Le LOSC, deux mois après Bielsa

Dans la zone rouge après 7 journées de championnat, le LOSC de Marcelo Bielsa est sans aucun doute la plus grosse déception de ce début de saison. L’équipe nordiste avait pourtant très bien démarré en disposant aisément de Nantes lors de la première journée (3-0), validant ainsi une pré-saison très prometteuse.

Depuis, les choses se sont gâtées. En plus des mauvais résultats (2 nuls et 4 défaites), l’effectif a été plombé par plusieurs blessures (Thiago Mendes, Malcuit) et une fin de mercato difficile à expliquer (départ de De Préville sans la moindre arrivée). A cela, il faudrait en plus ajouter des tensions à Luchin entre Luis Campos et Marcelo Bielsa. Bref, le projet #LOSCUnlimited n’est pas sur la bonne voie.

Le LOSC est-il à sa place ?

A l’issue de la 1ère journée, personne ne pouvait imaginer une telle suite pour les Lillois. Aujourd’hui 18ème et « barragiste », le club lillois est à sa place. C’est en effet ce que révèlent l’analyse de leurs Expected Goals depuis le début de la saison.

Avec 5,91 xG.pour et 11,98 xG.contre, l’équipe de Marcelo Bielsa possède la 18ème attaque et la 17ème défense du championnat. Le bilan défensif est notamment plombé par deux rencontres : Strasbourg (3,23 xG.contre) avec une demi-heure passée en infériorité numérique et Monaco (2,55 xG.c), une dernière sortie marquée par 4 buts encaissés sur autant d’erreurs grossières.

En défense, des individualités surnagent

Le paradoxe de cette défense qui encaisse beaucoup de buts pour le moment, c’est qu’elle semble pourtant bien mieux armée que celle de l’OM 2014-15 pour accompagner le projet de jeu tourné vers l’avant de son entraîneur

On le sait désormais, le technicien argentin est l’un des rares entraîneurs actuels (le seul ?) encore adeptes du marquage individuel. Les recettes pour le prendre à défaut sont connues de tous (courses dans le dos, jeu sans ballon pour attirer des adversaires et créer des espaces…). Bielsa n’en a de son côté pas non plus 3000 pour l’améliorer. Voilà ce qu’il disait il y a quelque temps, pendant sa période marseillaise.

« Vous savez en quoi consiste mon travail défensif ? On court tous. Le travail de récupération a 5 ou 6 règles, pas plus. (…) Courir dépend de la volonté, créer dépend du talent. »

Pour l’instant après 7 journées, il n’y a pas de grande surprise de ce côté du terrain. Lille se retrouve en difficulté sur des duels perdus ou des oublis de la part de certains joueurs (on peut notamment penser à El-Ghazi ou Luiz Araujo sur les ailes). Dans cet ensemble défensif, deux joueurs se distinguent néanmoins grâce à leurs capacités à rattraper pas mal de situations : Ibrahim Amadou et Edgar Ié.

https://twitter.com/losclive/status/910535582471852033

Leur pointe de vitesse et leurs qualités dans les duels en font des éléments très importants. Amadou n’a manqué qu’un seul tacle depuis le début de la saison (sur 15) tandis que Edgar Ié fait déjà partie des meilleurs intercepteurs du championnat (2,9 interceptions P90). Troisième homme de la défense, Junior Alonso est moins fiable que ses deux compères, même s’il apporte plus dans d’autres domaines (relance et construction notamment).

Puisque « courir dépend de la volonté » selon Bielsa, les joueurs sont aujourd’hui les seuls à avoir les clés pour améliorer le bilan du LOSC dans cette partie du terrain. Tant qu’ils « voudront » courir pour leur coach et ses idées, ils pourront défendre les buts de Mike Maignan. Là où Lille déçoit vraiment, c’est offensivement et lorsqu’ils sont en possession du ballon.

