AS Rome – Lyon : la preview tactique

Après Paris et Monaco, c’est au tour de Lyon de porter haut les espoirs français en Coupe d’Europe ce jeudi soir. Sur une excellente dynamique, les Lyonnais sont en ballotage favorable après leur victoire 4-2 à l’aller… mais attention au réveil romain. Retour sur la première confrontation entre les deux équipes et focus sur les clés de ce match retour.

A l’aller, l’OL a été aidé par les approximations romaines 

Au moment du tirage, Lyon était clairement en position d’outsider pour cette double confrontation. Dauphine de la Juventus après 28 journées, la Roma est sur la saison l’une des équipes les plus prolifiques d’Europe, que ce soit en terme de buts marqués (61) mais aussi d’Expected Goals (2,15 xG/match, soit le 2ème total des 5 principaux championnats après Manchester City…).

Pour venir à bout d’un tel adversaire, qui plus est sur le score de 4-2, il faut évidemment réaliser un grand match… mais il faut aussi que celui-ci passe à côté de son sujet. A l’instar du Barça, méconnaissable au Parc des Princes, la Roma était très loin de son meilleur niveau au Parc OL.

Encore une fois, il ne s’agit pas de remettre en cause la performance de l’OL, mais de mettre en lumière les limites des Romains sur ce match. C’est indispensable pour mieux envisager le match retour. Techniquement, les joueurs de Spalletti ont fait preuve d’approximations étonnantes qui ont gâché un grand nombre de mouvements aux abords de la surface lyonnaise. Florilège.

Ce manque de fluidité dans les 30 derniers mètres a offert à l’OL le laps de temps nécessaire pour rattraper les décalages qui pouvaient être concédés en amont. Car quelque soit l’approche défensive des Gones, les Romains ont toujours réussi à progresser avec le ballon.

En première mi-temps, les Lyonnais ont voulu alterner les séquences de pression dans le camp romain et des phases en bloc médian, qui laissaient Lacazette et Tolisso en première ligne. Avec sa défense à 3, la Roma avait toujours l’avantage du nombre sur ces deux-là et Juan Jesus a trouvé des solutions entre les lignes adverses à plusieurs reprises. A défaut de toucher Nainggolan et Dzeko, bien ciblés par l’OL, c’est Salah qui a reçu beaucoup de ballons dans cette zone.

C’est peut-être là l’une des réussites de l’organisation lyonnaise : avoir su bloquer Nainggolan et Dzeko pour forcer la Roma à passer par Salah pour progresser. Sur ces séquences, l’Egyptien a surtout reçu des ballons dos au jeu et n’a du coup pas joué sur ses qualités premières. On l’a ainsi vu travailler en pivot et chercher Dzeko dans l’espace alors que l’on attend plutôt l’inverse de ce duo.

salah-dzeko

Une fois cette première passe donnée, la Roma avait aussi la possibilité d’écarter grâce aux montées de Bruno Peres et Emerson sur les ailes, alors que Nainggolan, Strootman, Salah et Dzeko forçaient l’OL à densifier l’axe. A ce niveau, les retours défensifs de Tolisso ont été très précieux pour venir en aide à la paire Gonalons-Tousart.

Après le repos, l’entrée en jeu de Jallet a encouragé l’OL à jouer plus haut. Il s’agissait notamment d’annuler le surnombre de la défense romaine en opposant désormais Ghezzal aux montées de Juan Jesus. Cela a eu le don de hausser le rythme de la rencontre, mais ça n’a pas non plus empêché la Roma de trouver des solutions.

Encore une fois, les mauvaises passes et autres prises de décision ont eu raison de la plupart de leurs tentatives.

Rester compact pour éviter les transitions 

Quelle marge de progression pour l’OL en défense ? Difficile à dire face à un adversaire qui s’est trop souvent sabordé… Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faudra pas accepter de subir à Rome malgré les 2 buts d’avance. C’est ce qu’a voulu faire l’équipe de Génésio en privilégiant les dégagements afin de porter les débats sur le combat dans l’entrejeu avec Gonalons et Tousart à la gratte au coeur d’un bloc compact.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces séquences ont été importantes pour l’équipe lyonnaise car les tentatives de sorties courtes ont toutes été manquées (ou presque). A chaque fois qu’ils ont invité la pression de la Roma en première mi-temps, les Gones ont été en difficulté.

