Fiorentina 0-1 Juventus Turin, l’analyse tactique

Si près, si loin. La Fiorentina a longtemps cru tenir sa qualification pour les quarts de finale de la Ligue Europa. Après le 1-1 ramené du Juventus Stadium, la Viola a reconduit le système qui lui avait permis de faire déjouer son adversaire. Mais il lui a manqué le second souffle nécessaire pour tenir durant 90 minutes de jeu.

Avec les retours de Cuadrado et Vargas dans le onze de départ, la formation de Vincenzo Montella était naturellement annoncé dans son 3-5-2 habituel au coup d’envoi. Mais en face, la Juve récupérait Bonucci dans l’axe de sa défense, un joueur toujours problématique pour l’adversaire de par sa qualité de relance. Avec lui, l’équipe peut s’appuyer sur quatre solutions efficaces pour mettre le ballon dans le camp adverse : les deux stoppeurs excentrés peuvent porter le ballon sur les côtés, tandis que lui et Pirlo peuvent orienter le jeu depuis l’axe du terrain. Bref, l’adversaire doit forcément prendre en compte Bonucci dans son plan de jeu. Et c’est pourquoi la Fiorentina a bien démarré la partie en 4-3-3, comme il y a une semaine.

Car avec Borja Valero pour aider Ilicic et Gomez en première ligne, les Florentins étaient en mesure de bloquer les trois défenseurs centraux turinois. Chargé d’éteindre Pirlo la plupart du temps, l’Espagnol sortait de sa position lorsque Bonucci récupérait le ballon, comptant sur Pizarro pour reprendre le marquage du milieu italien. Sur les côtés, toujours comme lors du match aller, la Fiorentina opposait deux joueurs aux paires adverses : Aquilani et Cuadrado face à Pogba et Asamoah sur sa droite, Vargas et Tomovic face à Isla et Vidal sur sa gauche.

Quand la Juve repart de Buffon, la Fiorentina ne laisse aucune solution courte à son adversaire.

Quand la Juve repart de Buffon, la Fiorentina ne laisse aucune solution courte à son adversaire. Borja Valero et Pizarro montent tous les deux d’un cran pour bloquer Bonucci et Pirlo. Sur les côtés et derrière, tout se joue sur des deux-contre-deux. Très logiquement, c’est en visant Llorente que la Juve parvenait à mettre le ballon dans le camp adverse dans ces situations.

La Fiorentina a ainsi réussi à s’installer très haut pour bloquer la relance turinoise, à tel point que les premières incursions des Bianconeris sont intervenus à partir de longs ballons. Avec Borja Valero sur Bonucci et Pizarro sur Pirlo, la défense florentine se retrouvait logiquement sans protection face à Llorente et Tevez. Les Turinois ciblaient l’Espagnol, qui jouait ensuite les pivots pour mettre l’Argentin dans le sens du jeu, en espérant ensuite que le déploiement du reste du bloc se fasse avec un temps d’avance sur le repli des Violets (7e, centre d’Isla sur la tête de Llorente).

Malgré quelques enchaînements intéressants entre les deux attaquants, c’est la Fiorentina qui est le mieux entré dans la partie et a pris possession du ballon. Forte du but inscrit à l’extérieur, l’équipe limitait les prises de risque au moment de construire : elle n’hésitait pas à jouer long sur Gomez pour tenter d’obtenir des coups de pied arrêtés dans le camp turinois, ou s’appuyait sur les décrochages d’Aquilani et Borja Valero dans l’entrejeu pour conserver le ballon, face à un bloc turinois comme d’habitude replié dans ses 40 mètres. Offensivement, le jeu se dirigeait naturellement vers les côtés, et Borja Valero tentait de créer le surnombre par ses déplacements afin de contrecarrer le pressing des Bianconeri (lire : le 3-5-2 de la Juve et son système défensif).

Après une dizaine de minutes, la Viola a commencé à reculer et à laisser plus de champ à Bonucci (9e, ouverture pour Pogba). Borja Valero restait désormais dans la zone de Pirlo, toujours encadré par Gomez et Ilicic qui bloquaient les montées de Chiellini et Caceres. Derrière, rien ne changeait avec les deux contre deux sur les côtés. En revanche dans l’axe, Pizarro se retrouvait en « électron libre » devant la défense : sans adversaire direct, le Chilien intervenait face à toutes les approches adverses, s’ajoutant dans les duels disputés par ses partenaires et ratissant les seconds ballons.

