Atletico Madrid 0-0 Chelsea, l’analyse tactique

Les compositions d’équipes avaient servi de signal. S’il aurait évidemment préféré marquer un but, José Mourinho a avant tout fait le déplacement au Calderon pour ne pas en prendre. Abandonnant totalement le jeu à leurs adversaires, les Blues se sont retrouvés face à des Colchoneros rapidement en panne d’inspiration. A la mi-temps de cette double confrontation, rien n’a bougé, si ce n’est quelques absences qui compteront peut-être dans une semaine.

Le plan de Chelsea : 

Eto’o absent, Hazard, Oscar et Schürrle sur le banc, Mourinho pouvait difficilement faire plus clair en délivrant son onze de départ. Avec l’entrée de Mikel pour densifier l’entrejeu et le repositionnement de Ramires sur l’aile droite, Chelsea est d’abord venu pour  – au moins – ne pas repartir avec un handicap. Au programme donc, un 4-1-4-1 extrêmement défensif, sans la moindre opposition à la relance madrilène. Côté Atletico, Diego Simeone restait lui dans la lignée des choix tactiques effectués en quart de finale. Seuls changements, les joueurs associés à Gabi dans l’entrejeu et Diego Costa en attaque : Mario Suarez pour le premier, Diego pour le second.

Habitué à mettre la pression sur ses adversaires, l’Atletico s’est retrouvé face à une équipe de Chelsea qui lui a complètement abandonné le ballon et ce, dès le début de la partie. Comme annoncé en préambule, les Blues n’ont mis aucune pression sur la relance adverse. Sitôt le ballon rendu aux Madrilènes, Torres se retrouvait seul entre quatre adversaires (Miranda, Godin, Mario Suarez et Gabi), tandis que le reste de l’équipe se repliait dans sa moitié de terrain.

Willian et Ramires avaient pour mission de bloquer les couloirs face aux montées de Juanfran et Filipe Luis. Leur travail se poursuivait jusqu’en phase défensive où ils défendaient les couloirs, permettant à Cole et Azpilicueta de se rapprocher de leurs défenseurs centraux. On a ainsi pu retrouver sur certaines phases de jeu le 6-3-1 qui avait marqué les esprits lors du Barça-Inter 2010, et que l’on avait même revu par séquence lors du quart de finale face au Paris Saint-Germain.

Dans le coeur du jeu, le trio formé par Lampard, Mikel et David Luiz était avant tout chargé de couper la relation milieu-attaque. Les décrochages de Koke ou Diego ne modifiaient pas leur comportement, sauf évidemment si ces derniers tentaient d’accélérer balle au pied. Un seul joueur a réellement défendu en avançant : César Azpilicueta. Plusieurs fois, l’Espagnol s’est montré agressif afin de répondre aux déplacements de Koke, qui repiquait depuis son couloir gauche afin créer de surnombre dans l’axe. A chaque fois, ses sorties étaient accompagnées par la compensation d’un partenaire (David Luiz ou Ramires).

Aucun pressing de la part des milieux de Chelsea sur l'axe de l'Atletico Madrid. Koke et Diego pouvaient décrocher à loisir pour se charger de la création.

Aucun pressing de la part des milieux de Chelsea sur l’axe de l’Atletico Madrid. Koke et Diego pouvaient décrocher à loisir pour se charger de la création. En revanche, Willian et Ramires serraient le marquage sur Juanfran et Filipe Luis afin de limiter les solutions devant eux (intérieur ou extérieur) afin de faciliter le travail de leurs défenseurs.

Les approches de l’Atletico : 

Dans la peau de l’attaquant pour cette première confrontation, les Colchoneros n’ont toutefois pas oublié d’être prudents et de conserver un certain équilibre défensif. En terme d’animation, l’absence de pressing adverse permettait aux Madrilènes de déployer leur bloc et donc de laisser les couloirs à leurs latéraux, Juanfran à droite et Filipe Luis à gauche. Dès le début de partie, Diego et Koke en ont profité pour décrocher et s’ajouter à la circulation du ballon devant le milieu de Chelsea, jusqu’ici assurée par Gabi et Mario Suarez.

