Nice : l’émergence d’un projet

Article écrit et traduit en Italien par @DManusia pour Ultimo Uomo : « Il futuro del Nizza ».

1-0 à Marseille, 3-0 face à Lyon, 4-1 sur les pelouses de Rennes et Saint-Etienne et un 6-1 infligé aux Girondins de Bordeaux : les faits d’armes de l’OGC Nice sont déjà nombreux alors que la Ligue 1 approche du terme de sa phase aller sa mi-saison. Portés par ces succès et son statut de deuxième meilleure attaque du championnat derrière le PSG (30 buts marqués en 17 matchs), le club azuréen bataille aujourd’hui dans le premier tiers du classement. Certes, à l’instar de Caen ou d’Angers, il profite du retard à l’allumage de certains gros budgets (Monaco, Marseille) mais le jeu qu’il développe peut lui permettre de voir loin.

Un projet sur le long terme qui commence à porter ses fruits 

Pour comprendre l’OGCN version 2015-16, il faut remonter à l’été 2012. Après trois saisons difficiles à Lyon et une année sans club, Claude Puel prend les rênes d’une formation abonnée au ventre mou de la Ligue 1 : Nice oscille en effet entre la 8ème et la 17ème place depuis son retour dans l’élite en 2003. L’ancien entraîneur de Monaco et de Lille pose ses valises dans un environnement qu’il connaît : celui d’un club aux portes du haut niveau mais où tout est à construire. Un projet sportif se met en place et va toucher tous les niveaux, de la formation à l’équipe première en passant par la construction d’un nouveau centre d’entraînement.

Tout n’a toutefois pas été sans turbulence pour arriver jusqu’à la situation d’aujourd’hui. Dès sa première saison, Nice termine 4ème et de grands espoirs naissent pour la suite. Les deux saisons suivantes sont moins reluisantes : 17ème en 2013-14 et 11ème en 2014-15. Un parcours qui rappelle en partie ce que Puel avait connu lors de ses quatre premières saisons à Lille : « Ça a été dur au début les deux premières saisons mais à l’arrivée on a fini 14ème, puis 10ème, on a lancé des joueurs dans le grand bain : et on termine 2ème et puis 3ème avec ces mêmes joueurs parce qu’on a insisté pour les faire progresser dans la difficulté » expliquait-il au mois d’octobre dans les colonnes de Onze Mondial (lire : l’interview complète).

Evolution des résultats de Nice depuis l'arrivée de Claude Puel et projection pour la saison 2015-16.

Evolution des résultats de Nice depuis l’arrivée de Claude Puel et projection pour la saison 2015-16.

Si la progression n’a pas été constante, Nice récolte en ce début de saison les fruits du travail accompli depuis 2012. Au-delà des résultats, c’est surtout ce que l’équipe propose dans le jeu qui confirme l’arrivée à maturité d’un collectif. Fondé sur du jeu court et beaucoup de mobilité au milieu de terrain, le style de jeu de l’OGC Nice est rafraîchissant dans une Ligue 1 où les défenses prennent généralement le pas sur le reste.

« On essaye de faire vivre le ballon comme on dit dans un championnat très dur, très dense physiquement, où les espaces sont réduits avec beaucoup de blocs défensifs et d’équipes qui procèdent en contre. » (Claude Puel, Onze Mondial, septembre 2015)

Un effectif au service du projet de jeu

En trois ans, Claude Puel a eu le temps de façonner son effectif.  Le dernier mercato lui a permis de faire des retouches afin d’arriver à la formation que l’on connait aujourd’hui. Excepté peut-être Le Bihan, toutes les recrues de l’été (Pereira, Wallyson, Baysse, Le Marchand, Ben Arfa, Seri, Germain) se sont intégrées au collectif et y apportent aujourd’hui quelque chose. A ces bonnes pioches, il faut aussi ajouter le retour de prêt de Pied, intéressant à son nouveau poste de latéral droit, et l’éclosion de Koziello, sorti du centre de formation azuréen.

Depuis le début de la saison, l’équipe-type s’organise en 4-3-3 et s’appuie sur :
– des défenseurs centraux capables de jouer vers l’avant (Bodmer, Le Marchand…),
– des latéraux attirés par le jeu d’attaque car anciens ailiers (Pied, Pereira),
– trois milieux de terrain « petits » par la taille (1m68 maximum) mais mobiles et surtout à l’aise techniquement (Seri, Mendy, Koziello),
– un trio d’attaque complémentaire (ex : Germain pour la profondeur, Ben Arfa pour la percussion et Alassane Pléa pour le jeu dos au but).

Nice - Football tactics and formations

La principale force de Nice réside dans la grande cohérence entre cette équipe-type et son projet de jeu. Avec un tel onze de départ, impossible de s’appuyer sur un élément seul devant afin de faire remonter le bloc et difficile de défendre avec des joueurs dont ce n’est pas forcément le poste de prédilection (Pied, Pereira, Bodmer…). Toute la réussite du projet se joue donc sur la cohésion de ce bloc et la capacité de chacun à offrir une solution ou venir en aide au partenaire plus proche du ballon.

Avec le ballon : solutions au porteur et projections rapides vers l’avant 

Cela se ressent d’abord dans le domaine offensif : à l’inverse d’autres blocs qui vont utiliser tout le terrain pour construire leurs actions, Nice resserre au maximum les distances entre ses différentes lignes afin de toujours offrir plusieurs possibilités au porteur du ballon. Pour relancer, Seri, Koziello et Mendy redescendent aider leurs défenseurs. Puis quand le ballon arrive aux abords du rond central, c’est au tour des trois attaquants de se proposer.

Nice remonte ainsi le ballon en redoublant les passes dans l’axe entre ses différentes lignes. Les milieux et les attaquants forment un bloc très compact au sein duquel le ballon circule. Sur les côtés et en couverture, les quatre défenseurs offrent des solutions au cas où leurs partenaires aient besoin de se sortir d’une zone-press.

« On a un groupe capable de redoubler les passes, de faire de bons contrôles, qui possède une bonne vision du jeu et une bonne anticipation. On a pris des profils pour jouer de cette façon qui viennent s’ajouter à ceux qu’on est en train de développer. Je prends l’exemple de Vincent Koziello : si on ne jouait qu’en attaque rapide ou sur les duels, c’est un joueur qui ne pourrait pas exister dans notre système de jeu. Mais dans la façon dont on joue aujourd’hui, il s’agit d’un joueur qui peut vraiment apporter quelque chose et on le voit depuis le début de saison. » (Claude Puel). 

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L’évolution de la possession niçoise sur les 5 dernières saisons : à noter, « l’explosion » du nombre de passes au milieu de terrain (quasiment 50% d’augmentation entre 2014-15 et 2015-16).

Redoubler les passes est une chose, le faire intelligemment en est une autre : sans mouvement, ces échanges peuvent devenir une plaie pour le collectif et une bénédiction pour le pressing adverse. Ce n’est pas le cas à Nice grâce à la mobilité de joueurs comme Seri et Koziello, sans oublier Wallyson lorsqu’il sort du banc pour évoluer en attaque. Toujours à la recherche de l’espace à exploiter au sein du bloc adverse, ils appliquent le « passe-et-va » afin de toujours offrir de nouvelles solutions.

Arrivé de Paços de Ferreira durant l’été, Jean-Michael Seri est l’homme-clé de ce milieu. C’est lui qui touche le plus de ballons (72,7 passes/match à près de 90% de réussite) et réalise le plus de dernières passes (1,8 key-passes/match). Koziello et Mendy ne sont pas en reste puisqu’ils tournent eux aussi autour des 90% de passes réussis, avec un volume conséquent pour l’ancien Monégasque (68,9 passes/match), qui reste en soutien de ses deux partenaires. Avec ce jeu fait de passes courtes autour du rond central, Nice aspire la défense adverse loin de sa surface de réparation. Résultat, de nombreux espaces à exploiter, que ce soit sur les ailes ou dans son dos.

