Real Madrid 1-1 Juventus, l’analyse tactique

Dos au mur après avoir concédé l’ouverture du score de Ronaldo sur penalty, la Juventus est allé chercher son billet pour la finale de la Champion’s League au prix d’un deuxième acte bien mieux maîtrisé que le premier. Les Madrilènes pourront regretter leur manque de réalisme en première mi-temps… mais ils ne devront pas oublier qu’ils n’ont jamais su régler les problèmes posés par les Italiens depuis le match aller.

Les compositions : 

Le retour de Benzema a évidemment facilité le travail de Carlo Ancelotti concernant son onze de départ. Le Français a débuté en pointe et permis à Bale de retrouver son côté droit. Dans l’entrejeu, l’expérience Sergio Ramos s’est terminée au Juventus Stadium : l’Espagnol a reculé en défense aux côtés de Varane, laissant à Isco le poste habituel de Modric.

La Juventus aussi a récupéré un joueur important pour ce match en la personne de Paul Pogba. Comme il était inutile de changer une équipe qui s’était imposée à l’aller, Max Allegri a opté pour la reconduction du 4-4-2 : sur les 11 titulaires de la semaine dernière, 10 étaient toujours là, Pogba faisant le nombre en lieu et place de Sturaro.

 

La Juve ne change pas de système : 

Forts de leur avantage, les Turinois se sont déplacés dans la capitale espagnole avec l’ambition d’aborder ce match retour de la même manière que l’aller. Un choix logique vu qu’un seul but encaissé les écartait de la route vers Berlin. Défensivement, la Juve a continué à alterner entre des phases de pression haute dans la moitié de terrain madrilène (en 4-4-2 losange) et des séquences défensives dans sa moitié de terrain (en 4-4-2 à plat).

Comme à l’aller, Arturo Vidal a été le joueur-clé pour permettre le passage d’un système à l’autre, accompagnant Tevez et Morata dans la moitié de terrain adverse. Il a apporté sa hargne dans la quête des seconds ballons – Pogba apportant lui son gabarit pour le jeu aérien -, et réalisé les courses de repli pour former le 4-4-2 à plat.

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Dans la moitié de terrain adverse, la Juve tente d’enfermer l’adversaire sur un tiers de terrain (sur la largeur).

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Si l’adversaire réussit à renverser côté opposé, elle se replie et fait ensuite face en 4-4-2, les attaquants revenant à hauteur des milieux de terrain adverses (Tevez et Morata face à Kroos et Isco). L’objectif du bloc est de priver l’adversaire de relais intérieurs, quitte à abandonner le côté opposé.

La Juve développe le même jeu : 

Avec le ballon aussi, les Turinois ont poursuivi sur la lancée du match aller, à savoir une construction patiente et basse dans leur moitié de terrain. Premier objectif : mettre des Madrilènes hors de position grâce à des changements de zone (décrochages ou dézonages de Marchisio, Vidal, voire Lichtsteiner dans son couloir).

Comme les attaquants du Real ne sortaient quasiment jamais sur les passes en retrait (Benzema, Ronaldo passifs comme Bale-Ronaldo à l’aller), Chiellini, Bonucci et Pirlo étaient ensuite servis afin d’exploiter les espaces laissés par les joueurs sortis au pressing.

Une fois le milieu madrilène « brisé », Vidal, Morata et Tevez menaient l’attaque dans la moitié de terrain adverse en attendant le soutien de Pogba, Pirlo, Marchisio. Les montées de Evra et Lichtsteiner apportaient la largeur qui permettait ensuite de conserver la balle face aux milieux madrilènes (5 solutions sur la largeur contre 4 milieux).

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Marcelo et James sont sortis au pressing, mais Benzema n’empêche pas Pirlo de réaliser la passe à destination de ses trois attaquants.