Les quatre hommes se retrouvaient avec autant de solutions pour distribuer le jeu : Filipe Luis et Juanfran sur les ailes, Diego Costa et Raul Garcia au contact de la défense adverse. En début de partie, la distribution des rôles était simple : Koke repiquait pour favoriser le jeu court auquel participait aussi Diego. De son côté, Gabi privilégiait le jeu long vers les déviations de Diego Costa ou Raul Garcia.

atletico-conservation

Le résumé du match en une capture : l’Atletico s’assure la conservation en créant le surnombre dans l’axe (Gabi, Mario, Koke et Diego) pour forcer les milieux des Blues à « attendre ». Il faudra attendre les sorties d’Azpi sur Koke pour voir Chelsea disputer le ballon dans cette zone du terrain. Après tout, l’équipe est en contrôle derrière grâce au repli de Willian et Ramires sur les ailes.

Evidemment, la densité proposée par Chelsea dans l’axe a dirigé l’Atletico Madrid vers les côtés. Pendant quelques minutes, Diego Costa s’est positionné entre Cahill et Azpilicueta afin de peser sur le côté droit de la défense des Blues et offrir relais et espaces à Koke et Filipe Luis. Deux problèmes à cela : le repli de Ramires empêchait la création de décalages, et le participation de Diego Costa à la création l’enlevait des solutions dans la surface de réparation où Raul Garcia se retrouvait seul.

En fin de première mi-temps, l’Atletico a alors tenté de créer la même situation côté droit avec Juanfran et Diego, qui s’excentrait pour offrir un point d’appui entre Terry et Cole, compensant ainsi le rôle axial de Raul Garcia. Là encore, les Colchoneros se sont heurtés à la fermeture à double tour du couloir par Willian et Cole. Mais cette fois, ils pouvaient aussi compter sur la présence de Gabi en retrait pour lancer les mouvements ou envoyer les ballons dans la surface de réparation.

En fin de première mi-temps, Diego dézone à droite et offre des solutions à Gabi et Juanfran. Willian et Cole bloquent la profondeur, mais l’absence de pressing côté Blues permet à Gabi d’envoyer des ballons vers Raul Garcia et Diego Costa.

Avec Raul Garcia et Diego Costa dans la surface adverse, la donne a changé mais les Blues sont restés dominateurs : Mikel a simplement décroché pour s’ajouter à Cahill et Terry, limitant ainsi le risque de voir l’un des attaquants madrilènes prendre le dessus. L’absence de pression de la part des milieux londoniens a aussi offert des opportunités de loin à Mario Suarez, Gabi ou Diego, jamais cadrées. Dernier point-clé face à une équipe qui se laisse dominer, les Colchoneros ont manqué de justesse sur leurs coups de pied arrêtés.

Perspectives : 

Quels enseignements tirer d’un tel match côté Rojiblanco ? Premièrement que l’équipe n’a quasiment rien concédé à son adversaire. Certes Chelsea n’était pas des plus ambitieux, mais la couverture de Gabi, Mario Suarez, Miranda et Godin s’est avérée efficace. Torres a touché plusieurs ballons en prenant la profondeur devant Willian et Ramires mais n’a pu obtenir mieux que des coups de pied arrêtés. Des corners ou coups-francs qui n’ont d’ailleurs pas inquiété Courtois. Match nul sur ce point aussi donc. Offensivement, les Madrilènes n’ont pris aucun risque dans l’axe de peur de perdre le ballon face au trio (David Luiz, Lampard, Mikel) et donc de permettre ensuite à Willian et Ramires d’être servis en mouvement.

