Liverpool 4-3 Borussia Dortmund : l’analyse tactique

Au moment de faire le bilan, ce sera sans doute l’un des matchs de l’année avec la double confrontation entre le Bayern et la Juventus Turin. Retour en détails sur le quart de finale retour de Ligue Europa complètement dingue entre Liverpool et le Borussia Dortmund.

Les compositions : 

Qualifié au coup d’envoi, Liverpool n’avait pas l’ambition d’attendre son adversaire vu le onze de départ aligné par Jurgen Klopp. Henderson absent, le coach allemand a laissé de côté le 4-3-2-1 présenté à l’aller pour un 4-4-2 avec Firmino aux avants-postes en soutien d’Origi.

Côté Dortmund aussi, Thomas Tuchel a fait plusieurs changements au coup d’envoi. Sokratis est rentré en défense aux côtés de Hummels tandis que Kagawa a repris la place de n°10 derrière le trio d’attaque habituel. L’entrée du Japonais a d’ailleurs eu un impact non-négligeable sur le début de rencontre.

Liverpool vs Borussia Dortmund - Football tactics and formations

Kagawa, la bonne pioche de Tuchel

Dès la première seconde de la partie, ce dernier a en effet annoncé la couleur en effectuant un énorme pressing sur les Reds auteurs du coup d’envoi. Avec Aubameyang, il a abattu un énorme travail en pointe de l’organisation défensive durant le premier quart d’heure. Objectif, maintenir une pression constante au milieu de terrain afin de faire reculer les Reds jusqu’à la paire Sakho-Lovren.

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Dès que Liverpool recule, Kagawa et Aubemeyang sortent sur le porteur de balle et permettent à leur bloc de remonter.

Il s’agissait évidemment de forcer les relances de ces derniers. A l’aller sur ces longs ballons, Liverpool avait su gratter les deuxièmes ballons et les envoyer sur les côtés : les montées de Moreno et Clyne n’étaient pas couvertes et permettaient aux Reds de porter le ballon dans la moitié de terrain allemande. Dès les premières secondes du match retour, Mkhitaryan et Reus sont redescendus travailler afin de bloquer ces derniers et prêter main forte à leurs milieux de terrain.

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En phase défensive, Mkhitaryan et Reus redescendent fermer les couloirs face à Clyne et Moreno.

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Dortmund se montre aussi bien plus compact et présent sur les deuxièmes ballons.

En plus de ces ajustements défensifs, le Borussia se montrait aussi efficace avec le ballon. Véritable n°10, Kagawa a posé beaucoup de problèmes à Emre Can. Très mobile, il a offert des solutions entre les lignes de Liverpool qui ont profité à Hummels, Weigl et Castro, chargés d’organiser la relance. Résultat, les Reds ne sont pas parvenus pas à piéger leurs adversaires comme ils l’avaient fait à l’aller en les enfermant sur les côtés.

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Défensivement, le 4-4-2 des Reds est dépassé par la mobilité et la justesse des milieux de terrain allemands (Weigl, Castro, Kagawa).

Liverpool déséquilibré, Dortmund réaliste 

L’intensité mise par Dortmund dès le coup d’envoi a donné le ton de la rencontre. Le jeu est très vite allé d’un but à l’autre. Liverpool a rapidement connu des problèmes d’équilibre qui lui ont été fatals.

Principal fautif, James Milner se projetait comme s’il avait encore Henderson et Can derrière lui… Sauf que l’Allemand se retrouvait du coup complètement seul en couverture. Conséquence face à une équipe de Dortmund plus active défensivement dans sa moitié de terrain : des ballons perdus et des attaques rapides subies en raison d’un pressing à la perte impossible.

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Parti vers le but adverse, Milner laisse Can complètement seul. Après la récupération, Dortmund peut déclencher une attaque rapide dans l’espace abandonné libre côté droit.

Sur les deux buts inscrits rapidement par les Allemands, Milner fait à chaque fois partie des joueurs battus sur la perte de balle. Derrière, Can était battu par la vitesse de Reus, Kagawa ou Mkhitaryan. Exposée, la défense était poussée à la faute (problèmes d’alignement pour Sakho). Bilan : 2-0 après seulement 8 minutes de jeu.