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Autre séquence mettant en scène la relance turinoise : Vidal attire Isco hors de position en décrochant. S’il ne peut pas se retourner, il a une solution derrière lui avec Pirlo, qui a un coup d’avance et sait que Chiellini est seul à l’opposée.

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Bale et Benzema ont beau tenté de réagir, ils sont encore trop loin du porteur pour que leur pressing soit efficace. Chiellini n’a plus qu’à réaliser une passe facile pour servir Pogba et éliminer tout le flanc droit du milieu madrilène (Isco hors de position, Bale sorti au pressing).

Malgré les séquences ci-dessus, le Real Madrid a tout de même connu quelques temps forts dans le camp adverse, notamment en récupérant des seconds ballons renvoyés par la défense turinoise. La réactivité de Bale pour compenser les absences de ses attaquants côté droit a aussi posé quelques problèmes à Chiellini. Benzema et Ronaldo ont fait les efforts par moments, notamment lorsqu’il fallait forcer Buffon à relancer plus long qu’à l’accoutumée.

A l’aise pour sortir de sa moitié de terrain, la Juventus a toutefois été à la peine dans le camp madrilène : à la mi-temps, les Turinois n’avaient tiré qu’à deux reprises (à chaque fois de l’extérieur de la surface). Les situations ont existé, notamment sur les côtés grâce aux appels de Vidal, Pogba ou Morata dans le dos des latéraux adverses. Mais à chaque fois, la défense madrilène a pris le dessus dans sa surface de réparation.

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Le Real Madrid s’est montré beaucoup plus efficace pour entrer dans les 18 mètres adverses (10 passes réalisées à l’intérieur ou aux abords de la surface de réparation de la Juve, contre une seule pour les Turinois dans la surface madrilène).

Le manque d’inspiration de Pirlo a aussi pesé, empêchant de verticaliser le jeu et cantonnant les offensives turinoises aux couloirs. Sur coups de pied arrêtés aussi, le regista a été à la peine. C’est même le Real Madrid qui a failli en profiter en première mi-temps, passant tout près de faire subir à la Juve ce qu’elle lui avait infligé à l’aller : un contre suite à un corner. Au-delà de cette action, le déchet turinois a offert d’autres situations aux Madrilènes, qui n’ont toutefois pas su les convertir (29e, 39e, 41e).

Le Real penche à gauche : 

Ces derniers ont quand même été logiquement récompensés de leurs efforts en ouvrantle score sur penalty (23e) à la suite d’une énième action développée sur leur côté gauche. Dès les premières secondes, Marcelo s’était distingué dans ce couloir en faisant la différence face à Marchisio pour mettre Bale en bonne position au 2e poteau (1e). Une action qui a annoncé la suite puisque les Merengues ont penché de ce côté du terrain tout au long de la rencontre.

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Généralement, les Madrilènes construisait en triangle sur les ailes : ici, Ronaldo et James offrent deux solutions à Marcelo.

L’explication tenait d’ailleurs dans les profils alignés par Carlo Ancelotti. Le côté gauche fonctionnait presque naturellement avec Marcelo, Ronaldo et James Rodriguez. Les courses en profondeur des deux attaquants permettaient en plus de « faire sortir » Bonucci de sa zone de confort dans l’axe. Très souvent, Benzema et Ronaldo ont ainsi plongé dans le dos de Lichtsteiner, créant le décalage dans la défense des Bianconeri.

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Un exemple d’appel de Benzema vers l’extérieur, afin d’attirer Bonucci hors de position. Déjà à l’aller, c’est de ce côté du terrain que le Real Madrid avait fini ses plus belles actions.

A droite en revanche, la construction était plus difficile : Bale n’était pas sur son bon pied pour jouer collé à la ligne de touche et Isco ne pouvait être aussi porté vers l’avant que James en raison de son rôle de milieu de terrain « défensif ». Résultat, l’animation dépendait le plus souvent des décrochages de Benzema… qui manquait ensuite dans la surface de réparation.

