Marseille 2-3 Paris SG, l’analyse tactique

Au terme d’un match très agréable à suivre, le PSG a prolongé sa série d’invincibilité face à l’OM, repris la tête du championnat et repoussé son adversaire du soir à 5 longueurs. Une soirée parfaite sur le plan comptable sur les Parisiens, qui ont toutefois perdu David Luiz et Thiago Motta. De leur côté, les Marseillais ont en effet mené au score face à un « gros » du championnat mais ont payé une entame de deuxième mi-temps complètement manquée.

Les compositions : 

Aucune surprise à signaler d’un côté comme de l’autre dans le choix des hommes. Les 22 titulaires étaient les 22 attendus. A l’inverse du match aller, le PSG a débuté la rencontre avec son onze-type, s’appuyant sur Thiago Motta qui a permis à Pastore de jouer plus haut. Côté marseillais, la surprise est venue du choix du système de jeu, Marcelo Bielsa préférant son système à trois défenseurs afin de répondre aux mouvements de Javier Pastore, habitué à repiquer dans le coeur du jeu.

 

Romao sur Pastore : un choix-clé 

Il pouvait sembler anodin à première vue, mais ce choix de Bielsa (mettre Romao sur Pastore et Dja Djédjé sur Matuidi) a pesé lourd dans les débats. Sur le papier, le 4-3-3 parisien aurait dû se retrouver face au 4-2-3-1 marseillais, alignant Romao aux côtés de Lemina afin de bloquer Matuidi et Verratti et mettant Dja Djédjé dans la zone de Pastore. Mais le coach marseillais a considéré le rôle de ce dernier comme étant celui d’un véritable joueur d’axe. Pas forcément un tort quand on se remémore la performance de l’Argentin face à Chelsea (même lorsque Ibrahimovic était encore sur la pelouse).

Opposer Dja Djédjé à Pastore, qui allait toujours quitter sa zone excentrée pour repiquer dans l’axe, n’était pas lui rendre service : au lieu d’arriver dans le dos de son adversaire direct, le latéral marseillais n’aurait fait que le repousser vers le côté opposé, laissant donc à l’Argentin la possibilité de se mettre dans le sens du jeu. A l’inverse, le marquage de Romao garantissait d’avoir quelqu’un dans le dos de Pastore sur ses prises de balle. Le Togolais s’est d’ailleurs plutôt bien acquitté de sa tâche durant le premier acte… sauf à la 19e minute lorsqu’il a dû défendre sur Pastore… comme un latéral.

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Sur cette action, Romao n’est pas dans le dos de Pastore mais l’attaque par le côté, comme le ferait un latéral classique. En avance sur la prise de balle, l’Argentin a ensuite le temps de s’orienter dans le sens du jeu (dans la zone bleue). Il lancera ensuite Cavani dans la zone abandonnée par Romao au départ de l’action.

Sur le deuxième but, les Marseillais sont en place pour gêner la relance parisienne… et Romao jaillit parfaitement dans le dos de Pastore pour l’empêcher de se retourner. L’appel de Gignac fait le reste, Thiago Silva et Marquinhos étant trop loin pour intervenir.

« Changer le marquage », le souci des Marseillais : 

Ce duel n’a toutefois pas duré toute la rencontre puisque les attaquants parisiens ont permuté de nombreuses fois. Mais dans les faits, les conséquences étaient identiques : Pastore se retrouvait dos au but avec un adversaire lui mettant la pression. Les Marseillais ont connu plus de difficultés dans l’entrejeu pour bloquer la paire formée par Thiago Motta et Verratti. A l’inverse de Matuidi qui n’a jamais quitté sa zone, la mobilité de Verratti et sa capacité à décrocher jusqu’au niveau de ses défenseurs ont posé des problèmes aux Marseillais.

A tour de rôle, Mendy et Lemina ont ainsi dû sortir au niveau de Gignac et Payet pour empêcher la mise en place du jeu parisien (Thiago Silva, David Luiz puis Marquinhos, Thiago Motta et Verratti). Parfois gagnant car forçant les Parisiens à une relance longue, leur travail n’était pas sans risque. Thiago Motta a notamment réalisé une grande performance, se rendant toujours disponible après avoir libéré une première fois le ballon. A chaque fois qu’il a demandé le ballon dans l’espace, dans le dos de la première ligne marseillaise, ses montées ont posé des problèmes, comme sur le but égalisateur de Matuidi (35e) qu’il a eu tout le temps de servir.

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Au départ de l’action, Thiago Motta vient de remettre à Thiago Silva. Mendy évolue en soutien de Payet et Gignac, créant le 4 contre 3 habituel à l’avantage de l’équipe adverse (toujours un défenseur laissé libre par l’organisation marseillaise).

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Au lieu de rester en position, Thiago Motta s’avance. Gignac prévient Mendy du problème.

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Verratti se rend disponible en décrochant légèrement dans son camp. Mendy fait alors le choix de sortir sur le nouveau porteur du ballon, abandonnant complètement Thiago Motta que Gignac n’a pas suivi, pensant que son latéral récupèrerait le marquage.

