Atletico Madrid 2-0 Barcelone : l’analyse tactique

Le Vicente Calderon en rêvait, Simeone et ses hommes l’ont fait. Deux ans après, l’Atletico a refait tomber le FC Barcelone en quart de finale de la Ligue des Champions. Auteur d’un match parfait durant lequel ils ont récité leur football, les Colchoneros confirment leur statut de sérieux prétendant à la victoire finale (avec le Bayern).

Les compos : 

A l’inverse de la rencontre d’hier entre Manchester City et le PSG (lire : Manchester City 1-0 PSG : l’analyse tactique), aucune surprise n’est à signaler au coup d’envoi. Par rapport au match aller, un seul joueur change parmi les 22 acteurs : Augusto Fernandez rentre dans le onze de l’Atletico en raison de la suspension de Fernando Torres.

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L’Atletico répète ses gammes

Pas de surprise non plus au niveau des plans de jeu. D’entrée, l’Atletico récite ses gammes, alternant séquences de pressing dans le camp du Barça et phases défensives dans sa moitié de terrain.

Torres absent, ce sont Carrasco et Griezmann qui se retrouvent en première ligne entre Busquets, Piqué et Mascherano. Le pressing peut aussi être déclenché par Gabi depuis l’entrejeu, alors que Saul et Koke s’opposent sur les côtés aux montées de Jordi Alba et Daniel Alves. Au final, peu importe qui fait l’effort en premier, le plus important pour l’ensemble « milieu-attaque » est d’être parfaitement coordonné.

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Griezmann force Mascherano à jouer sur Piqué. Cette passe déclenche les mouvements de ses partenaires : Carrasco laisse Busquets à Gabi et sort sur le nouveau porteur. A gauche, Koke avance vers Daniel Alves.

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Carrasco coupe la ligne de passe à destination de Busquets : cela permet à Gabi de lâcher le marquage de ce dernier pour récupérer celui de Rakitic. Résultat, Koke peut aller presser Daniel Alves.

Comme à l’aller, ce pressing fonctionne. En coupant la ligne de passe à destination de Busquets, Griezmann et Carrasco annulent le surnombre en faveur du Barça. Derrière, les milieux coulissent parfaitement : lorsque Koke et Saul sortent sur les latéraux, Augusto et Gabi sont au contact de Rakitic et Iniesta… et Carrasco ou Griezmann sont déjà replacés dans la zone de Busquets.

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L’une des rares séquences où le Barça parvient à trouver Busquets au sein du bloc adverse (Griezmann en retard) : cette transmission provoque immédiatement le recul du bloc de l’Atletico. Problème pour le Barça, son incapacité à accélérer pour profiter de ce genre de situations.

A défaut de trouver Busquets, L’équipe de Luis Enrique tente de contourner le bloc milieu-attaque rojiblanco mais la circulation de balle n’est pas non plus assez rapide pour y parvenir. Seul Iniesta réussit par moments à se rendre disponible, mais il est pour cela obligé de dézoner (en s’excentrant côté gauche pour s’intercaler entre Alba et Neymar), ce qui le rend moins dangereux.

La finalité du pressing de l’Atletico est d’enfermer Messi et Neymar sur les côtés. Suivis de très près par Filipe Luis et Juanfran, les deux hommes se retrouvent pris entre deux ou trois joueurs lorsqu’ils sont servis par leurs partenaires. Les latéraux adverses les empêchent de se retourner et le déplacement du reste du bloc milieu-attaque de l’Atletico les prive de solutions.

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Juanfran empêche Neymar de se retourner tandis que Augusto et Gabi le privent de solutions.

Preuve évidente des difficultés du Barça en début de partie, l’équipe tente de jouer long pour trouver Suarez dans le dos des latéraux madrilènes. Le problème, c’est que ces longs ballons nécessitent aussi de hausser le rythme des courses afin de soutenir l’Uruguayen à la retombée. Et là encore, l’Atletico affiche une bien meilleure forme. Présents sur les deuxièmes ballons, ils sont en surnombre et récupèrent facilement la possession.

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Le Barça tente de jouer long pour profiter de l’espace entre la défense et le milieu de l’Atletico. Mais avec seulement un seul soutien, Suarez ne peut pas aller bien loin.