Afin de lier les deux « couloirs d’attaque », Kroos et Isco restaient disponibles en soutien ; l’Allemand s’est chargé de la plupart des changements de jeu, secondé par l’Espagnol mais aussi par James. Plus la Juve a reculé et plus des espaces se sont aussi ouverts plein axe pour des tentatives de l’extérieur de la surface. Bale a été le plus dangereux dans cet exercice, forçant Buffon à une belle parade alors que le score était encore de 0-0 (20e)

La Juve va chercher son égalisation ? 

A la mi-temps, le score de 1-0 était d’une logique implacable tant les Madrilènes avaient su créer le danger sur les buts de Buffon (13 tirs à 2). Il était alors difficile d’imaginer la Juve revenir, tant elle avait été maladroite offensivement. C’est pourtant bien ce qu’il s’est produit dans le premier quart d’heure de la deuxième mi-temps. Première différence, les Turinois sont revenus des vestiaires en prenant le risque de rester haut plus longtemps (logique vu le score).

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Alors qu’en première mi-temps, la Juve se repliait sur ce genre de passes, elle fait les efforts pour rester haut. Au lieu d’accompagner Carvajal vers la ligne de touche, Pogba sort pour lui barrer la route. Le reste du bloc, Tevez en tête, lui vient aussi en aide. Objectif, forcer le Real Madrid à jouer long pour faciliter la récupération du ballon.

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De son côté, le Real Madrid ne règle pas non plus ses problèmes face à la relance turinoise. Même en passant en 4-3-3 sur certaines séquences, l’attaque laisse trop d’espaces à Chiellini ou Bonucci, qui se chargent des premières passes et peuvent effacer deux lignes en une seule transmission.

L’autre nouveauté de ce début de deuxième mi-temps concernait la dangerosité de la Juve, enfin assez appliquée pour enchaîner après avoir démarrer de sa moitié de terrain (2 tirs cadrés à 2 entre la 46e et la 60e minute). Avant que Morata n’égalise (58e), Marchisio avait été le premier à tenter sa chance à la conclusion d’une action qui avait vu la défense madrilène prise de vitesse suite à une bonne relance de Bonucci (51e).

Le but égalisateur est lui venu d’une succession d’évènements défavorables pour Sergio Ramos, auteur de la faute sur Vidal, couvrant Pogba futur passeur et perdant son duel de la tête avec le Français. Venu récompenser la prise de risques de la Juventus depuis la reprise, cette égalisation est sans doute intervenu au meilleur des moments pour elle (difficile d’imaginer qu’elle ait pu maintenir son pressing haut très longtemps après l’heure de jeu).

Le Juve manque le 3-1 : 

De nouveau qualifié, la Juve s’est montrée beaucoup plus agressive dans les minutes qui ont suivi. La défense des couloirs a ainsi été plus « acharnée ». Juste après l’égalisation, en l’espace de quelques secondes, le changement d’attitude était d’ailleurs saisissant, à droite comme à gauche. D’un côté, c’est Morata qui redescendait afin d’aider Pogba et Evra face à Bale et Isco. De l’autre, c’est Vidal qui sortait au pressing afin de ne pas laisser d’espaces à James, en possession du ballon.

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Morata vient prêter main forte à Evra dans son duel avec Bale afin de l’empêcher de se retourner. Pendant ce temps, Pogba couvre la montée d’Isco.

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La participation de Vidal à la fermeture du couloir face aux trois Madrilènes permet à Bonucci de ne pas bouger de l’axe en cas d’appel de Ronaldo.

Ce regain d’agressivité était accompagné par l’envie de rester haut sur le terrain lorsque le Real devait sortir de son camp (comme en début de match). C’est d’ailleurs un ballon gagné dans le camp adverse par Chiellini, suivi d’un excellent travail dos au but de Morata, qui a offert une balle de 2-1 à Marchisio (70e). Une occasion manquée que les Bianconeri ont failli payer dans la foulée, sur une action de classe du Real côté gauche, qui a mis Bale une nouvelle fois en position de marquer au second poteau (72e).