Lorsque la Juve sort de ses 30 mètres, le pressing de la Fiorentina se relâche. Bonucci peut porter le ballon, et dépasser la zone Borja Valero-Pirlo.

Lorsque la Juve sort de ses 30 mètres, le pressing de la Fiorentina se relâche. Bonucci peut porter le ballon, et dépasser la zone Borja Valero-Pirlo. Les premières passes partent enfin mais les Bianconeris se heurtent alors à Pizarro, sans adversaire direct et qui s’ajoute aux deux-contre-deux en place des deux côtés du terrain et au niveau de sa défense centrale.

A défaut de créer le danger, ce recul progressif de la Fiorentina a tout de même permis à la Juve de s’installer dans le camp adverse et de monopoliser le ballon. Si la présence de Pizarro dans l’axe était un problème dans les 30 derniers mètres (sauf actions individuelles de Tevez ou Pogba), les Turinois ont surtout insisté sur les côtés pour tenter de trouver la faille. Les premières passes arrivant plus facilement (notamment grâce à Bonucci, désormais libre), ils portaient le jeu sur les ailes et cherchaient à créer des situations favorables pour mettre en difficulté les duos Vargas-Tomovic et Aquilani-Cuadrado.

Les latéraux florentins étant souvent amenés à quitter l’alignement pour bloquer leurs homologues (Asamoah, Isla), la Juve a tenté de passer dans leur dos. A droite, Tevez s’est à plusieurs reprises ajouté aux mouvements initiés par le duo Isla-Vidal, attaquant la profondeur afin de forcer Savic à quitter l’axe. L’Argentin est aussi allé s’aventurer côté gauche : il suppléait alors Pogba qui a obtenu la première occasion turinoise de la partie (une tête, mais en position de hors-jeu) après avoir semé compagnie à son adversaire direct Aquilani. Le Français s’est souvent retrouvé en position d’attaquant afin de profiter des espaces dans le dos de Cuadrado, chargé d’aller chercher Asamoah très haut sur le terrain.

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La Juve est repoussée sur les côtés par la présence de Pizarro en « spare-man » dans l’axe. Le Chilien bloquant le retour vers le coeur du jeu, la solution pour les Bianconeris passe par l’exploitation des espaces dans le dos des latéraux (ici, Tevez derrière Tomovic).

A la pause, le score nul et vierge était logique. Après un bon début de match, la Viola se contentait de résister à une Juve incapable de créer le danger dans l’axe adverse autrement que sur des tentatives à mi-distance (Tevez 29e, 42e – Pogba 30e). Mais le vrai problème des Turinois résidait dans leur incapacité à maintenir la pression dans le camp adverse : chaque remontée de balle de la Fiorentina entraînait l’installation de sa première ligne dans le camp adverse, ce qui ralentissait naturellement la relance de Bonucci, Chiellini, Caceres ou Pirlo.

L’opposition s’est poursuivie sur les mêmes bases après la pause. Premier bémol toutefois pour la Viola, la blessure de Pizarro dès la 48ème minute. Le Chilien a cédé naturellement sa place à Ambrosini qui a repris son rôle devant la défense. Si la différence ne s’est pas ressentie sur le plan défensive, la Fiorentina a perdu sur ce coup l’un des garants de sa possession de balle en début de partie. De son côté, la Juventus a continué d’insister sur les côtés, et particulièrement à droite, en envoyant aussi Llorente dans la zone. Le calcul était toujours le même : quitter la zone du joueur qui permet à l’adversaire d’avoir l’avantage du nombre dans les petits espaces (en l’occurrence Ambrosini). 

Au fil des minutes, le flanc droit de la Juve a gagné en efficacité. Vidal s’est retrouvé tout près d’ouvrir le score sur un centre d’Isla après un bon travail de Tevez (58e). Défensivement, la Juve remettait aussi plus facilement le pied sur le ballon (la perte de Pizarro combinée à la fatigue qui commençait à gagner Borja Valero). Auteur de plusieurs ouvertures de qualité en première mi-temps, le duo Aquilani-Cuadrado était aussi éteint par un Pogba beaucoup plus agressif à la récupération. Surtout, la Viola était en train de lâcher prise aux avants-postes. Ilicic et Gomez commençaient à payer les efforts accomplis depuis le coup d’envoi ; conséquence, Chiellini et Caceres portaient beaucoup plus souvent avec le ballon dans les 40 derniers mètres. De quoi compliquer un peu plus la tâche de Borja Valero dans l’axe.

