Liverpool 1-3 FC Séville : l’analyse tactique

En attendant l’Euro 2016, le football européen traverse sa période dédiée aux finales nationales et continentales. Jusqu’à samedi et celle de Ligue des Champions entre les deux clubs madrilènes, retour sur certaines d’entre elles. On commence par la Ligue Europa, qui a vu le triomphe du FC Séville face à Liverpool (3-1).

Les compos : 

Aucune surprise ou presque n’était à signaler dans les deux onzes de départ au coup d’envoi. Seul le FC Séville était diminué par l’absence de Benoît Trémoulinas derrière. L’ancien Bordelais était remplacé par Escudero au poste de latéral gauche. Tactiquement aussi, les deux coachs ont fait dans le classique avec deux équipes organisées en 4-2-3-1.

Liverpool vs FC Seville - Football tactics and formations

Une mi-temps par équipe : 

Les deux maps ci-dessous (signées Michael Caley) donnent une première vision d’ensemble sur la rencontre : en terme d’expected goals, chaque équipe a eu sa mi-temps. Liverpool a plutôt dominé le premier acte : sans se montrer très dangereux, les Reds ont surtout réussi à annihiler le jeu d’attaque de leurs adversaires. Au final, ils n’ont concédé qu’un seul tir en 45 minutes et ouvert le score assez logiquement grâce à Sturridge (35e).

Après la pause en revanche, la partie s’est complètement renversée. Très vite revenu au score (Gameiro, 46e), le FC Séville a réglé ses problèmes défensifs et retrouvé de l’allant en attaque. S’ils ont mis 3 buts au final, les Espagnols ont même eu deux autres grosses occasions d’aggraver le score. L’objectif de l’analyse qui suit est donc de comprendre comment les Sévillans sont revenus dans la rencontre.

Première mi-temps : Liverpool « aux points » 

Pour cela, il faut d’abord revenir sur la première période. Sans surprise au vu des deux finalistes, les premières minutes de la rencontre ont vu le ballon passer très peu de temps au sol. Liverpool et Séville ont l’habitude de mettre beaucoup de rythme dans leurs matchs et d’intensité à la récupération du ballon. Cela s’est ressenti très vite avec des temps de jeu très courts et une possession qui basculait d’un camp à l’autre.

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Avec deux blocs aussi resserrés, la bataille autour du ballon ne pouvait être qu’intense.

Dans un tel contexte, c’est souvent l’équipe la plus entreprenante qui prend l’ascendant. Dit autrement, celle qui va chercher son adversaire le plus haut. En l’occurrence, c’est Liverpool qui a fait ce travail et pris petit à petit le dessus. A la pause, les statistiques allaient dans ce sens avec 75% de passes réussies pour Liverpool contre seulement 64% pour le FC Séville.

Les Reds n’ont toutefois pas pris la possession du ballon (50/50 à la pause). Leur jeu est resté très direct, partant des sorties de balle orchestrées par Can-Milner, Lovren et Touré. Occupant la largeur, les quatre joueurs contournaient la première ligne adverse (Banega-Gameiro) afin de mettre le jeu dans le camp sévillan. A défaut de percer l’axe Krychowiak-Nzonzi pour trouver Sturridge ou Firmino, ils attaquaient les couloirs grâce aux montées de Clyne et Moreno.

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Face au 4-4-2 sévillan, Liverpool choisit de passer par les côtés pour attaquer les couloirs.

Si le flanc gauche (Coutinho-Moreno) était bien verrouillé par les deux latéraux associés par Emery (Coke-Mariano), Liverpool a trouvé des solutions de l’autre côté grâce aux montées de Clyne pour soutenir Lallana. Mal protégé par Vitolo, qui a souvent laissé partir l’ancien latéral de Southampton dans son dos, Escudero a souvent été dépassé par la vitesse des Reds (4 passes-clés pour Clyne à la pause).

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A droite, la paire Mariano-Coke contrôle bien Moreno et Coutinho.

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A gauche en revanche, Vitolo oublie souvent Clyne, ce qui met Escudero en difficulté.

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Résultat, les Reds ont assez largement penché côté droit au moment d’attaquer.

Pris de court plusieurs fois sur son flanc gauche, le FC Séville a aussi subi le contre-pressing des Reds dans sa moitié de terrain. Habituellement dangereux en contre-attaque, les Sévillans ont été complètement éteints par l’activité de Liverpool à la perte du ballon. Gameiro n’a quasiment pas eu une seule opportunité de briller dans les 45 premières minutes. Même chose pour Vitolo et Coke, souvent repris lorsqu’ils tentaient de remonter les ballons sur les côtés.

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Le contre-pressing des Reds à l’oeuvre. Can sort sur Krychowiak et l’empêche de jouer dans l’axe.

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Milner et Lovren contrôlent les courses de Vitolo et Gameiro en attendant les retours de Lallana et Clyne.

Au moment de l’ouverture du score de Sturridge, Liverpool était loin d’écraser son adversaire mais l’équipe de Jurgen Klopp faisait tout mieux que son adversaire. Dans les minutes qui ont suivi, la finale a failli basculer un peu plus en sa faveur : Séville est apparu déstabilisé par le but encaissé, se mettant en danger sous la pression anglaise. Entre la 35e et la 45e minute, Liverpool s’est crée quatre situations mais n’est pas parvenu à doubler la mise.

