Lyon 1-0 Marseille, l’analyse tactique

Grâce à un but de Gourcuff au coeur de la deuxième mi-temps, l’Olympique Lyonnais a mis fin à la série de 8 victoires consécutives de l’OM. Bousculés en début de match, les Phocéens avaient pourtant su relever la tête et commençaient même à prendre réellement l’ascendant sur leurs adversaires du soir au moment de l’ouverture du score. Surpris en plein temps fort, ils ont payé leur manque de réalisme.

Les compositions et le système marseillais : 

Pas de surprise d’un côté comme de l’autre à la découverte des deux formations. Hubert Fournier choisit de reconduire le onze qui a fait exploser Montpellier la semaine dernière ; de son côté, Marcelo Bielsa reconduit l’équipe-type qui n’a quasiment pas bougé depuis le début de la saison. L’affrontement annoncé, 4-4-2 en losange contre système à 3 défenseurs centraux, est bien celui qui se déroule durant les premières minutes de jeu.

 

Après avoir affronté Toulouse la semaine dernière, l’OM retrouvait donc une deuxième équipe au système de jeu « atypique » par rapport à ceux rencontrés jusqu’ici en Ligue 1 (4-2-3-1, 4-1-4-1). La semaine dernière, le 3-5-2 toulousain avait forcé Payet à jouer plus haut que d’habitude afin d’épauler Gignac face à la relance à trois adverse. Mendy et Dja Djédjé avait du coup défendu à l’intérieur du terrain, afin d’épauler Imbula face aux trois milieux violets (Aguilar, Regattin et Trejo).

Dès les premières minutes de jeu face à l’OL, les latéraux marseillais se retrouvent dans la même situation. Derrière Payet qui se charge de bloquer Gonalons, Imbula doit déjà suivre les mouvements de Gourcuff. Mendy et Dja Djedje se retrouvent donc face à Ferri et Tolisso, les deux relayeurs lyonnais. La fermeture des couloirs revient à Thauvin et Ayew, qui répondent aux montées de Bedimo et Jallet. Enfin, Morel et Romao sont aux duels face à Fékir et Lacazette et Nkoulou en couverture.

Data Room n°6 (22 octobre) – La défense marseillaise : de Toulouse à Lyon

Lyon évite la pression… en la mettant : 

Depuis le début de la saison, l’OM a pris l’habitude de réussir ses entames de match en imposant à son adversaire un pressing intense et haut. Mais cette fois, les Phocéens se sont retrouvés dans le rôle de l’équipe pressée durant les premières minutes de jeu. Les Lyonnais entrent en effet très bien dans ce match en se positionnant dans le camp adverse. En première ligne Fékir et Lacazette sortent sur Romao et Morel et les empêchent de monter avec le ballon. En pointe du losange, Gourcuff bloque Imbula.

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Fékir et Lacazette font un gros travail pour couper la défense marseillaise du reste de l’équipe. Gourcuff se charge lui de bloquer Imbula afin de forcer le jeu long.

En difficulté pour sortir de sa moitié de terrain, l’OM est obligé de jouer long et ne parvient pas à mettre le jeu dans le camp lyonnais. Dès qu’ils récupèrent le ballon, les hommes d’Hubert Fournier tentent de le remettre le plus rapidement possible dans les 40 mètres adverses. Bisevac et Umtiti montent dès qu’ils ont un peu de champ libre.

Leurs percées avec le ballon permettent de créer des décalages dans les marquages individuels côté marseillais. Servis en bout de circuit, et toujours dans des positions excentrées, Fékir et Lacazette mettent Morel et Romao en difficulté : les deux défenseurs marseillais sortent du premier quart d’heure avec un avertissement… mais Mandanda n’est pas inquiété par les approches lyonnaises malgré plusieurs coups de pied arrêtés plutôt bien placés.

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Le marquage marseillais laisse un défenseur central adverse libre. Bisevac et Umtiti en profitent à tour de rôle pour porter le ballon dans le camp lyonnais.

Dans le coeur du jeu, Gourcuff pose aussi des problèmes à Imbula par sa mobilité. Le meneur de jeu lyonnais dézone énormément (décroche, s’excentre) afin de faire sortir le Marseillais de sa zone et ainsi créer des espaces pour les incursions de Ferri ou Tolisso, lorsque ces derniers parviennent à fausser compagnie à Mendy et Dja Djedje.