S’il est contraint de jouer contre-nature, le Barça finit quand même par trouver des espaces pour se défaire du pressing adverse. Lorsqu’il est pris de vitesse, l’Atletico n’hésite pas non plus à faire des petites fautes pour ralentir la sortie de balle. A défaut de mieux, cela permet au Barça de sortir de ses 40 mètres et de se retrouver enfin face à une équipe madrilène regroupée dans son camp.

Pour l’Atletico, il s’agit alors de bien défendre… mais aussi de sentir les coups qui pour redéclencher le pressing et aller remettre la pression dans le camp barcelonais. Dans le cas contraire, les Catalans prennent leur temps et jouent la montre en conservant le ballon sans prendre de grands risques. Dans ce secteur aussi, les Colchoneros font un sans-faute : peu importe qui est à l’origine, toutes les sorties se font en bloc.

Lorsqu’elle doit rester bas dans son camp, on retrouve aussi les habitudes de la formation de Diego Simeone. En première ligne : il s’agit de ne pas se faire éliminer et de cadrer le porteur afin d’empêcher la passe intérieure. Au sein du bloc : la priorité est à la réduction des espaces et à la vigilance afin de jaillir sur le moindre joueur qui serait trouvé par l’adversaire entre les lignes.

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Le 4-4-2 de l’Atletico dans sa moitié de terrain.

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Busquets trouve Neymar dans le bloc de l’Atletico mais le Brésilien est vite encerclé par trois adversaires (Juanfran, Augusto, Carrasco).

Devant tout le monde, Carrasco et Griezmann abattent leur part du travail et assurent la compacité du bloc. Souvent oubliée par la plupart des autres équipes (dont le Barça), l’Atletico s’attache aussi à réduire la distance entre son milieu et son attaque lorsqu’il est en phase défensive. Cela permet d’abord de bien défendre (10 joueurs derrière le ballon), mais aussi de ressortir sur la moindre passe en retrait.

Autre avantage : la distance réduite entre le bloc et l’attaque offre des solutions courtes à l’Atletico pour sortir en contre-attaque. Comme à l’aller, la vitesse de Carrasco est un véritable atout pour l’équipe de Simeone. Juste avant la pause, l’ancien Monégasque remonte 60 mètres en solitaire avec le ballon pour finir par un tir capté par Ter Stegen (44e).

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La vitesse de Carrasco permet à l’Atletico d’effacer le « pressing » adverse.

Avec la balle, rien ne change : 

Avec le ballon, l’Atletico reste aussi dans ses habitudes. Les joueurs ciblent la zone de Mascherano et Alba. Oblak se charge des dégagements et le bloc milieu-attaque se retrouve à la retombée : Gabi et Koke (voire Juanfran ou Augusto) sur le deuxième ballon, Griezmann ou Saul pour lutter dans les airs, Carrasco ou Griezmann pour attaquer la profondeur en cas de duel gagné.

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Dès la première minute de jeu, l’Atletico applique des principes répétés depuis plusieurs saisons face au Barça.

Comme à l'aller, l'Atletico vise la zone gardée par Mascherano et Alba.

La distribution des passes des Colchoneros montrent bien la priorité donnée à l’attaque du côté gauche de la défense du Barça (Mascherano, Alba).

Chaque arrêt de jeu dans le camp du Barça est l’occasion de déclencher une attaque pour l’Atletico. Les remises en jeu permettent en effet au bloc milieu-attaque d’évoluer très proches les uns des autres. Cela permet à Koke, Griezmann, Gabi, Saul ou Carrasco de faire parler leur qualité technique dans les petits espaces, parfois soutenus par Filipe Luis et Juanfran.

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Notons tout de même que durant les premières minutes, le Barça répond à ces approches de l’Atletico avec un bloc rendu plus compact par les retours de Messi et Neymar.

Mais cette participation de Messi et Neymar à l’effort défensif ne tient pas sur la durée, malgré un gros retour de l’Argentin qui empêche Carrasco de s’échapper dans le dos de Piqué (22e). C’est à partir d’un nouveau duel aérien gagné que l’Atletico va pénétrer dans le dernier tiers du Barça pour inscrire le premier but de la partie par l’intermédiaire de Griezmann (36e).

Plus de détails : Atletico Madrid 2-0 Barcelone : l’analyse du but de Griezmann

Cette réalisation vient récompenser l’excellente mi-temps des Colchoneros. Elle aurait même pu intervenir plus tôt si Gabi avait trouvé le cadre (2e). Griezmann s’était lui déjà crée une première opportunité de la tête sur un centre de Filipe Luis (6e). A ce moment du match, le Barça n’a rien produit : seulement 2 tirs de l’extérieur de la surface et 44 passes dans le dernier tiers (contre 54 pour l’Atletico, malgré 70% de possession !).

L’Atletico prend les devants : 

Ce but de Griezmann change la physionomie de la partie puisqu’il qualifie l’Atletico. Cela provoque un changement de comportement chez les Blaugranas. Ces derniers ne peuvent plus « gérer » lorsqu’ils ont le ballon. Ils doivent prendre plus de risques et cela se ressent dans leurs passes, plus verticales afin de mettre plus rapidement le jeu dans le camp adverse.

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Mascherano est le premier à prendre des risques : malgré la position de Carrasco, il tente quand même de trouver Busquets dans le coeur du jeu.

Pour Barcelone, le problème intervient à l’approche de la surface adverse. Son jeu n’a aucune pénétration. A la pause, les chiffres sont éloquents : aucun tir, une seule touche de balle dans la surface de l’Atletico et seulement 5 passes tentées vers l’intérieur de celle-ci.

La MSN est aussi absente : à eux trois, Messi, Neymar et Suarez ne réalisent que 11 passes dans le dernier tiers adverse. 9 sont réussies mais celles-ci sont latérales ou en retrait pour la plupart. Aucune n’est orientée vers le but de Jan Oblak ou la zone dangereuse devant celui-ci. Les Catalans sont aussi mis en échec au niveau des dribbles (2/6 pour Messi ; 1/4 pour Neymar).

Deuxième mi-temps : le Barça ne veut plus perdre de temps 

Dès la reprise, le Barça procède à un ajustement que l’on a déjà vu lorsqu’il est bousculé : Busquets décroche entre Piqué et Mascherano, l’équipe passe en 3-4-3 en possession du ballon. Objectif : créer le surnombre par rapport à la première ligne adverse, permettre aux latéraux de jouer plus haut et ainsi faire reculer l’adversaire.

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Carrasco et Griezmann ne suffisent plus pour contrôler les solutions courtes. Cela perturbe l’organisation du pressing de l’Atletico (Gabi entre Jordi Alba et Mascherano), qui est contraint de reculer au bout de quelques minutes.

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Face au 3-4-3 du Barça, l’Atletico doit rapidement se contenter de contenir son adversaire plutôt que de le presser. Il conserve néanmoins les mêmes principes sur Messi et Neymar (prises à deux/trois lorsqu’ils sont trouvés sur les côtés).

Autre élément-clé de ce début de deuxième mi-temps côté Barça, l’équipe de Luis Enrique tente de mettre plus de rythme dans ses remises en jeu afin de ne pas laisser le temps à son adversaire de se repositionner. Il s’agit de remettre le jeu le plus rapidement possible dans le camp adverse pour ensuite développer les attaques.

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La distribution des passes du Barça entre les deux mi-temps : en difficulté pour « pénétrer » la moitié de terrain de l’Atletico en première, les Blaugranas jouent plus haut en deuxième et s’installent dans le camp adverse.

Cette domination du Barça n’empêche pas l’Atletico de se créer des balles de break, d’abord sur un ballon gagné par Juanfran et amené dans la surface jusqu’à Koke (52e), puis sur deux coups de pied arrêtés consécutifs à cette première action (Koke puis Saul, 53e). Mais l’heure de jeu approche et le Barça va clairement prendre l’ascendant.

On entre alors dans la période difficile pour les joueurs de Diego Simeone. Le Barça s’installe dans son dernier tiers. Comme à l’aller, il exploite au maximum la largeur grâce aux montées de Jordi Alba et Daniel Alves. Surtout, il récupère enfin le ballon haut, ce qui lui permet de relancer des attaques face à un bloc pas encore repositionné. Gabi doit ainsi sauver les siens devant Piqué sur un centre de Jordi Alba (59e).

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Koke perd le ballon alors que son bloc n’est pas en place : le danger peut être crée en une passe si Busquets trouve un partenaire à l’opposé.

L’Atletico passe alors en 4-5-1 (ce qui était impossible il y a une semaine après l’expulsion de Torres). La densité du milieu permet de verrouiller l’axe lorsque le Barça construit, et de lui empêcher de trouver Messi, désormais dans l’axe. En position basse, le passage à une ligne de cinq doit permettre de mieux contrôler la largeur. Devant, Griezmann se retrouve seul mais se crée une première opportunité en contre (61e).

