Bordeaux 3-2 Paris SG, l’analyse tactique

Les supporters bordelais ne l’attendaient plus : pour le dernier déplacement du PSG à Chaban-Delmas, ils ont vu leurs favoris arracher leur première victoire face au club parisien depuis l’arrivée des investisseurs qataris dans la capitale. Déjà émoussés après le huitième de finale retour de Ligue des Champions, les Parisiens ont été victimes de l’agressivité et des ambitions de jeu de leurs adversaires du jour.

Les compositions : 

Privé de plusieurs options (Pallois, Touré, Diabaté notamment), Willy Sagnol a tout de même maintenu le système grâce auquel les Girondins se sont redressés ces dernières semaines, à savoir le 4-4-2 en losange. Une surprise à signaler au coup d’envoi, le retour de Yambéré dans le onze de départ : déjà titulaire au Parc des Princes il y a quelques semaines, le néo-pro a fait son retour devant la défense pour ce match.

Côté parisien, Laurent Blanc a évidemment remanié son onze de départ afin de faire souffler certains joueurs après la qualification. Parmi ceux qui ont joué les 120 minutes mercredi, seuls Thiago Silva, David Luiz et Thiago Motta sont encore là (sans oublier Pastore, sorti avant la fin mais resté 118 minutes sur le terrain à Stamford Bridge). Ibrahimovic et Verratti débutent eux aussi la rencontre.

 

Des Bordelais pressants : 

Théoriquement, le 4-4-2 en losange est un système qui permet d’opposer beaucoup de joueurs face à la relance adverse. L’équipe qui l’utilise doit toutefois faire les efforts nécessaire pour en profiter, notamment ses attaquants. Face au PSG, le système de jeu bordelais opposait : Rolan et Thelin à Thiago Silva et David Luiz ; Khazri à Thiago Motta ; Verratti à Chantôme et Plasil à Rabiot. L’ensemble était couvert par Yambéré, sans adversaire direct sur le papier mais qui devait gérer les décrochages d’Ibrahimovic ou les changements de zone de Pastore.

Cette forte présence dans l’axe aux avants-postes (Rolan, Thelin, Khazri – Plasil, Chantôme), les Girondins ont décidé de l’utiliser à leur avantage pour perturber la relance parisienne. Dès les premières minutes de jeu, Thelin et Rolan ont ainsi donné l’exemple en allant mettre la pression sur les défenseurs centraux parisiens, entraînant avec eux le reste du bloc.

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Deux éléments pour le bon comportement du losange bordelais : beaucoup de densité entre les milieux et les attaquants pour bloquer les solutions courtes et ne pas laisser d’espaces à Thiago Motta ou Verratti et de la réactivité aux avants-postes pour sortir rapidement sur les passes en retrait adverses et donner assez de temps au bloc pour se repositionner.

Les Parisiens ont vite compris que la solution pour sortir de cette pression passait par les côtés, Digne et Van der Wiel n’ayant pas d’adversaire direct. Dès qu’ils étaient servis, les milieux bordelais devaient coulisser (Plasil vers Digne, Chantôme vers Van der Wiel)… mais c’était insuffisant pour ouvrir l’axe pour Thiago Motta ou Verratti en raison de l’activité des attaquants girondins. Ces derniers se repliaient très rapidement afin de « fermer la porte » et/ou de maintenir la pression sur les deux rampes de lancement.

Preuve de l’efficacité des Girondins dans l’exercice, Sirigu a très vite fait le choix de jouer long sur ses 6 mètres (6e). Les rares fois où il a tenté de relancer court, aux alentours de la 20e minute, Verratti s’est d’ailleurs mis en grand danger, ne s’en sortant que grâce aux coups de sifflet de l’arbitre de la rencontre. Problème sur les longs ballons, Bordeaux était aussi à son avantage grâce à la taille de Sané, Yambéré ou Ilori, qui ont la plupart du temps pris le dessus dans les duels. Surtout, ils ont été très propres, ne commettant aucune faute sur les 90 minutes de jeu.

Les coups de sifflet de M.Jaffredo en faveur des Parisiens ont d’ailleurs plutôt bien illustré l’approche des Bordelais dans ce match et leur pressing très haut dans le camp adverse. Sur les 16 fautes commises, une seule l’a été dans les 30 derniers mètres girondins : le penalty concédé en deuxième mi-temps (84e). En première ligne du pressing, Thelin et Rolan ont été les joueurs les plus sanctionnés de la partie côté bordelais avec 5 et 4 fautes.