Après ces deux premières réalisations, Dortmund a maintenu la pression quelques minutes avant de se relâcher. Un temps faible qui s’est traduit par la réduction du nombre de courses de Kagawa et Aubameyang. Liverpool en a profité pour mettre le pied sur le ballon au milieu, utilisant notamment les décrochages de Firmino ou Milner afin d’épauler Can.

Liverpool : attaquer à partir des côtés

Durant ces temps plus faibles du Borussia, Liverpool a souvent utilisé l’espace accordé à ses milieux de terrain pour alerter Clyne et Moreno sur les ailes. Une fois les latéraux trouvés, les Reds tentaient de revenir à l’intérieur en recherchant Lallana, Firmino ou Coutinho entre les lignes. Autre solution, lancer Origi dans la profondeur ou attendre une incursion de Milner à travers le bloc adverse.

Il s’agissait de trouver rapidement un moyen de pénétrer le bloc adverse afin de mettre la défense allemande à découvert. Cela a particulièrement fonctionné côté droit avec Clyne pour donner le premier ballon, les déplacements de Lallana ou Milner, la présence de Firmino entre les lignes et enfin les appels d’Origi en profondeur.

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En position décrochée, Milner a de l’espace pour alerter Clyne sur l’aile droite.

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Le latéral recherche Lallana dans l’espace entre les quatre joueurs de Dortmund côté ballon. Cela expose Hummels tandis qu’Origi fait un appel dans son dos pour être servi dans la surface.

C’est à partir de ce couloir que Liverpool a arraché ses premières occasions de la partie (Origi, 17e – Moreno, 18e). Et c’est en continuant d’insister sur ces côtés que les Reds sont revenus dans le match en deuxième mi-temps… même si, en guise d’exception, la réduction du score d’Origi (48e) est venue d’une accélération plein axe d’Emre Can (48e) suite à un dégagement de Weidenfeller.

Cette animation offensive des Reds a eu des répercussions sur la défense de Dortmund. A force d’être pris dans leur dos, les milieux de Dortmund ont de plus en plus reculé afin de fermer l’angle de passe partant du latéral. Point positif pour leur défense, ils ont en effet bloqué quelques attaques. Point négatif : ils se sont retrouvés sous la pression de (ou des) l’adversaire(s) censé(s) attaquer cette zone.

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Afin de régler le problème de la passe de Clyne entre ses lignes, Weigl réduit l’espace le séparant de Schmelzer.

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Il récupère le ballon mais se retrouve directement sous la pression de Firmino.

Cinq minutes après le but de Reus(56e), les entrées en jeu de Allen et Sturridge (62e) ont redonné un coup de fouet à Liverpool. Offensivement, Allen a repris le rôle de Firmino en se positionnant dans les intervalles. Sturridge est lui devenu un complément d’Origi, capable de maintenir une présence dans la surface lorsque l’attaquant belge attaquait la profondeur sur un côté (et inversement).

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Clyne trouve Joe Allen entre les lignes adverses. Milner lui offre une première solution en attaquant l’espace entre Schmelzer et Hummels.

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Allen choisit finalement de jouer à l’intérieur de la surface pour Sturridge. Dans l’axe, Coutinho est complètement seul à 20m des buts de Weidenfeller. Trois minutes plus tard, il inscrit un but dans cette position sur une action venant de la gauche (Moreno).

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Quelques secondes avant ce but de l’espoir, cinq joueurs de Liverpool sont positionnés au sein du bloc adverse.

L’effondrement de Dortmund : 

Censé achever Liverpool, le troisième but de Dortmund a au contraire marqué le début de la remontée fantastique des Reds. S’il est difficile d’expliquer un tel naufrage sur le plan tactique, il est possible de dégager quelques éléments pouvant l’illustrer.

Et le premier concerne la maîtrise technique… ou plutôt l’absence de maîtrise. Sur les 33 minutes restantes après le 3ème but, Dortmund a rendu 12 ballons à Liverpool (via un duel perdu ou un mauvais contrôle) contre 11 sur les 57 précédentes. Autre chiffre, le pourcentage de passes réussies est passé de 82 à 67%.

Equipe de possession depuis l’arrivée de Tuchel, le Borussia n’a pas su l’utiliser pour retrouver du contrôle sur la partie. Elle est même souvent tombée dans ce que l’on pourrait appeler le piège de l’attaque rapide. En deuxième mi-temps, Liverpool a accentué son pressing et laissé des espaces derrière.

