Marseille : 3-3-3-1, un système en faillite ?

Paris, Bordeaux, Nantes… Le 3-3-3-1 de Marcelo Bielsa reste sur trois échecs. A quelques heures d’une rencontre capitale face à Lorient, dont le traditionnel 4-4-2 demandera sans doute au coach argentin de reconduire le même système, faisons-en le bilan et comprenons les limites qu’il peut rencontrer du côté de Marseille.

Pourquoi un tel système ? 

Avant de rentrer dans le détail des chiffres, une mise au point nécessaire. Dans la bouche de la plupart des commentateurs et autres spécialistes du ballon rond, « l’adaptation » effectuée par Marcelo Bielsa est présentée comme un choix négatif pour la formation marseillaise. « Une grande équipe doit imposer son jeu, pas s’adapter à l’adversaire », telle est la formule qui revient très souvent dans les après-matchs et autres débriefs des rencontres de l’OM.

Pourtant, c’est bien en passant du 4-2-3-1 au 3-3-3-1 que Marcelo Bielsa peut conserver ses principes de jeu et notamment son sacro-saint marquage individuel. Celui-ci n’a qu’une seule règle : laisser un joueur libre chez l’adversaire (généralement l’un des deux défenseurs centraux) afin d’avoir un joueur supplémentaire (+1) en couverture. Si Bielsa passe à trois défenseurs pour répondre aux équipes à deux attaquants, c’est dans le but de conserver ce +1.

L’avènement du marquage de zone au début des années 90 et son monopole sur le football européen depuis lors ont fait tomber ce principe dans l’oubli. Lorsque les deux « marquages » coexistaient, ils étaient la première pierre dans la construction du système de jeu défensif d’une équipe : individuelle ou zone ? De ce premier choix découlait ensuite les « marquages » (en cas d’individuelle : quel joueur sur quel adversaire ?) ou le « système » (en cas de zone : quelle organisation pour quadriller le terrain ?).

Bref, il est inutile de juger les « adaptations » de Bielsa puisque celles-ci sont naturelles, forcée par son choix initial de pratiquer le marquage individuel. Questionner ce dernier reste toutefois possible.

Marquage individuel et pressing : 

S’il n’est plus aussi important qu’avant, le marquage individuel et surtout le concept du « +1 » qui le régit ont toujours leur place dans le football moderne. Lorsqu’une équipe décide d’aller chercher l’adversaire très haut dans sa propre moitié de terrain, elle se retrouve souvent dans une telle disposition, qui ne laisse qu’un seul joueur sans adversaire direct pour assurer la couverture.

Que ce soit le Bayern de Pep Guardiola, le Barça de Luis Enrique ou même l’Atletico de Diego Simeone, nombreuses sont les équipes qui pratiquent cela dès lors qu’elles défendent en avançant. La différence avec l’OM – et les autres équipes – de Marcelo Bielsa, c’est qu’elles vont à un moment donné relâché leurs efforts et se repositionner dans un système en zone… jusqu’au déclenchement de la prochaine séquence de pressing.

On atteint là le caractère jusqu’au-boutiste du football vu par Marcelo Bielsa – et sans doute ce qui lui vaut l’admiration de ses pairs, qui eux ont tous une limite  -. Il souhaite que ses équipes défendent toujours en avançant et ne relâchent jamais le pressing jusqu’à ce que le ballon soit récupéré. Ce qui renvoie à l’une de ses citations les plus reprises : « vous connaissez ma formule pour défendre ? On court tous. Et puisque courir est une question d’énergie, il est plus facile de défendre que de créer, parce que créer requiert du talent. » 

4-2-3-1 / 3-3-3-1 : les chiffres 

Sur la phase retour : 

8 matchs joués en 4-2-3-1 : 3 victoires – 3 nuls – 2 défaites – 17 buts marqués – 12 encaissés.
Moyennes : 1,5 points par match – 2,12 buts inscrits/match – 1,50 buts encaissés/match

6 matchs joués en 3-3-3-1 : 1 victoires – 1 nul – 4 défaites – 7 buts marqués – 7 encaissés.
Moyennes : 0,67 point par match – 1,12 buts inscrits/match – 1,12 but encaissés/match.

Avant d’aborder les sujets qui fâchent, soulignons d’abord que ces chiffres mettent en lumière quelque chose qui n’est pas assez dit : l’OM encaisse moins de buts dans ce système « à trois défenseurs ». Comme cela a été évoqué précédemment, le passage du 4-2-3-1 au 3-3-3-1 se fait d’abord dans une logique défensive, celle de conserver le fameux « +1 » indispensable au marquage individuel. Sur ce plan-là, Bielsa a donc raison. Mais évidemment, son plus grand chantier est de réussir à animer ce schéma offensivement.

Un effectif limité :  

A ce niveau, l’OM souffre de plusieurs maux, symbolisés par la position de Giannelli Imbula dans le coeur du jeu lorsque l’équipe doit relancer. Pourquoi cette solitude ? D’abord parce que Dimitri Payet n’a pas l’habitude de décrocher si bas. Et pour cause, le meneur marseillais n’est jamais aussi fort que lorsqu’il touche le ballon dans le dernier tiers du terrain, où il peut faire parler sa science de la dernière passe. Pour lui, décrocher à hauteur d’Imbula risquerait d’être contre-productif.

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Dès lors, l’OM doit s’en remettre à la créativité de ses défenseurs pour remonter le ballon. Et là aussi, l’équipe se heurte à ses problèmes d’effectif puisqu’à part Morel, aucun des arrières centraux ne semble capable de prendre sur ses épaules la responsabilité de la relance. En attendant le retour à 100% de Nkoulou, ni Fanni, ni Romao n’ont montré de réelles aptitudes dans l’exercice. Sans « pied » pour sortir « proprement » le ballon (que ce soit sur du jeu court ou du jeu long), il ne reste plus que deux solutions : « balancer » vers les attaquants ou passer par les côtés.

Mais là aussi, les Marseillais sont limités. Mendy et Dja Djédjé font beaucoup de choses dans les couloirs, mais leur palette créative reste limitée. A Bilbao, lors de sa précédente expérience, Marcelo Bielsa s’était en partie appuyé sur Andoni Iraola pour faire de son flanc droit un circuit très efficace pour remonter le ballon – notamment en touchant ensuite Ander Herrera, qui se rendait disponible dans le coeur du jeu. A Marseille, les rares combinaisons partant des latéraux tournent autour du jeu à deux – ou trois avec Payet -, généralement orientées vers la ligne de touche (pour finir par des centres).

Des adversaires qui ont su s’adapter : 

Une fois ce constat fait, la formule pour empêcher cet OM en 3-3-3-1 est toute trouvée. Montpellier avait montré le chemin au mois de janvier lors de sa victoire 2-1 à la Mosson. Les Girondins de Bordeaux et le FC Nantes l’ont reprise avec le même succès dernièrement. Cela passe par une première ligne très haute, mettant deux attaquants au contact des défenseurs marseillais. Si ces derniers s’avancent, leur rôle est de leur mettre de plus en plus la pression alors qu’ils s’approchent de la ligne médiane.

En soutien de ces deux hommes, un troisième sort du milieu de terrain afin de suivre les déplacements d’Imbula et ainsi de bloquer la seule solution courte qui se présente aux défenseurs dans l’axe. Si le jeu part vers les latéraux, c’est tout le bloc qui réagit et coulisse afin d’enfermer le porteur et le priver de solutions. Seul véritable danger dans un tel système – si tant est que les duels soient remportés par les défenseurs -, que l’OM parvienne à renverser le jeu à l’opposée, comme l’équipe avait pu le faire face à Bordeaux.

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Les Girondins ont appliqué la même recette, mais ont eu plus de mal à empêcher les changements de jeu (de la gauche vers la droite), qui ont offert des balles de but à Alessandrini.

Nantes : une faillite prévisible ?

Vendredi dernier, Marseille s’est montré complètement impuissant face à l’organisation du FC Nantes. Coup de génie de Der Zakarian ? Non, le coach nantais a simplement su s’inspirer intelligemment des formules proposées par les autres clubs, tout en profitant d’une formation marseillaise considérablement diminuée.

L’absence de Mendy avait en effet obligé Bielsa à aligner Morel à gauche, et donc à se priver de son pied pour relancer dans l’axe. Le remplacement de Payet, suspendu, par Batshuayi a lui pesé lourd dans l’entrejeu puisque le Belge a encore moins l’habitude de redescendre dans l’entrejeu. Sans relance de qualité et sans relais pour construire, l’OM s’est enferré dans un circuit de passes latérales et stériles, finalement symbolisé par le but gag concédé suite à une mésentente entre Fanni et Mandanda.

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Une question subsiste toutefois : si le 3-3-3-1 a autant de mal face au 4-4-2 en losange, pourquoi l’OL a-t-il autant souffert (malgré les résultats positifs) face à la formation marseillaise ? La réponse à cette question se trouve sans doute dans l’approche lyonnaise, et l’attitude de sa première ligne face à la relance marseillaise. Exceptés quelques matchs dans la saison (Bordeaux et Saint-Etienne notamment), les attaquants des Gones n’ont qu’un très faible impact sur le plan défensif.

Lors de leur dernière sortie au Vélodrome, ils s’étaient certes légèrement adaptés à l’opposition marseillaise, notamment en utilisant Fekir pour sortir sur Morel dès que ce dernier avait le ballon. Mais l’OM s’en était tiré autrement, profitant de la passivité lyonnaise dans les autres parties de sa moitié de terrain, pour ressortir le ballon plein axe en passant par Fanni et Imbula. En attendant le mercato, la réussite du 3-3-3-1 passera par là : des défenseurs qui devront prendre beaucoup plus d’initiatives, tout en espérant que d’autres relais se présenteront à eux (pourquoi pas en décollant plus souvent Thauvin et Ayew de la ligne de touche).

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2 Responses

  1. lirone93 dit :

    Les comm ont sautés.

    Pour Bielsa c’est un problème de réajustement (et je parle bien de réajustement et non d’adaptation) par rapport au championnat et à l’esprit du foot francais.

    Pour illustrer ces propos.

    Voici ce que dit le père de Neymar dans la biographie de Neymar : « Neymar, mon histoire ».

    Cet extrait porte sur la défaite du Brésil en finale des jeux olympiques de 2012 contre le Mexique, une autre équipe Sud-Américaine :
    « Bien sûr personne ne veut perdre. Mais il est important de comprendre que nous ne sommes les seuls responsables d’une défaite. Il y a toujours un adversaire, en face, qui exactement la même chose. Souvent, nous ne sommes pas vaincus. Ce sont les autres qui sont vainqueurs. Ils ont tout fait pour gagner. Ils méritent leur victoire plus que nous ne méritons notre défaite. C’est ce qui s’est passé avec le Mexique, qui alignait une excellente équipe et qui a été meilleur dans le match décisif à Wembley. »
    Vous voyez, que les Sud-Américains gagnent par leurs qualités propres et non en cherchant à exploiter les faiblesses de l’adversaire.
    La France est plus généralement l’Europe (dans une moindre mesure) ont un jeu moins “moral”, moins poli, plus attentiste, moins généreux, moins solaires, plus cérébral, plus attentif aux fautes adverses.
    La solution, est que M. Bielsa déplace son coté cérébral et tactique sur la mise en place d’un système et d’un style de jeu qui saura mettre à néant ce style de jeu.
    Je propose simplement à M. Bielsa déjà de prendre conscience du fait, et ensuite qu’il donne à son équipe en plus des qualités Sud-Américaines : générosité, jeu avant tout offensif, une obsession rationnelle à se restreindre à faire tourner le ballon en défense et au milieu de terrain, en essayant de faire 0 fautes.
    Ceci non par choix de style, mais comme parade au coaching et au style de jeu des entraineurs de L1.

  2. Merengues dit :

    Top la nouvelle interface.

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