Monaco-Juventus : l’ASM à l’épreuve de la meilleure défense d’Europe

Après deux confrontations spectaculaires face à Manchester City et au Borussia Dortmund, l’AS Monaco va faire face à une opposition bien différente en retrouvant la Juventus en demi-finale de la Ligue des Champions. A quelques points du titre en Serie A (9 points d’avance à 4 journées de la fin), les Turinois vont se présenter en Principauté avec l’une des meilleures défenses du continent. Un sacré challenge pour l’armada monégasque, qui n’a encore jamais croisé le fer avec un adversaire de ce niveau.

Les chiffres qui font de la Juve l’une des meilleures défenses d’Europe : 

Commençons par un constat extrêmement simple : la Juventus possède aujourd’hui la meilleure défense de toutes les compétitions dans lesquelles elle est engagée. Cela vaut pour la Serie A (20 buts encaissés en 33 matchs), mais aussi pour la Ligue des Champions alors qu’elle a joué 4 matchs de plus que la plupart des autres équipes (2 buts encaissés en 10 matchs).

Corentin Tolisso et Nico Pareja sont les seuls joueurs qui ont réussi à faire trembler les filets de Buffon sur la scène européenne. Petit détail supplémentaire, ces deux buts sont venus sur coups de pied arrêtés : la Juve n’a pour le moment pas encaissé de but dans le jeu en Ligue des Champions. Mieux encore, elle vient d’y enchaîner 4 clean-sheets face au FC Porto et au Barça ; Buffon n’a pas encaissé de buts depuis 531 minutes de jeu.

juventus

En repassant sur le calendrier de la Juve cette saison, on note d’ailleurs une progression assez forte du nombre de clean-sheets entre les phases aller et retour. La défense turinoise est clairement monté en puissance au fil de cette saison, passant de 43,5% de matchs sans encaisser de buts sur la phase aller à 62,5% sur la phase retour (calcul effectué avant le match face à l’Atalanta ce week-end, 2-2).

En détaillant les chiffres sur toutes les compétitions disputées par les Bianconeri, on passe de 35,3% à 68,8% de clean-sheets en Serie A entre 2016 et 2017 et de 66,7% à 100% en Ligue des Champions. Seule la Coupe d’Italie déroge à la règle puisque les joueurs de Max Allegri ont encaissé au moins un but à chacune de leurs sorties (4 matchs).

cleansheets_juve

Dernière donnée ô combien importante pour illustrer la qualité défensive de la Juve : les Expected Goals. Avec 0,65 xG concédé/match en Serie A, les Turinois possèdent aujourd’hui la 2ème défense la plus performante des cinq principaux championnats. Cela se joue même au centième près par rapport au PSG d’Unai Emery (0,64) ; le Bayern Munich (0,73) et l’Atletico Madrid (0,79) suivent au classement.

Les attaques adverses ont donc du mal à produire face à la Juve. Mais ça ne s’arrête pas là : les tirs qu’elles obtiennent ne sont pas non plus de grande qualité. L’équipe d’Allegri pointe aussi à la 2ème place en terme de xG/tir concédé (0,072), juste derrière l’Atletico Madrid (0,069) et devant le Paris Saint-Germain (0,073). En clair, la formation turinoise concède peu de tirs… et encore moins de grosses occasions. Voilà une énorme différence par rapport aux deux précédentes adversaires de Monaco en Ligue des Champions.

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Face au Barça, une masterclass défensive : 

Pour aller plus loin que les chiffres, revenons sur leur double confrontation face au Barça au tour précédent. Même si la formation de Luis Enrique est moins forte que les saisons précédentes, son attaque reste l’une des meilleures d’Europe cette saison. Elle est pourtant restée muette pendant 180 minutes face aux Bianconeri.

Elle ne s’est même crée que deux grosses occasions sur l’ensemble de la double confrontation (les deux au match aller). En cumulant l’aller et le retour, la Juve a concédé 2,48 xG, soit une moyenne de 1,24 xG/match. C’est bien au-dessus de sa moyenne habituelle (0,65) et cela s’explique simplement : elle a laissé la possession de balle à son adversaire (32% de possession à l’aller et 35% au retour, contre 55% en moyenne).

En revanche, l’équipe d’Allegri a su conserver la même maîtrise en phase défensive. Le total des xG concédés a augmenté parce qu’elle a subi plus de tirs que d’habitude (35 en 2 matchs, soit 17,5 de moyenne, contre 9 en championnat). Mais le plus intéressant, c’est que le xG/tir concédé n’a quasiment pas bougé, oscillant entre 0,080 et 0,063 entre les deux matchs, soit une moyenne de 0,071 (rappel : on est à 0,072 en Serie A sur la saison).

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Un peu brut à la lecture, ces chiffres illustrent le côté caméléon de la Juve. Peu importe qu’elle ait 60% de possession ou seulement 30%, elle est capable de bien défendre dans les deux cas. C’est cette qualité qui la distingue de beaucoup d’autres grosses écuries européennes, qui peuvent vite se retrouver en difficulté sur le plan défensif lorsqu’elles traversent un temps faible qui les prive du ballon.

Revenons sur la double confrontation face au Barça. Durant les 180 minutes de jeu, les Bianconeri ont pressé, se sont regroupés au milieu ou ont attendu derrière… à chaque fois ou presque avec la même efficacité. En clair, toutes les phases défensives étaient maîtrisées par les joueurs, tout comme les transitions pour passer de l’une à l’autre. Commençons par la plus « spectaculaire » : le pressing.

La vidéo ci-dessus l’illustre plutôt bien. En opposant au Barça un bloc extrêmement compact au milieu de terrain, la Juve a bloqué toutes les solutions qui se proposent habituellement au porteur de balle catalan. Ce dernier n’avait aucune solution courte sur laquelle s’appuyer et pas d’espace à attaquer devant lui pour porter le ballon et libérer un partenaire en fixant un adversaire.

Le plan de jeu d’Allegri n’était pas sans risque : en jouant très haut pour bloquer les ailiers du Barça, les latéraux turinois ont laissé de très grandes zones à couvrir à Chiellini et Bonucci derrière.  Mais pour les exploiter, les Catalans étaient forcés de sortir de leurs habitudes, de développer un jeu plus direct qu’ils maîtrisent beaucoup moins et qui demande beaucoup plus d’appels, de courses et d’efforts…

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On en revient à cette qualité de la défense turinoise qui semble en capacité de tout faire : presser, attendre et défendre donc… mais aussi s’adapter à l’adversaire pour lui poser des problèmes qu’il n’a pas forcément l’habitude de résoudre. Il est du coup très peu probable de voir la Juve défendre contre Monaco comme elle l’a fait face au Barça: elle risquerait de laisser beaucoup trop d’espaces à un joueur comme Mbappé pour faire parler la qualité de ses appels de balle et sa vitesse.

L’hypothèse la plus probable serait même de voir la Juve attendre l’ASM un peu plus bas sur le terrain, alternant ces séquences défensives avec des phases de possession où ils tenteraient de construire en repartant de Buffon. Les Turinois maîtrisent en plus assez bien (euphémisme !) l’art du bloc bas. Ils l’ont aussi démontré lors de leurs deux rencontres face au Barça.

C’est avant la compacité du bloc turinois qui fait la différence et explique son efficacité. A l’avant du système, il y a au moins un joueur dans chaque zone-clé pour cadrer le porteur de balle (Higuain-Dybala dans l’axe, Cuadrado-Mandzukic dans les half-spaces, Alex Sandro et Alves sur les côtés). Les distances réduites entre les lignes et les joueurs permettent ensuite la couverture de celui sorti sur le porteur.

Une montagne pour l’AS Monaco ? 

Impossible n’étant pas monégasque, gardons-nous de faire un pronostic… mais reconnaissons que la Juve est aujourd’hui favorite. Monaco puise dans ses réserves depuis quelques semaines maintenant, allant jusqu’à faire complètement l’impasse sur une demi-finale de Coupe de France, alors que la formation d’Allegri semble en pleine possession de ses moyens au moment le plus décisif de la saison. Et ce n’est pas le nul (2-2) sur la pelouse de l’Atalanta qui remet cela en question.

En face, les joueurs de Leonardo Jardim auront tout de même quelques atouts à faire-valoir. Avec deux attaquants, le technicien portugais va déjà mettre plus de poids sur la défense Bonucci-Chiellini que ne l’avaient fait le Barça ou Porto aux tours précédents. La clé pour Monaco sera de réussir à les alimenter : il faudra que les latéraux (Mendy, Sidibé) et les deux créatifs (Lemar, Bernardo) parviennent à prendre le dessus sur leurs vis-à-vis (à écouter ci-dessous, à partir de 20’10).

En vérité, c’est surtout avec son jeu de transition que l’ASM pourra mettre la défense turinoise en difficulté. Mais pour cela, il faudra déjà bien défendre afin de provoquer les pertes de balle. Une autre facette de la rencontre à suivre mercredi soir. Vivement !


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2 réponses

  1. Amoureux du ballon rond dit :

    Bonjour,

    Je suis un éducateur de football – friand de tactique – et j’avais déjà posté ici il y a quelques temps.
    Je t’avais fait une demande qui a été mise aux oubliettes mais que je vais réitérer:
    la possibilité de voir quels sont les matchs que tu vas étudier afin de cibler les matchs à étudier. (même si l’on devine que tu étudieras Monaco Juventus vu le dernier article posté) L’idée? Comparer mes analyses aux tiennes afin de comprendre mes erreurs, de te poser -éventuellement- mes problématiques non résolues, non comprises.
    Tout cela en gardant le format d’étude précisé dans « comment regarder un match de football »
    – le système de jeu
    -le comportement des blocs équipes
    -quelle position
    -quelle réaction à la perte du ballon
    -jusqu’ou font ils le pressing

    Sportivement – un amoureux du ballon rond

  1. 4 mai 2017

    […] marche était trop haute. Face à la meilleure défense d’Europe, l’attaque de l’AS Monaco est restée muette pour la première fois de la saison en Ligue des […]

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