Possession sans finition 

Commençons par quelques chiffres. Avec Lyon, Monaco, Bordeaux, Marseille, Nice et Paris, l’équipe de Marcelo Bielsa fait partie de celles qui dépassent les 50% de possession depuis le début de la saison. Mais parmi ces formations, les Nordistes sont bons derniers en terme de buts marqués et de pourcentage de passes réussies. En nombre de tirs/match, ils rivalisent avec Nice mais l’équipe de Favre s’est fait une spécialité de tirer peu tout en faisant preuve d’efficacité…

lille-possession

En 2014/15, l’OM de Bielsa tirait en moyenne 14,8 fois par match (n°1 sur la saison). Il faut remonter aux deux saisons de Bielsa dans le Pays Basque pour trouver des chiffres se rapprochant de ses débuts dans le Nord. En 2011/12, l’Athletic Bilbao tirait 12,2 fois par match ; en 2012/13, ce chiffre atteignait 12,6. En Ligue 1 à l’heure actuelle, le LOSC occupe le 10ème rang en terme de tirs/match (12,1). En terme de quantité donc, l’équipe de Bielsa est une équipe dans la moyenne… pour la qualité en revanche, il faudra repasser.

Avec 0,90 Big Chance/match, les Nordistes sont 18ème au classement des grosses occasions obtenues. Ils ne devancent que Nantes et Amiens (0,60 BC). Et cela se gâte lorsque l’on se penche sur un deuxième indicateur de qualité : les xG.tir. Le LOSC est bon dernier sur cette stat’ avec une moyenne de 6% de chance de marquer par tir. En clair, les Nordistes sont dans l’incapacité quasi-totale de se créer de bonnes positions de frappe. A titre de comparaison, le PSG est à 15%, Monaco à 14% et la moyenne en L1 se situe aux alentours des 10-11%.

Luiz Araujo et El-Ghazi, symboles de la stérilité lilloise 

Deux joueurs symbolisent ces difficultés : Luiz Araujo et Anwar El-Ghazi. Les deux ailiers sont les joueurs qui tirent le plus au but depuis le début de la saison (2,91 et 2,49)… pour un xG cumulé de 0,28 (0,15 + 0,13), soit un xG.tir qui atteint péniblement les 5%. En plus d’être touchés par ce que l’on pourrait appeler le syndrome de l’arroseur, les deux joueurs ne distribuent pas plus d’une passe-clé par match (0,97 pour El-Ghazi – 0,50 pour Araujo).

Trop souvent, ce sont leurs prises de décision qui coulent les attaques lilloises, sans parler de leur déchet technique parfois improbable et qui peut mettre l’équipe en grand danger (cf. la passe décisive de El-Ghazi pour Jovetic vendredi). Les deux hommes n’ont pas le monopole des mauvais choix, mais leur poids est tellement important dans les chiffres bruts (quantité) que leur production finale plombe le bilan collectif (qualité).

Une structure offensive bien connue 

Ce qu’il y a de bien avec Marcelo Bielsa, c’est que l’on a appris à le connaître au fil des saisons. En possession, le positionnement des joueurs est toujours le même et les Lillois appliquent déjà une bonne partie de ses principes. La disposition et les ambitions sont claires : un surnombre derrière pour pouvoir repartir court, un n°6 au rôle central, deux joueurs sur chaque aile (latéral / ailier) et les éléments restants qui coulissent au gré de la circulation de balle afin d’offrir des solutions et permettre les combinaisons.

Au-delà de sa palette de passes, l’ancien joueur de Sao Paulo avait réalisé un sans-faute pour cette première en Ligue 1. A l’aise sous pression, prenant souvent les bonnes décisions, solide dans les duels et rigoureux défensivement, il a en l’espace de 90 minutes affiché toutes les qualités requises pour jouer à ce poste si exigeant dans le système de jeu de Marcelo Bielsa. Attendu pour le week-end prochain, son retour ne pourra qu’être positif pour le LOSC qui doit désormais prendre des points face à Amiens et Troyes.

Indispensable Thiago Mendes

Sur le papier, Thiago Maia aurait pu faire l’affaire. Arrivé avec une belle réputation du Brésil, le jeune milieu de terrain (20 ans) est malheureusement auteur de débuts catastrophiques avec sa nouvelle équipe. A l’inverse de Mendes, le milieu de terrain semble perdu dans ce rôle parfois très solitaire au coeur du milieu de terrain. N’ayant aucun coéquipier à proximité, Maia veut souvent aller trop vite et rend trop de ballons, quand ce n’est pas sa lecture des situations qui pose problème.

