Ajax 4-1 Lyon : l’analyse tactique

Mais que s’est-il passé à l’ArenA d’Amsterdam jeudi dernier ? En une seule phrase : l’Olympique Lyonnais a sombré face à la fougue de la jeunesse ajacide. A 4 jours du match retour au Parc OL, il est temps de revenir et d’expliquer cette déroute qui pendait au nez des Gones depuis le début de leur campagne européenne.

Les compos :

Ajax oblige, Peter Bosz a évidemment présenté un 4-3-3 pour faire face aux hommes de Bruno Génésio. Avec Klaassen et Ziyech pour animer le milieu de terrain, c’est une équipe de l’Ajax résolument tournée vers l’avant qui s’est présentée sur la pelouse. En face, l’entraîneur lyonnais a décidé de reconduire son double-pivot Gonalons-Tousart alors que Tolisso débutait un cran plus haut en soutien de Fekir. Trop juste, Lacazette était sur le banc des remplaçants au coup d’envoi.

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Le plan de l’OL : presser haut ?

Le début de match ne laissait pas envisager un tel festival offensif de la part des Néerlandais (25 tirs, 2,69 xG pour). Les premières minutes étaient en effet très fermées et assez faibles sur le plan technique (66% de passes réussies pour l’Ajax, 60% pour l’OL jusqu’à la 20ème minute de jeu). En cause, le pressing effectué par les deux équipes qui a entraîné des fautes techniques des deux côtés.

Organisé en 4-4-2 derrière Tolisso et Fekir, l’Olympique Lyonnais a d’abord à bloquer l’Ajax dans sa moitié de terrain. Comme d’habitude, l’équipe néerlandais a voulu repartir court depuis son gardien de but et ses défenseurs. Sans forcément une grande intensité dans leur pressing, les Gones sont parvenus à empêcher la progression des Ajacides, s’appuyant notamment sur les courses de Fekir et Valbuena ou Tolisso pour faire reculer leurs adversaires.

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Peut-être inhibés par l’enjeu, ces derniers ont aussi affiché certaines limites pour assumer leur style de jeu : les défenseurs centraux ont pris très peu d’initiatives avec le ballon (Sanchez, De Ligt). Leur distribution du jeu était très latérale et facilitait le pressing de l’OL. Qui plus est, le jeu au pied d’Onana manquait de précision lorsqu’il fallait trouver un joueur laissé libre par un Lyonnais sorti au pressing (ex : Tete lorsque Valbuena presse les défenseurs centraux).

Ce travail des Lyonnais dans le camp adverse leur a donc permis de ne pas trop subir en début de match. Sa limite en revanche tenait dans l’incapacité de l’équipe de profiter des ballons de récupération pour contre-attaquer. Les quelques possibilités d’attaques rapides n’ont jamais abouti, la faute à de mauvais déplacements (Fekir, 33e) ou des contrôles trop longs (Valbuena, 40e).

Le match a changé de physionomie lorsque l’Ajax a laissé de côté ces relances courtes afin de jouer long vers ses attaquants. Nouvel objectif pour eux, tout miser sur la bataille pour les deuxièmes ballons au milieu de terrain. Et rapidement, les joueurs de Peter Bosz ont pris le dessus dans ce secteur, bien aidés par l’agressivité de leurs défenseurs, toujours prêts à défendre en avançant. A leur tour de mettre la pression sur les Lyonnais…

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Un déficit technique et tactique sous la pression

C’est à ce moment précis que les problèmes ont commencé pour les Gones. Le système très orienté sur l’adversaire des Ajacides les a vite mis en difficulté. En plus des défenseurs très agressifs sur Fekir, Cornet ou Valbuena, Ziyech, Klaassen et Schöne ont mis une grosse pression sur le milieu lyonnais. Marqués de très près, Gonalons et Tousart ont vite affiché leurs limites dans les petits espaces laissés au milieu. La capacité de Ziyech à prolonger son effort mettait en plus la défense en difficulté.

Depuis son aile gauche, Valbuena a bien essayé d’apporter le surnombre dans le coeur du jeu afin de contrer le trois-contre-trois. Mais celui-ci est immédiatement annulé par Tete, qui l’accompagnait et laissait Traoré bloquer le couloir face à Morel…

Au bout de quelques minutes, c’est finalement Tolisso qui est redescendu pour tenter d’organiser la sortie de balle en position de regista. Ses décrochages ont permis à l’OL de garder un peu plus longtemps le ballon. Le problème, c’est qu’il manquait ensuite un joueur aux avants-postes pour assurer la progression du jeu dans le camp adverse. Au lieu de ça, Gonalons et Tousart sont restés dans leurs registres habituels. Conséquence, Fekir était encore plus esseulé à la pointe de l’attaque.

Le second but de l’Ajax (Dolberg, 35e) a parfaitement illustré ces soucis dans l’animation lyonnaise pour répondre à ce pressing de l’Ajax. Les Néerlandais ont mis énormément de pression sur le milieu lyonnais. Leur attirance pour le ballon et les adversaires créait parfois de gros espace dans leur structure défensive. Mais l’OL n’a pas su les exploiter, tant à cause de mauvaises orientations du porteur mais aussi par un manque de solutions proposées dans ces bonnes zones.

Manque d’intelligence tactique donc, mais aussi déficit technique. Les Lyonnais ont d’ailleurs souffert de la comparaison avec leurs adversaires. Tous ont presque ont eu de grandes difficultés pour s’en tirer dans les petits espaces et sous la pression (34 ballons perdus dont 6 pour Valbuena et Cornet, 5 pour Fekir, 4 pour Gonalons, 2 pour Tousart et Tolisso…).

Le 3ème but de l’Ajax (Younes, 49e) est directement venu d’une perte de balle de Tousart dans sa moitié de terrain. Déjà fautif sur le 1er but, le jeune milieu de terrain a vécu une soirée compliquée à l’ArenA et a été assez logiquement remplacé par Ghezzal quelques minutes plus tard (58e). Au final, l’Ajax a gagné plusieurs ballons très haut dans le camp lyonnais et ses meilleures occasions sont justement venues de ces récupérations (voir ci-dessous).

L’entrée de Ghezzal a néanmoins été positive puisque l’international algérien a peut-être été le meilleur Lyonnais sur le pré durant la dernière demi-heure. Repiquant toujours dans l’axe, il est le seul à avoir su exploiter ces fameux espaces dans le bloc adverse. C’est lui qui a permis la progression dans son équipe jusque dans le dernier tiers sur le but de Valbuena (65e). Il a ensuite donné une balle de 3-2 à Fekir avant de tenter sa chance dans la surface quelques minutes plus tard (73e).

Un manque d’agressivité sanctionné

On a parlé des limites technico-tactiques… Il ne manquait que le manque d’implication pour compléter le tryptique qui assure la défaite, surtout à un tel niveau de compétition. Dans ce secteur aussi, les Lyonnais ont été dépassés en ne parvenant pas à contrôler les offensives ajacides dès lors qu’elles se prolongeaient un peu dans le temps.

Dolberg en retrait sur ce match, le jeu de l’équipe de Peter Bosz est surtout passé par les côtés. Simple et efficace, l’animation reposait avant tout sur la capacité des deux ailiers à attirer l’attention de plusieurs adversaires. Younes et Traoré invitaient la pression de deux ou trois Lyonnais avant de libérer la balle pour un partenaire.

Les Gones se sont ainsi retrouvés dans des situations où ils étaient en supériorité numérique au départ mais ne parvenaient pas à intervenir. Résultat, la balle sortait de la zone et l’Ajax envoyait rapidement le jeu à l’opposée, via les transversales de Ziyech ou Klaassen, afin de profiter de l’espace libre et de situations de un-contre-un ou deux-contre-deux. Bref, une animation qui a crée des conditions favorables pour que les attaquants brillent et affichent leur supériorité technique. Particulièrement en verve, Younes a terminé la rencontre avec 7 dribbles réussis sur 10 tentés face à Christophe Jallet puis Rafael (69e).

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Si ce n’est pas un gage de qualité défensive, un chiffre pouvait symboliser ce manque d’agressivité de la défense lyonnaise dans ce match : le nombre de fautes commises. En 90 minutes, les Gones n’ont fait que 9 fautes pour 369 passes concédées, soit environ 1 faute toutes les 40 passes. En Ligue 1, leur moyenne se situe autour des 30 passes. Et le chiffre est encore plus révélateur lorsque l’on constate que sur les 9 fautes commises, 4 ont eu lieu dans les cinq dernières minutes…

 

Des raisons d’y croire malgré tout ? 

L’OL a été dépassé dans tous les secteurs. Et pourtant, son président a encore raison d’y croire. Car s’il était sur un nuage à l’aller, se montrant notamment très réaliste en première mi-temps, l’Ajax reste une équipe jeune qui s’est déjà fait peur dans des situations qui lui étaient pourtant largement favorables. Prenons le tour précédent face à Schalke : les Néerlandais avaient aussi survolé le match aller à domicile, s’imposant 2-0 et réalisant une performance assez similaire en terme d’Expected Goals (voir ci-dessous). Mais ce résultat favorable ne les a pas mis à l’abri puisqu’ils ont dû passer par les prolongations pour s’en sortir lors du match retour.

https://twitter.com/vondutch82/status/855338379566866432

Ce genre de temps faibles, c’est le revers de la médaille d’une philosophie de jeu ambitieuse et tournée vers l’avant. On l’a vu un peu plus tôt dans cet article : les défenseurs n’hésitent pas à jouer très haut pour disputer les duels et ne pas laisser d’espaces à leurs adversaires. Dans un bon soir, ce dernier ne voit pas le jour (Fekir s’en rappelera sans doute). Dans un mauvais soir, le danger peut très vite arriver sur les buts d’Onana…

Le fait de mettre beaucoup de pression autour du porteur crée aussi des espaces dans d’autres zones du terrain. Si l’équipe adverse a assez de qualité technique pour sortir de la zone de pression, elle a ensuite de vraies chances de trouver des positions favorables. On l’oublierait presque après le 4-1, mais c’est bien l’OL qui s’est crée la première grosse occasion du match (Cornet, 10e).

La chance de l’OL en vue du match retour, c’est que l’Ajax ne va pas fermer le jeu, même avec 3 buts d’avance. L’équipe de Genesio se retrouve du coup dans une position difficile à tenir : ses dernières sorties ont en effet montré qu’elle était capable de prendre feu à tout moment en attaque… mais que ces temps forts correspondaient aussi à des périodes où le collectif et l’équilibre passaient au second plan. Problème, les Ajacides ont montré à l’aller qu’ils savaient aussi s’exprimer dans ces moments, ne butant que sur un grand Anthony Lopes (12 arrêts).

Comme face à la Roma lors du match retour, les Gones auront certainement besoin d’un grand match de leur portier pour y croire. Après, qui sait…


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