En passant par les côtés, ils ont forcé les deux soutiens à Torres à revenir très bas pour défendre, et donc à être « faciles » à contenir ensuite. Evidemment, l’efficacité n’était pas au rendez-vous dans le dernier geste, mais quelques failles se sont révélées en deuxième mi-temps, lorsque les ballons arrivaient au deuxième – voire troisième… – poteau dans les zones de Cole ou Azpilicueta. Cahill et Terry ont néanmoins largement dominé et la densité bleue dans la surface de Cech/Schwarzer limitaient les solutions de centres et autres remises.

atletico-centres

Les centres réussis de l’Atletico face aux « dégagements » de Chelsea. Où l’on distingue clairement une faiblesse côté Azpilicueta Problème, d’ici le match retour, Ivanovic aura purgé son match de suspension et sera de retour…

Côté Chelsea, José Mourinho a atteint son objectif minimum en vue du match retour, à savoir ne pas avoir le même retard que face au PSG, surtout face à une équipe comme l’Atletico qui adore défendre et contrer. La grande question d’ici mercredi prochain sera de savoir quelle approche sera choisie par le technicien portugais : conservera-t-il la même qu’hier en changeant certains joueurs (Hazard à gauche, Eto’o devant, Ramires dans l’axe) et  en espérant que la valeur technique ajoutée permette aux Blues de se créer des situations en contre ? Ou retrouvera-t-il son 4-2-3-1 habituel avec Oscar, Hazard et Willian derrière un attaquant ?

Une chose est sûre : l’Atletico a été rarement aussi inoffensif qu’hier soir. Mais dès que Chelsea a tenté de conserver le ballon, les Colchoneros ont très vite retrouvé leurs habitudes et leur capacité à presser depuis n’importe quelle partie du terrain. Même sur des phases de conservation, les Londoniens se sont retrouvés en difficulté face à la remontée du bloc madrilène. S’ils sont titulaires dans une semaine, Oscar et Willian auront des rôles très importants pour déjouer la pression adverse, même si à ce niveau, l’absence de Gabi pourrait peser très lourd sur les débats.

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12 réponses

  1. Cracked dit :

    Mourinho a « brainé » Simeone en refusant le contre. Maintenant Stamford Bridge l’attend ainsi que les absents du match aller.

    Le contenu du match « d’entre-deux » devrait fournir quelques indices en ce qui concerne la préparation du match et les ambitions de Chelsea.

  2. aziz dit :

    Deux équipes de Bourrins qui se sont télescopés sans résultat. En football, depuis la leçon de catennaccio des années 60, le bouclier a souvent pris le dessus sur l’épée.
    Le match retour risque d’être pareil à moins que l’une des deux équipes marque rapidement. Je suis même persuadé que le vainqueur de cette confrontation gagnera la finale aussi. Triste le foot…

  3. patrick dit :

    je pense qu’on aura au match retour deux equipes tres prudentes qui jouerons sans prendre trop de risque. un coup de pied arrete ou les erreurs individuelles seront decisifs.

  4. Cracked dit :

    @aziz – Très réducteur tout ça. Les équipes de Guardiola ne sont pas follement excitantes non plus hein *attrape un paquet de pop-corn*

  5. cross900 dit :

    Article très intéressant pour comprendre un peu mieux le bétonnage mourihnesque et pourquoi l’Atlético a échoué dans sa conquête du « bus » de chelsea. C’était tellement ennuyeux a regarder … Mais Mourinho est réellement pour moi le meilleur. Qui peu se vanter d’être reparti de Vicente Calderon sans prendre de but cette saison?

    Hâte de voir le match de ce soir et l’analyse de demain.

    Je viens de découvrir ce site et il est génial. Autant les articles que les vidéos. Merci et bonne continuation.

  6. quentin Nuoc dit :

    Merci pour cette analyse, mais je crois bien que c’est la seule fois qu’une de vos démonstrations n’éclaire pas davantage ce que l’on voit à l’écran tellement c’était explicite à l’écran que la seule et unique ambition de Mourinho était de pas prendre de but sans réellement chercher à en marquer un…

    Je me demande comment peut-on parler de football dans le choix « tactique » de Mourinho. A la base le foot s’est tout de même de tenter d’utilisé le ballon lorsqu’on l’a… Je veux dire même lors du catenaccio des années 60, certains joueurs sortaient pour mener des contres éclairs;à la limite il est compréhensible de pas pouvoir utilisé la balle lorsque l’on est totalement pris, étouffé et dominé par l’adversaire…Encore faut-il pour cela le vouloir.

    Mais dans ce cas précis, il est flagrant que Chelsea ne tenait pas à avoir le ballon et encore moins à l’utilisé. J’en veux pour preuve les multiples sacoches des latéraux sur les centraux de l’Atletico, qui ne cherchaient même pas à trouvé Torres dans des conditions « acceptables » (au foot US cela s’appelle un avé maria), ainsi que le manque flagrant de soutien, de projection des milieux de Chelsea lorsque Torres par miracle arrivait à conserver un ballon.

    Et le pire c’est que ce match n’est même pas comparable avec le style de l’inter de 2010 contre le barçà, tout d’abord parce que l’effectif de l’inter possédaient pas autant de joueurs à l’aise avec un ballon dans les pieds et ensuite parce que les intéristes n’ont jamais hésité à appuyer leurs contres, bref à utiliser le ballon lorsque c’était possible.

    Bref une purge, guère surprenante au finale, peut être la pire que je n’ai jamais regardé (excepté les bordeaux-rennes d’y il y a 3/4 ans), et un incroyable sentiment de gâchis quant on pense aux joueurs qui ont été privé de match et/ou de ballons exploitables ce soir (willian, hazard, oscar schurle, lampard tous sauf des manches balles au pied). Encore une fois un incroyable manque d’ambition pour un entraîneur qui se considère comme supérieur aux autres et c’est triste

  7. Cracked dit :

    Entre les copies de Guardiola et de Klopp, il faut que les anglais et italiens montrent qu’ils existent d’autres manières de jouer.

    Mourinho sert bien le rôle de super-vilain en tout cas.

  8. hari dit :

    Pas très objectif certains, on aime ou on aime pas un style de jeu mais on ne peux pas le condamné, ça reste du foot et ça fait parti du jeu d’un spectacle.

  9. Pilou dit :

    Franchement, il n’y avait rien d’étonnant à ce que cette rencontre se déroule de cette façon. Les Colchoneros n’ont pas tellement su que faire du ballon… ils auront intérêt de trouver une solution au retour car Mourinho voudra leur laisser la possession de balle.
    Je suis très sceptique sur leurs capacités offensives lorsqu’ils doivent construire leurs attaques de loin, ils ont déjà eu des soucis de ce genre contre Milan je crois.
    Par ailleurs, je serais curieux de voir ce que donnerait une confrontation Real-Chelsea car le Real me semble mieux armé, et plus intelligent offensivement, pour casser le « verrou » londonien.

  10. Lomaia dit :

    Je serai content si le match retour se termine sur le score de 1-1. Mourinho serait alors pris à son propre jeu. Car ne pas vouloir encaisser de but, c’est bien. Mais il faut aussi avoir ne serait-ce qu’un minimum d’ambition pour en marquer un. Or là, Torres a du recevoir à peine 5 vrais ballons jouables. Limite il aurait pu faire comme Barcelone et ne mettre aucun vrai n°9 que le résultat aurait été le même… La manière de jouer du Mou est fatigante car on dirait qu’il coache une faible équipe du type APOEL Nicosie qui serait largement inférieur à son adversaire, alors que ce n’est pas le cas du tout. Chelsea possède pas mal de bons joueurs de ballon.

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