A chaque fois, Dortmund a tenté d’en profiter mais, comme à l’aller, ces attaquants ont clairement manqué de fraîcheur et de justesse dans le dernier tiers. Toujours à fond, ils ont rendu un grand nombre de ballons aux Reds, leur permettant ainsi de repartir à l’attaque. L’équipe a oublié de se reposer sur ses milieux : l’influence de la paire Weigl-Castro a ainsi été réduite de moitié entre la première et la deuxième mi-temps (de 87 à 43 ballons touchés…).

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Attaque rapide contre repli défensif, tel était le jeu lorsque Liverpool n’avait pas le ballon.

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Une fois le premier temps de jeu stoppé, les Reds ressortaient au pressing.

Autre point-clé et pas des moindres pour expliquer sur la faillite de Dortmund : la faible taux de tacles tentés dans les 20 dernières minutes. Sur les 43 tacles effectués au total par les Allemands, seuls 6 sont intervenus durant cette période pourtant capitale. Si l’équipe était restée sur le même rythme en terme d’intensité défensive, ils auraient dû en faire quasiment deux fois plus (11), d’autant plus que Liverpool avait la maîtrise du ballon sur cette période.

Là encore, les chiffres des deux milieux de terrain sont éloquents : Weigl et Castro n’ont réalisé qu’une seule action défensive durant les 20 derniers minutes (1 faute de Castro). Avant cela, ils avaient réalisé 12 tacles, intercepté 3 ballons et concédé 3 fautes.

Cette baisse de régime (avec et sans ballon) du milieu de Dortmund aurait peut-être pu être endiguée par des changements plus précoces dans le match : Gundogan aurait été plus utile avant la 82ème, moment où Liverpool n’était déjà plus qu’à un but de la qualification. L’entrée de Ginter à la place de Kagawa (77e) n’a en plus pas arrangé les affaires des deux milieux, moins protégés (un joueur de moins devant, un de plus derrière) et souvent en retard sur les combinaisons des Reds.

Can-Milner : les moteurs du succès 

Un milieu a plongé, l’autre est monté en puissance. Emre Can et James Milner ont en effet été les moteurs du renouveau des Reds. Le premier a sonné la charge en allant donner le but du 2-1 à Origi (48e). En première mi-temps, on l’avait déjà vu calmer les ardeurs de Dortmund en effaçant leur pressing.

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Malgré la pression de Kagawa et Castro, Can s’en sort.

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Immédiatement, cela crée de l’espace qui profite à Lallana côté droit.

Le second a eu une activité monstrueuse aux quatre coins du terrain. Coupable sur les buts encaissés en début de match en étant trop porté vers l’avant, il s’est largement rattrapé ensuite. Son jeu long a complété celui de Can et son endurance lui a permis d’être aux quatre coins du terrain : de la fermeture du flanc droit à la distribution de deux assists pour Coutinho (66e) et Lovren (91e).

Au total : 88 ballons pour Can, dont l'activité s'est concentrée au milieu de terrain, et 97 ballons pour Milner.

Au total : 88 ballons pour Can, dont l’activité s’est concentrée au milieu de terrain, et 97 ballons pour Milner. A titre de comparaison, Weigl et Castro ont respectivement touché 66 et 63 ballons. 

 

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2 réponses

  1. Mik M. dit :

    Entre la compo du match aller et les remplacements du retour, je pense que Tuchel a montré qu’il était encore assez peu expérimenté, surtout pour l’Europe.
    Il n’en est pas question ici mais la défense centrale de Dortmund me semble suspecte sur ce match: sur les deux buts encaissés dans le jeu les Allemands se font transpercer plein axe avec à chaque fois un gros trou entre les 2 DC et les 2 milieux devant eux, mais je ne sais pas qui est le plus coupable. Et ils auront eu beaucoup de mal à contrôler Origi.

  2. Personnellement, je pense que Tuchel a pris les bonnes décisions avant de couler en deuxième mi-temps avec ses joueurs. Pour la défense de Dortmund, c’est une faiblesse qui date depuis longtemps maintenant : Hummels est l’un des meilleurs défenseurs du moment avec le ballon, mais il n’aime pas être bousculé et peut souffrir face à un attaquant mobile comme Origi.

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