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Le système de jeu niçois face au bloc marseillais.

C’est là que le choix d’aligner des latéraux très offensifs prend tout son sens. Simple « relais » de la possession durant les séquences de préparation, Pied et Pereira profitent des boulevards laissés dans les couloirs par des adversaires qui doivent resserrer leur bloc dans l’axe, afin de répondre à la densité et aux mouvements niçois. Au bout du compte, déjà 3 passes décisives pour Pereira et 2 pour Pied depuis le début de saison.

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Les latéraux niçois offrent des solutions sur les ailes.

Les attaquants exploitent eux la profondeur. Très intelligent dans ses déplacements, Valère Germain (6 buts) a sanctionné à plusieurs reprises les alignements défaillants des défenses adverses (Bastia, Marseille…). Auteur de buts mémorables (Saint-Etienne, Caen), Ben Arfa profite lui du travail de ses partenaires pour se retrouver face au jeu et faire parler sa qualité de dribbles (4,2 dribbles réussis sur 6,6 tentés/match, soit 64% de réussite).

Sans le ballon : la maîtrise des transitions  

Construire plus bas que les autres équipes « de possession » peut néanmoins avoir ses inconvénients : au lieu de récupérer la balle à 70 mètres du but, l’adversaire peut le gratter aux abords de la ligne médiane et se retrouver face à une défense désorganisée. Le 3-4-3 du Stade Rennais avait notamment posé beaucoup de problèmes à Nice en raison de la densité qu’il proposait dans l’entrejeu, tout en fermant les couloirs à Pied et Pereira (lire : Rennes 1-4 Nice, l’analyse tactique). Menés au score, les Aiglons s’en étaient sortis en se montrant plus efficaces dans le contre-pressing.

Car si le porteur peut s’appuyer sur plusieurs solutions courtes, celles-ci peuvent aussi lui venir en aide lorsqu’il perd le ballon. Le « pressing à la perte » est un élément-clé du jeu niçois. Et quand il ne fonctionne pas, la formation peut compter sur le coffre des ses milieux de terrain et latéraux pour vite revenir à l’aide des défenseurs restés en couverture. On en revient à la cohésion et la solidarité. C’est d’ailleurs en mettant l’accent sur ces transitions que le Gym s’est sorti d’une mauvaise passe début novembre (défaites contre le Gazélec et Nantes, nul contre Lille).

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Les Rennais réussissent à enfermer Mendy et récupèrent le ballon.

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Mais Koziello et Pied ont déjà réagi et les Niçois contrôlent la transition rennaise.

Face aux attaques placées adverses, les Niçois font face avec un bloc médian en 4-3-3 ou 4-1-4-1. Laissant un élément en pointe, ce sont 9 joueurs de champ qui participent à la phase défensive. Les attaquants excentrés reviennent défendre les côtés afin d’y enfermer les adversaires. Dans l’axe, l’équipe s’appuie sur l’activité de Seri et Koziello pour repousser les assauts adverses et bloquer le milieu de terrain. Une fois repliée, l’équipe fait bloc autour de sa surface et n’hésite pas à se replier en nombre dans la zone de vérité afin de conserver l’avantage numérique et ainsi éviter les duels.

Expected goals : le modèle niçois mis à mal ? 

Depuis le début de saison, le projet de jeu niçois s’accompagne aussi par une franche réussite devant le but. En terme d’expected goals, la formation de Claude Puel est une des équipes les plus efficaces d’Europe… ou l’une des plus en sur-régime selon l’interprétation que l’on décide d’en faire. Certains modèles annoncent même que Nice a quasiment mis deux fois plus de but que ce que les statistiques « prévoyaient » (30 buts marqués contre 16 après 14 matchs, sur Cotestats.fr).