Ce besoin d’être entouré explique peut-être pourquoi Marcelo Bielsa tente aujourd’hui de l’utiliser en tant que latéral. Certes, défensivement le joueur a montré de grosses lacunes face à Malcom et Monaco. Mais avec le ballon, il est beaucoup plus soutenu à ce poste puisqu’il participe aux combinaisons dans les petits espaces qui doivent ensuite permettre l’utilisation de la largeur.

Un joueur aurait pu changer la donne dans l’entrejeu en l’absence de Mendes : Yves Bissouma. Véritable milieu-à-tout-faire, son profil aurait pu lui permettre d’évoluer dans ce rôle si important pour l’animation lilloise. Problème : la blessure de Kevin Malcuit et l’absence de remplaçant au poste de latéral droit l’ont obligé de dépanner à ce poste, forçant Bielsa à chercher d’autres solutions au milieu (Thiago Maia et Kouamé).

Le cas Benzia 

C’était l’une des attractions du début de saison lillois : Yacine Benzia allait devenir le n°10 de la nouvelle équipe de Marcelo Bielsa. Le technicien argentin n’a d’ailleurs pas été avare en éloges pour l’ancien Lyonnais : « il a les caractéristiques d’un joueur qui peut mener notre jeu offensif. Il a une particularité qu’on ne voit pas beaucoup chez les joueurs créatifs, c’est qu’il court beaucoup pour se démarquer. J’accorde une forte valeur ajoutée à ce dernier point. »

Et en effet, Benzia a montré durant ces premières semaines de compétition de vraies qualités pour se rendre disponible entre les lignes adverses. Vendredi dernier, Fabinho a d’ailleurs mis l’accent sur ses déplacements à la mi-temps de Lille-Monaco, estimant qu’il était souvent très bien placé entre lui et Moutinho.

Mais si son jeu sans ballon est intéressant, Benzia a aujourd’hui de vraies limites lorsqu’il le reçoit. Ses premières touches de balle sont rarement dans le sens du jeu et ses enchaînements manquent de vitesse. Conséquence, il perd souvent l’avance qu’il peut avoir sur les milieux adverses lorsqu’il reçoit le ballon. Et c’est un vrai problème puisque si Lille prend des risques pour relancer, c’est aussi pour lui offrir ce genre d’espaces à exploiter. S’il a du mal à profiter du travail effectué en amont, pourquoi le faire ?

Quelle marge de manoeuvre ? 

Au final, le LOSC se pose comme l’antithèse de l’OM 2014-15 : la défense est capable de se débrouiller malgré le marquage individuel, mais l’attaque est à des années-lumières du niveau du quatuor formé à l’époque par Ayew, Thauvin, Payet et Gignac. Pas une surprise me direz-vous… mais là où le bât blesse, c’est lorsque l’on se penche sur le reste de l’effectif lillois.

La vente de De Préville a énormément réduit les possibilités de rotation en attaque. Attendu pour être un concurrent à El-Ghazi ou Luiz Araujo sur les ailes, Pepe s’est du coup retrouvé en position d’avant-centre lors des dernières rencontres. Un temps de jeu qu’il a partagé avec l’Argentin Ezequiel Ponce. Ce dernier a peut-être le profil du joueur de surface qui peut manquer à la finition, mais ses 2 buts en 25 matchs de Liga la saison dernière n’offrent aucune garantie.

Pas totalement prêt pour tenir son rôle de n°10 pour le moment, Benzia n’a lui plus de doublure, même si nous aimerions voir Pepe dans ce rôle dans les prochaines semaines. Très décevants sur les ailes, Luiz Araujo et El-Ghazi sont pour le moment sans concurrence, à l’exception peut-être du jeune Imad Faraj et ses chiffres intéressants : 0,18xG + 0,67xA (même si l’on sait que le turnover n’est pas vraiment dans les habitudes de Bielsa.

On peut aussi évoquer le cas des latéraux puisque Malcuit n’a pas de doublure à droite, tandis que Ballo Touré et Kouamé peinent à répondre aux attentes qui étaient nées durant la pré-saison. Finalement, le LOSC n’a des garanties qu’à l’arrière et au milieu avec Thiago Mendes. Beaucoup d’équipes de Ligue 1 s’en contenteraient. Mais une équipe qui veut avant tout attaquer et produire du jeu a d’abord besoin de joueurs fiables en attaque !

La seule solution : tabler sur la progression 

Et si c’était simplement une histoire de jeunesse ? Avec une moyenne d’âge de 22,88 ans, le LOSC est l’équipe la plus jeune des 5 grands championnats européens. Cet été, le trio Lopez-Ingla-Campos a ramené une flopée de talents, plus ou moins bruts, qui doivent désormais être « modelés » par Marcelo Bielsa afin d’être prêt pour le plus haut niveau.

Tous les problèmes évoqués jusque-là renvoient au dernier paragraphe de l’interview de Leonardo Jardim partagée ci-dessus : « tu peux augmenter le placement de 80%, de 80% le comportement, de 80% les prises de décision. » C’est exactement ce travail que doit accomplir Bielsa avec ses jeunes joueurs, qu’ils soient attaquants ou milieux de terrain. Avec deux grandes interrogations : combien de temps cela prendra-t-il ? Et ce temps lui sera-t-il accordé ?

Souvenons-nous qu’à Marseille (une défaite et un nul en ouverture) et surtout à Bilbao (6 matchs sans victoire pour débuter la saison), ses débuts n’avaient pas non plus été de tout repos…

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7 réponses

  1. Charlot dit :

    Encore une belle analyse!
    Vu du stade, on a eu l’impression:
    – que le but-gag du 1-0 a suffi à tuer le match après une entame lilloise vraiment prometteuse; il manque vraiment un peu de vice et de poids dans cette équipe (l’âge?);
    – que les consignes sont plus que strictement appliquées: jusqu’à la toute fin, c’était relance courte au sol depuis le gardien, possession, circulation etc. alors que les mecs étaient cramés; on est donc bien dans un projet de formation. Après tout, pour une grande partie des équipes de L1, il n’y a pas de vrai enjeu sur les matchs ingagnables (Monaco, PSG). C’est un entrainement de plus.

  2. Anakin dit :

    Je te donnerai pas un sous. C’est quoi cette façon de mendier ?
    Te payer pour dire des banalités… Une cascade de lapalissades. Le mec il te balance que les courses dans le dos brisent un marquage individuel et que le travail d’un entraineur PROFESSIONNEL n’est pas d’apprendre aux joueurs à faire des jongles, il se prend pour Jacques Vendroux
    Va dans un bistrot demander à ce qu’on te paye pour parler foot.

    Un peu d’humilité s’il te plait.

  3. RijselMen dit :

    @Anakin – T’a un sérieux problème mon pauvre. Son analyse est très détaillée. Et bien construite. Informe toi sur le sport que tu dis suivre, parce que là tu fait pitié pauvre de toi.

  4. Remy dit :

    Analyse interessante!
    Je ne comprends pas les choix de Bielsa, il a deja plein de problème à regler:
    1. Nouveaux Joueurs
    2. Joueurs Jeunes/Inexperimenté
    3. Multitude de langage

    et il se complique la vie à faire jouer des joueurs à des postes qui ne sont pas les leurs:
    Pepe, Bissouma, Benzia, Maia

    De plus il n’y a aucun changement tactique, il n’essaye rien, n’innove pas, bref au bout des 15 premières minutes on peut prédire la tournure du match…
    Voila une compos qui m’interesserai :

    El Ghazy
    Araujo – Bissouma – Pepe
    Mendes – Maia
    Touré – ié – Amadou – Malcuit
    Maignan

  5. SIMOON dit :

    Je suis plutôt d’accord avec l’analyse globale.
    Par contre, sur les séquences sur Benzia, seule la première devrait être prise en compte. Sur les autres, je remarque surtout que les passes lui étant destinées sont bien trop molles.

  6. Lulu dit :

    Encore une fois analyse très enrichissante ! continue ce super boulot car des analyses de fond comme celles la sont trop peu mise en avant et n’existe quasiment pas sur les médias « traditionnels ».

  7. Jean Convient dit :

    @Anakin – Je crois qu’il peut te remercier de ton commentaire, cela donne envie de donner, rien que pour contredire un abruti !

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