Avant Bayern-Real : la circulation de balle madrilène pour déjouer le pressing du Bayern

Au-delà de leur performance défensive, les Merengues ont aussi su contrecarrer l’organisation défensive du Bayern Munich. Après un premier quart d’heure difficile en raison de la pression bavaroise, ils ont réussi à se créer des phases de possession assez longues afin de souffler, de placer quelques attaques bien senties. Durant ces périodes, ils n’ont pas fait la moindre erreur avec le ballon, limitant de fait les munitions offertes à leurs adversaires en contre-attaque.

En l’espace d’une semaine, le Real Madrid est donc venu à bout du FC Barcelone – en finale de la Coupe du Roi – et du Bayern Munich – en Ligue des Champions -. Face à ces deux équipes aux styles désormais similaires, influence de Pep Guardiola oblige, les Madrilènes ont utilisé la même formule : un 4-4-2 compact défensivement et dangereux en contre-attaque. Une recette éprouvée par Carlo Ancelotti depuis longtemps, et avec laquelle il avait connu le succès avec le PSG la saison dernière. Déjà à l’époque, il était passé tout près de faire tomber le Barça en Ligue des Champions. Nombreuses étaient d’ailleurs les similitudes entre le Real-Bayern de la semaine dernière et la double confrontation entre le PSG et Barcelone du printemps précédent. Si beaucoup de choses ont été dites depuis une semaine sur la qualité défensive de ce Real version 2014, s’arrêter sur son animation offensive est aussi très intéressant : car au-delà des contres fulgurants, les Madrilènes s’appuient sur une base efficace pour déjouer le pressing tel que les équipes de Pep Guardiola l’effectue.

C’est bien connu depuis qu’il est arrivé à la tête du Barça en 2008 : défendre face à une équipe de Guardiola est compliqué, mais attaquer est tout aussi difficile. Quand son Bayern s’installe dans la moitié de terrain adverse, il est très compliqué pour l’adversaire d’en sortir. Le Real Madrid l’a d’ailleurs appris à ses dépens durant le premier quart d’heure du match aller, où il a été tout simplement incapable de ressortir proprement le ballon. Au quart d’heure de jeu, les Merengues atteignaient à peine les 20 passes réussies, quand le Bavarois en avaient déjà échangées 137.

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Le Real Madrid n’a pu que laisser passer l’orage durant le premier quart d’heure. Mais défensivement, il a tenu le choc en ne concédant rien dans le dernier tiers du terrain, tant sur les ailes que dans l’axe, où le repli de Ronaldo-Benzema a facilité la tâche de leurs partenaires pour boucler efficacement les côtés.

C’est de toute façon le prix à payer pour bien défendre face à de telles formations : tous les joueurs doivent être concernés par le travail défensif, Benzema et Ronaldo sont eux aussi redescendus dans leur moitié de terrain pour protéger leurs milieux. En revenant aussi bas, ils se retrouvaient eux aussi pris par le pressing adverse. Sans joueur sur lequel s’appuyer aux avants-postes, les Madrilènes étaient condamnés à l’exploit technique pour sortir de leurs propres 30 mètres. Forcés de rendre la balle, ils ont au moins eu la présence d’esprit de ne pas tenter l’impossible, et d’éviter les pertes de balle dangereuses : le ballon était vite rendu, mais l’équipe était déjà en place pour répondre défensivement.

Guardiola-Heynckes : la différence est là 

En revanche, les Madrilènes ont su faire circuler le ballon lorsqu’ils parvenaient à le récupérer au milieu de terrain. Pour cela, ils s’appuyaient sur leurs défenseurs centraux, Pepe et Sergio Ramos. Face aux systèmes de jeu de Pep Guardiola et Tata Martino, les deux hommes étaient les seuls joueurs présents dans l’axe et en supériorité numérique par rapport à leur adversaire direct, en l’occurrence Mandzukic et Messi. On touche là l’une des différences entre le Bayern de Guardiola et celui de Heynckes.

La saison dernière, le 4-2-3-1 bavarois reformait son bloc dans l’entrejeu avant de déclencher son pressing : la présence de deux joueurs en première ligne (Mandzukic avec Muller ou Kroos) permettait de remettre à tout moment la pression sur la circulation de balle adverse. A la moindre passe en retrait, les deux hommes sortaient au pressing sur les défenseurs adverses et entraînaient avec eux le reste du bloc. Cette saison, l’avant-centre est seul en pointe du pressing. Même si le 4-1-4-1 peut se transformer en 4-4-2 au gré des sorties de Schweinsteiger, Kroos ou même Ribéry et Robben, pour peu que l’adversaire joue intelligemment, il peut défaire facilement ces situations.

C’est justement ce qu’a réussi à faire le Real Madrid la semaine dernière, comme il l’avait fait face au FC Barcelone. Les Madrilènes n’ont pas hésité à repasser par leurs défenseurs pour s’assurer la conservation du ballon. Lorsqu’ils étaient en possession, ils remontaient par les côtés afin d’éviter le coeur du jeu où l’adversaire était présent en nombre et exerçait son pressing (Schweinsteiger et Kroos pour le Bayern, Xavi et Fabregas pour le Barça). Une fois le ballon dans un couloir, l’animation madrilène se découpait en deux plans : les attaquants et les latéraux construisaient l’offensive et cherchaient le décalage dans la défense adverse, alors que le quatuor Xabi Alonso-Modric-Ramos-Pepe restaient en couverture et se chargeaient de la conservation du ballon.

