Paris SG 2-2 Nice : l’analyse tactique

On l’attendait depuis plusieurs semaines, ce choc entre le PSG et l’OGC Nice n’a pas déçu. Sur la pelouse du Parc des Princes, la formation d’Unai Emery a vécu une première mi-temps cauchemardesque, menant les débats dans le jeu mais arrivant à la pause avec 2 buts de retard. Auteurs d’un grosse reprise, les Parisiens ont su revenir dans la partie… mais ils ont ensuite manqué d’énergie pour aller chercher la victoire.

Les compos : 

Grand rendez-vous oblige, Unai Emery a refait confiance à sa formation Ligue des Champions avec Matuidi sur l’aile gauche et Krychowiak devant la défense. Deux choix d’hommes étaient aussi à signaler au coup d’envoi avec Di Maria qui débutait à la place de Lucas et Kurzawa à la place de Maxwell. Côté niçois, aucune surprise à signaler même s’il fallait relever la titularisation de Souquet au poste d’axial droit dans la défense à trois.

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La réponse d’Emery au système Favre : 

Le match opposant les deux milieux les plus créatifs du championnat, la première bataille se situait forcément dans l’entrejeu : une équipe allait-elle prendre le dessus et maîtriser la partie depuis cette zone, ou allait-on avoir droit à un match avec deux milieux qui se neutralisent et des transitions dans tous les sens ?

La réponse est vite arrivée : il n’a fallu que quelques minutes au Paris Saint-Germain pour prendre l’ascendant : grâce à un pressing très haut dans le camp niçois, sur lequel nous allons revenir, mais surtout grâce à une occupation intelligente du terrain, qui a empêché la formation de Lucien Favre de défendre en avançant.

Petit rappel théorique : dans tout système à trois défenseurs, la position des latéraux est capitale. C’est souvent leur comportement qui détermine la hauteur du bloc sur le terrain. Face à la relance, les milieux et les attaquants forment un premier groupe capables de bloquer l’axe. En l’occurrence dimanche soir, on s’est retrouvé avec Belhanda, Plea, Seri, Cyprien et Walter pour encadrer Krychowiak, Thiago Motta et Verratti.

Si ce groupe travaille bien, les seules solutions courtes pour les défenseurs adverses sont les latéraux. C’est là que les deux joueurs de couloir entrent en scène. Pour se remettre dans le contexte du match : si Ricardo Pereira et Dalbert sortent sur Kurzawa et Aurier, ils peuvent forcer ces derniers à jouer en retrait, et ainsi permettre le déclenchement du pressing (sortie de l’attaquant sur la passe en retrait).

En revanche, s’ils ne montent pas, ce sont les milieux qui doivent se déplacer et fermer les côtés. Et forcément, cela contribue à libérer des espaces dans l’axe pour ceux qui étaient leurs adversaires directs (Motta, Verratti…) si leurs attaquants (Belhanda, Pléa) ne sont pas assez réactifs.

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Pour Emery, l’une des clés de la partie était donc de réussir à empêcher les latéraux niçois de monter afin d’aider leurs milieux de terrain en bloquant leurs homologues parisiens. Et pour cela, il a demandé à Matuidi et Di Maria d’aller occuper leurs zones.

Nice en difficulté sur les côtés : 

Ainsi, les deux ailiers parisiens ont souvent dissuadé Pereira et Dalbert de sortir. Aurier et Kurzawa n’avaient plus qu’à se rendre disponibles au milieu afin de devenir des points d’appui pour la relance parisienne. Leur disponibilité dans cette zone médiane a souvent mis les milieux niçois entre-deux (coulisser sur le côté -> sur le latéral ou rester dans l’axe -> sur le milieu), ce qui a forcément compliqué leur tâche.

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Plusieurs possibilités pour le PSG à partir de là : fixer Nice d’un côté puis renverser à l’opposée, grâce au jeu long de Motta, Verratti, Thiago Silva ou même Di Maria. Autre solution, le latéral (Kurzawa, Aurier) pouvait profiter de l’espace libre devant lui pour porter le ballon et solliciter ensuite une combinaison avec son ailier (Matuidi, Di Maria).