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Sur cette remontée de balle, Gourcuff a attiré Imbula vers le flanc gauche, ouvrant ainsi l’espace à Fékir dans l’axe en attendant la projection de Ferri. Devant, Lacazette s’apprête à prendre la profondeur.

L’OM se met en route : 

L’OM a en fait besoin d’une vingtaine de minutes pour trouver le bon rythme et s’installer dans ce match. Tout part d’un regain d’activité de la part de Gignac et Payet, d’abord dans le but de bloquer les montées de Bisevac et Umtiti. Cette nouvelle pression force la relance lyonnaise à jouer plus direct, ce qui facilite la tâche des Phocéens à la récupération. Avec le ballon aussi, ces derniers règlent les problèmes entrevus en début de partie : Dja Djedje et Mendy retrouvent des positions plus « classiques » de latéraux lorsqu’il s’agit de remonter les ballons.

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En début de partie, Dja Djédjé reste dans l’axe alors que son équipe est en possession du ballon. Le travail défensif des Lyonnais n’en est que facilité : Tolisso est « naturellement » dans sa zone et Lacazette peut se focaliser sur Romao.

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Dès qu’il s’excentre, il ouvre l’axe pour les décrochages de Payet et devient une solution pour ressortir les ballons vers Thauvin.

La formation de Marcelo Bielsa construit ensuite ses mouvements sur les côtés : Payet se déplace sur toute la largeur afin de participer aux mouvements sur les ailes et créer le surnombre. Il est ainsi à l’origine de la première occasion marseillaise de la partie (Ayew, 25e).

Côté gauche, Mendy est à la finition des actions et signe plusieurs bons centres en fin de première mi-temps, qui ne sont toutefois pas concrétisés (38e, 41e). A droite, la blessure de Dja Djedje (38e) limite l’animation du couloir : entré en jeu à sa place, Lemina reste discret et laisse à Thauvin le soin de créer le danger par ses dribbles et accélérations balle au pied.

Deuxième mi-temps : 

Au retour des vestiaires, l’OM poursuit sa montée en puissance. Les Lyonnais ont beaucoup plus de mal à exister dans le camp adverse, Fekir et Lacazette se montrant notamment moins agressifs face aux relances de Morel ou Romao. L’OM se repose aussi beaucoup plus sur Nkoulou, laissé libre par l’organisation lyonnaise, afin d’effectuer la première passe.

Le Camerounais a évidemment besoin de joueurs disponibles devant lui et, à ce niveau, c’est Payet qui monte en régime : l’ancien Lillois redescend beaucoup plus et fait la différence dans la zone jusqu’ici gardée par Gourcuff face à Imbula. Suivi par Gonalons, il prend à plusieurs reprises l’avantage sur le capitaine lyonnais et permet d’accélérer le jeu en ouvrant sur les côtés (Thauvin à droite, Mendy à gauche pour finir).

Dès la reprise, l'OM ajuste son animation : Payet (et Thauvin sur cette séquence) redescend beaucoup plus souvent dans l'entrejeu pour offrir des solutions à Nkoulou.

Dès la reprise, l’OM ajuste son animation : Payet (avec Thauvin sur cette séquence) redescend beaucoup plus souvent dans l’entrejeu pour offrir des solutions à Nkoulou dans l’axe. Logique alors que Morel et Romao sont jusqu’ici bien bloqués par Fékir et Lacazette.

Désormais capable de porter le jeu dans le camp lyonnais, les Marseillais mettent à leur tour la pression pour s’y maintenir. L’OL a de plus en plus de mal à ressortir et les occasions se multiplient, obligeant Lopes à plusieurs parades (Gignac, 53e – Gignac, 55e – Mendy sur le poteau, 56e – Ayew, 61e). Bref, l’OM domine enfin mais ne concrétise pas. Et la punition arrive rapidement.

