Mandzukic : histoire d’une transformation

C’est peut-être la surprise tactique de la saison. Après une longue carrière d’avant-centre, Mario Mandzukic a découvert un nouveau rôle en 2017 : milieu gauche. Le Croate a ainsi rejoint la longue liste des travailleurs de l’ombre dans le système turinois derrière la paire Higuain-Dybala. Un changement de poste ultra-bénéfique pour lui, puisqu’il lui a permis de s’imposer dans le onze-type… et un choix qui a pris tout son sens sur le plan collectif au fil des grands matchs disputés en Coupe d’Europe.

« Avec ses qualités, c’est un joueur qui a transformé la Juventus plutôt que l’inverse » Max Allegri

Mandzukic : attaquant mais pas buteur 

Mais comment en est-il arrivé là ? La saison dernière, l’attaquant croate était en concurrence avec Morata pour le poste d’avant-centre. Avec 12 buts inscrits et 5 passes décisives, il avait réalisé une saison correcte sur le plan statistique, mais était clairement éclipsé dans les grands rendez-vous par les performances de l’Espagnol. Il n’avait d’ailleurs eu qu’un rôle secondaire dans la campagne européenne de la Juve.

L’arrivée de Higuain (à prix d’or) pendant l’été ne lui offrait pas de meilleures perspectives. Sur la première partie de la saison, le Croate a quand même beaucoup joué, profitant (surtout) des blessures de Dybala et du turnover d’Allegri. Pendant cette période, la Juventus cherchait sa nouvelle formule après les départs de l’été dernier, jonglant entre plusieurs systèmes de jeu.

Derrière Mandzukic, c’était le désert à gauche. Alex Sandro était le titulaire dans le 3-5-2 mais le système semblait en fin de course. Le latéral brésilien a aussi tenu le rôle de milieu gauche dans le 4-4-2, alternant parfois avec Sturaro qui se retrouvait dans un registre similaire à celui tenu par Pogba lors des saisons précédentes.

Le départ d’Evra pendant l’hiver a définitivement fait de Sandro le latéral titulaire de la Juve, ce qui laissait du coup un gros vide devant lui. Recruté l’été dernier, Marko Pjaca n’a pas pu en profiter. Pas épargné par les blessures, il n’a pas non plus convaincu Mister Allegri : « il doit comprendre que le football n’est pas qu’une question de technique… Il a de grandes qualités, mais pour devenir un grand joueur ici, il vous faut une mentalité irréprochable. »

Finalement, c’est presque par défaut que Mandzukic s’est retrouvé pour la première fois dans ce rôle à la mi-janvier, alors que la Juve accueillait la Lazio en championnat. Score final, 2-1 pour la Juve et une passe décisive pour notre sujet du jour…

Un avantage de taille : 

Première évidence présentée par la vidéo ci-dessus : à ce poste, Mandzukic pose d’abord un problème en raison de sa grande taille. Son mètre 90 et la qualité de son jeu de tête faisaient déjà de lui un gros client pour des défenseurs centraux. C’est évidemment pire pour des latéraux, souvent moins grands et moins costauds. Sa domination dans les duels aériens en témoigne : 70% de duels gagnés en moyenne et près de 80% en Ligue des Champions (35/45).

Mandzukic est à la Juve ce que Raul Garcia était à l’Atletico de 2014 ou ce que Fellaini était au Manchester United de Van Gaal (voire celui de Mourinho…). L’avantage physique dont il bénéficie sur son adversaire direct permet aux Bianconeri de répondre à certaines situations, notamment lorsqu’ils sont mis sous pression dans leur moitié de terrain. Des circonstances qui arrivent surtout dans les grands matchs.

Le Croate a ainsi énormément pesé dans les récentes sorties de la Juve en Ligue des Champions. Face au 3-4-3 du Barça ou au 4-4-2 de l’AS Monaco, il a été souvent recherché dans les airs lorsque la Juve n’avait pas d’autres options pour ressortir. En l’espace de 4 matchs, il a remporté 22 duels aériens (5 contre le Barça et surtout 17 contre Monaco). Son apport durant la demi-finale dans ce domaine a même poussé Leonardo Jardim à s’adapter entre l’aller et le retour.

Un atout supplémentaire pour la polyvalence tactique de la Juve 

Face à l’ASM, la Juve aurait pu souffrir dans l’entrejeu en raison de la présence de Fabinho et Bakayoko. Au lieu de s’entêter à sortir court, les Bianconeri ont volontairement allongé le jeu vers leurs attaquants. Mandzukic a été une option en plus aux côtés de Higuain et Dybala : supérieur à son adversaire direct dans le duel, il forçait des prises à 2 ou 3, libérant ainsi des espaces pour ses partenaires.

S’il ne met pas la balle au sol, ses déviations peuvent aussi trouver preneurs. Sur la trentaine de passes qu’il réalise en moyenne sur un match (31,1), Mandzukic en fait entre 30 et 40% de la tête. Des transmissions plus risquées, qui expliquent en partie son pourcentage de réussite plus faible que celui de ses partenaires (72,2% en Serie A). Mais pour Allegri, l’importance de Mandzukic va bien au-delà de ce chiffre. Le Croate est un atout dans le sens où il permet à son équipe d’avoir une arme supplémentaire à faire valoir dans l’affrontement tactique.

Ses réflexes d’avant-centre font en plus de lui un complément très intéressant au duo Dybala-Higuain. Les deux attaquants argentins sont en effet souvent appelés à participer à la construction : Dybala dézone et peut décrocher très bas pour aider ses milieux de terrain. Higuain est lui souvent visé dans l’axe, ses déviations permettant de servir un 3e homme face au jeu.

Toujours généreux quand il s’agit de courir, Mandzukic peut apporter des solutions en profondeur lorsque les deux Argentins sont dans ces rôles de points d’appui. Les mouvements coordonnés des trois hommes peuvent vite devenir dangereux pour une défense si elle se fait aspirer par les décrochages. Là encore, Monaco a failli en faire l’expérience au match retour.

Un excellent défenseur : 

Bien sûr, il n’est pas surprenant qu’un attaquant replacé au milieu apporte plus d’options offensives à l’équipe. Là où ce que fait Mandzukic est très fort, c’est que ce repositionnement n’a eu aucun impact négatif sur la qualité défensive de la Juve, qui reste une référence cette saison en Europe.

Passé par le Bayern et l’Atletico, on connaissait déjà le sens du sacrifice du Croate. Malgré son gabarit, son énorme coffre lui permet de répéter les efforts. Heynckes et Simeone ont été les premiers à l’exploiter : en pointe, il déclenchait le pressing et permettait de maintenir la pression sur les milieux adverses lorsque son équipe était en phase défensive.

« On le considère comme un joueur avant tout physique. Mais c’est oublier sa qualité technique et sa capacité à répéter les efforts. Il n’a décidément pas le même moteur que les autres. » (Max Allegri)

Ces courses vers l’avant, Mandzukic en fait toujours. Face au Barça en quart de finale, on l’a vu accompagner Higuain et Dybala afin de bloquer les sorties de balle adverses. Opposé à Sergi Roberto au départ des actions, il prolongeait ses courses, sortant sur Piqué voire même sur ter Stegen si l’occasion se présentait.

Pour lui, la vraie nouveauté à ce poste de milieu réside dans le travail défensif hors des phases de pressing. Dans le 4-4-2 turinois, il doit d’abord se replacer dans le half-space afin d’empêcher la progression adverse, que ce soit par la passe ou la conduite de balle. Comme le reste de l’équipe, il s’oriente ensuite par rapport au ballon et à ses adversaires.

Son entente avec Alex Sandro est aussi importante pour l’équilibre du couloir. Le Brésilien n’hésite pas à défendre très haut pour aller chercher le porteur. Lorsqu’il sort, c’est à Mandzukic est de le couvrir, ce qui peut l’amener à se retrouver latéral. Cette discipline tactique s’ajoute à l’efficacité des deux joueurs dans les un-contre-un (0,8 tacle manqué pour Sandro – 0,7 pour Mandzukic) et rend le flanc gauche de la Juve difficile à prendre en défaut.

Toutes les phases décrites ci-dessus ont un point commun : Mandzukic est directement concerné par l’action (pressing, placement, couverture). Or très souvent, la difficulté pour un attaquant est de rester concentré alors que l’action est en train de se dérouler à l’opposée.

C’est justement le cas de Super Mandzo. Lorsque l’adversaire de la Juve décide d’attaquer son côté droit (Alves-Barzagli), Mandzukic accompagne la ligne du milieu et coulisse côté ballon. Et si l’adversaire parvient à progresser, on peut même le retrouver dans la surface de réparation afin de compléter la ligne défensive en fermant au deuxième poteau.

Quel impact face au Real Madrid ? 

Sacré champion de Liga dimanche soir, le Real Madrid a désormais les yeux tournés vers le 3 juin prochain et la finale de la Ligue des Champions. Au moment de préparer cette rencontre, Zidane et son staff vont forcément se pencher sur le cas Mandzukic. Avec une question : comment limiter son impact alors qu’il aura sans doute l’avantage physique sur son adversaire direct (Carvajal ou Danilo) ?

Deux options sont possibles. La première serait de voir le Real ajuster son système. Il y a bien sûr la possibilité de le revoir avec trois défenseurs centraux. Mais la solution la plus probable serait d’assister des adaptations en plein match avec Casemiro : en cas de long ballon, le Brésilien peut redescendre dans sa défense, ce qui permettrait à l’un des centraux de sortir pour disputer le duel… à moins qu’il y aille lui-même.

Toutefois, jouer le duel face à Mandzukic n’offre aucune garantie. Voyons les choses autrement : pourquoi aller chercher ce duel après tout ? Mandzukic est-il un danger lorsqu’il reçoit la balle et a de l’espace à 50m des buts adverses ? A priori, moins que Dybala ou Pjanic…

La meilleure solution pour le Real Madrid est peut-être de laisser le Croate recevoir la balle dans cette zone tout en se focalisant sur les solutions qui s’offrent à lui. Revoyez la première vidéo postée dans cet article : le danger ne vient pas directement de Mandzukic, mais des joueurs qui se libèrent grâce à son travail (prise à 2 sur Mandzukic = un joueur libre). Laisser du champ à Mandzukic au milieu ferait sans doute jouer le Real plus bas, mais cela lui permettrait aussi de laisser moins d’espaces aux joueurs plus dangereux.

Qui plus est, jouer plus bas ne fait pas peur au Real Madrid. L’équipe merengue n’a absolument pas le même style que le Barça ou Monaco quand il s’agit de défendre. Ces dernières ne sont vraiment efficaces que lorsqu’elles défendent en avançant ou récupèrent vite le ballon. A l’inverse, l’équipe de Zidane est capable de laisser le ballon et le terrain à son adversaire pour le contrer. Bref, un tout autre adversaire pour la Juve… et un nouveau test pour Super Mandzo dans son nouveau rôle.


Vous avez aimé cet article ? Soutenez les Chroniques Tactiques sur Tipeee.

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. dede dit :

    Quelle est la moyenne des km/match de Mandzukic ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *