Tottenham 1-2 Monaco : l’analyse tactique

Co-leader du championnat après 4 journées, l’AS Monaco a entamé de la meilleure des manières sa campagne européenne en ramenant une belle victoire de Wembley. Avec le nul entre le Bayer Leverkusen et le CSKA Moscou (2-2), les joueurs de Jardim s’installent en tête du groupe E avant de recevoir le club allemand lors de la 2ème journée.

Les compos : 

Pour ce match, l’ASM a dû faire avec une absence de taille, celle de Benjamin Mendy (blessé). L’ancien Marseillais a été remplacé par Sidibé. Devant, Jardim a fait un choix important en préférant Falcao à Germain. Côté Tottenham, Pochettino a lui aussi composé sans son latéral gauche titulaire (Rose).

Tottenham vs Monaco - Football tactics and formations

Monaco et sa gestion de la possession

La saison dernière, Tottenham était peut-être le collectif le plus complet de Premier League. Les Spurs avaient réussi à se hisser sur le podium en partie grâce à leur pressing et en imprimant une intensité dans le jeu et à la récupération difficile à matcher pour des effectifs plus « âgés ». Manchester City en avait notamment fait les frais.

Parfois en manque d’inspiration (et de talent) sur attaque placée, l’équipe de Pochettino avait fait du jeu de transition l’un de ses principaux atouts offensifs. La densité qu’elle mettait dans l’entrejeu lui permettait de récupérer rapidement le ballon pour ensuite profiter de la vitesse de Lamela, Alli ou Son en contre.

Pour Monaco, la première tâche était d’éviter de donner ce type de munitions à son adversaire. Et pour cela, il fallait d’abord éviter de perdre le ballon. Pendant les 2/3 de la rencontre, l’équipe a très bien su gérer ces temps de possession. Lorsque la progression était impossible, elle n’hésitait pas à revenir jusqu’à Subasic afin d’éviter les « traps » où elle risquait de perdre le ballon.

Sur le plan purement tactique, le rôle de Bernardo Silva a été très intéressant. Positionné en soutien de Falcao, le Portugais a plus évolué dans un rôle de deuxième attaquant que de troisième milieu de terrain. Lorsque Monaco récupérait le cuir, il ne décrochait pas mais restait aux avants-postes. Ses déplacements ont eu le don d’étirer le bloc des Spurs, attirant notamment l’attention de Dier, ce qui créait des espaces entre les défensifs londoniens et ceux présents aux avants-postes.

L’idée de l’ASM était simple : 1- s’appuyer sur les attaquants devant pour fixer la défense, 2- soutenir ces derniers avec Lemar, Moutinho ou les latéraux plus en retrait, 3- renverser le jeu afin de prendre à défaut un bloc des Spurs très compact sur la largeur. C’est en répétant ses gammes, qui s’arrêtaient parfois au 1er niveau, que l’ASM a privé en grande partie l’équipe de Pochettino des transitions offensives qu’elle apprécie tant.

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Bernardo Silva ressort le ballon du flanc droit et alerte Sidibé à l’opposée.

Fabinho-Bakayoko et le contre-pressing : 

En cas de perte de balle toutefois, l’équipe de Jardim avait une parade : le contre-pressing initié par la paire Fabinho-Bakayoko. L’impact du travail des deux milieux de terrain a pu vite se mesurer tant ils sont impliqués dans les premières situations dangereuses du match.

Tottenham a obtenu son premier corner après que Bakayoko ait été battu au milieu (3e). Même chose pour Fabinho quelques minutes plus tard sur l’action amenant à la tentative de Son sauvée par Raggi (9e). Et dans l’autre sens, c’est un ballon gratté par Fabinho aux dépens de Lamela qui a permis à Bernardo Silva de partir au but pour ouvrir le score à la sortie du premier quart d’heure (16e).

Juste avant la demi-heure de jeu, c’est un nouveau contre-pressing manqué de Moutinho qui a permis à Alli de lancer Kane en profondeur. La paire Fabinho-Bakayoko a été éliminée sur la passe de l’Anglais mais la défense a rattrapé le coup : parti dans le dos de Jemerson, l’international anglais a finalement été repris par Glik alors qu’il allait se présenter seul face à Subasic (29e).

 

Le problème du flanc droit : 

Avec un adversaire qui limite le nombre de transitions à exploiter, Tottenham s’est retrouvé dans une situation similaire à celle du PSG il y a quelques semaines : les Spurs ont dû trouver la faille sur attaque placée.

Ils ont failli y parvenir en insistant sur le côté gauche de la défense de l’ASM (Sidibé-Moutinho).  Au moment de découvrir les compos, l’avantage semblait déjà évident en faveur des Spurs. Plus vif que Moutinho, Walker est souvent passé dans le dos de son vis-à-vis pour mettre Sidibé en difficulté.

L’ancien latéral du LOSC s’est souvent retrouvé entre deux adversaires : Walker dans le couloir et Lamela positionné plus à l’intérieur. L’autre danger se situait dans son dos avec les appels de Kane : s’il quittait l’alignement pour anticiper la montée de Walker, Tottenham pouvait s’appuyer sur le jeu long de Dier ou Alderweireld pour trouver l’espace dans son dos.

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Entre la position avancée de Walker et les déplacements de Kane, Tottenham a pesé sur le flanc gauche de la défense monégasque.

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Les Spurs ont aussi souvent joué dans le dos de l’ancien Lillois, parfois trop haut dans son positionnement.

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Sidibé s’est parfois retrouvé avec trois joueurs à surveiller dans sa zone.

Tottenham a accentué cette pression après la pause. Les relances de Dier ou Alderweireld ont été plus systématiques de ce côté du terrain et Sidibé a plusieurs fois été pris dans son dos. Heureusement pour lui et pour l’ASM, Jemerson a su contenir les assauts de Kane (54e, 60e).

Tottenham domine, mais Monaco tient le choc 

Revenus à 2-1 juste avant la mi-temps, les hommes de Mauricio Pochettino ont enchaîné au retour des vestiaires. L’entrée en jeu de Dembélé (46e) à la place de Son a rééquilibré l’équipe au milieu en mettant un deuxième joueur à la récupération aux côtés de Dier. Les sorties de balle se sont compliquées pour l’ASM qui n’a quasiment pas vu le jour ni le ballon pendant une bonne vingtaine de minutes (aucun tir entre la 46e et 67e minutes).

Heureusement, l’équipe de Jardim n’a pas non plus concédé de grosses occasions. La charnière Jemerson-Glik a su bloquer et sortir les ballons les plus dangereux (23 dégagements, 4 contres). De leur côté, les Spurs ont clairement souffert des petites performances d’Eriksen, Lamela ou Kane, qui n’ont pas su accompagner Dele Alli dans son excellent début de deuxième mi-temps.

L’entrée de Janssen à la place de Lamela (71e) aurait pu faire basculer le match en faveur de Tottenham. Positionné en pointe, le Néerlandais a permis un jeu plus direct et livré une vraie bataille avec la défense Glik-Jemerson. Il s’est retrouvé à l’origine de deux occasions pour Kane (74e, 78e) sans que le buteur anglais ne puisse le transformer en passeur décisif.

Conclusion : 

Leonardo Jardim envisage-t-il de revivre la même histoire que lors de la saison 2014-15 ? Il y a deux ans, Monaco avait construit son superbe parcours (quart de finale de Ligue des Champions) sur sa solidité défensive et son réalisme en attaque… exactement les deux ingrédients qui lui ont permis de sortir de Wembley avec les trois points de la victoire.

Le fait d’ouvrir le score – puis de doubler la mise évidemment – a consolidé l’idée de base de l’ASM dans ce match, qui est de toujours rester en contrôle avec le ballon -quitte à ne pas créer de déséquilibre chez l’adversaire- afin de ne pas être pris par le pressing et le jeu rapide de Tottenham. Au plus haut niveau, l’objectif de Jardim est de réduire les risques en attaque -s’en remet au talent individuel pour faire la différence- afin de réduire les dangers pour sa défense.

Un tel calcul peut évidemment voler en éclats si le scénario du match n’est pas favorable à son équipe. D’ailleurs en 2014-15, Monaco avait perdu tous les matchs où il avait encaissé l’ouverture du score (Benfica 0-1, Arsenal 0-2, Juventus 0-1)… mais si Bernardo Silva reste à son niveau et que la défense corrige ses soucis de placement au fil des matchs, il n’y a pas grand chose qui devrait empêcher l’ASM d’être présent au stade des huitièmes de finale en février prochain.

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2 réponses

  1. herve dit :

    Bayer pas Bayern. Leverkusen est en Rhénanie-du-Nord-Westphalie et est le berceau de Bayer (les medicamentts/ la chimie…). Sinon c’est, comme toujours, bien.

  2. dede dit :

    Nordrhein-Westfalen plus exactement, soyons puriste.

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