Le travail défensif des attaquants bordelais était capital sur ce match et ce, quelque soit la zone de jeu où se situait le ballon. Pour preuve, les rares fois où Thiago Motta a pu échapper à un adversaire, il a lancé une action amenant au premier corner de la partie (2e) et mis Ibrahimovic sur orbite pour la première occasion parisienne (35e). A l’inverse, chaque ballon gagné pouvait se transformer en contre pour les Bordelais (Khazri, 20e).

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Le travail complémentaire des trois attaquants girondins à l’oeuvre : alors que Paris a écarté le jeu, Rolan revient pour enfermer le porteur afin de permettre à Plasil de rester face à Rabiot. Khazri s’apprête lui à ressortir sur la passe en retrait vers Digne.

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Problème, le Tunisien sort un peu trop haut et rend possible la passe vers Thiago Motta, complètent seul dans l’entrejeu.

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Thelin lit bien la situation et redescend afin de presser l’Italien qui ne prend pas de risque et joue en retrait. Une passe sur laquelle Khazri s’apprête déjà à ressortir afin de permettre au bloc bordelais de continuer à remonter.

Bordeaux penche à droite : 

Défendre et récupérer le ballon haut était une chose – leur première occasion est d’ailleurs venue d’un ballon gagné dans les 20m parisiens (4e) -, mais Bordeaux devait aussi avoir un plan pour gêner la défense parisienne. En l’occurrence, c’est en passant sur les côtés que les Girondins ont trouvé des solutions. Une fois le premier pressing parisien effacé, la mobilité de Thelin, Rolan et Khazri, et la variété d’appels qu’ils pouvaient fournir ont mis à mal un axe défensif parisien sans doute fatigués des 120 minutes disputées mercredi.

Dès la première mi-temps, les Bordelais ont insisté côté droit en partant de Mariano. Digne a ainsi été pris plusieurs fois dans son dos par les appels des attaquants bordelais, et même par Plasil sur l’action à l’origine du corner de l’ouverture du score (17e). Afin de se créer ces situations, les Girondins ont aussi bénéficié des bons premiers ballons de Sané (94% de passes réussies), Ilori (88%) et Yambéré (89%), parfois soutenus par Chantôme ou Plasil, qui ont su faire un quasi sans-faute dans l’orientation du jeu sur la largeur. Une belle progression pour Yambéré, en difficulté au même poste au Parc des Princes il y a quelques semaines.

Après la pause, les Girondins ont poursuivi sur cette lancée. Avec Plasil à la baguette et toujours autant d’appels de la part des attaquants, ils se sont crées plusieurs occasions avant de reprendre l’avantage. Après avoir encaissé la première égalisation, c’est par le jeu que les Bordelais sont revenus dans la partie (9 tirs en 20 minutes, dont une grosse occasion pour Plasil juste avant le but de Khazri, 70e). Au final, les actions côté gauche sont venues en fin de partie après l’entrée de Maurice-Belay (Contento, 80e) avant que Plasil et Mariano mettent fin au suspense en offrant le 3-2 à Rolan (88e).

Paris : Pastore et les appels de Lavezzi 

Les choses s’étaient pourtant compliqués en début de deuxième mi-temps, en raison d’une réorganisation du PSG. Afin de soulager ses milieux de terrain, Laurent Blanc a repositionné Pastore dans l’axe, en soutien de Lavezzi et Ibrahimovic. Une solution semblable à celle choisie à Stamford Bridge et qui avait payé. Pendant les premières minutes de la mi-temps, elle est apparue comme très bonne, Pastore échappant à Yambéré et facilitant les remontées de balle.

Devant, les appels de Lavezzi posaient beaucoup de problèmes à la défense haute des Girondins. Même s’il est le fruit d’une erreur de Carrasso, le but égalisateur est venu récompenser la bonne reprise des Parisiens (50e)… qui ne sont toutefois pas parvenus à enchaîner. Le repositionnement axial de Pastore a ouvert plus d’espaces aux Girondins, notamment sur ce fameux côté droit par lequel ils ont continué à alimenter leurs attaquants.