Le Real Madrid a volontairement évité le rond central, zone d’activité de Kroos et Schweinsteiger, afin de pas se retrouver sous le pressing adverse. La distribution des passes permet de distinguer assez clairement le circuit de passes madrilène, partant depuis l’axe de leur moitié de terrain vers les ailes dans le camp adverse.

Un quatuor pour lancer les actions 

Ces quatre joueurs ont en effet été au centre de la réussite du Real Madrid lors de ces deux derniers grands rendez-vous. Présents au niveau du rond central lorsque le Real est en possession du ballon, les deux milieux de terrain se rendent disponibles pour permettre de ressortir des couloirs si l’attaque ne peut être amenée jusque dans la surface de réparation adverse. Par leur positionnement – et leurs propres qualités -, ils fixent l’attention des milieux de terrain adverses chargés du pressing. Résultat en première ligne, l’attaquant se retrouve toujours seul face à Pepe et Ramos. L’animation est dès lors très simple : si l’attaque est impossible, le ballon repasse par Modric ou Xabi Alonso, puis par le défenseur le plus proche (Pepe pour Modric, Ramos pour Xabi Alonso). Ce dernier va attirer sur lui l’unique attaquant adverse et servir ensuite son partenaire de la défense, complètement seul, qui va envoyer le jeu côté opposé pour construire une nouvelle attaque.

Le Barça et le Bayern n’ont jamais réussi à pousser les Madrilènes à la faute sur ces phases de jeu, ce qui a offert au Real quelques périodes de possession qui lui ont permis de souffler avant de revenir à sa tâche principale : bien défendre. Pour preuve les statistiques de Luka Modric et Xabi Alonso, qui n’ont à eux deux manqué que 5 passes sur l’ensemble de la rencontre (32/33 pour Modric, 32/36 pour Xabi Alonso, tout en sachant que leur déchet provient en large majorité de longs ballons qui ne sont pas arrivés à destination…).

A l'aller, Xabi Alonso et Modric n'ont quasiment fait aucune erreur

En limitant ainsi les erreurs dans l’entrejeu, les Madrilènes ont enlevé au Bayern une arme offensive supplémentaire : la contre-attaque. Les Bavarois n’avaient plus que le jeu placé, ou les ballons récupérés très haut dans le camp madrilène pour faire la différence. C’est là qu’intervenait la qualité défensive des Merengues, et leur capacité (nouvelle) à réellement évoluer en bloc, de Sergio Ramos à Benzema. Et concernant les ballons récupérés très haut dans le camp du Real, les Bavarois n’ont jamais su recréer les conditions du premier quart d’heure, sans doute en raison des efforts déployés par Schweinsteiger et Kroos tout au long de la partie.

Mercredi dernier, les Bavarois ont dû patienter jusqu’à l’entrée de Thomas Muller pour pouvoir défendre en avançant depuis leur moitié de terrain. Et pour cause, l’attaquant s’est positionné en soutien de Mandzukic, et l’accompagnait désormais dans son pressing face à Pepe et Ramos. Du 4-1-4-1 initial, les Bavarois basculaient enfin en 4-4-2  pour bloquer la relance madrilène. Mais en changeant ainsi de formation pour aller chercher leurs adversaires, les Bavarois se retrouvaient dans une situation délicate puisque sans joueur pour créer le surnombre derrière (et donc compenser en cas de décalage).

Dans ce genre de situations, ce sont les duels et les individualités qui prennent souvent le pas sur l’organisation. Or offensivement sur ce point, le Real Madrid est sans doute l’équipe la plus forte parmi les quatre derniers engagés dans la course à la C1. Presser « totalement » la relance madrilène, c’est prendre le risque d’un un quatre-contre-quatre avec Bale, Ronaldo, Benzema et Di Maria dans le camp d’en-face. Est-ce un risque que Guardiola est prêt à courir ou comptera-t-il uniquement sur des ajustements offensifs (plus de présence dans la surface adverse pour soutenir Mandzukic = Muller ? Götze ?) pour reprendre la main ? Réponse à la découverte des compositions d’équipes.

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2 réponses

  1. Dieu - Bosque dit :

    C’est la qu’on voit que dans l’utilisation du ballon et les sorties de ballon ou la gestion des matchs, le Real Madrid a vraiment fait des progrès avec Ancelotti.
    Même si il est clair que c’est plus facile avec un double pivot Alonso – Modric qu’avec un duo Alonso – Khedira.^^

  2. titoww dit :

    Bravo, très bel article qui à vu sa dernière partie (4 vs 4) se réaliser sur le premier but de Ronaldo ce soir. Le Guardolisme se meurt pour les compétions européennes où la possession à tout prix freine les attaques et laisse les défenses se replacer. Peut-être que Guardiola devra mettre un peu de vin dans sa philosophie pour devenir plus tueur, tel Rodgers avec Liverpool.

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