Bordeaux 0-5 Lyon, l’analyse tactique

A l’occasion du dernier match de Ligue 1 de l’année 2014, l’Olympique Lyonnais a envoyé un message clair à la concurrence en allant faire exploser les Girondins de Bordeaux dans leur propre stade. Sûrs de leurs forces, les Gones ont puni les erreurs commises par leurs adversaires qui n’ont pu rivaliser sur le plan de l’intensité.

Les compositions : 

Ces derniers temps, les Lyonnais avaient connu quelques difficultés face à des équipes alignant trois défenseurs centraux (Bastia, Saint-Etienne, Reims). Il y a quelque semaines, Bordeaux s’était relevé d’une mauvaise passe grâce à ce genre de système. Pas surprenant donc de les voir débuter ce match en 3-4-3.

Evidemment du côté de l’OL, Hubert Fournier n’a pas changé une formule qui avait gagné la semaine précédente. Le losange a été une fois de plus reconduit au coup d’envoi, même s’il s’est rapidement adapté à l’opposition. Aux avants-postes, c’est Njie qui a profité de la blessure de Benzia pour revenir dans le onze-type et évoluer d’un véritable rôle d’ailier.

Lyon plus haut que Bordeaux : 

Fin novembre, l’AS Saint-Etienne avait montré l’exemple. Pour bousculer cet Olympique Lyonnais, il faut l’empêcher de développer son jeu et cela passe par un pressing dès sa relance. Ce jour-là, les Gones avaient été étouffés par les attaquants et milieux stéphanois et s’étaient montrés incapables de trouver Fekir ou Lacazette dans de bonnes conditions. Uniquement alertés sur des longs ballons, les deux attaquants avaient ensuite souffert physiquement face à Pogba, Sall ou Perrin.

Bordeaux n’a jamais été en mesure de reproduire un tel schéma. Sur les 90 minutes, les pressings gagnants des Girondins ont pu se compter sur les doigts de la main et n’ont eu lieu que durant les premières minutes de la rencontre.

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L’une des rares situations où les Girondins sont en position pour bloquer la relance lyonnaise. Côté ballon, Plasil sort sur Tolisso, Mariano bloque Dabo dans le couloir et les trois attaquants encadrent Gonalons. De cette situation viendra un ballon récupéré dans le camp adverse par Contento, prompt à jaillir sur un long ballon lyonnais vers Jallet.

Généralement, les Bordelais laissaient volontairement le ballon dans les pieds d’Umtiti et Bisevac et positionnaient leur première ligne au milieu de terrain. L’un des trois attaquants (Khazri, Diabaté ou Touré) se retrouvait dans la zone de Gonalons, les deux autres se positionnant des deux côtés du rond central afin d’anticiper un décrochage de Ferri ou Tolisso ou une montée d’un défenseur central avec le ballon.

Bref pour l’OL, les difficultés commençaient véritablement au niveau de la ligne médiane. A l’inverse, les Bordelais étaient mis en difficulté dès qu’ils devaient repartir de leur gardien de but. Avec Njie, Lacazette et Fekir, les Lyonnais bloquaient en effet les trois solutions courtes qui se présentaient à Carrasso (Sané, Pallois, Yambéré), tandis que Ferri et Tolisso sortaient sur Plasil et Sertic. L’idée était évidemment de forcer le portier adverse à jouer long et de compter sur Gonalons pour limiter le travail de point d’appui de Diabaté, une tâche qu’il a rempli plutôt efficacement.

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L’OL a tout fait pour empêcher les Girondins de repartir au sol. Derrière leurs attaquants, Tolisso et Ferri bloquaient Plasil et Sertic et étaient suivis par leurs latéraux si nécessaire… Une technique parfois risquée puisque les Girondins sont parvenus à lancer Touré dans le dos de Jallet durant les premières minutes de jeu (voir ci-dessous).

Mais cette position haute du bloc lyonnais n’était pas sans inconvénient puisque ce sont les Girondins qui ont crée les premiers décalages dans ce match. Sur du jeu direct dans le dos de Jallet, Pallois a ainsi lancé plusieurs situations qui ont abouti à des centres dangereux dans la surface lyonnaise (3e, 6e, 9e).