Ce grand écart entre les buts « virtuels » et ceux réellement marqués tient en partie dans les exploits de Hatem Ben Arfa. Sur ses 7 réalisations depuis le début de la saison, l’ancien joueur de Newcastle a réalisé plusieurs chefs-d’oeuvre qui n’auraient pu être l’oeuvre de personne d’autre dans l’effectif niçois. Ou la démonstration de la puissance de l’individualité dans un sport collectif… Nice est pourtant loin de la Ben Arfa-dépendance comme le prouvent les résultats face à Marseille ou Lyon. Le joueur, de retour en équipe de France, traverse une période plus difficile, mais l’équipe conserve son fond de jeu et s’appuie sur d’autres éléments dans la zone de vérité (Germain, Koziello, Seri…).

L’autre élément à prendre en compte concernant les expected goals tient dans la qualité des tirs niçois. Derrière le PSG et Monaco, le Gym est la formation qui se crée les meilleures positions de tir (plus de 0,1 xGP.Tir, soit Expected Goals Pour par Tir selon Cotestats.fr). La différence par rapport à Paris et Monaco, c’est que l’équipe se crée moins de tirs/match (12ème sur 20). Cela renvoie encore une fois à leur style de jeu : les attaques se préparent loin du but mais lorsque le décalage est crée, la défense adverse est souvent mise hors de position.

En clair, ce n’est pas forcément la qualité des tirs qui est remise en cause, mais la quantité.

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Le Marchand joue avec Seri, positionné entre les deux lignes marseillaises.

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Servi par l’Ivoirien, Wallyson trouve Koziello qui s’infiltre entre les lignes marseillaises.

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En une passe, Koziello peut lancer Ben Arfa à l’opposée. A Nice, le décalage intervient plus tôt sur le terrain que pour d’autres équipes.

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Par match, les buts virtuels et réels, marqués et encaissés, par Nice depuis le début de la saison.

La marge de progression est en défense

Offensivement, difficile d’imaginer le Gym rester sur les mêmes bases. S’ils maintenaient leur rythme actuel (30 buts en 15 matchs), ils approcheraient la barre des 80 buts marqués en fin d’exercice. Seul le PSG de Laurent Blanc a atteint ce niveau depuis le début des années 2000… Les dernières journées vont d’ailleurs dans ce sens puisque Nice n’a plus marqué depuis trois journées et la réception de Lyon.

La réelle marge de progression des Aiglons se situe toutefois en défense. Les récentes sorties face à Toulouse et au PSG ont mis en avant les limites individuelles de certains joueurs (Bodmer, dominé par Braithwaite et Ibrahimovic). Le passage réussi en 3-5-2 face à l’OL (3-0) n’a pas été suivi par d’autres performances positives. Le succès sur la pelouse de l’OM, acquis grâce à un but inscrit très tôt dans le match et un bloc solidaire ensuite, leur indique peut-être la marche à suivre pour se maintenir dans le haut du tableau et viser l’Europe. Sur les 10 dernières saisons, la Ligue 1 a en effet plus récompensé les défenses que les attaques.

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Les moyennes de buts marqués et encaissés du top 5 des dix dernières saisons de Ligue 1.

Mais si l’Europe n’est pas au rendez-vous en mai prochain, les Aiglons auront leur jeunesse pour se rassurer, comme le présentait Claude Puel en septembre : « On est l’équipe la plus jeune du championnat depuis 3-4 ans. L’année dernière, je crois qu’on était l’équipe la 2ème équipe plus jeune d’Europe derrière la Real Sociedad. Ce n’est pas rien. » Voilà sans doute leur plus belle garantie de succès pour les années à venir : Nice vient d’arriver et a le temps pour s’installer dans le premier tiers du classement.

 

 

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1 réponse

  1. diego dit :

    tes superbes articles me donnent envie de continuer à lire tout ce qui sera rédigé!

    à très bientôt pour des débats constructifs :)

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