Bordeaux : enfin une patte Sagnol ?

Victoire contre Nantes, nul à Paris et contre Liverpool : Bordeaux reste sur 3 prestations convaincantes dans le jeu après un mois d’août difficile, marqué par les blessures de plusieurs cadres et la répétition des matchs. Un an après son arrivée en Gironde, Willy Sagnol semble enfin avoir donné une identité à son équipe, chose que le public bordelais attendait depuis plus de cinq ans. Un style fondé sur un pressing haut qui rappelle le football allemand que l’ancien latéral des Bleus connaît parfaitement…

Bordeaux : l’envie de presser 

« Bordeaux nous a posé d’énormes problèmes dans l’intensité, dans la valeur athlétique de l’équipe, dans la maitrise technique. Bordeaux me parait bien armé pour exister sur le plan européen et dans ce Championnat. (…) Il y avait très peu de nouveaux joueurs côté bordelais, ils se connaissent très bien. Ils sont habitués à travailler ensemble. Grâce à leur présence athlétique, les Bordelais ont réussi à nous faire céder. Sur un plan physique et athlétique, c’est une équipe très bien armée. » Christophe Galtier, après le match nul (1-1) entre Saint-Etienne et Bordeaux.

Ce jour-là, l’activité bordelais avait provoqué beaucoup de déchet côté stéphanois : les Verts avait terminé la rencontre avec seulement 67% de passes réussies. Loin d’être une coïncidence, il s’agit du seul match de championnat du mois d’août que les Girondins ont disputé après quasiment une semaine sans jouer… jusqu’à leur bonne prestation au Parc des Princes face au Paris Saint-Germain. Un calendrier compliqué qui permet de relativiser les chiffres ci-dessous (que l’on reverra du coup dans quelques semaines).

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Quelques éléments permettant de mesurer l’activité défensive « haute » d’une équipe : pour rappel le nombre de passes concédés et le nombre d’actions défensives réalisées au-delà des 40m permettent de calculer le PPDA.

Pour une équipe qui aurait fait du pressing haut l’une de ses fondations, les Girondins sont en effet loin des standards lyonnais. Depuis la reprise, l’OL est au-delà des 60% de possession de moyenne, occupe la moitié de terrain adverse et récupère le ballon très haut. Mais cette situation tient plus de la nouvelle animation de jeu, plus posée autour de Mathieu Valbuena (lire : Valbuena à Lyon : du changement derrière les deux attaquants), qui favorise les possessions longues, que d’une équipe pro-active face à la relance adverse.

Bordeaux se retrouve dans le groupe des poursuivants, assez hétérogène sur le plan des styles de jeu. Deuxième, Saint-Etienne a profité de plusieurs matchs disputés en supériorité numérique pour se retrouver dans cette position. Le PSG a lui fait un bond au classement après avoir réalisé la meilleure performance de la saison face aux Girondins vendredi dernier (lire : PSG : quelle réaction face à l’adversité ?). Au final, Bordeaux se retrouve au pied de ce podium avec l’AS Monaco et l’Olympique de Marseille, qui s’appuie encore sur les chiffres des deux premières journées (Bielsa + Passi) pour être à cette place.

Le pressing haut illustré : l’exemple de Liverpool

Petit à petit durant le mois d’août, le 4-4-2 en losange avec lequel les Girondins avaient fini l’exercice précédent a laissé place à un 4-4-2 à plat. Saivet s’est installé dans l’entrejeu aux côtés de Chantôme. Devant, Khazri apparaît comme le titulaire n°1 dans l’axe. Il est accompagné de Diabaté, Crivelli ou Thelin qui occupe la pointe, les deux étant encadrés par Maurice-Belay, Touré ou Rolan sur les côtés. Derrière, la concurrence fait rage dans les couloirs (Gajic, Guilbert à droite ; Poundjé, Contento à gauche) tandis que Pallois fait désormais équipe avec le Brésilien Pablo dans l’axe en attendant le retour de blessure de Lamine Sané.