Emery corrige sa défense : 

Ces opportunités, les Reds les ont regrettées dès la reprise en encaissant l’égalisation (Mariano pour Gameiro, 46e). Dans la foulée, on a découvert une équipe espagnole qui avait réglé ses problèmes défensifs. Côté gauche, Vitolo ne laissait désormais plus Clyne partir dans son dos, protégeant beaucoup mieux la profondeur et son latéral Escudero.

Dans l’animation défensive, la zone qu’il abandonnait pour suivre son vis-à-vis était désormais occupée par Krychowiak, qui se déplaçait depuis l’axe. L’international polonais embarquait N’zonzi avec lui tandis que Banega décrochait d’une ligne dans le but de combler l’espace que les deux milieux récupérateurs laissaient dans l’axe en phase défensive.

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Désormais, Vitolo suit Clyne et peut se retrouver sur la même ligne qu’Escudero au marquage de Lallana.

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L’animation est la même à l’opposée : Coke suit Moreno tandis que N’zonzi coulisse pour bloquer sa zone habituelle. Le déplacement des milieux sévillans est compensé par le retour de Banega à leur hauteur pour couvrir l’axe.

A partir de ce moment, Séville n’avait plus de point faible sur lequel Liverpool pouvait appuyer en attaque. Cette nouvelle situation a fait rejaillir les problèmes offensifs des Reds : l’équipe de Klopp manque toujours d’imagination à partir du moment où sa construction doit s’allonger dans le temps. Résultat, elle n’a quasiment rien montré dans le camp sévillan durant toute la deuxième mi-temps.

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Séville en place face à une équipe de Liverpool mal organisée pour la déstabiliser.

C’est donc en corrigeant son point faible que Séville a annihilé l’attaque de Liverpool. Tout n’était pas encore joué puisqu’il fallait ensuite que les Espagnols trouvent aussi des solutions en attaque pour prendre l’avantage.

Déjouer un pressing-trap : l’exemple de Séville

Or après l’égalisation de Gameiro, Liverpool n’a jamais retrouvé l’intensité qui était la sienne durant le premier acte. Et Séville en a notamment profité sur les côtés. A gauche, Vitolo a fait des dégâts par ses prises de balle orientées vers l’axe, qui ont fait voler en éclats l’organisation défensive des Reds.

C’est une constante chez Jurgen Klopp : lorsque son équipe presse, c’est pour attirer l’adversaire dans des zones précises, où le ballon peut ensuite être récupéré grâce à une forte densité de joueurs. Ces pièges sont généralement posés dans les couloirs aux abords de la ligne médiane comme face au Borussia Dortmund en quart de finale (en 4-3-3).

Dirigé dans ces zones lorsqu’il tentait de relancer court à partir de Soria, Rami ou Carriço, le FC Séville s’est appuyé sur deux éléments pour éviter de tomber dans ces pièges. Le premier concernait le positionnement des joueurs censés offrir des solutions au porteur servi dans cette zone : au lieu de se rapprocher de lui, il s’agissait de s’en éloigner le plus possible afin de lui offrir de l’espace en embarquant un adversaire direct.

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Au lieu de se rapprocher de Mariano, Coke s’éloigne et amène Emre Can avec lui. Alors que le Brésilien fait la différence en un-contre-un face à Coutinho, il bénéficie ensuite de l’espace pour poursuivre son action dans l’axe.

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Lorsque Can réagit, il est normalement trop tard : Mariano a le temps de trouver une solution entre les lignes adverses. Problème sur cette séquence, Coke n’est pas bien orienté pour recevoir le ballon.

Après avoir crée l’espace, il fallait que le joueur en question soit capable de prendre le dessus en un-contre-un face aux ailiers adverses. Comme le montre la capture ci-dessus, l’équipe pouvait compter sur Mariano à droite… et après la pause, c’est donc Vitolo qui a fait des différences côté gauche.

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Dans le coeur du jeu, Banega embarque Milner dans sa course vers le côté gauche.

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Résultat, cela crée de l’espace pour Vitolo à partir du moment où ce dernier prend le dessus sur Lallana.

S’il a fallu une erreur de Moreno dans sa surface pour amener le premier but, le second (voir ci-dessous) est aussi parti des pieds de Vitolo. On peut d’ailleurs relever le fait qu’il se retrouve en position de latéral en début d’action (Escudero est plus haut sur le terrain) et élimine une première fois Lallana (62’43) avant de finalement se raviser en raison du positionnement de Milner (62’47).

C’est ensuite la feinte de corps de Krychowiak qui fait la différence, éliminant à la fois Firmino et Lallana qui ne s’était pas replacé (62’50). Vitolo se retrouve alors dans la même situation qu’au départ, mais avec Milner face à lui (62’55). Il effectue le même dribble, ce qui déclenche le reste de l’action grâce aux relais de Coke et Banega bien placés dans les intervalles.









 

 






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2 réponses

  1. juju dit :

    Voler oui lol et les 3 mains non sifflé

  2. Clement dit :

    C’est quand même incroyable ce scénario. Merci M. l’arbitre

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