Le problème Njie : 

Mais petit à petit, ce sont bien les hommes d’Hubert Fournier qui ont pris l’ascendant dans ce match, et notamment en raison de l’attentisme des Girondins au milieu de terrain. Côté droit, Ferri a rapidement pu trouver des espaces et suppléer Gonalons dans l’orientation du jeu. Il s’est ainsi retrouvé à la base d’un mouvement qui s’est terminé par un débordement de Njié, beaucoup plus rapide que Pallois une fois lancé par Lacazette (16e).

Cette alerte a provoqué un changement dans l’organisation bordelaise : alors qu’il devait jusqu’ici bloquer Jallet dans le 3-4-3 girondin, Contento a reculé – sans doute pour éviter d’autres uns-contre-uns entre Njié et Pallois -. Conséquence de cette nouvelle position du latéral bordelais, son « attaquant gauche » a lui aussi dû descendre d’un cran afin de surveiller les mouvements du latéral droit lyonnais. Résultat de cet ajustement, beaucoup plus d’espaces sur le côté droit de la relance lyonnaise, qui a libéré Ferri dans un premier temps, puis Bisevac dans un second.

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A partir du moment où Contento lâche Jallet afin de contenir Njie avec Pallois, Touré redescend et laisse le champ libre à Ferri qui se retrouve sans opposition et peut effectuer la relance. Plus vifs que leurs homologues, les relais lyonnais (Fekir, Lacazette et même Njié sur l’aile) faisaient ensuite la différence pour conserver le ballon dans le camp adverse et assurer la transition.

Les Lyonnais ont donc pu s’installer dans le camp bordelais, parvenant même à mettre tous leurs joueurs dans le camp adverse sur certaines séquences. Dans ce contexte, ils pouvaient trouver très facilement leurs créateurs (Fekir, Lacazette) et travailler ensuite dans le dernier tiers adverse. Malgré quelques récupérations de balle, les milieux girondins ont été incapables de lancer leurs attaquants en contre. Pire, ce sont même eux qui ont été poussés à la faute sous la pression adverse.

Car au-delà de leur domination territoriale, les Lyonnais ont aussi appliqué un pressing efficace sitôt le ballon perdu. A ce jeu-là, Tolisso et Ferri ont su soutenir les efforts de leurs attaquants, bien couverts par un Gonalons à son meilleur niveau. Et c’est ce pressing qui leur a permis de se créer des occasions de but : d’abord après une erreur de Pallois sous pression (raté de Njie, 36e), puis de Plasil suite à une mauvaise passe vers Sertic (1-0, 39e).

L'origine du but lyonnais : un ballon perdu par Plasil.

L’origine du but lyonnais : un ballon perdu par Plasil qui recherchait Sertic dans l’espace. Au-delà de la position très avancée de ce dernier, l’autre problème réside dans le manque d’alternatives pour le Tchèque. C’est cette absence de solutions qui le pousse à prendre cette mauvaise décision… même si Touré est complètement seul à l’opposée (voir par ailleurs).

Deuxième mi-temps : 

Sonnés par ce but encaissé, les Bordelais sont passés tout prêts d’encaisser un second but juste avant la pause (43e). Au retour des vestiaires, Willy Sagnol a donc décidé de changer de système en faisant sortir Yambéré au profit de Saivet. Résultat, un passage en 4-2-3-1 et une équipe a priori remobilisée pour aller chercher son adversaire bien plus haut. C’est de cette manière qu’ils avaient notamment renversé la situation en début de saison face à Monaco.

Et les premières minutes ont encore une fois été à leur avantage. Sous l’impulsion de Khazri – qui sort en première ligne – et Plasil – qui compense derrière lui -, ils sont allés chercher l’OL beaucoup plus haut, forçant Lopes et ses défenseurs à jouer long pour quitter leur moitié de terrain. L’ancien Bastiais est même passé tout près de profiter d’un ballon gagné dans les pieds d’Umtiti (53e)… Le tournant du match à n’en pas douter puisque Lyon a doublé la mise sur la phase de jeu suivante.