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Quelque soit le choix de départ, Paris a beaucoup attaqué sur les ailes. Même la plus grosse occasion parisienne de la première mi-temps (balle piquée de Verratti pour Cavani, 39e), qui s’est terminée dans l’axe, est d’abord venue d’un travail de conservation côté gauche.

Un chiffre illustre cette utilisation des côtés du PSG : l’équipe a centré 39 fois (en comptant les 9 corners), 23 étant uniquement l’oeuvre des latéraux (14 pour Aurier, 9 pour Kurzawa). Impliqués sur les 2 buts, les deux joueurs ont malgré tout eu du déchet dans ces dernières passes. Même chose pour Di Maria, auteur de plusieurs choix discutables alors qu’il s’est retrouvé plusieurs fois en position idéale face à Sarr.

Au fil de la partie, les Parisiens ont varié leurs approches, toujours en insistant sur les côtés. A droite, Verratti s’est installé dans l’espace sur le côté. Cela a permis à Aurier de jouer plus haut et de faire parler sa vitesse face à Dalbert puis Boscagli. La réduction du score (46e) est directement venue de là. D’autres décalages ont suivi.

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Nice, dominé mais réaliste : 

Avec son équipe-type « Ligue des Champions », Unai Emery était aussi armé pour répondre à la formation de Lucien Favre, qui a l’habitude de repartir court depuis sa surface de réparation. Comme on pouvait s’y attendre, le PSG est d’entrée allé chercher très haut son adversaire. L’objectif était évidemment d’empêcher les milieux (Seri-Cyprien en particulier) de s’exprimer et de trouver les attaquants (Belhanda-Pléa).

Pendant la première heure, et malgré le score qui a tourné à l’avantage de Nice (Cyprien, 33e puis Plea, 46e), les Parisiens ont gardé le contrôle de la partie grâce à ce pressing. Les Aiglons ont eu besoin de petits exploits (Cyprien) ou de combinaisons très rapides (Seri-Cyprien) pour déjouer ce travail des Parisiens et entrer dans la moitié de terrain adverse.

Mais même là, ils se heurtaient souvent au bon repli des joueurs de la capitale, renforcé qui plus est par la présence de Krychowiak devant la défense. Pendant un peu plus d’une heure, les Parisiens ont empêché Nice de jouer grâce à cette intensité défensive (voir ci-dessous).

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Sur le plan individuel, il faut retenir l’activité de Marco Verratti. L’Italien a été le principal moteur du pressing, toujours prêt à réduire le champ d’action de Seri, Cyprien ou Walter pour accompagner le travail de ses attaquants. Sa sortie à la 75e minute ne l’a pas empêché de finir avec le record du nombre de tacles tentés dans ce match (10), dont 6 dans la moitié de terrain niçoise.

Sur les quatre premiers quarts d’heure de la partie, la possession a ainsi oscillé entre 60 et 70% en faveur des joueurs d’Unai Emery. Une domination qui n’a finalement été mise à mal que par une chose : le tableau d’affichage…

Car c’est bien Nice qui a mené dans ce match : alors que Paris était à la peine au moment de la dernière passe, l’équipe de Favre s’est appuyée sur la qualité de frappe de Cyprien. L’ancien Lensois a été pendant longtemps le seul et unique Niçois à avoir tenté sa chance, à chaque fois de loin. Résultat, un but sur coup-franc (33e) et une deuxième tentative dans le jeu qui n’est pas passée loin (46e).

Une minute plus tard, Plea profitait d’une mésentente entre Thiago Silva et Marquinhos pour transformer en but le seul ballon touché par un Niçois dans la surface parisienne (46e, 2-0). Le hold-up parfait !

Paris revient, mais s’éteint : 

Mais Paris est revenu, grâce à un but dès l’entame de la 2e mi-temps (46e) puis d’une erreur de Cardinale (60e). Le momentum a-t-il basculé dans l’autre camp ? On aurait pu le croire si le PSG n’avait pas baissé de régime sur le plan physique.

Après l’heure de jeu, les Parisiens se sont en effet éteints petit à petit, ce qui a permis à Nice de respirer en s’offrant enfin des temps de possession plus longs. Symbole de ce rééquilibrage, le partage de la possession a bien changé dans la dernière demi-heure : 53% pour le PSG, 47% pour Nice – contre 66% contre 34% sur l’heure précédente.

Ce changement dans la physionomie de la rencontre n’a toutefois pas permis à Nice de créer à son tour le danger sur les buts de Areola. Son seul et unique tir en fin de match a été l’oeuvre de Balotelli (79e), alors qu’il était encore une fois très loin des buts parisiens. Leur gain de possession leur a toutefois permis de moins subir, le PSG traversant un long quart d’heure sans parvenir à être dangereux (70e -> 85e).

Une nouvelle fois, c’est le banc de touche parisien qui a déçu. Aucun des entrants (Lucas, Ben Arfa, Meunier) n’est parvenu à faire des différences concrètes. Lucien Favre a lui changé son dispositif en fin de partie, terminant en 5-4-1 avec un Belhanda revenu au niveau de ses milieux et un Balotelli seul en pointe. Cette option a permis aux Niçois de mieux contrôler la largeur, utilisée par les Parisiens depuis le début de la partie.

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Conclusion : 

Avec 2 buts d’avance à la pause, Nice était parti refaire le même coup que face à Monaco. Pour rappel : dominé en début de match, l’OGCN était sorti de ce choc avec une large victoire (4-0) grâce à son réalisme, des contres bien menés et un brin de réussite.

Cette fois, les Aiglons ne sont pas parvenus à empêcher le retour du PSG. Le résultat aurait été cruel pour la formation parisienne qui a dominé la rencontre dans quasiment tous les secteurs. Une fois encore, les xG parlent en faveur d’Emery mais le score final ne suit pas (3,55xG pour – 0,61xG contre).

Ce match nul permet quand même aux Parisiens de ne pas laisser les Aiglons s’envoler avant la trêve (4 pts d’écart). Evidemment, c’est une bonne chose car si l’on s’en tient à la réussite des deux équipes jusqu’ici, il y a de vraies chances pour que la tendance s’inverse en 2017. En ce mois de décembre, la marge de progression parisienne est évidente, alors que Nice semble déjà tourner à plein régime.

 

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7 réponses

  1. philippe dit :

    Bonjour,
    toujours très intéressant et très complet. J’attendais également avec impatience le déroulement tactique de la rencontre.
    La tactique et/ou une réponse tactique est une chose mais mettre les joueurs en adéquation avec la tactique en est une autre.
    Je ne comprends pas l’entraîneur parisien !!! Si on joue avec un seul milieu défensif en sentinelle, il faut d’une part qu’il soit intelligent tactiquement et d’autres part qu’il soit très brillant techniquement. Donc pourquoi krychoviak ? c’est le mettre en difficulté surtout si on a motta ou verrati ???? Nice l’a tres bien compris avec cyprien (voir son match contre toulouse)
    Ensuite de même pour matuidi, ce qui très intéressant chez ce joueur c’est le dépassement de fonction sans compter son replacement ! donc pourquoi surtout si vous avez sur le banc ben arfa et lucas (meme si il n’a pas pris les espaces). surtout qu’avec les lateraux qui montaient, l’equipe avait surtout besoin de milieux offensif tres techniques.
    Sincerement sa responsabilité doit être mis en cause, il cherche à inventer, a innover, mais il y a certaines règles dans le football si on fait n’importe quoi on le paie cash à ce niveau;.
    la grande mode du 6 en sentinelle (on le voit bcp en equipe de jeunes maintenant) implique des caracterisques que peu de joueurs ont. grosse technique, possibilité de jeu long et court. Tous n’ont pas ce joueur.
    Bref heureusement qu’ils avaient ce soir là des latéraux exceptionnels.
    Qu »en pensez vous ?