Vendredi dernier, le test parisien avait fait énormément travailler les Bordelais dans le coeur du jeu : objectif, cadrer les relances des défenseurs et enfermer la paire Verratti-Thiago Motta grâce à la réactivité des attaquants et des milieux de terrain. Cette fois,  l’équipe faisait face à un nouveau système face à Liverpool. Le 3-4-2-1 mis en place par Brendan Rodgers était en effet taillé pour poser des problèmes au 4-4-2 girondin. Souvent face à un tel système, ce dernier se fait prendre par les défenseurs excentrés adverses, qui peuvent contourner la première ligne afin d’effectuer la relance. C’est d’ailleurs ce que les premières minutes de jeu promettaient aux Bordelais.

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Début de partie : la relance à trois de Liverpool contourne le 4-4-2 girondin grâce à Sakho ou Rodgers, qui peuvent porter le ballon et éviter la zone gardée par Khazri-Crivelli et Chantôme-Saivet.

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Au bout de quelques minutes, Rolan et Maurice-Belay montent d’un cran afin de bloquer les deux stoppeurs des Reds. Dans l’axe, Khazri et Crivelli coupent à la fois la relation entre Touré et les milieux axiaux, et sortent sur l’Ivoirien lorsque ce dernier est servi latéralement ou en retrait par un partenaire. Objectif : forcer le retour sur Mignolet et le jeu long… et espérer que les défenseurs ratissent en couverture.

« L’équipe a montré un beau visage, le visage d’une équipe qui avait envie de jouer, de créer du jeu, des occasions. Forcément, quand vous faites ça de manière constante sur un match, vous vous exposez à des contre-attaques, à des passes verticales, quand vous avez en face, des joueurs de la classe d’Emre Can, Lallana, Coutinho, vous savez que vous allez être en difficulté quelque fois. Mais c’est un pari qu’on avait fait, de ne pas subir, essayer au contraire de prendre le match à notre compte et faire plaisir aux 40.000 personnes qui étaient présentes ce soir. » (Willy Sagnol après la rencontre)

En effet, Bordeaux n’a pas tout maîtrisé et a été mis en danger : plus d’une fois, Saivet et Chantôme se sont retrouvés exposés face à Coutinho ou Lallana. Pallois et Pablo aussi ont dû sauver les meubles sur des interventions risquées, parfois « à quitte ou double ». Mais c’était le prix à payer pour que les Girondins existent dans ce match et fassent quasiment jeu égal avec les Reds. Cela n’a pas duré toute la rencontre, mais la première demi-heure a ainsi confirmé les intentions des Marine et Blanc en terme de pressing et de hauteur de bloc.

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Sakho trouve Coutinho. Saivet est battu, Pallois est exposé mais parvient à stopper l’action alors qu’Origi plonge dans son dos.

De l’importance d’être constant 

A l’issue du match nul acquis au Parc des Princes, Willy Sagnol avait affiché sa satisfaction de voir que « son équipe progressait dans la capacité à tenir une organisation tactique sur 90 minutes. » Ses joueurs avaient dû reculer après l’expulsion de Henri Saivet (77e), mais il est vrai qu’ils avaient su maintenir une défense assez haute pendant la majeure partie de la rencontre, harcelant notamment Motta et Verratti. Symbole de la « grinta » bordelaise, c’est en maintenant son effort jusqu’au bout que Khazri a poussé Trapp à la faute et obtenu la balle du 2-2.

La constance dans l’effort, c’est justement ce qui a manqué aux Girondins face à Liverpool jeudi soir. Un simple coup d’oeil statistique (voir ci-dessous) permet de constater que les ambitions bordelaises, en terme de pressing, n’ont tenu qu’une grosse demi-heure de jeu. L’effectif girondin est court en longueur (et encore plus en solution de qualité sur le banc) et cela s’est ressenti sur le jeu. Avant la 35e minute, Bordeaux parvenait à contenir Liverpool dans sa moitié de terrain et n’avait concédé qu’un seul tir dans sa surface (contre 3 en 2e mi-temps).