La dernière demi-heure s’annonçait donc difficile pour la Viola et c’est très logiquement que Vincenzo Montella a décidé d’apporter de la fraîcheur au sein de sa première ligne. Gomez a cédé sa place à Matri (63e)… mais malheureusement, le remplaçant s’est révélé aussi efficace défensivement que l’Allemand après une heure de jeu dans les jambes. Face à une première ligne adverse désormais affaiblie, les défenseurs turinois ont continué à porter le ballon dans le camp adverse jusqu’à ce qu’une connexion se fasse entre Chiellini, Tevez et Llorente. Embarqué par le contrôle orienté de l’Espagnol, Rodriguez était poussé à la faute à l’entrée de sa surface de réparation. Second carton jaune, expulsion et coup-franc converti par Pirlo (71e) : double peine pour la Viola.

Un changement de jeu de Caceres permet à Chiellini de pénétrer dans le camp adverse.

Un changement de jeu de Caceres permet à Chiellini de pénétrer dans le camp adverse. La première ligne de la Fiorentina est éliminée et Matri ne fait pas l’effort pour revenir sur le défenseur turinois. Ambrosini est le premier jouer à se retrouver sur sa route alors que, côté gauche, Cuadrado et Aquilani se chargent de Asamoah et Pogba.

Ambrosini qui se retrouve face à Chiellini, cela signifie que Savic et Rodriguez sont à deux contre deux face à Tevez et Llorente. Sur l'action, les deux attaquants de la Juve sont en avance sur leurs adversaires directs. Tevez sur la déviation qui élimine Savic, puis Llorente qui pousse Rodriguez à la faute sur son contrôle orienté.

Ambrosini qui se retrouve face à Chiellini, cela signifie que Savic et Rodriguez sont à deux contre deux face à Tevez et Llorente. Sur l’action, les deux attaquants de la Juve sont en avance sur leurs adversaires directs : Tevez qui élimine Savic en une touche de balle, puis Llorente qui pousse Rodriguez à la faute sur son contrôle orienté.

Après ce fait de jeu, le match était quasiment terminé. L’entrée de Roncaglia à la place d’Ilicic (72e), pour conserver un certain équilibre défensif, a mis fin aux espoirs de la Fiorentina, qui manquait déjà de poids devant pour mettre en difficulté l’arrière-garde de la Juve. Les Bianconeri ont géré la fin de match avec sérieux, et auraient pu aggraver la marque si Vidal s’était montré plus efficace (90e). Au final, les hommes d’Antonio Conte sont sortis de ce huitième de finale de justesse, car il n’a sans doute manqué qu’un peu de fraîcheur physique à la Viola pour conserver l’avantage acquis lors du match aller.

De quoi donner des idées à Rémi Garde et son Olympique Lyonnais : pour rivaliser avec la Juve, la recette Montella semble l’une des plus intéressantes, et l’OL joue dans le même système que la Fiorentina lors de cette double confrontation. Il faudra toutefois un énorme travail tactique et technique de la part de tous les joueurs, sans oublier de très grandes performances individuelles pour espérer faire l’exploit. La formule est connue, reste désormais à se mettre au niveau pour espérer l’appliquer…

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1 réponse

  1. Azurrasquadra dit :

    Ce match a été très intéressant à suivre. Cette Juve donne l’impression de contrôler le déroulement du match. Dans leurs déclarations d’après-match, les Turinois disent qu’ils savaient ce que la Fiorentina allait leur proposer et qu’il fallait être patient. En plus de la maîtrise tactique à un moment t donné, la Juve maîtrise stratégiquement son adversaire prenant en compte les changements, la fatigue, etc. Dans son analyse d’avant-match, la Juve raisonne sur 90 minutes voir plus intégrant l’évolution probable de l’équipe adverse. Cela donne cette impression de ne jamais s’affoler car tout a été pensé avant.
    Je ne vois vraiment pas comment Lyon va pouvoir tenir tête à la Juve ou même imiter la Viola. Pour pouvoir faire du marquage individuel comme sur la première image, il faut qu’il y ait une grande maîtrise tactique car la moindre erreur crée aussitôt un décalage. Je ne pense pas que Lyon puisse se mettre à ce niveau tactique. Et si Lyon attend et joue en contre, c’est perdu d’avance, la Juve maîtrise trop bien les équipes de série A qui jouent regroupées dans leur moitié de terrain. Donc il faut adapter sa tactique en fonction de la hauteur du bloc turinois sur le terrain et du temps qui passe. C’est beaucoup trop pour Lyon.

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