Real Madrid 1-0 Manchester City : l’analyse tactique

Sans surprise, le Real Madrid a rejoint l’Atletico en finale de la Ligue des Champions pour un remake de l’édition 2014. Face à une équipe de Manchester City encore plus faible qu’à l’aller, les Merengues ont réalisé le minimum syndical en l’emportant sur le plus petit des scores. Pourtant, ils avaient de la marge…

Les compos : 

Au coup d’envoi, chaque équipe a son lot d’absents. Le Real Madrid récupère Ronaldo mais doit faire sans Casemiro et Benzema. De l’autre côté, City a perdu Silva lors du match aller. L’Espagnol est remplacé par Yaya Touré, qui fait son retour dans le onze de départ. De Bruyne se retrouve du coup en position d’ailier gauche.

Real Madrid vs Manchester City - Football tactics and formations

City change de plan : 

A l’aller, malgré une certaine indigence offensive, les Skyblues avaient réussi à poser des problèmes au Real grâce à l’agressivité de la paire Fernandinho-Fernando dans l’entrejeu. Derrière De Bruyne et Aguero, l’activité des deux Brésiliens avait posé beaucoup de problèmes à Casemiro, Modric et Kroos, surpris par leur engagement dans le premier tiers de la rencontre. Le Real avait ainsi rendu plusieurs ballons à son adversaire, qui n’avait toutefois pas su les convertir en occasions.

Alors que l’on pouvait s’attendre à un système similaire avec Touré en soutien d’Aguero, les premières minutes de la partie au Santiago-Bernabeu dévoilent une équipe de Manchester encore plus défensive. Aguero évolue seul en pointe et occupe la zone de Kroos. Derrière lui, Fernandinho et Touré s’opposent à Isco et Modric. Cela permet à Fernando d’évoluer un cran plus bas afin de protéger sa défense centrale.

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Pepe et Ramos sont laissés libres : les joueurs de City tentent de bloquer les solutions qui s’offrent à eux.

Comme l’image le montre ci-dessus, on retrouve aussi ces marquages orientés sur l’adversaire sur les côtés. De Bruyne et Navas s’opposent à Carvajal et Marcelo. Derrière eux, Clichy et Sagna serrent le marquage sur Bale et Ronaldo et les accompagnent même lorsqu’ils tentent d’offrir des solutions dans les half-spaces droit et gauche.

Le Real Madrid en balade dans l’entrejeu : 

Le problème, c’est qu’une telle organisation ne peut pas tenir sans rigueur. Opposé à Kroos sur le papier et au départ de l’action, Aguero laisse beaucoup trop de liberté à l’Allemand dès que le ballon se dirige vers les côtés. Résultat, ce dernier n’a pas à faire grand chose pour se rendre disponible et permettre à ses partenaires de ressortir des couloirs où City peut bloquer leur progression.

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Suite de la capture précédente avec un ballon parti côté gauche : Aguero a complètement oublié sa mission vis-à-vis de Toni Kroos. Autre problème, aucun joueur de City ne prend la responsabilité de récupérer le marquage de l’Allemand. Touré ne quitte pas sa zone et Fernando n’est plus dans ce rôle (qu’il avait pourtant bien tenu à l’aller en couvrant énormément de terrain avec Fernandinho).

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Autre séquence parlante alors que City tente d’aller chercher son adversaire un peu plus haut. Touré, De Bruyne et Clichy sont sur leurs adversaires directs mais Aguero laisse toujours autant d’espaces à Kroos.

Pour son retour au poste de n°6 en l’absence de Casemiro, l’Allemand se retrouve dans un fauteuil et a tout le temps d’orienter le jeu de son équipe. Ses statistiques en fin de partie sont éloquentes : 103 ballons touchés, 89 passes avec 94% de réussite et 22 réalisées dans le dernier tiers. Il a aussi beaucoup joué vers l’avant, en témoigne sa relation privilégiée avec Bale (16 passes pour le Gallois).

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Les stats de Toni Kroos : la première map montre bien sa disponibilité pour permettre au Real Madrid de ressortir des côtés.

Aux côtés de Kroos, Isco et Modric ont eux aussi apporté leur pierre à l’édifice. Le premier a fait énormément de différence balle au pied face à Fernandinho, cassant le milieu de City par le dribble (5 réussis sur 5 tentés, dont 4 dans son camp). Modric s’est lui beaucoup plus appuyé sur ses partenaires pour aller de l’avant, profitant du manque de mobilité d’un Touré scotché aux abords du rond central pour s’infiltrer dans le camp adverse.