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Messi est difficile à trouver derrière le premier rideau très dense de l’Atletico. Etonnamment, il va rester dans l’axe au lieu d’aller chercher les espaces sur le flanc droit.

Les 27 ballons touchés par Messi durant la deuxième mi-temps :

Les 27 ballons touchés par Messi durant la deuxième mi-temps : à noter que les deux ballons les plus à droite (entourés en blanc) sont des coups de pied arrêtés qu’il a tiré.

Au fil des minutes, le Barça accentue la pression et l’Atletico ne parvient plus à ressortir : il rend désormais le ballon à son adversaire et le danger revient très vite sur ses buts. Luis Enrique fait alors le choix de changer tout son couloir droit : Sergi Roberto et Arda entrent à la place de Daniel Alves et Rakitic (64e). Objectif, finir les actions avec eux en profitant des fixations d’Iniesta ou Neymar à l’opposée.

Si l’on excepte une action de classe qui voit Iniesta et Suarez faire la différence dans les duels (66e), toutes les actions dangereuses du Barça vont venir de ce flanc droit. Le problème, c’est que les Catalans ne sont pas tous au diapason, certains préférant tenter leur chance face à un bloc très regroupé autour d’Oblak au lieu d’insister à droite.

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Messi est de ceux-là avec un tir contré par Gabi alors que Daniel Alves est oublié côté droit.

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Arda se signale aussi par un tir dès son entrée en jeu alors que Sergi Roberto offre une solution sur l’aile.

Au fil des minutes, Piqué finit de plus en plus d’attaques dans la surface adverse. L’Atletico plie mais résiste. Simeone fait entrer Partey à la place de Carrasco afin de renforcer son côté gauche défensivement (71e). A l’entrée du dernier quart d’heure, son équipe s’offre une longue respiration : l’entrée de Partey apporte une fraîcheur bienvenue pour rester haut et les Rojiblancos passent quelques minutes dans le camp du Barça.

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Après une première mi-temps sans pénétration dans la surface adverse, le Barça a été beaucoup plus dangereux après la pause. Problème, il n’a pas réussi la moindre passe dans la « Danger Zone » (DZ en rose sur la deuxième map).

Le ballon finit par revenir et certains joueurs manquent de sérénité (Augusto). Mais dans ce cas, leurs partenaires veillent et sont sur les ballons qui traînent… Et si besoin, Oblak s’interpose (devant Suarez, 84e). Finalement, le second but de la partie viendra d’une contre-attaque menée de main de maître par Filipe Luis (87e) alors que l’Atletico ne s’était plus crée le moindre tir depuis l’heure de jeu.

Conclusion : 

Au-delà de l’aspect tactique développé ci-dessus, une statistique permet aussi de mesurer l’écart entre l’Atletico et le Barça sur ce match retour : les Madrilènes ont couru 11 kilomètres de plus que leurs adversaires (114 kms contre 103). Sur le terrain, cela s’est traduit par une plus grande cohésion du bloc-équipe, malgré un jeu très direct qui obligeait souvent les Colchoneros à de longues courses.

A noter au passage que malgré l’écart entre les deux équipes, l’Atletico fait moins bien que sa moyenne sur l’année en cours en Ligue des Champions (118 kilomètres). Même chose pour le Barça qui a donc pointé à 103 kms parcourus avec une moyenne à 106.

Plusieurs joueurs côté catalan ont brillé par leur absence sur ce match retour. De la MSN, seul Suarez s’est montré dangereux, Neymar et Messi ayant été complètement muselés par la défense. Dans l’entrejeu, Rakitic a lui aussi été très discret alors que son activité de l’ombre profitait souvent à ses partenaires la saison dernière. Idem pour Busquets qui n’a jamais trouvé le bon rythme dans le coeur du jeu.

Enfin, on peut aussi questionner l’approche de Luis Enrique, qui n’a pas eu de réponse tactique au plan de base proposé par Simeone lors de chacun de leurs affrontements récents. Jusque-là, le Barça avait toujours su revenir en profitant de la supériorité numérique. Cette fois, sans expulsion, son équipe s’est cassée les dents sur une défense héroïque et finalement peu inquiétée (aucune Big Chance pour le Barça dans ce match).

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2 réponses

  1. aurbeh dit :

    Et à la fin ce sont tes notes ?

  2. Andy Jo dit :

    C’est un peu chelou qu’Enrique n’ait pas changé en 3-4-3 plus tôt

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