Les chiffres complètement fous de l’attaque de Monaco

« C’est la première fois en tant qu’entraîneur que j’assiste à un tel ratio de buts. » Même Leonardo Jardim l’admet : ce que fait l’attaque de l’AS Monaco sur cette phase aller est une performance rare.

Avec 7 buts de plus inscrits hier soir contre Rennes en Coupe de la Ligue, les Rouge et Blanc ont porté leur total à 76 buts en 28 matchs depuis le début de la saison. Cela leur fait un ratio de 2,7 buts/rencontre, toutes compétitions confondues. La moyenne dépasse même la barre des 3 buts/match si l’on s’en tient à la L1. Et les compteurs s’affolent un peu plus lorsque l’on se penche sur d’autres statistiques.

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Du jamais vu en Europe ? 

Lorsque c’est arrivé, on s’attendait à ce que ce soit éphémère. Mais cela fait plusieurs semaines que ça dure : Monaco est aujourd’hui la meilleure attaque des cinq principaux championnats européens. L’équipe de Leonardo Jardim devance les plus grosses écuries du continent, du Real (2,7 buts/match) au Barça (2,5) en passant par Munich (2,4), Liverpool (2,5) et Dortmund (2,3).

Si l’ASM marque beaucoup, il tente toutefois moins sa chance que les autres armadas. Au nombre de tirs tentés, il n’occupe que le 35e rang européen (12,7 tirs/match), calé entre le Milan AC (12,8) et le Deportivo La Corogne (12,7), ou le FC Séville (12,8) et le Bayer Leverkusen (12,6), pour citer d’autres équipes engagées en Ligue des Champions.

Monaco tente moins sa chance, mais marque plus de buts que le Real, le Barça ou le Bayern. Pas la peine de sortir de Saint-Cyr pour comprendre que le club du Rocher est tout simplement plus efficace. Mais là où il se distingue dans l’histoire de ce début de saison, c’est qu’il est BEAUCOUP plus efficace.

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Difficile de faire plus parlant. L’AS Monaco est l’équipe la plus efficace d’Europe, mais c’est surtout l’écart avec les autres qui choque. Deuxième du classement, Nice se retrouve à plus de 7% de son voisin ! Pour donner une idée de la différence : les Monégasques peuvent rater leurs 92 prochains tirs, ils seront toujours plus efficaces que les autres.

A l’approche de la mi-saison, les Rouge et Blanc sont sur des bases jamais vues depuis au moins 10 ans. Le Barça 2012/13 avait déjà réussi une performance plus que record en terminant la saison avec 21,8% de réussite devant le but. L’ASM explose cette barre pour le moment. Habituellement, la norme met les équipes les plus efficaces aux alentours des 18% de réussite…

Des joueurs en pleine forme  

S’il y a une chose à retenir des sorties de l’AS Monaco durant cet automne, c’est la gestion parfaite du groupe par Leonardo Jardim. Match après match, le Portugais fait presque toujours tourner son effectif, mais les résultats suivent. Et surtout, l’efficacité reste la même.

Habituellement, un remplaçant a du mal à se hisser au niveau d’un titulaire : il peut manquer de rythme ou de confiance (deux raisons qui peuvent d’ailleurs expliquer le manque d’efficacité d’un joueur), ou tout simplement ne pas montrer la même implication à cause de son statut. A Monaco, rien de tout ça. Peu importe les joueurs alignés, le 4-4-2 fonctionne de la même façon et le danger peut venir de partout.

Cela se voit très bien lorsque l’on se penche sur la répartition des tirs et de la marque. Monaco ne dépend pas que d’un seul homme. A ce titre, la comparaison avec le PSG, son rival en Ligue 1, est très parlante. En un coup d’oeil, on voit l’abondance de solutions fiables d’un côté et la dépendance à un seul homme de l’autre.

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Cavani est le seul buteur « fiable » du PSG. L’adjectif peut prêter à sourire si l’on repense à tous les ratés de l’Uruguayen, mais ce dernier convertit finalement beaucoup d’occasions. Surtout lorsqu’on le compare à Lucas ou Di Maria juste derrière lui en terme de tirs tentés… Dans l’autre camp, Monaco peut au contraire s’appuyer sur 4 joueurs à plus de 20% de réussite (1 tir sur 5 finit au fond en moyenne)… et même 3 à plus de 30% !

Et lorsque l’on élargit le champ d’études aux deux effectifs, le constat ne change pas. Paris n’a qu’un seul joueur à plus de 20% de réussite et plus de 10 tirs tentés : Edinson Cavani. A Monaco, il faut ajouter Kyllian Mbappé-Lottin (12 tirs, 3 buts, 25% de réussite) et Boschilia (13 tirs, 4 buts, 31% de réussite) aux 4 joueurs déjà présents dans le top 5.

Bien aidés par les coups de pied arrêtés, Fabinho (14 tirs, 5 buts, 36%, logique en tant que tireur de penalty) et Glik (11 tirs, 3 buts, 27%) tapent aussi l’incruste dans ce cercle des joueurs qui font trembler les filets bien plus régulièrement que la moyenne.

Le réalisme au service du projet de jeu 

On résume : à Monaco, le danger vient de partout… et l’efficacité aussi ! Quand on combine les deux, on obtient une équipe qui a de grandes chances de marquer très vite dans un match… et par conséquent d’ouvrir le score. C’est arrivé à 13 reprises à l’ASM sur les 17 premières journées de Ligue 1 pour un total de 10 victoires, 2 nuls et 1 défaites. Notons d’ailleurs que ces 32 points leur suffiraient déjà pour être sur le podium.