Les Skyblues ont été incapables de stopper les Madrilènes

Les Skyblues ont été incapables de stopper les Madrilènes sur les cotés au milieu de terrain (ce ne sont pourtant pas les tacles qui ont manqué, surtout côté Fernandinho qui a terminé avec un bilan de 1/6 dans ce secteur).

Ronaldo et Bale en liberté : les débuts d’une structure ? 

Cette capacité des milieux madrilènes à se mettre facilement dans le sens du jeu profite ensuite à Ronaldo et Bale. A gauche et à droite au coup d’envoi, les deux stars de l’attaque madrilène vont beaucoup bouger afin d’occuper les espaces autour de Fernando, seul devant la défense de City.

Dès qu’ils vont au-delà de l’aile ou du half-space le plus proche, ils échappent au marquage serré des deux latéraux de Manchester City. Résultat, ils peuvent offrir des relais à leurs milieux de terrain (Kroos, Modric, Isco) et faire vivre le ballon. Leurs déplacements dans le coeur du jeu ont le don de resserrer le bloc-équipe de City dans l’axe, ce qui crée des espaces sur les côtés pour les montées de Marcelo ou Carvajal.

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Sans pression, Kroos a tout le temps de lever la tête pour constater les positions de Ronaldo et Bale dans le coeur du jeu autour de Fernando.

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Isco trouve Ronaldo à l’intérieur du bloc de City. De Bruyne est obligé de revenir sur lui, ce qui libère Carvajal sur le côté droit.

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Autre combinaison possible, Carvajal trouve Ronaldo qui attire Fernandinho.

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Le Portugais remet à Carvajal qui peut désormais trouver Modric dans l’espace. Le temps que le Croate s’oriente vers le but, Ronaldo lui offre une nouvelle solution et peut même attaquer la profondeur. On notera au passage la réactivité et la compacité du milieu adverse (cf. évolution des positions de Touré et Fernando sur les deux images).

Que ce soit depuis le couloir ou dans les half-spaces, les Madrilènes cherchent ensuite à finir par une passe en profondeur pour l’appel d’un attaquant. Avec Jesé, Ronaldo et Bale, ce ne sont pas les mouvements de ce type qui manquent. Les trois attaquants insistent notamment dans l’intervalle qui séparent les latéraux de la défense centrale. C’est d’ailleurs de là que vient le seul but de la rencontre signé Bale (20e).

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Décalé sur le flanc droit et en avance sur De Bruyne, Carvajal lance Bale qui attaque l’espace entre Mangala et Clichy. Au contact, Fernando ne peut que dévier la tentative du Gallois.

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Les maps des ballons reçus par Ronaldo et Bale : on ne peut que constater leur liberté sur le terrain et leur propension à aller demander des ballons dans le coeur du jeu.

Une équipe de City sans idée : 

Un être vous manque et tout est dépeuplé. L’adage ne devrait normalement pas s’appliquer à une équipe demi-finaliste de Ligue des Champions mais la Silva-dépendance de Manchester City a été plus que palpable sur ce match retour. Sans l’Espagnol, les Anglais ont confirmé qu’ils sont tout simplement incapables de produire quoi que ce soit avec le ballon.

La séquence vidéo ci-dessus résume à elle seule ce manque d’idées des Skyblues. Fernando ne cherche même pas à participer, ce qui oblige Touré à redescendre pour organiser le jeu. Problème, l’Ivoirien n’a plus la même capacité d’accélération qu’avant. Résultat, il doit se contenter de jouer latéralement.

La construction des Skyblues est tellement lente et sans idée que les Madrilènes ont tout le temps de réduire les espaces autour des adversaires les plus dangereux. Comme à l’aller, Aguero est suivi de près par Ramos ou Pepe, tandis que De Bruyne a peu d’espaces et surtout de solutions en mouvement autour de lui. Seul un petit oubli du Real permet à Fernandinho (servi par De Bruyne) de s’échapper en fin de première mi-temps mais son tir trouve le poteau de Navas (43e).

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Soirée difficile pour Aguero, pris entre les lignes très resserrées des Madrilènes.

Un Real sérieux défensivement : 

Face à une équipe aussi peu inspiré, le Real Madrid a la tâche facile. Néanmoins, il fait preuve d’une vrai rigueur lorsqu’il n’a pas le ballon. Excepté Ronaldo, tous les joueurs font l’effort de revenir défendre dans leur moitié de terrain.

Bale et Jesé, puis Lucas Vasquez redescendent compléter le milieu, protégeant Isco, Modric et Kroos qui n’ont pas de grandes distances à couvrir. On retrouve le Real sérieux et compact dans l’axe qui avait réussi à venir à bout du Barça début avril.

Lire aussi : Barcelone 1-2 Real Madrid, l’analyse tactique 

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Les Madrilènes n’ont pas à forcer leur talent derrière pour contrôler les quelques adversaires de City qui osent se projeter.

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Le bon travail des lignes madrilènes rend toute entreprise individuelle très compliquée pour les Skyblues.

L’autre élément de satisfaction côté madrilène se situe dans le travail à la perte du ballon. Si la lenteur de City y a aussi participé, les Merengues ont intégré les souhaits originels de Zidane.

Désormais, lorsque la balle est perdue, les joueurs réagissent très vite pour empêcher la sortie de balle. Ce travail est en plus facilité par le meilleur quadrillage du camp adverse en phase offensive. Résultat, les défenseurs n’ont plus que des miettes à ramasser, eux qui étaient beaucoup plus exposés il y a seulement quelques matchs.

Lire aussi : AS Rome 0-2 Real Madrid : Sergio Ramos, symbole d’une défense exposée

Deuxième mi-temps : le Real manque le break  

Au retour des vestiaires, les Madrilènes laissent plus le ballon à leurs adversaires. De 60/40 en faveur du Real Madrid en première mi-temps, la possession bascule légèrement en faveur des Skyblues après la pause.

Le calcul du Real est simple : City doit marquer et pour cela, Touré doit revenir dans l’entrejeu pour prendre la mène. La réciproque, c’est un Fernandinho qui doit jouer plus haut (nécessité d’offrir plus de solutions). La conséquence : l’équipe anglaise se retrouve dans une situation dangereuse à la perte du ballon (Touré en position de deuxième milieu défensif).

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Après la pause, City sort plus mais n’occupent pas bien la moitié de terrain madrilène (structure à plat ci-dessus).

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Résultat à la perte du ballon, le pressing est impossible et le Real peut ressortir facilement.

Le Real en profite à plusieurs reprises pour ressortir rapidement de son camp et trouver Bale, Ronaldo ou Jesé avec de la profondeur. Jusqu’à la 68ème minute, les Merengues traversent un véritable temps fort en terme de tirs tentés : 8 sur les 15 de leur total, dont 7 depuis l’intérieur de la surface. Modric et Ronaldo manquent chacun une grosse occasion (51e, 54e) tandis que Bale trouve la transversale sur un corner (62e).

City joue son va-tout, le Real recule : 

A cause de ses occasions manquées, les Madrilènes vont vivre des dernières minutes stressantes. Pellegrini fait entrer Sterling (Touré out, 61e) puis Iheanacho (Navas out, 69e) afin de mettre plus de poids en attaque. Les Skyblues retrouvent un peu plus d’allant grâce à la récupération grâce à la reconstitution de la paire Fernando-Fernandinho dans l’entrejeu.

Le déchet madrilène est aussi plus important alors que James peine à se mettre au niveau. Le Real ne se crée pas la moindre occasion dans les 20 dernières minutes mais sa défense reste sérieuse. Seul un éclair d’Aguero, positionné plus bas après la sortie de Touré afin de prendre la mène, fera passer quelques frissons dans les travées du Santiago-Bernabeu (88e).

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Les Madrilènes restent groupés en défense et cherchent à contenir leurs adversaires.

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Fernandinho trouve une bonne passe entre Kroos et Modric pour servir Iheanacho.

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Mais les milieux madrilènes réagissent rapidement alors que Pepe jaillit sur l’attaquant pour stopper sa progression.

Conclusion : 

Si le score peut laisser penser que le Real a souffert dans ce match et cette double confrontation, il n’y a pas eu photo entre les deux formations sur le terrain. Manchester City n’a même pas fait illusion, la faute à une attaque indigne d’un tel niveau. Le petit score n’existe qu’à cause du manque du réalisme du Real, qui n’a concrétisé aucune des 5 big chances qu’il s’est crée sur les deux rencontres.

En allant au-delà de ce manque de réalisme, on ne peut que constater les progrès du Real Madrid. Tant sur le plan offensif (structure de plus en plus cohérente) que défensif (repli du bloc-équipe derrière Ronaldo et pressing à la perte du ballon dans le camp adverse), le travail de Zidane commence à porter ses fruits.

C’est malgré tout en tant qu’outsider que le Real se rendra à Milan pour tenter de priver à nouveau l’Atletico de la Ligue des Champions. Le vécu de ce Real en tant que collectif n’est en effet rien par rapport à ce qu’a accompli l’Atletico de Simeone ces dernières années. Mais l’écart s’est peut-être resserré depuis leur dernière confrontation fin février.

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