Obligés de se dégager, faute de solutions, les Lyonnais subissaient ensuite de plein fouet le fait que leur bloc ne soit pas aussi compact que sur les dégagements de Lopes (puisque des joueurs avaient décroché pour tenter de faciliter la sortie du ballon). Conséquence, celui-ci revenait très vite aux abords de la surface et la défense n’était pas forcément prête à le cueillir.

(A écouter ci-dessus : la preview audio de Lyon-Roma de 00:51 à 16:13)
En début de 2ème mi-temps, les Gones ont même frôlé la catastrophe en rendant deux ballons très dangereux dans leur propre moitié de terrain. A chaque fois heureusement, la Roma n’a pas su en profiter… toujours à cause de son manque d’application.

L’enseignement principal, c’est que les Lyonnais ont été bien plus à leur avantage lorsque le ballon était loin de leur cage. Mettre le jeu dans le camp adverse, c’est aussi forcer l’adversaire à couvrir plus de terrain pour revenir dans la zone de vérité. Or sur le plan physique, l’OL a semblé bien plus frais que son adversaire lors du match aller.

Tenir le ballon haut, la clé pour être dangereux ? 

Presser est une chose. Mais pour pouvoir rester haut et maintenir le jeu loin de son but, il faut aussi savoir conserver le ballon dans le camp adverse. Cela a justement été la principale différence entre les deux mi-temps de l’OL lors du match aller.

En première mi-temps, les Lyonnais ont eu beaucoup de mal à tenir le ballon et progresser. La pression romaine n’était pas énorme, mais les Gones ont trop balancé, s’entêtant à rechercher Tolisso ou Lacazette aux avants-postes avec un jeu très direct. Il faut dire que l’équipe était très souvent coupée en deux par les positionnements de chacun.

L’idée était sans doute de limiter les prises de risque des milieux de terrain afin de réduire les risques de transition : Gonalons et Tousart ont très peu participé, restant le plus souvent derrière les attaquants romains au lieu de tenter de s’insérer entre les lignes. On les a surtout vus sur les seconds ballons ou à la perte de balle pour couper les sorties adverses.

Résultat de cette approche en première mi-temps, une possession légèrement en faveur de la Roma (53,5%) et surtout à peine 7 tirs pour l’Olympique Lyonnais. Un bilan famélique, surtout lorsque l’on constate que la dernière occasion des Gones est intervenue à la 11ème minute.

Après la pause, la rencontre a complètement basculé en faveur des Lyonnais. Leur possession de balle a fait un bond de presque 10 points (55,3%) et le nombre de tirs a explosé par rapport à la première mi-temps (16 tirs).

Cette meilleure tenue du ballon est notamment venue de la plus grande disponibilité des milieux. Mené au score (1-2), l’OL se devait de prendre plus de risques et c’est passé par la participation au jeu de la paire Gonalons-Tousart, avec le capitaine lyonnais en tête de gondole. Dès le début de la 2ème mi-temps, il s’est inséré dans le bloc romain afin d’offrir le relais qui manquait tant entre les attaquants et les milieux adverses.

Comme le montre la vidéo ci-dessus, le but de Tolisso est la conséquence directe de l’occupation de cette zone-clé. Trouvé par Gonalons sur cette action, Lacazette a eu beaucoup plus d’impact après la pause grâce à ce changement. Forcément, puisque les passes à accomplir pour le toucher étaient plus faciles.

Les maps ci-dessous montrent l’évolution des ballons touchés par l’attaquant lyonnais en 1ère et 2ème mi-temps. Au-delà du volume qui a doublé (de 20 à 39 ballons touchés), ce sont bien les zones où Lacazette a touché le ballon qui ont changé et participé au come-back des siens de l’OL.

lczfinale

Une Roma trop attentiste ? 

Cette progression de l’OL dans le match a aussi été permise par la passivité de la Roma. Spalletti avait fait le choix de conserver une sécurité derrière en laissant ses latéraux face aux ailiers lyonnais et en demandant à ses milieux de coulisser pour bloquer les latéraux dans les couloirs.

Ce soir, le technicien italien aura la possibilité d’opter pour un système bien plus ambitieux et oppressant pour l’OL. S’il avance ses latéraux d’un cran, il ira naturellement chercher l’OL plus haut. Reste à savoir si sa défense, déjà en difficulté dans les duels à l’aller, sera en mesure de gérer plus de situations de un-contre-un.

Autre question : le physique. Combien de temps les Romains pourront-ils tenir dans cette configuration gourmande en énergie et éprouvante pour les nerfs ? Bref, l’option existe, mais avec 2 buts à remonter et une réelle marge de progression technique en attaque, Spalletti ne s’en servira peut-être pas dès le coup d’envoi.

optionroma

Un autre danger guette l’OL dans sa configuration la plus ambitieuse de l’aller : si l’un des milieux décide de jouer plus haut pour offrir des solutions, l’équipe est forcément moins équilibrée à la perte de balle. La Roma s’est ainsi crée plusieurs situations après la pause (cf. vidéo précédente), sans toutefois les convertir en grosses occasions, la faute encore une fois à des approximations techniques.

A l’aller, cette prise de risques a forcément été dictée par le score à la pause (1-2). L’heure n’était plus au calcul : il s’agissait de revenir au score pour rester en course. Mais vu la réussite lyonnaise, pourquoi ne pas repartir sur les mêmes bases au match retour, au moins si la Roma le permet ?

La Louve s’est-elle réveillée contre Palerme ? 

La défaite encaissée par l’équipe de Spalletti jeudi dernier était la 3ème d’une série débutée contre la Lazio début mars, une première dans sa saison. Comme on l’a déjà dit, aucun joueur n’est apparu sous son meilleur jour au Parc OL.

Le week-end dernier, l’équipe a mis fin à sa pire série de la saison en allant facilement s’imposer à Palerme, lanterne rouge de Serie A. Ce succès net a peut-être rassuré les Romains : après une entame au ralenti, ils ont terminé la partie avec 4 big chances, dont 3 converties.

Dzeko en a aussi profité pour mettre fin à l’une de ses plus longues périodes de disette de la saison (4 matchs sans marquer…). Espérons pour les Lyonnais que le Bosnien ne reparte pas pour une série de 8 matchs consécutifs avec au moins 1 but marqué à son compteur (entre janvier et février)…

Le réalisme lyonnais : une série à poursuivre 

La Roma s’est peut-être relancée, mais l’Olympique Lyonnais reste l’équipe la mieux lotie en terme de dynamique. Les Gones sont sur une série de 29 buts marqués en 7 rencontres (série d’invincibilité en cours). Mieux, leur taux de conversion sur cette période est digne de celui de l’AS Monaco. 

A l’aller, ce réalisme avait permis à l’OL de marquer sur ses premiers tirs lors de chaque mi-temps (Diakhaby, 8e puis Tolisso, 47e). De quoi entamer et redémarrer idéalement la partie.

Mais cette réussite du moment a un bémol : elle repose beaucoup trop sur le talent des attaquants lyonnais. Contre la Roma, Lyon a eu beaucoup de mal à se créer des positions de tir idéales. Un constat répété en championnat. En bref, l’équipe réussit à alimenter ses talents, mais son attaque repose plus sur les exploits de ces derniers que sur un collectif rôdé et déroulant jusqu’à la finition.

A moins d’une soudaine progression, Lyon devra donc une nouvelle fois compter sur des actions de grande classe (ou des coups de pied arrêtés) pour marquer au Stadio Olimpico et réellement compliquer la tâche de son adversaire. Général Lacazette, présent ?

 

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. Sam dit :

    Article très intéressant et instructif.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *