Bordeaux 1-2 Maccabi Tel-Aviv : analyse d’un coaching gagnant

Après avoir fait jeu égal avec le Maccabi Tel-Aviv pendant environ une heure de jeu, les Girondins ont sombré pour finalement s’incliner logiquement. Si le turnover a évidemment affaibli d’entrée la formation bordelaise, cette défaite s’est surtout construite après un changement tactique réussi de la part de son adversaire.

Première mi-temps : 

Toute l’action s’est déroulée en deuxième mi-temps. Lors du premier acte, les deux équipes s’étaient neutralisées. Côté bordelais, le 4-4-2 mis en place par Francis Gillot dépendait principalement des accélérations de Diego Rolan, qui prenait régulièrement l’avantage sur son adversaire direct côté droit. A gauche, quelques combinaisons entre Maurice-Belay et Jussiê ont offert plusieurs positions de centre finalement mal exploitées.

Dans l’autre camp, le Maccabi pouvait compter sur la présence d’un milieu supplémentaire (Alberman devant la défense) pour maîtriser le ballon et le tempo de la rencontre (surnombre dans l’entrejeu face à la paire bordelaise Nguemo-Traoré). Mais le bon repli de Maurice-Belay et Diego Rolan (après quelques remontrances de la part de ses coéquipiers) a permis aux Bordelais de contrôler la majorité des offensives adverses. Seule une percée de Zahavi, déposant deux ou trois Girondins sur une accélération, a failli faire mouche en fin de première mi-temps.

Après le repos, Bordeaux est revenu sur la pelouse avec un nouveau système. Remplaçant Sacko, Obraniak a fait son entrée en soutien de Jussiê. Chargé de faire le lien entre la relance et l’attaque, l’ancien Messin était aussi responsable du marquage d’Alberman, ayant pour objectif de l’isoler du reste de l’équipe adverse. Un changement payant pour Francis Gillot : deux minutes après la reprise, Obraniak s’est retrouvé à l’origine d’un mouvement à quatre (Obraniak, Maurice-Belay, Rolan, Jussiê) permettant au dernier d’ouvrir le score. Un but anecdotique a priori, mais qui mettait tout de même fin à une longue série d’invincibilité pour le club israélien. Avant ce match, il fallait en effet remonter au 6 août dernier et un 3-3 contre le FC Bâle pour trouver un but encaissé par Juan Pablo.

A la mi-temps, le Maccabi Tel-Aviv a lui aussi procédé à un changement. Ailier gauche dans le 4-3-3 initial de Paulo Sousa, Altman a cédé sa place à Mitrovic, qui s’est positionné côté gauche dans le milieu à trois. Ce changement a d’abord excentré Zahavi sur l’aile, formant le trio d’attaque avec Itzhaki et Prica. Après l’ouverture du score bordelaise, les minutes sont passées sans véritable changement dans la physionomie de la rencontre. Résistant bien aux approches adverses, les Bordelais tenaient le choc sans toutefois se créer l’occasion de breaker.

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La deuxième mi-temps débute à peine. Le 4-3-3 du Maccabi Tel-Aviv s’oppose au 4-2-3-1 des Girondins.

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Côté Tel-Aviv, le changement opéré à la mi-temps concerne le poste d’axial gauche : Mitrovic (positionné sur la ligne médiane) rentre dans ce rôle, et renvoie Zahavi sur l’aile (marqué par Chalmé).

Le changement tactique : 

La vraie bascule s’est faite à la 65e minute, lorsque Paulo Sousa a procédé à son deuxième changement : milieu axial, Radi a cédé sa place à Mikha. Le Maccabi a alors changé de système, passant du 4-3-3 au 3-5-2. Yeini, Carlos Garcia et Tibi formaient l’arrière-garde, toujours protégée par Alberman. Le capitaine israélien était encadré par Mitrovic et Zahavi au milieu de terrain, derrière un duo Itzhak-Prica en attaque. L’aile gauche revenait à Ben Harush, la droite à Mikha.

Et il a fallu très peu de temps à ce nouveau dispositif pour mettre en très grande difficulté celui de son adversaire. Avec désormais trois défenseurs centraux, les Israéliens se retrouvaient avec quatre rampes de lancement (en comptant toujours Alberman) pour envoyer le jeu dans le camp girondin. Face à celles-ci, seulement deux Bordelais pour bloquer ces premières passes : Obraniak et Jussiê. Et sachant qu’Obraniak était toujours focalisé sur les mouvements d’Alberman, il laissait son partenaire de l’attaque seul face à trois adversaires.

En plus du soutien d’Alberman, les trois défenseurs centraux de Tel-Aviv bénéficiaient aussi d’un second milieu de terrain, Mitrovic. L’objectif des Israéliens était alors très simple : il s’agissait de faire courir le ballon à l’entrée de la moitié de terrain bordelaise, à quatre ou cinq contre deux donc, jusqu’à décaler l’un des défenseurs. Sans adversaire pour lui faire face, ce dernier devait ensuite s’avancer le plus possible dans le camp bordelais afin d’effectuer la première passe vers l’avant.