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Avant la 35e minute, Bordeaux réalise la majorité de ses actions défensives au-delà de ses 40m. Liverpool a le ballon mais peine à progresser vers la zone de vérité : seulement 18% de passes dans le dernier tiers girondin sur 201 effectuées.

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En fin de première mi-temps, et tout au long de la seconde, Bordeaux joue plus bas. Liverpool trouve des solutions et s’installe dans le dernier tiers girondin : 32% de passes réussies dans cette zone, pour plusieurs occasions de but dont la réalisation de Lallana.

Dès que le pressing se relâche, Bordeaux se retrouve souvent en difficulté. Dès la première journée, Reims avait d’ailleurs sanctionné les Girondins sur ce point. La défense de position bordelaise est loin d’être fiable (notamment sur les côtés) et les adversaires en profitent. Paris aurait pu (dû ?) plier la rencontre avant la pause vendredi dernier. Liverpool a aussi eu l’occasion de doubler la mise avant l’égalisation de Jussiê. Au lieu de renforcer son arrière-garde (en ajoutant un n°6), Sagnol a décidé de jouer plus haut afin d’empêcher les adversaires d’arriver dans de bonnes conditions jusque dans les zones dangereuses pour son équipe.

Un choix permis par plusieurs profils : devant, les attaquants ne rechignent pas à l’effort (Khazri, Crivelli…). Dans l’entrejeu, Saivet a haussé son niveau de jeu pour se poser en véritable milieu récupérateur (40 ballons récupérés en Ligue 1, 4.6 tacles/match, 2 interceptions/match). Mais c’est surtout derrière qu’un joueur-clé sort du lot avec Nicolas Pallois et ses 41 ballons récupérés. Malgré des défauts dans la relance, l’ancien Niortais est jusqu’ici précieux par sa capacité à gagner des duels alors qu’il est très exposé. Reste à savoir s’il confirmera sur la durée, lui qui avait traversé une période difficile sur le plan physique la saison passée.

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Dès que le pressing est déjoué, l’adversaire a évidemment des espaces à exploiter. Sur cette séquence, c’est à Pallois de couvrir Poundjé.

 

Autre question : le rendement de son partenaire. Si Pablo a un rendement similaire à l’opposée, en attendant le retour de Sané, Bordeaux aura une charnière capable d’accompagner efficacement le pressing du reste de l’équipe. Et lorsque le Sénégalais sera de retour, peut-être qu’un turnover sera instauré afin d’éviter le burn-out pour l’un d’entre eux.

Et le jeu d’attaque dans tout ça ? 

Mettre de l’intensité en défense, c’est une chose. Mais Bordeaux n’est pas non plus en reste en attaque où les courses et les prises d’initiative sont aussi de plus en plus au coeur du jeu. Pour ressortir le ballon, deux circuits possibles : du jeu direct sur l’avant-centre (Diabaté, Crivelli à l’aise au « combat ») ou les ailes (Poundjé, Gajic bons dans les airs), ou du jeu court sur Chantôme ou Saivet. Ce dernier est le garant circulation de balle girondine et sa capacité à fluidifier le jeu (notamment contre Liverpool où il a multiplié les passes en une touche) ou à le verticaliser permet de créer l’espace à ses partenaires ou de donner l’impulsion à une action.

Dès l’espace existe ou la première passe est donnée vers l’avant, Bordeaux s’appuie ensuite sur plusieurs « accélérateurs » pour fixer la défense et faire la différence : Khazri est l’élément n°1, rarement créateur mais toujours à la recherche de la percussion (avec le déchet qui peut aller avec). Rolan, Touré, Maurice-Belay sont dans le même registre sur les côtés. Une situation qui peut mal tourner si ces joueurs sont dans un mauvais jour (lire : Bordeaux : des problèmes aussi en attaque ?). Généralement couverts par Saivet ou Chantôme, les latéraux apportent des solutions supplémentaires sur la largeur pour finir les actions.