Suite à un coup-franc obtenu par Fekir sur le côté droit, l’OL s’est à nouveau installé dans le camp bordelais. Et sur une touche jouée par Jallet, les Lyonnais ont maintenu la pression sur la relance adverse et poussé un autre joueur à la faute… En l’occurrence, Sané qui a vu sa relance interceptée par Tolisso, futur buteur (0-2, 55e).

Trois solutions pour Lamine Sané :

Alors que Mariano, complètement seul sur le flanc droit, est une solution facile (1), Sané tente de servir Saivet (2). Sur la trajectoire, Tolisso intercepte la balle et file au but.

Pour Bordeaux, la soirée s’annonçait désormais très longue. Seul Bordelais à faire les efforts aux avants-postes, Khazri a logiquement baissé de rythme après l’heure de jeu. Le pressing s’en est ressenti, tout comme la capacité de l’équipe à accélérer dans les 30 derniers mètres (moins de mobilité, moins de percussion, moins de solutions). L’OL a alors retrouvé de la maîtrise et s’est crée des opportunités en contre-attaque, notamment dans le dos de Contento, positionné bien trop haut lorsque le jeu se déroulait côté opposé.

Avant d’être expulsé par M.Buquet (65e), Pallois s’est ainsi retrouvé complètement abandonné par son latéral à plusieurs reprises alors qu’il se retrouvait face à Njie. Ces alertes n’ont toutefois pas été relevées par les Bordelais, qui ont donc fini par le payer quelques minutes plus tard. A 0-2 et à dix contre onze, le match était joué et le festival des 10 dernières minutes n’est que la conséquence de l’opposition entre une équipe qui récitait ses gammes face à une autre qui avait complètement baissé les bras.

Extra : Bordeaux et l’oubli de la largeur 

Lorsqu’une équipe défend avec une ligne de trois milieux, l’objectif pour l’adversaire est d’utiliser au maximum la largeur afin de faire courir ces derniers. Saint-Etienne, Reims et les autres l’avaient fait avec plus ou moins de succès face à l’OL ces dernières semaines. Les Girondins n’ont jamais semblé en mesure de reproduire la même animation. Si Sertic et Plasil ont souvent été pris entre le repli de l’attaque et les sorties des milieux lyonnais, ils ont aussi été beaucoup trop lents dans leurs prises de décision pour pouvoir aider leur équipe.

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Sertic est repoussé par Tolisso. Alors que Contento et Touré sont libres à l’opposée, le milieu bordelais ne lève pas la tête.

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Avant d’être enfermé par Lacazette, il remet à Sané qui peut encore faire la passe vers le côté gauche… même si Ferri anticipe déjà le déplacement du ballon.

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Mais le défenseur bordelais décide finalement de jouer encore en retrait vers Pallois, ce qui met un terme complet à l’action. Ferri a coulissé afin de bloquer le couloir et l’ancien Niortais n’aura pas d’autre choix que de jouer lui aussi en arrière, faute de solutions.

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2 réponses

  1. Daniel Constance dit :

    Salut,
    Je dois dire que tu continues à me surprendre avec tes analyses  Pour ce match, j’ajouterai que cela a été un véritable désastre à tous les niveaux pour les Bordelais !

  2. Flo_Lct dit :

    J’ai regardé le match en entier et l’activité de Ferri et Njie a vraiment été super intéressante sur les situations de blocage de relance adverse et de contres. La machine semble bien rodée comme ça, il ne manque plus qu’un Bedimo revenant à son meilleur niveau pour apporter encore plus de solutions en surnombre sur la gauche à la place de Dabo.

    Lyon joue bien dans cette organisation mais le nombre de fois ou Jallet se fait prendre dans le dos est plutôt inquiétante selon moi. Quid d’un match contre une grosse cylindré avec des milieux capables de déborder et de prendre de la profondeur (Ferreira Carrasco, Ntep?) Il faut voir.

    Je suis curieux de voir comment Fournier va configurer son équipe avec les retour de Gourcuff et Grenier… Tout le monde parle, à juste titre, de Lacazette en ce moment, mais la pièce clé de la compo de Fournier reste pour moi Gonalons qui joue à la perfection son rôle de métronome derrière et donne vraiment le tempo de l’équipe sur les moment forts et faibles.

    J’adore ton blog et te suis activement sur twitter également, bon courage pour la suite !

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