Lacazette et Gourcuff font la différence :

Sur une remontée de balle côté gauche, Bedimo parvient à servir Lacazette, comme d’habitude excentré et dans la zone de Romao. Déjà averti, le Togolais laisse filer le Lyonnais vers l’intérieur du terrain alors que – dans le même temps – Njie attire Nkoulou et Morel dans son dos. Présent dans l’axe depuis le début de l’action, Gourcuff sent le bon coup et propose une solution plein axe. Son démarrage surprend Imbula et lui permet de se retrouver seul face à Mandanda. Un crochet plus tard, l’ancien Bordelais ouvre le score (1-0, 65e).

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Bedimo sert Lacazette qui va lancer le mouvement en éliminant Romao. Dans le même temps, Njie attire Nkoulou et Morel vers l’extérieur, ce qui ouvre une brèche plein axe dans laquelle s’engouffre Gourcuff, oublié par Imbula au départ de l’action.

L’OM se heurte ensuite à une formation lyonnaise complètement revigorée par cette ouverture du score. Les Marseillais conservent la maîtrise des débats mais leurs adversaires s’acharnent désormais à conserver leur avantage et défendent efficacement dans leur moitié de terrain.

L’entrée en jeu d’Alessandrini à la place de Morel (73e) ne change rien sur le plan tactique : Mendy descend au sein de la défense à trois, laissant le nouvel entrant prendre sa place de latéral gauche. Même chose avec l’entrée de Barrada à la place de Payet (78e). Côté lyonnais, Hubert Fournier ne change rien non plus et fait du poste pour poste avec les entrées de Mvuemba (Ferri blessé, 78e) et Malbranque (Gourcuff, 85e).

Les dernières minutes de la partie voient l’OL créer à nouveau le danger sur les buts de Mandanda en contre-attaque, Njie manquant même une énorme balle de break dans les arrêts de jeu. Côté marseillais, plus rien n’est à signaler après la 78e minute et un accrochage dans la surface entre Thauvin et Umtiti.

Conclusion : 

Comme prévu, la rencontre a été très riche sur le plan tactique. Les Lyonnais sont très bien entrés dans leur match, mettant la pression sur une équipe marseillaise qui a l’habitude de tenir ce rôle depuis le début de la saison. A défaut d’un but, les Gones sont sortis de ce temps fort avec l’avantage d’avoir fait avertir Romao et Morel, préposés aux duels dans la défense marseillaise (ce qui a peut-être joué sur l’action de la 65e minute…).

Par la suite, ils ont toutefois souffert alors que les Phocéens sont montés en puissance et ont réussi (eux) à se montrer dangereux. Lopes a maintenu son équipe dans le match comme il l’avait fait face à Monaco il y a quelques semaines. L’OM a lui manqué de réalisme et l’a finalement payé sur l’action-type pour mettre à mal son système défensif : duel perdu par un défenseur + repli défaillant d’un milieu.

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5 réponses

  1. Pilou dit :

    Un retour au 4-2-3-1 est-il envisageable pour les prochains matches de l’OM?
    En tout cas, le scénario du match corrobore les doutes exprimés sur les sites argentins au sujet des performances du club depuis l’arrivée de Bielsa à savoir que le point faible de son système peut venir du manque d’efficacité des attaquants(remember Argentine 2002) ou d’une défaillance du marquage individuel en défense… des défauts qui apparaissent quelque soit la qualité des joueurs(difficile de trouver une équipe plus impressionnante sur le papier que l’Argentine avant le mondial 2002, à part la France, et pourtant…).

  2. Cédric dit :

    En parlant du manque d’efficacité des attaquants et d’une défaillance du marquage individuel en défense, cela ne dépend t-il pas de la qualité des joueurs où une simple amélioration des tactiques utilisées peut remédier à ce point faible?

  3. lirone93 dit :

    Bonjour,

    sur cette question :

    > En parlant du manque d’efficacité des attaquants et d’une défaillance du marquage individuel en défense, cela ne dépend t-il pas de la qualité des joueurs où une simple amélioration des tactiques utilisées peut remédier à ce point faible?

    j’ai donné une explication explication sur mon blog : cliquer sur mon pseudo pour arriver dessus ;).

  4. Cette rencontre a été l’une des plus intenses de la saison. J’ai adoré le spectacle proposé par les deux équipes qui ont tout fait pour gagner ce match.

  1. 27 octobre 2014

    […] Vu d’ailleurs : L’analyse des Chroniques tactiques. […]

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