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Résultat, les 3 Marseillais sont éliminés et Motta s’avance avec le ballon pour créer un 7 contre 7 dans les 30m.

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Deuxième exemple : Lemina, Gignac et Payet sont cette fois en première ligne. Mendy fait le surnombre derrière. Thiago Silva hérite du ballon sans adversaire face à lui. C’est aux trois attaquants de réagir. La solution la plus simple ? Le déplacement de Lemina vers le porteur, accompagné par Gignac qui reviendrait alors dans la zone de Verratti.

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Problème, Lemina reste dans l’axe et oblige Payet à sortir. Thiago Motta sent le coup et a un temps d’avance sur le milieu marseillais pour aller demander le ballon dans l’intervalle.

Ces difficultés des Marseillais face à la mobilité du duo Motta-Verratti (40 passes échangées dans le match entre les deux, de loin la relation la plus prolifique…) ont bien illustré les limites du marquage individuel mis en place par Marcelo Bielsa, qui demande une concentration sans faille de la première à la dernière minute. Aucun temps faible n’est toléré sous peine de voir une simple projection au milieu de terrain faire une grande différence au tableau d’affichage.

Néanmoins, quand ça allait bien, l’OM a forcé Paris à jouer long, récupérant facilement le ballon ; quand ça allait mal, les Parisiens ont pu enchaîner 4-5 passes pour vite arriver dans les 30 derniers mètres. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les premières approches parisiennes sont intervenues au bout d’une dizaine de minutes de jeu, lorsque Sirigu a commencé à relancer court, lui qui jusqu’ici était obligé d’allonger pour sauter le pressing des Phocéens.

Paris défend à 7 : 

La progression parisienne dans le match ne s’est pas résumé à sa production au milieu de terrain. Mis sur les bons rails par son début de match, l’OM a vite constaté qu’il y avait des coups à jouer dans les couloirs. A l’instar du Barça face au Real Madrid, le PSG ne défendait en effet qu’à 7 joueurs (4 défenseurs, 3 milieux) face aux remontées de balle rapides de leurs adversaires. Matuidi et Verratti étaient chargés de bloquer les montées des latéraux marseillais, l’équipe espérant sans doute procéder en contre avec Pastore et Cavani.

Le manque d’implication défensive des attaquants parisiens a été un problème durant toute la première mi-temps : inefficaces pour bloquer la relance marseillaise, les deux « ailiers » n’étaient pas non plus les plus prompts à revenir ou les plus agressifs au moment d’aider le bloc défensif. Résultat, si le PSG verrouillait plutôt bien l’axe grâce à l’activité de ses milieux (récupération de balle à l’origine de l’occasion de Pastore, 11e), il était vulnérable sur les extérieurs. L’ouverture du score de Gignac (31e) n’est donc pas apparue comme une surprise, celle-ci venant d’un long une-deux entre Gignac et Payet passant au-dessus des milieux (et finalement du bloc) parisiens.

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L’ouverture du score de l’OM illustre bien le manque d’implication de Cavani et Pastore. L’Uruguayen revient bien trop tard pour empêcher la première transversale de Gignac. Payet a lui bien senti le coup en s’excentrant pour s’écarter du bloc parisien.

Le PSG enfin solidaire : 

Menés au score et bousculés à la fin du premier acte, les Parisiens sont revenus très forts des vestiaires. Arrivés en avance sur la pelouse, ils sont aussi beaucoup mieux rentrés dans leur deuxième mi-temps que les Marseillais. Plus entreprenants qu’en début de partie, ils sont allés chercher les Marseillais plus hauts au cours des premières minutes de jeu, Verratti et Matuidi accompagnant désormais Ibrahimovic, Pastore et Cavani dans le camp adverse. Un pressing efficace, forçant l’OM à des dégagements longs, et parfaitement couvert par Thiago Silva et Marquinhos, auteurs d’interventions décisives lorsque les milieux étaient éliminés.

En plus de cette agressivité retrouvée, les hommes de Laurent Blanc se sont montrés beaucoup plus rigoureux dans le repli défensif. Terminé la défense à 7, Pastore et Cavani sont revenus prêter main forte à leurs milieux de terrain après la pause. Deux conséquences à cela : beaucoup moins d’espaces pour les Marseillais, notamment sur la largeur, et des milieux désormais capables de ressortir au pressing pour repousser les offensives marseillaises.

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A l’inverse de la première mi-temps, Cavani accompagne la montée de Mendy. Cela permet à Verratti de rester au contact de Payet lorsqu’il s’excentre. A noter aussi le bloc plus avancé des Parisiens : Matuidi et Verratti ont accompagné leurs attaquants pour bloquer la relance adverse.

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Grâce au repli de Cavani, les milieux parisiens ne sont plus forcés de subir dans leur moitié de terrain : dès que possible, ils déclenchent le pressing afin de faire reculer les Marseillais (ici, Matuidi sur Lemina).

C’est en retrouvant cette solidarité dans leur moitié de terrain que les Parisiens ont construit leur succès. Car de cette cohésion sont venues ensuite les situations de contre-attaque. En étant derrière le ballon, les joueurs de Laurent Blanc forçaient les Marseillais à se projeter en nombre et à prendre des risques pour espérer revenir au score. La qualité des interventions défensives (Thiago Silva, Marquinhos) et des sorties de balle (Thiago Motta, Verratti) leur a ensuite permis de lancer Pastore ou Matuidi en contre-attaque.

Marseille sans second souffle : 

Quasi-invisible durant le premier acte, l’Argentin a brillé dès qu’il a pu se retrouver face au jeu après la pause. Son repli défensif le faisait certes partir de plus loin, mais il lui permettait aussi de se défaire de la pression de son adversaire direct (Romao). Suffisamment en tout cas pour avoir le temps de se mettre dans le sens du jeu en attendant les appels de Matuidi sur l’aile, le Français prenant le dessus sur Dja Djédjé par sa capacité à multiplier les courses (défensives et offensives).

C’est d’ailleurs l’un des faits marquants de la fin de partie : les Parisiens ont fini beaucoup mieux que leurs adversaires. Marcelo Bielsa avait certainement senti les choses venir en changeant quasiment toute sa ligne d’attaque (Ocampos pour Thauvin, 63e – Batshuayi pour Gignac et Ayew pour Alessandrini, 72e) : l’OM avait besoin d’un second souffle pour négocier la dernière demi-heure. Mais défensivement comme offensivement, les entrants n’ont pas eu le rendement escompté. La sortie de Gignac a sans doute été la plus dure à encaisser, tant l’activité de l’attaquant était primordiale pour gêner la mise en place du jeu parisien.

Conclusion : 

« La meilleure équipe l’a emporté » selon le coach marseillais, et il est difficile de le nier tant les Parisiens ont maîtrisé les débats après être passés en tête en début de deuxième mi-temps. Après la rencontre, « l’adaptation » de Marcelo Bielsa a une fois encore été remise en cause. Mais son équipe applique toujours les mêmes préceptes, de la première à la 90e minute, et ce même si le système de jeu peut changer en fonction de l’adversaire. Si l’OM laisse filer des matchs alors qu’il mène au score, c’est justement parce que l’équipe ne s’adapte jamais. Non pas à l’adversaire, mais au scénario de la rencontre.

Le match du PSG est d’ailleurs un beau contre-exemple. Après une première mi-temps décevante, les Parisiens ont alterné phases de pressing haut dans le camp marseillais, adoptant d’ailleurs le même schéma que leurs adversaires qui laisse un seul joueur en couverture, et repli à 10 dans leurs 40 mètres pour piéger les Marseillais en contre. Un PSG à plusieurs visages, qui a su retrouver son niveau Ligue des Champions au bon moment pour conserver la tête du championnat à l’orée d’un marathon qui a déjà fait ses premières victimes…

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4 réponses

  1. lirone93 dit :

    Bonne analyse, je n’ai pas tout vérifier mais tout ca me semble exact.

    Effectivement, l’OM fait du marquage individuel, et en phase offensive, l’équipe s’écarte du positionnement défensif adapté au marquage individuel. On se retrouve avec une équipe qui peut très vite se faire sanctionner par une contre attaque.

    L’équipe devrait être capable de faire tourner un peu plus le ballon surtout quand elle mène au score.

    Les adversaire connaisse bien trop l’OM, il doit élargir maintenant leur palette de schémas tactiques.

    Je conclus pareil à peu près ici : http://wp.me/p408PK-7D

    Je pense que Bielsa n’a pas mis en place dès le début de la saison une capacité à temporiser, jouer dans attaquer mais défendre mais juste pour faire tourner le ballon et assoir sa maitrise et domination.

    Maintenant il doit travailler pour y arriver c’est peut-être une erreur, mais peut-être pas car ce n’est pas forcément contraire à sa méthode qui se veut minutieuse et progressive avec le groupe qui a des difficultés à assimiler les améliorations, comme on l’a vu la saison dernière.

  2. lirone93 dit :

    Bonne analyse, je n’ai pas tout vérifier mais tout ca me semble exact.

    Effectivement, l’OM fait du marquage individuel, et en phase offensive, l’équipe s’écarte du positionnement défensif adapté au marquage individuel. On se retrouve avec une équipe qui peut très vite se faire sanctionner par une contre attaque.

    L’équipe devrait être capable de faire tourner un peu plus le ballon surtout quand elle mène au score.

    Les adversaire connaisse bien trop l’OM, il doit élargir maintenant leur palette de schémas tactiques.

    Je conclus pareil à peu près pareil sur mon blog.

    Je pense que Bielsa n’a pas mis en place dès le début de la saison une capacité à temporiser, jouer dans attaquer mais défendre mais juste pour faire tourner le ballon et assoir sa maitrise et domination.

    Maintenant il doit travailler pour y arriver c’est peut-être une erreur, mais peut-être pas car ce n’est pas forcément contraire à sa méthode qui se veut minutieuse et progressive avec le groupe qui a des difficultés à assimiler les améliorations, comme on l’a vu la saison dernière.

  3. Lost in T dit :

    C’est toujours un plaisir à lire, merci!

  4. Charline dit :

    Excellent!

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