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Côté bordelais, Obraniak suit les mouvements d’Alberman au milieu de terrain mais laisse le seul Jussiê aux avants-postes.

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Les défenseurs de Tel-Aviv peuvent faire tourner tranquillement le ballon jusqu’à libérer l’un d’entre eux, qui se retrouvera libre d’avancer au milieu de terrain.

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Carlos Garcia dépasse la ligne médiane pour effectuer lui-même la première passe. Positionné aux côtés de Traoré, Saivet est obligé de faire un choix entre l’aide de son milieu de terrain et le marquage du latéral adverse. Il choisit de fermer l’axe, ce qui libère une solution sur l’aile droite.

Relance efficace et attaque rapide : 

Une fois le ballon remonté dans le camp girondin, les défenseurs de Tel-Aviv bénéficiaient d’un grand nombre de solutions pour lancer les mouvements dans les 30 derniers mètres. Inutiles au milieu de terrain en raison du surnombre déjà à l’avantage de leurs coéquipiers, les deux latéraux (Ben Harush et Mikha) ont passé le reste de la partie en position d’ailier, devenant ainsi des menaces constantes pour Chalmé et Poundjé. Dans le coeur du jeu, ils étaient trois à pouvoir créer le danger : Zahavi qui montait depuis sa position d’axial droit, Itzhak qui restait entre les lignes et Prica qui essayait généralement de peser sur la défense adverse.

Sur la largeur du terrain, le Maccabi se retrouvait donc avec cinq solutions (trois à l’intérieur, deux sur les extérieurs) positionnées entre les deux lignes de quatre bordelaises. Et comme les relanceurs pouvaient s’avancer librement dans le camp girondin, ils avaient largement le temps de s’approcher pour les servir dans les intervalles entre les milieux adverses (à droite de Rolan, entre Rolan et Nguemo, entre Nguemo et Traoré, entre Traoré et Saivet, à gauche de Saivet, soit cinq intervalles pour cinq solutions).

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Sur chaque offensive, ce sont cinq joueurs du Maccabi qui sont déjà présents dans le camp girondin et prêts à mettre la pression sur la défense. Généralement, trois participent à l’accélération quand les deux autres font les appels de finition.

A partir du moment où la première passe arrivait à destination, les milieux bordelais étaient généralement tous éliminés. Une situation qui a découvert la défense bordelaise, rapidement dépassée dans les duels par la vivacité de ses adversaires. Sur les côtés, Ben Harush et Mikha pouvaient s’appuyer sur les appels en profondeur de leurs Zahavi, Prica ou Itzhak. Dans le coeur du jeu, les trois axiaux combinaient efficacement et profitaient à leur tour des appels de leurs latéraux devenus ailiers pour étirer la défense adverse.

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A l’origine du but égalisateur du Maccabi : une passe d’un défenseur transperce le milieu bordelais, entre Nguemo et Traoré, mettant directement la défense centrale en situation d’infériorité numérique.

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Sané est en retard à l’impact face à Prica qui peut remettre sur Zahavi. En une touche, ce dernier lui rend le ballon dans l’espace. Seul face à Olimpa, l’attaquant sert Itzhak qui n’a plus qu’à pousser le ballon au fond des filets.

Qu’a-t-il manqué à Bordeaux ? 

Dépassés dans les duels, les défenseurs girondins auraient peut-être pu limiter la casse s’ils avaient été aidés par une réorganisation générale de l’équipe. Deux solutions étaient possibles sans changer de système : accepter la domination adverse et reculer en faisant défendre Rolan et Saivet sur les latéraux adverses. Cette première option aurait permis à la défense de se resserrer sur l’axe afin de diminuer les espaces autour de Bréchet et Sané. La deuxième option, moins probable au vu du contexte de la rencontre, aurait été d’ajouter Rolan et Saivet devant pour perturber la relance adverse. Pour rappel, c’est cette option qui avait permis au Bayern d’éliminer la Juventus Turin en Ligue des Champions la saison dernière : un pressing tout terrain de la part du quatuor offensif de manière à bloquer les quatre rampes de lancement adverses (voir : la vidéo et l’analyse de la rencontre).

Autre ajustement possible pour les Girondins, le retour au 4-4-2 aurait permis de renforcer la première ligne. Défensivement, le 4-3-3 apparaissait enfin comme une option idéale, ce système opposant une belle résistance à la relance adverse tout en renforçant l’axe d’un milieu de terrain supplémentaire. Mais encore fallait-il que les Bordelais aient les joueurs pour mettre en pratique cette

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1 réponse

  1. LSD dit :

    Très bonne analyse. Merci.

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