Les coachs entrent en scène : 

A ce moment de la partie, cela faisait déjà quelques minutes que Carlo Ancelotti avait procédé à son premier changement en faisant entrer Chicharito à la place de Benzema (67e). Côté Juventus, le remplacement de Pogba était attendu mais n’est finalement pas venu tout de suite, le Français étant très important dans les temps forts madrilènes.

Car désormais dominée dans sa moitié de terrain, la Juve multipliait les pertes de balle en tentant de ressortir court ; la guerre des deuxièmes ballons renvoyés par sa défense tournait aussi à l’avantage du Real Madrid. Le circuit long partant de Buffon vers Pogba a ainsi offert quelques minutes de répit aux Italiens, « la Pioche » faisant office de second point d’appui aérien – en plus de Morata (puis Llorente, 84e) – autour desquels ils pouvaient ensuite conserver le ballon.

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Le Real Madrid récupère le ballon beaucoup plus haut après l’heure de jeu : résultat, la Juve se soulage en jouant long vers la zone de Pogba.

C’est finalement Pirlo qui a été le premier à quitter ses partenaires au profit de Barzagli (78e), entraînant le changement de système de la Juventus (3-5-2). Le Real ne le savait pas encore mais il avait laissé passer sa chance dans ce match. Car à l’instar de Monaco et de Dortmund aux tours précédents, il n’a tout simplement pas réussi à armer un seul tir dans la surface des Bianconeri durant les 12 minutes restantes.

La Juve s’est même crée la meilleure occasion dans cette fin de match par l’intermédiaire de Pogba suite à un bon travail de Llorente (88e), le Real ne répliquant que par des tirs de l’entrée de la surface (Bale, Kroos) faciles à négocier pour Buffon.

Conclusion : 

Sur le papier, c’est victoire de haute lutte pour la Juventus Turin, qui lui permet de marquer son retour dans les hautes sphères du football européen. Mais le Real Madrid était le meilleur adversaire sur lequel elle pouvait tomber pour cette demi-finale, car il était le plus enclin à lui laisser développer son jeu (Bonucci, Chiellini, Pirlo en rampes de lancement). Sa solidité défensive et la maladresse du Real sur les rares situations de transition obtenues en 180 minutes ont fait le reste.

C’est un tout autre défi qui attend les Bianconeri début juin à Berlin. Car le Barça ne les laisseront pas autant respirer dans leur moitié de terrain. Allegri devra s’appuyer sur d’autres armes pour espérer soulever la Coupe aux Grandes Oreilles. Des atouts dont il dispose peut-être déjà, entre une défense capable de rester solide autour de sa surface de réparation (Barzagli, Bonucci, Chiellini…), des joueurs capables de peser dans les airs pour permettre les remontées de balle (Morata, Pogba…) et des combattants capables d’aller à la chasse aux deuxièmes ballons (Vidal, Tevez…).

 

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2 réponses

  1. Galla dit :

    Finalement, l’équipe qui aura le plus embêté la Juve sur la route de la finale, c’est… l’AS Monaco.

    J’en fais désormais mes favoris pour la finale, car les bianconeri sont plus costauds défensivement que City, Paris et le Bayern (du moins quand Pep prend autant de risques).

  2. Lareymondie dit :

    Merci pour cette super analyse qui se révèle bien plus intéressante que celle des différents quotidiens sportifs…
    Juste une petite question : vers le dernier quart d’heure, la Juve n’était-elle pas en 5-3-2 plutôt qu’en 3-5-2 ?
    Je ne vois pas, lors du dernier quart d’heure, les latéraux de la juve faire un pressing haut sur le milieu madrilène ; mais plutôt des latéraux regroupés qui contiennent l’attaque, soutenus par les attaquants turinois qui zonent dans leur moitié de terrain…

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