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Le top 10 (par 90 minutes) des dribbleurs girondins depuis le début de la saison : les six premiers font partie de la rotation sur les trois postes en soutien de l’attaquant de pointe. Ils sont dans le top 50 des joueurs de L1 en terme de dribbles tentés.

Sagnol : le projet Leverkusen ?

Toutes ces facettes du jeu girondin conduisent droit au Bayer Leverkusen. D’ailleurs, la prestation bordelaise face à Liverpool n’était pas sans rappeler le match des joueurs de Roger Schmidt face au Bayern Munich (voir ci-dessous). Evidemment, l’équipe est loin du niveau de la formation allemande, qui maintient la pression plus longtemps et de manière bien plus intense, notamment grâce à un repli défensif impressionnant.

 

Mais sur le plan des intentions, les points communs entre les deux formations sont assez nombreux pour faire de Leverkusen la référence vers laquelle pourrait tendre Bordeaux au fil de la saison. Il faudra évidemment que plusieurs joueurs confirment leurs prestations du moment et surtout tiennent la distance sur le plan physique. C’est bien à ce niveau, alors que les matchs vont se répéter dans les prochains jours, que la saison des Girondins va se jouer. La préparation avait été lourde durant l’été : c’est à partir de ce mois de septembre qu’elle doit commencer à porter ses fruits.

Extra : le projet peut-il tenir avec les retours des blessés ? 

Le retour de blessure de Jaroslav Plasil va soulever la question de la concurrence dans l’entrejeu. Le Tchèque est l’un des hommes de base de Willy Sagnol, au même titre que Clément Chantôme depuis son arrivée en janvier dernier et Henri Saivet depuis le début de la saison. Comment Sagnol va-t-il gérer la situation, sachant que son 4-4-2 actuel n’offre que deux places pour ces trois joueurs ? Evidemment, la répétition des matchs va forcer un turnover qui devrait permettre à tout le monde de jouer. Mais le coach bordelais pourrait aussi revenir sur le système mis en place afin d’aligner trois de ses meilleurs éléments (même si Chantôme n’est pas en grande forme depuis la reprise).

Après Plasil (et Sané), l’autre grand blessé dont le retour est attend par les Bordelais s’appelle Cheick Diabaté. S’il n’a aucun rival lorsqu’il faut aller au combat et faire la « planche » devant la défense adverse , ses problèmes physiques récurrents en font un joueur loin d’être fiable au sein d’une équipe qui souhaite aller chercher son adversaire. Son début de saison, bien que court, l’a d’ailleurs rappelé : après un premier gros match contre Larnaca, où il a accompagné le pressing avec les autres, ses autres sorties ont été moins convaincantes sur ce point. Un retour qui sera important à suivre pour le maintien ou non du projet girondin.

 

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2 réponses

  1. Victor dit :

    Avec le retour de Sané et Plasil qui peuvent tous les deux jouer dans l’axe du 4-4-2, est ce que le décalage de Chantôme à la place de Maurice-Belay pourrait être une possibilité pour Sagnol ?

  2. Thomas P. dit :

    Le re-positionnement de Saivet est une idée géniale. On sent bien que techniquement, il a gagné en maturité. Ce qui aurait amélioré ces qualités d’ailier. Mais, se dire qu’on va le faire descendre milieu récupérateur ( même si physiquement, il a « épaissi » ) , fallait y penser.
    Pallois a également grandi, et je le trouve bien entouré, que ce soit dans l’axe par Pablo ou Sané, ou par les latéraux ( mention spécial à Gajic, que je trouve bien adapté à l’équipe. )
    Tout n’est pas rose, et j’ai peur des phases où nous allons enchaîner les matchs, car, comme tu le disais, cette manière de jouer, puise énormément dans le physique, et nous n’avons pas la qualité du banc pour effectuer les rotations.
    Le pressing des joueurs offensifs peut également amener à un manque de lucidité dans les derniers mètres ( déjà qu’on a des joueurs qui adorent dribbler, et porter le ballon… )

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