Mais Monaco va même plus loin : l’équipe a marqué plusieurs fois sur son 1er tir. Les Monégasques l’ont même refait samedi dernier contre Bordeaux (lire : Bordeaux 0-4 Monaco : des Girondins sans milieu). Auparavant, Lille, Metz, Saint-Etienne et surtout le PSG et Tottenham (1ère journée de LDC) -dans deux matchs très importants- avaient connu ce scénario. A 13 reprises, l’ASM a eu besoin de 3 tirs au maximum pour débloqué son compteur.

Le signe d’une équipe parfaitement préparée et capable de très vite rentrer dans ses rencontres. En Ligue 1, Monaco partage ce trait de caractère avec Nice (assez logique pour la 2ème meilleure équipe d’Europe en terme de réalisme).

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Répartition des buts par quart d’heure.

Monaco démarre fort, mais finit encore plus fort. Les joueurs de Jardim font exploser les compteurs dans les fins de match avec 29 buts inscrits dans la dernière demi-heure. L’équipe ne se relâche pas et récolte surtout les fruits de son projet de jeu alors que des espaces se créent au fil de la rencontre.

Le réalisme – surtout à ce point-là – est un ingrédient parfait pour le système mis en place par le coach portugais. Son équipe se repose d’abord sur le talent de ses joueurs pour attaquer. Cela vient surtout des côtés, avec les montées de Sidibé ou Mendy et les accélérations de Lemar ou Bernardo Silva. Dans l’axe, les paires Fabinho-Bakayoko et Falcao-Germain ont le don de jouer simplement et de permettre au ballon d’aller très vite d’une aile à l’autre, d’un accélérateur à l’autre.

Lorsque Monaco prend l’avantage, l’équipe peut se reposer sur ce qu’elle fait de mieux : laisser l’initiative à l’adversaire et le punir par des attaques rapides. Les Girondins en ont fait les frais samedi dernier, encaissant 3 buts sur des ballons bien ressortis qu’ils n’ont pas su ralentir.

Les accidents 

Malgré ces chiffres, tout n’a pas été parfait dans la saison monégasque et l’équipe a laissé filer quelques points en Ligue 1. Il est d’ailleurs intéressant de se pencher sur ses accidents, assez révélateurs de ses quelques limites.

Contre Nice, Monaco a vécu ce qu’il fait vivre habituellement aux autres : les Rouge et Blanc avaient débuté très fort la partie, tentant 5 tirs dans le premier quart d’heure mais sans marquer. Les Aiglons ont eux débloqué leur compteur sur leur premier tir de la rencontre… avant d’affoler les compteurs en contre-attaque (4-0 score final).

Face à Toulouse, Saint-Etienne et Dijon, l’ASM a quasiment eu droit au même scénario. Elle a d’abord ouvert le score rapidement, mais n’a pas réussi à enchaîner. Elle a ensuite connu une longue période de disette offensive, traversant des séquences de plus d’une demi-heure sans tenter le moindre tir. On touche peut-être là à l’une des limites du système : si les joueurs sont dans un mauvais soir, difficile d’amener le ballon rapidement sur le but adverse. Et sans occasion, l’efficacité ne sert à rien.

Une équipe en sur-régime, mais jusqu’à quand ? 

Oui, les Monégasques sont incroyablement efficaces. Mais le méritent-ils ? On l’a dit précédemment : ils mettent en moyenne plus de 3 buts par match. Selon le modèle Expected Goals de Julien Assunçao (@birdace), l’ASM est à 1,86xG/match. Sans surprise, les joueurs de Jardim ont donc beaucoup de réussite à l’heure actuelle, même si ce chiffre fait quand même d’eux la meilleure attaque virtuelle de L1 devant Lyon (1,85) et le PSG (1,83).

Certains mettront en avant les talents de Lemar ou Boschilia lorsqu’il s’agit de tenter leur chance de loin. A eux deux, ils ont inscrit 5 buts de l’extérieur de la surface : des tirs convertis dans des positions compliquées qui rapportent peu en terme d’Expected Goals et peuvent expliquer une partie de la différence (3,12 buts réels contre 1,86 attendus).

D’autres parleront de sur-régime et attendront une baisse d’efficacité qui serait logique dans les mois à venir. Même les meilleures équipes traversent à un moment donné une période creuse dans une saison. Même le Barça de la saison dernière n’y avait pas échappé, traversant un début de printemps catastrophique durant lequel il avait laissé filer la Champion’s League et vu revenir le Real sur ses talons en Liga.

Pour Monaco, cette question va forcément se poser, en Ligue 1 après la trêve et surtout en Ligue des Champions. Son futur adversaire, Manchester City, a du mal à bien défendre et un Monaco aussi réaliste qu’en ce moment aurait toutes ses chances. Si l’équipe de Jardim parvenait à prendre l’avantage à l’Etihad, elle se retrouverait en position idéale face à une formation en difficulté lorsqu’elle est menée (1 victoire, 2 nuls, 2 défaites).

Mais ça, c’est dans plus de deux mois. Et quand on parle de finition, les choses peuvent très vite changer.

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2 réponses

  1. 19 décembre 2016

    […] chiffres de la folle efficacité monégasque Chroniques Tactiques s’est penché sur le cas de la réussite offensive de l’AS Monaco. Car en plus d’enchaîner des scores fous, les hommes de Jardim convertissent un tir sur […]

  2. 25 décembre 2016

    […] aux côtés de Tiémoué Bakayoko. Titulaire indiscutable dans l’équipe qui possède la meilleure attaque d’Europe, il est le Monégasque qui touche le plus de ballon par match depuis le début de la saison. […]

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