  2. Pedro dit :

    @philippe

    Quand tu as 2 milieux aussi fort techniquement que Motta et Verratti ta sentinelle ne doit pas forcément avoir un profil « pirlo » mais plutôt un style de destructeur dans lequel Krychowiak est d’habitude excellent (voir son euro avec la pologne et sa saison à Séville).

  3. favro laurent dit :

    Bien que la question finale………s’adresse en priorité au »chroniqueur » je vais me permettre d’apporter mon éclairage à Philippe.Vous semblez mettre en doute le niveau de KRYCHOWIAK……Après avoir vu et revu le match il ne m’apparaît pas juste de le mettre en cause sur les 2 buts niçois………… sur le 1er c’est MOTTA qui a essayé d’intervenir et a commis une faute inutile amenant ….etc // sur le 2iéme c’est tout l’axe central qui a été puni par la justesse technique de PLEA qui a marqué à 3 c/1.En ce qui concerne les 2 buts parisiens.Sur le 1er AURIER a un peu bénéficié de la blessure de DALBERT pour réussir son débordement…le reste a été très propre. Sur le second la boulette de CARDINALE suffit à l’expliquer. Tout ça pour dire que je ne suis pas sûr que ce soit le retour au trio historique VERRATTI/MOTTA/MATUIDI qui peut expliquer le retour au score du Psg……………..

  4. Rez dit :

    @favro laurent – La justesse de Plea ? Ou sa malice lorsqu’il pousse discrètement Thiago Silva dans le dos juste avant que celui-ci ne touche le ballon ?

  5. coocool dit :

    Très bonne analyse, merci pour ce site génial.

    Pour la composition, il faut rappeler que c’est la même que face à Arsenal au retour et cela a plutôt bien marché (Krychowiak éteint Ozil, Motta passe clé à Matuidi pour le premier but).

    Malheuresement, si chaque tir cadré de l’adversaire vaut un but, c’est sûr que c’est plus difficile de gagner…

    Je pense que l’équipe manque de confiance, la défense est fragilisée mais aussi, en attaque, seul Cavani semble dangereux (le niveau de Lucas et Di maria sont insuffisants).

    Bref, plus d’efficacité offensive et et défensive et ça ira mieux (j’espère).

  6. philippe dit :

    @favro laurent – D’accord avec ce que tu dis ! Par contre c’est pluôt son entraineur qui a mis en doute le niveau à Krychowiak en le sortant à la mi temps. Mon interrogation vient du fait comment un entraineur qui connait le foot mieux que nous réunis j’imagine, tatonne en décembre ? Comment un entraineur de ce niveau met un joueur comme krichoviak à un poste aussi crucial que le milieu en sentinelle qui demande une technique au dela de la moyenne et une justesse dans le jeu court et long en particulier lorsque l’on possede veratti et motta ?
    Encore une fois c pas un jugement, c’est un questionnement.
    Ok avec coocool, A arsenal ca a marché, mais c’est un coup, on sait qu’à terme matuidi ne joue pas milieu offensif, encore une fois surtout lorque l’on possede ben arfa, lucas etc…
    Puis c’est le PSG, on fait pas de coup de poker, on impose son jeu, on fait peur à l’adversaire.
    C’est pas grave suis pas parisien, mais j’aime le beau jeu quand meme lol

  7. benm dit :

    Le problème du psg vient également du fait qu’une fois le premier rideau de pressing passé l’équipe est en difficulté pour récupérer le ballon, elle doit faire plus d’effort qu’a son habitude et les centraux se trouve plus souvent qu’avant en duel avec les attaquants adverse, alors c’est vrai que quand le pressing est bien effectué comme contre nice, l’équipe adverse n’a pas beaucoup d’occasion mais quand elle passe le premier rideau … Et mine de rien je trouvais que nice meme si elle n’arrivait pas a se créer des occasions combinait bien au milieu en 1ere mi temps, son gros soucis ont été les latéraux mais quand tu joue en 352 il y du monde dans l’axe et c’est le second problème du psg d’Emery….cela manque de solution dans l’axe pour être a la retombée des centres

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