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Repositionné dans l’axe, Pastore met à mal l’équilibre du pressing girondin. Ici, il force Yambéré à quitter sa position, ouvrant l’espace pour la projection de Thiago Motta. L’Italien recherche ensuite Lavezzi dans la profondeur (mais ce dernier sera hors-jeu).

Au fil des minutes, les Parisiens ont en plus commencé à souffrir physiquement. A peine remis d’une blessure, Cabaye – remplaçant de Motta, 60e – n’est resté que quelques minutes sur la pelouse. Et Bordeaux a profité de sa sortie prématurée pour reprendre l’avantage (2-1, 70e). L’entrée de Cavani a elle de nouveau fait reculer Pastore dans l’entrejeu, supprimant de fait l’avantage qu’il pouvait apporter face au pressing girondin. L’Argentin a toutefois continué à poser des problèmes en se rendant disponible sur les côtés afin de lancer ses attaquants en profondeur.

L’une de ses percées aurait pu faire mouche si Lavezzi n’avait pas manqué par deux fois de tromper Carrasso (73e). L’ancien de Naples a toutefois été récompensé de ses efforts en allant chercher le penalty du 2-2 sur un ballon en profondeur de Van der Wiel (83e). Insuffisant toutefois pour permettre à Paris de ramener un point, les Girondins ayant les ressources pour un dernier coup de collier dans le final (3-2, 88e).

Paris fatigué ? 

72.1%. C’est le pourcentage de passes réussies par le Paris Saint-Germain lors de cette partie. Un chiffre qui ne veut pas dire grand chose s’il n’est pas comparé aux autres performances réalisées par les Parisiens cette saison. Or, que ce soit en Ligue 1 ou en Ligue des Champions, jamais ce pourcentage n’a été aussi faible. Et l’écart est même énorme avec la deuxième pire performance puisque face à l’OM, les hommes de Laurent Blanc avait réussi à dépasser les 80% de passes réussies, profitant notamment d’une deuxième mi-temps plus à leur avantage (l’OM réduit à 10 en fin de match).

Bien qu’elle soit impossible à nier, la fatigue n’explique pas à elle seule la défaite du PSG. C’est sa combinaison avec l’approche tactique ambitieuse des Girondins qui a accouché du résultat final. Si les hommes de Willy Sagnol avaient par exemple opté pour un bloc médian, alors les Parisiens auraient pu enchaîner les passes dans leur moitié de terrain et étirer le bloc adverse grâce à leurs latéraux, comme ils avaient pu le faire face à l’Olympique Lyonnais (pour prendre l’exemple d’une autre équipe qui évoluait en 4-4-2 losange).

En prenant le risque d’aller les chercher très haut, les Girondins ont empêché les Parisiens d’imprimer le rythme de la rencontre. Un risque payant et qui a entraîné tout le reste : le déchet dans la circulation de balle parisienne, les attaquants (Ibrahimovic, Lavezzi) sevrés de ballon (6 passes dans le camp adverse à eux deux), et finalement la possession en faveur des Bordelais. Restait alors à profiter de cette dernière, chose qu’ils ont su faire grâce à un flanc droit (Plasil-Mariano) très inspiré et des attaquants très généreux dans leurs appels et déplacements.

 

 

 

 

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5 réponses

  1. Jean-Loup dit :

    Ouais !

  2. Mr pascool du Burkina Faso dit :

    Encore et toujours de belles analyses…alors selon vous, vu les prestations moins convaincantes de Van Der Wiel et la montée en puissance de Maquinhos sur le flanc droit, quel pourrait être le sort réservé à Aurier à son retour de blessure? Merci…

  3. sacha dit :

    Que d’analyse en tout genre pour expliquer une défaite du psg alors que la raison principale, est la décompression psychologique, ainsi que la fatigue.

    Les bordelais frais dans leurs tête et dans leurs jambes ont imposé un défi physiques, un enthousiasme et un combat, que les parisiens ne pouvaient pas relever 3 jours après le match de champions league.

  4. Gérard mansoif dit :

    ça fait plaisir de voir de vraies analyses ! Et dire que pendant ce temps des moscato ou des fernandez sont payés une fortune pour débiter des conneries sans noms à la radio…Ils parlent de coupes de cheveux de fautes d’arbitrage et de montant des transferts…

  5. @Sacha, et c’est écrit dans l’article… Ce résultat, c’est la rencontre de la fatigue du PSG et de l’approche tactique des Girondins.

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