Monaco 3-0 Nice : l’analyse tactique

Après avoir pris un point au PSG, l’AS Monaco a fait la bonne opération de la 23ème journée en dominant Nice au Stade Louis-II. Toujours portés par un pressing étouffant et une attaque en pleine forme, les joueurs de Leonardo Jardim se sont installés en tête de la Ligue 1.

Les compos :

Face à une équipe monégasque au grand complet et dans son 4-4-2 habituel, l’OGC Nice devait faire face à quelques absences, dont celle de Ricardo Pereira sur son côté droit. Pour ce match au sommet, Lucien Favre a fait le choix de revenir à un système à trois défenseurs (3-4-3) et d’associer Pléa, Eysseric et Balotelli aux avants-postes.

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Pressing monégasque et relance niçoise :

Qui dit défense à 3 du côté de Nice, dit aussi relance à 3. Or la semaine dernière face au PSG, les Monégasques avaient su répondre à cette façon de ressortir le ballon. Lorsque Paris repartait de son gardien, Bernardo Silva rejoignait Germain et Falcao afin de bloquer les 3 solutions courtes s’offrant à lui. Et comme on ne change pas une formule qui a fonctionné, l’ASM a appliqué la même méthode face à son rival azuréen.

Bernardo Silva a une nouvelle fois énormément couru entre les deux lignes (milieu et attaque) afin d’accompagner ses partenaires. Derrière lui, Sidibé a lui aussi fait les efforts pour bloquer le couloir face à Dalbert. Le système en 3-4-3 niçois a même plutôt facilité la tâche de l’ASM à ce niveau puisque l’équipe n’avait pas deux mais un seul joueur dans chaque couloir.

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Contre le PSG, la présence de Kurzawa et Draxler sur le côté droit avait parfois forcé Fabinho à coulisser sur le côté afin de prêter main forte à son latéral en attendant le retour de Bernardo Silva. Cette fois, Sidibé s’est chargé seul de la fermeture du côté face à Dalbert, ce qui permettait à Fabinho de se concentrer sur l’axe et la paire Seri-Cyprien.

Les sorties du Brésilien étaient toutefois à double tranchant puisque, dans son dos, Nice comptait sur Eysseric et Pléa pour proposer des solutions. Positionnés sur les côtés sur le papier, les deux soutiens de Balotelli repiquaient à l’intérieur, de manière à se rendre disponible entre les lignes.

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Nice face aux mêmes problèmes que le PSG :

Mais le Gym s’est finalement heurté aux mêmes problèmes que le PSG. Les joueurs de Lucien Favre ont certes ont réussi à franchir le premier rideau à plusieurs reprises, que ce soit au sol ou en utilisant le jeu long vers Balotelli… mais ils ont à chaque fois manqué de justesse ou de vitesse pour faire fructifier ce décalage crée très loin du but en l’amenant jusqu’à la surface monégasque.

Il y a eu plusieurs raisons à cela. D’abord le manque de mobilité de Balotelli à la pointe de l’attaque : en plus de ne jamais presser (voir par ailleurs), l’Italien n’a quasiment pas fait le moindre appel. Résultat, pas de profondeur ni même de libération d’espaces pour ses partenaires. Autres soucis,  le déchet technique d’Eysseric et la vitesse d’exécution de Pléa, loin d’être aussi rapide quand il reçoit le ballon dos au jeu que quand il faut attaquer un espace.

Dernière raison, peut-être plus collective : les habitudes des Niçois. Depuis qu’elle a franchi un palier la saison dernière, l’équipe développe son jeu à partir d’une possession assez basse sur le terrain. En général, si elle ne trouve pas la solution, elle garde la balle, quitte à repartir depuis sa défense.

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Faute de solutions et d’appels tranchants devant, les Azuréens ont souvent temporisé et sont revenus en arrière. Une aubaine pour Monaco, puisque chaque passe courte, latérale ou en retrait, était l’occasion pour l’ASM de se replacer, puis de relancer le pressing… A l’inverse, porter la balle afin d’aller fixer une défense sur le reculoir aurait sans doute poser plus de problème à la défense monégasque.

« Il faut jouer plus vite, faire des passes plus sèches, plus percuter balle au pied. Ils pressent bien, ils font un pressing d’enfer, on a de la peine à sortir et il faut jouer plus vite, notamment sur les côtés, et varier entre les lignes et parfois en diagonale. » (Lucien Favre à la mi-temps de la rencontre).

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Une fois dans le camp adverse, Nice s’est plutôt montré à son avantage. En tout début de partie, les Azuréens ont accompagné leurs sorties par un pressing à la perte efficace, qui leur a permis de passer quelques minutes dans la moitié de terrain de l’ASM (et donc hors de la zone où ils subissaient le pressing le plus intense).

En deuxième mi-temps aussi, les joueurs de Lucien Favre ont traversé quelques temps forts dont ils n’ont pas su profiter. Il y a d’abord eu la période qui a suivi le premier but de Germain (47e). Monaco a légèrement relâché son pressing, retrouvant son bloc médian dans l’entrejeu avec un 4-4-2 très compact dans l’axe et toujours focalisé sur le duo Seri-Cyprien.

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Face à un adversaire aussi compact dans l’axe, la solution est évidemment d’utiliser les couloirs. Et comme face à Paris, on a pu voir que Monaco pouvait être inquiété par des centres rapidement déclenchés. Entre le 1er (47e, Germain) et le 2ème but (60e, Falcao), Glik a dû renvoyer 3 ballons chauds dans sa surface de réparation.

