Barcelone 2-1 Atletico Madrid : l’analyse tactique

C’était l’affiche la plus indécise de ces quarts de finale. Après 90 minutes, rien n’est jouée entre le Barça et l’Atletico Madrid. A 11 contre 11, les Colchoneros ont même eu l’ascendant au Camp Nou sur les tenants du titre. L’expulsion de Torres les a ensuite condamnés à défendre, ce qui a permis à Barcelone de se jeter à l’attaque pour finalement l’emporter.

Les compos : 

Au départ, aucune absence n’est à déplorer du côté de Barcelone, aucune surprise donc dans le onze de départ de Luis Enrique. Côté Atletico, Diego Simeone opte lui pour un choix ambitieux en préférant Carrasco à Augusto Fernandez. L’ancien Monégasque débute sur le côté gauche, ce qui fait glisser Koke dans l’axe aux côtés de Gabi.

FC Barcelone vs Atletico Madrid - Football tactics and formations

L’Atletico récite ses classiques : 

Les premières minutes de la rencontre sont dans la lignée des derniers affrontements entre les deux équipes. Comme à son habitude, l’Atletico alterne les séquences de pressing (très haut dans le camp du Barça) et de défense (très bas autour de sa surface de réparation).

Plus de détails : Barcelone 2-1 Atletico Madrid, l’analyse tactique 

Sur les séquences hautes, l’équipe est portée par le travail des attaquants et des milieux de terrain. Griezmann et Torres sortent à tour de rôle sur Piqué et Mascherano en veillant bien à couper la ligne de passe vers Busquets à l’intérieur. Derrière eux, Carrasco et Saul vont sur les latéraux du Barça tandis que Koke et Gabi suivent Rakitic et Iniesta à l’intérieur.

atletico-pression

Les six joueurs de l’Atletico à l’oeuvre face aux sept Barcelonais dans leur moitié de terrain. Le bon positionnement de Griezmann et Torres par rapport à Busquets annule le surnombre en faveur du Barça.

Une interrogation toutefois dans ces premières minutes, la position de la défense (voir ci-dessus).  Cette dernière reste dans son camp et se retrouve parfois trop loin des milieux lorsque ces derniers sont dépassés. C’est le cas quand Iniesta dézone sur le côté et s’intercale entre Alba (pressé par Saul) et Neymar (pris par Juanfran).

iniesta-dejoue

Sur cette séquence, Gabi est sorti au pressing sur Busquets, ce qui laisse de l’espace à Iniesta le long de la ligne de touche.

Heureusement pour l’Atletico, le repli collectif est efficace et permet de vite combler le retard pris au départ. Messi parvient quand même à déclencher le premier tir de la rencontre (5e) après une remontée de balle de son capitaine. Celui-ci vient toutefois de l’extérieur de la surface et n’est pas dangereux pour Oblak.

En phase défensive, on retrouve ensuite le 4-4-2 habituel de l’Atletico. Tous les joueurs redescendent dans leurs 30 mètres et ont un rôle dans l’animation défensive : les plus avancés cadrent le porteur, les défenseurs serrent le marquage et la proximité entre les joueurs permet de rapidement créer des prises à deux ou trois sur les destinataires des passes intérieures.

Avec le ballon, le Barça est dans la lignée de sa performance face au Real Madrid. Certains joueurs tentent de mettre du rythme (dribbles) mais ils sont vite pris par le surnombre adverse dans l’axe. Malgré sa domination territoriale, le club blaugrana doit attendre un coup de pied arrêté de l’Atletico et un contre pour se créer sa première grosse opportunité (Neymar, 19e).

Comme face au Real, le Barça ajuste son animation à la sortie du premier quart d’heure : Busquets redescend entre Piqué et Mascherano afin de créer le surnombre face à Griezmann et Busquets. Messi se déplace lui dans l’axe et évolue désormais en pointe haute du milieu de terrain.

barca-messi-axe

Le 3-4-3 du Barça en position avec Busquets entre Piqué et Mascherano et Messi en n°10.

L’Atletico s’ajuste lui aussi à ce changement. Griezmann abandonne sa position de deuxième attaquant et laisse Torres en pointe dans la zone de Busquets. Saul et Koke tiennent l’axe et Gabi se retrouve devant la défense.

atletico-451-haut

Cela permet à l’Atletico de ne pas se retrouver en situation d’infériorité numérique dans le coeur du jeu.

atletico-cadrage-porteur-nasse-interieure

En face défensive, l’équipe peut aussi opposer un défenseur à chaque « rampe de lancement » barcelonaise devant sa surface de réparation.

Avec le seul Torres en position d’attaquant, on aurait pu penser que l’Atletico allait commencer à souffrir. Mais l’équipe continue à sortir le ballon avec beaucoup de qualité, que ce soit collectivement ou sur des initiatives individuelles.

La touche Carrasco : 

On touche là à la deuxième qualité de l’Atletico Madrid sur ce début de match : avec le ballon, les Colchoneros se trouvent très facilement. Près de leur surface, les récupérations de balle s’accompagnent d’enchaînements efficaces pour remonter le ballon. Et quand il faut repartir d’Oblak, l’équipe cible la zone de Mascherano et Alba et joue les deuxièmes ballons. Résultat, elle ne subit jamais le pressing du Barça.

cible-oblak

Dans ce secteur, la titularisation de Carrasco fait la différence. Sûr techniquement et surtout très disponible, le Belge fait quasiment le travail d’un deuxième Griezmann. Au milieu, l’équipe se repose ensuite sur Gabi et Koke pour mener le jeu, les deux hommes profitant de l’apathie défensive de la MSN pour avoir des espaces au milieu de terrain.

L’ouverture du score de Torres (25e) résume d’ailleurs assez l’avantage de l’Atletico dans ce début de match. L’équipe appuie sur le point faible du Barça, est agressive sur les deuxièmes ballons et en plus a la qualité technique nécessaire pour le conserver. Quelques minutes plus tard, c’est au tour de Griezmann d’avoir une occasion de marquer mais sa frappe est détournée de justesse par ter Stegen (32e).

Plus de détails : Barcelone 2-1 Atletico Madrid : l’analyse du but de Torres

oblak-duels

Le jeu long d’Oblak et la zone ciblée par l’Atletico dans les duels aériens.

Filipe Luis éteint Messi : 

L’autre force de l’Atletico dans le camp adverse tient dans sa capacité à prévenir les contres du Barça. Dès que les Catalans récupèrent le ballon près de leur surface, les joueurs de Simeone se concentrent sur l’annihilation de l’attaque rapide.

Cela passe par un repli rapide des milieux (Koke, Carrasco) et un marquage serré sur les membres de la MSN. Filipe Luis coupe ainsi plusieurs mouvements en allant chercher Messi dans l’axe du terrain. Autre arme utilisée, la faute tactique qui leur permet ensuite de se repositionner : sur les 16 fautes réalisées en 90 minutes de jeu, l’Atletico n’en a fait qu’une seule dans ses 30 mètres !

atletico-previent-transition

Quand le Barça relance, l’Atletico enferme la MSN.

filipe-luis-transition

Filipe Luis fait notamment un gros travail pour bloquer Messi.

Lorsque Torres se fait expulser pour un deuxième carton jaune (35e), le Barça est clairement dominé. Malgré la possession en sa faveur, les deux équipes sont à égalité sur le plan des tirs tentés (4-4). Au-delà de l’avantage acquis tableau d’affichage, l’Atletico est aussi devant en terme de tirs cadrés (1-0) et d’expected goals.

baratl-recuperation

Autre élément intéressant, le Barça domine certes le match sur le plan territorial, mais il ne récupère pas beaucoup plus de ballons que l’Atletico dans le camp de son adversaire (chiffres ci-dessus récupérés à la pause).

L’Atletico recule, le Barça accélère : 

Réduit à 10, l’Atletico n’a pas d’autre choix que de passer en 4-4-1 : Carrasco se retrouve en pointe, Griezmann passe à gauche et Saul à droite. Malgré l’infériorité numérique, la formation de Diego Simeone continue de préserver ses cages. Mieux, elle essaye toujours de profiter des dégagements d’Oblak pour remettre la pression sur le Barça grâce au travail des cinq joueurs les plus avancés (Carrasco, Koke, Griezmann, Saul, Gabi).

De l’autre côté, les Blaugranas ne tirent que deux fois au but durant les 10 dernières minutes, à chaque fois depuis l’extérieur de la surface. Même constat pour les dernières passes qui partent de loin : le Barça ne parvient pas à pénétrer le bloc adverse et doit chercher des solutions par-dessus celui-ci (passes facilement lues par Oblak).

atletico441

Le 4-4-1 de l’Atletico tient le choc face à un Barça qui ne met pas assez de présence devant.

Cela change vite en début de deuxième mi-temps. Comme face au Real samedi dernier, le Barça redémarre très fort. Dès la première remontée de balle, Busquets avance et s’intercale entre l’attaquant et les milieux adverses, forçant ce dernier à reculer. Cela ouvre le terrain à Piqué et Mascherano et permet au Barça d’acculer l’Atletico sur son but.

Après une dernière occasion pour l’Atletico (centre de Carrasco non-coupé par Griezmann, 49e), on entre alors dans une longue phase d’attaque-défense avec des Catalans à 10 dans les 40 mètres adverses (voire les 30) face à 9 défenseurs madrilènes devant Oblak. Sur les ailes, Jordi Alba et Daniel Alves apportent la largeur. Même Piqué se jette à l’attaque et va dans la surface afin d’offrir une présence supplémentaire dans les airs.

barcapousse-atletico-surface

Sur cette image, il ne manque que Mascherano et ter Stegen pour avoir les 21 acteurs de la rencontre.

En l’espace de quelques minutes, le Barça se crée trois occasions qui poussent Simeone à réagir : Carrasco sort, Augusto Fernandez le remplace (53e). C’en est terminé des ambitions offensives de l’Atletico qui ne ressortira quasiment plus. S’il couvre moins d’espaces devant le but d’Oblak, son bloc opère de la même manière : un joueur pour cadrer le porteur et peu de distance entre chaque élément afin de vite réagir en cas de passe à l’intérieur.

Un joueur se distingue alors pour le Barça : Neymar. Avec Alba pour occuper l’aile désormais, le Brésilien multiplie les dribbles vers l’intérieur du terrain. A chaque touche de l’extérieur, il fixe deux voire trois joueurs de l’Atletico, ce qui crée des décalages à l’opposée. Cela offre d’abord de l’espace pour le joueur occupant le half-space droit mais surtout, cela libère Daniel Alves sur l’aile.

neymar-fixation

Neymar fixe plusieurs adversaires et crée ainsi de l’espace à l’opposée.

Le Barça se retrouve ainsi avec plusieurs options pour attaquer : les combinaisons dans les petits espaces avec les incursions d’Iniesta, Messi ou Neymar, les centres de Daniel Alves ou Jordi Alba, les tentatives de loin et enfin les initiatives individuelles.

En l’espace de 20 minutes (45e-66e), les Catalans frappent 11 fois au but (contre 1 seul tir pour l’Atletico), dont 5 dans les zones les plus dangereuses. La défense de l’Atletico en repousse plusieurs mais elle ne peut rien sur une tentative de Jordi Alba déviée par Suarez (63e).

barca-2mt

Le Barça d’une mi-temps à l’autre : plus de présence dans la surface et donc plus de pénétrations à l’intérieur (schémas 1 et 2), plus d’espaces sur les ailes et donc plus de centres (schémas 3 et 4). Note : cliquer sur l’image pour l’agrandir.

Dans les minutes qui suivent, l’attaque-défense se poursuit mais l’intensité baisse légèrement. Le Barça domine autant les débats mais a besoin de souffler. L’Atletico profite de cette accalmie (près de 10 minutes sans grosse occasion), mais les Blaugranas font preuve preuve de réalisme en convertissant la première occasion qui suit (74e) ce petit temps mort. Encore une fois sur un centre de Daniel Alves à la base, c’est Suarez qui finit le boulot (74e).

Conclusion : 

Se sachant loin d’être à l’abri, le Barça continue de pousser dans le final mais ne parvient plus à se créer de grosses occasions (2 tirs contrés dans le dernier quart d’heure). L’Atletico est donc encore en vie après quasiment une heure passée en infériorité numérique sur la pelouse du Camp Nou.

Si le Barça reste à ce niveau la semaine prochaine, les Colchoneros peuvent nourrir de vrais espoirs de qualification tant ils ont bousculé leurs adversaires à 11 contre 11. On pourrait presque penser que le plus dur pour eux sera de rester dans cette situation… Attention toutefois au possible réveil des Blaugranas.

 





 

 

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. 11 avril 2016

    […] lire aussi (plus sérieux) : Barcelone 2-1 Atletico Madrid, l’analyse tactique/ Chroniques Tactiques et Bayern Munich 4-2 (a.p.) Juventus : l’analyse tactique (encore Chroniques […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *