rabiot qui offre enfin une solution à Maxwell côté gauche (35e). A la pause, Paris affiche plus de 60% de possession mais fait plus de deux-tiers de ses passes dans sa propre moitié de terrain.

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Le PSG n’arrive pas à rentrer dans le tiers défensif de l’OL : seulement 16 passes réussies sur l’ensemble de la première mi-temps ! En face, l’OL gagne un maximum de ses ballons dans l’entrejeu ou dans le camp adverse… des opportunités à exploiter sur attaque rapide !

De la défense à l’attaque : l’OL dangereux sur les transitions 

Cette supériorité des Gones au milieu de terrain ne sert toutefois pas servi à grand chose sans un jeu d’attaque susceptible de mettre le PSG en difficulté. Or dès ses premières séquences avec le ballon, l’OL parvient à appuyer sur les points faibles parisiens. Cela passe notamment par le rôle donné à deux joueurs, Ferri et Darder, qui se projettent vers l’avant dès qu’ils le peuvent. Une prise de risque payante car elle met leurs adversaires directs (Rabiot, Stambouli) sur le reculoir.

Les positions avancées des deux milieux permettent aussi de libérer les attaquants. Si Cornet reste sur son aile gauche face à Van der Wiel, Lacazette et Ghezzal dézonent dès qu’ils le peuvent afin de perturber les marquages parisiens. Plusieurs fois, l’international français embarque David Luiz loin de Thiago Silva en allant sur le côté droit. Ghezzal choisit lui de rentrer dans le coeur du jeu pour sortir de la zone de Maxwell et mettre les milieux en difficulté.

Plus de détails : Lyon 2-1 Paris SG : l’OL a appuyé sur les points faibles du PSG

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Au lieu de jouer « la sécurité », Ferri se projette dans les 30 derniers mètres et va se placer devant la défense parisienne. Un positionnement qui peut notamment permettre à Lacazette d’aller participer au jeu sur le côté.

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Ce positionnement avancé permet notamment d’exploiter les intervalles entre les milieux parisiens.

Encore une fois, la faillite du milieu parisien va se ressentir dans les statistiques avec des défaillances claires dans les duels. Durant le premier acte, Rabiot ne réussit que 2 tacles sur les 5 qu’il tente. Le plus gênant reste les zones où sont justement manquées ces interventions défensives : plein axe à l’entrée de la surface de Kevin Trapp. Paris est à la fois exposé et défaillant dans les un-contre-un. Bref, Paris est dépassé et l’OL ne laisse pas passer sa chance.

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Dans son tiers défensif, le PSG a manqué plus de tacles qu’il n’en a réussi ! Un constat causé par des défaillances individuelles, mais aussi la mobilité lyonnaise avec Ferri qui a joué très haut et Lacazette qui s’est rendu disponible sur tout le front de l’attaque.

Toujours présent en soutien des actions, Gonalons est aussi là pour réorienter le jeu si nécessaire. Il est en plus un élément-moteur à la perte de balle pour empêcher les Parisiens de ressortir en contre-attaque. Le capitaine lyonnais n’est toutefois pas seul pour réaliser ses efforts. Encore une fois, Darder et Ferri se montrent plus mobiles que leurs homologues parisiens… et Lacazette se joint en plus à ce travail lorsque le jeu le demande.

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Gonalons est éliminé par Lucas sur cette sortie, mais le Brésilien va être repris par Lacazette, qui empêche le PSG de partir en contre-attaque.

Deuxième mi-temps : l’entrée de Pastore

Dépassés dans tous les compartiments du jeu, les Parisiens encaissent très logiquement 2 buts durant la première mi-temps. Sur le plan des tirs, l’OL mène 8-4 et aurait pu ajouter un but de plus si Ghezzal avait trouvé le cadre à la demi-heure de jeu (27e). En face, le PSG n’a pu répondre que par du jeu long à destination de ses attaquants. Lopes n’a eu qu’un seul arrêt à faire sur un tir lointain d’Ibrahimovic, sur une rare séquence qui a vu Paris gratter le deuxième ballon.

Forcément mécontent, Laurent Blanc fait un changement dès la reprise : Stambouli cède sa place à Pastore (46e). Tactiquement, ce remplacement trouve très vite de l’intérêt : Pastore offre une solution supplémentaire entre les lignes lyonnaises et se déplace très bien pour réceptionner les premières passes vers l’avant. On retrouve aussi l’Argentin dans les half-spaces jusqu’ici désertés. Paris appuie sur le flanc gauche avec un Maxwell mieux entouré grâce au repositionnement de Lucas devant lui et la présence de Pastore à l’intérieur.

Plus de détails : Paris SG 2-1 Chelsea : Di Maria, roi du half-space

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Véritable n°10 à son entrée en jeu, Pastore offre enfin une solution pour la relance parisienne dans le coeur du jeu.

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Il intervient aussi dans la création du jeu à partir des côtés. Sur cette séquence, il relaie Lucas Moura à l’intérieur et lance Maxwell dans l’espace (hors-jeu du Brésilien).

Le passage en 4-2-3-1 du PSG entraîne aussi un jeu beaucoup plus direct de la part de Kevin Trapp. Maintenant que Pastore évolue derrière Cavani, Ibrahimovic et Lucas, le portier parisien allonge plus souvent, évitant ainsi le premier pressing lyonnais. Le futur champion de France revient rapidement au score (51e) grâce justement à un bon travail de Pastore côté droit, finalement conclu par Lucas.

Ce but n’est toutefois qu’un sursaut car Paris ne parvient plus ensuite à réellement mettre l’OL en difficulté… A l’inverse, Lyon continue d’enfoncer la défense parisienne à partir de ballons récupérés au milieu de terrain. Après Cornet (47e), Ghezzal manque une énorme balle de 3-1 (54e) suite à une perte de balle de Van der Wiel. Trois minutes plus tard, c’est au tour de Ferri d’avoir sa chance et de manquer le cadre (57e).

Ces balles de break, l’OL aurait pu les regretter dans la dernière demi-heure qui a vu son pressing se déliter. Les Gones reculent mais les Parisiens manquent de justesse à l’approche des 30 derniers mètres pour se créer de réelles occasions. La défense lyonnaise doit quand même s’employer pour écarter certaines tentatives (Morel devant Ibrahimovic, 67e). Alors que Paris pousse (un peu plus) dans le final, l’OL renforce son arrière-garde avec l’entrée de Koné (84e).

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A l’entrée de Koné, l’OL passe en 5-3-2 ou 5-4-1 selon la position de Ghezzal par rapport à Lacazette.

Conclusion : 

Cela suffira aux hommes de Bruno Génésio pour décrocher un succès amplement mérité et se réinstaller sur le podium. Avec ce match, les Gones tiennent enfin un match-référence. Impliqués à la récupération et sans complexe au moment de jouer vers l’avant, ils ont dominé une formation parisienne incapables de se mettre au niveau.

Pour Paris, ce match n’est qu’une preuve de plus de l’importance de la forme de ses cadres alors que le niveau va s’élever en Ligue des Champions. Dimanche, la plupart des joueurs n’étaient pas au niveau et c’est tout l’édifice qui s’est effondré. Quand d’autres systèmes de jeu permettent de « cacher » quelques défaillances individuelles, celui du PSG les met au grand jour. On comprend dès lors pourquoi Laurent Blanc fait tout pour ménager ses cadres en attendant le huitième de finale retour face à Chelsea.

 

 

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3 réponses

  1. Cracked dit :

    Les montées de David auraient pu permettre de casser la 1ère ligne ?
    (Désolé je n’ai pas regardé le match)

  2. diego dit :

    Bonjour Florent,

    J’ai une question quant à la faisabilité de la chose:

    Pourriez vous « créer » une rubrique qui se composerait des futurs matchs que vous analyserez ?
    L’idée serait de suivre les matchs que vous analyserez pour mieux les comprendre.
    J’ai été déçu de voir plusieurs matchs qui n’étaient pas décrypté par vos soins. Dernier exemple en date: Manchester – Arsenal.

    Cordialement

    Un éducateur de football

  3. Assez difficile pour moi de prévoir autant à l’avance, mais j’y réfléchis.

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