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Les autres problèmes pour l’ASM sont intervenus dans la dernière demi-heure, suite à l’entrée de Younes Belhanda (64e). Le Marocain s’est emparé du rôle entre les lignes partagé jusqu’ici entre Eysseric et Pléa. Beaucoup plus à l’aise dans ce registre, il a eu un impact quasi-immédiat sur le jeu niçois. Au-delà de ses qualités, la réorganisation tactique autour de lui a eu son importance, avec un Pléa replacé aux côtés de Balotelli et capable d’apporter enfin les appels qui manquaient jusque-là devant.

Evidemment, il faut tout de même relativiser cette bonne fin de match de Nice. Jusqu’à la 64ème minute, les Aiglons n’avaient tiré que deux fois au but, contre 11 tentatives monégasques (et 2 grosses occasions). Passée cette minute, ils ont inversé la tendance (9 tirs à 3, dont 3 grosses occasions), mais c’est bien Monaco qui a clôturé la marque grâce à Falcao (3-0, 81e). Qui plus est, 2 des 3 grosses occasions sont intervenues après le 3ème but monégasque qui avait mis complètement fin au suspense.

Monaco : une machine à marquer 

Et l’ASM dans tout ça ? On l’a dit en ouverture de cette analyse, l’équipe de Leonardo Jardim a rendu une copie assez proche de son match face au PSG. Après l’équipe parisienne, son 4-4-2 devenant 4-3-3 pour presser a mis à mal la deuxième équipe de possession du championnat. Plusieurs récupérations hautes ont abouti à des situations intéressantes (14e, 26e), et même de vraies occasions (Bernardo Silva, 36e).

Mais c’est surtout offensivement que les Monégasques ont fait forte impression dans ce match (alors qu’ils avaient été plutôt bien éteints par les Parisiens dimanche dernier). A chaque fois, ils semblaient avoir une solution pour prendre à défaut le système mis en place par Lucien Favre. Dans l’axe, Falcao et Germain ont offert des solutions entre les lignes sur lesquelles pouvaient s’appuyer les milieux et même les défenseurs pour ensuite mettre les éléments les plus créatifs face au jeu.

Autres joueurs susceptibles de peser dans l’axe, Bernardo Silva et Lemar : les deux créateurs ont souvent repiqué afin d’offrir des solutions entre les lignes niçoises (axe ou half-spaces). Lemar a notamment posé beaucoup de problèmes par ses déplacements. Nice n’était pas non plus aidé par l’implication zéro de Balotelli pour contrôler et cadrer le porteur censé alimenter le jeune international français…

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Toutes ces solutions dans le coeur du jeu ont logiquement forcé Nice à resserrer au maximum son bloc afin de protéger l’axe. Pléa et Eysseric ont ainsi très souvent défendu intérieur. Résultat, beaucoup d’espaces ont été abandonnés aux latéraux monégasques. Suffisamment pour qu’ils reçoivent le ballon dans de bonnes conditions avant de se lancer vers le but,  parfois accompagnés par les appels de Lemar ou Bernardo dans le dos de leurs adversaires directs (Souquet et Dalbert).

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Dans ce secteur, le grand artisan du succès de l’ASM a bien évidemment été Benjamin Mendy. L’ancien Marseillais a envoyé 9 centres (sur 16 au total pour l’équipe) dans la surface, délivré 2 passes décisives à ses attaquants (Germain, 47e puis Falcao, 60e) et même lancé Lemar en profondeur pour le 3ème but (Falcao, 81e). Souvent laissé en un-contre-un face à lui, Souquet a eu du mal à rivaliser avec la puissance du latéral monégasque.

Difficile toutefois de lui en vouloir quand le principal problème de Nice s’est surtout situé à la réception des centres de Mendy sur les buts encaissés. Sur le 1er, Malang Sarr a complètement oublié de se replacer, laissant Germain complètement seul. A l’inverse du PSG qui avait su blinder sa surface la semaine dernière (37 centres pour Monaco pour seulement 3 passes-clés au final), Nice a craqué dans sa zone de vérité.

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Conclusion :

Une victoire logique pour l’AS Monaco. Les Monégasques ont empêché leurs adversaires de développer leur jeu habituel. Leur pressing d’enfer (pour reprendre les propos de Lucien Favre) leur a une nouvelle fois permis de sortir du terrain avec la (très) bonne opération.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que ce pressing est parfois déjoué, mais jamais sanctionné. En faisant le choix de défendre très haut, Monaco s’autorise des erreurs mais celles-ci ont lieu très loin du but de Subasic. Si l’adversaire n’arrive pas à enchaîner, elles sont sans conséquence grâce aux volumes de jeu des milieux et attaquants, capables d’avaler les kilomètres pour revenir et repasser derrière le ballon.

A l’inverse, Nice a laissé venir l’ASM comme ils en ont l’habitude (défense assez basse chez Lucien Favre). Or dans ce cas, les erreurs coûtent généralement beaucoup plus chers puisqu’elles ont lieu plus près du but. Et il en a suffit d’une seule pour que l’ASM prenne l’avantage au tableau d’affichage pour ne plus le lâcher par la suite.

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4 réponses

  1. amine dit :

    tres bonne analyse merci

  2. niakola dit :

    salut merci pour cette analyse du pressing monégasque
    à voir au haut niveau de la LDC….city n’étant pas une équipe qui presse beaucoup….
    juste un truc je ne retrouve pas la vidéo de FB où il est montré les sorties de balles de l’OGCN qui n’ont pas été efficacement utilisées….

  3. Je la garde sous le coude pour un prochain article. A venir avant City justement si tout va bien.

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