PSG : des faiblesses dans la structure défensive ?

Après sa victoire contre Reims, le PSG s’est un peu plus rapproché de son 4ème titre de champion de France d’affilée. Les joueurs de Laurent Blanc n’ont plus que 10 points à prendre pour être officiellement sacré. Rarement bousculé en championnat, le club de la capitale domine tellement qu’il donne chaque week-end l’impression d’être une équipe sans point faible.

Mais deux récentes sorties face à Marseille puis Chelsea ont mis en exergue quelques faiblesses dans leur structure défensive. Des lacunes qui renvoient à l’approche tactique choisie par la formation de Laurent Blanc lorsqu’elle n’a plus le ballon.

Défense de position vs. défense orientée sur l’adversaire 

Avant de rentrer dans le détail, petit rappel sur les systèmes défensifs. Il existe deux grandes familles de marquageconnues de tout le monde : le marquage individuel et le marquage en zone. Mais au sein de cette dernière, il existe aussi des nuances : la défense de position et la défense orientée sur l’adversaire (man-orientated defense en anglais).

Pour expliquer en une phrase la différence entre les deux : au sein d’une défense de position, le joueur se place en fonction de ses partenaires (Juventus, Leicester, Atletico Madrid pour les exemples étudiés récemment).

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Cette manière de défendre s’oppose donc à la défense orientée sur l’adversaire, qui peut être considérée comme le chaînon manquant entre la défense de zone et le marquage individuel. Dans ce système défensif, les joueurs couvrent toujours une zone, mais se positionnent en fonction de leurs adversaires et non de leurs partenaires.

Des avantages certains pour le jeu de possession du PSG : 

Un style qui colle évidemment aux ambitions de jeu du PSG puisqu’il permet d’aller chercher l’adversaire très haut afin de récupérer le ballon rapidement ou de forcer la relance. Le volume de courses de la paire Matuidi-Verratti est primordial afin de couvrir la zone la plus grande possible dans le dos d’Ibrahimovic et perturber les sorties de balle adverses. Dans leur moitié de terrain, les deux Parisiens ressortent aussi dès qu’ils le peuvent afin de permettre au bloc de remonter.

Autre avantage de cette manière de défendre : elle permet aussi de cibler certains adversaires. Face à l’OM, Lassana Diarra avait eu droit à un traitement de faveur sur les séquences de pressing haut du PSG. Contre Chelsea, Motta, Verratti et Matuidi n’ont pas cédé un pouce de terrain à Willian et ont réduit le champ libre devant Fabregas. L’Espagnol a même été contraint de décrocher très bas dans son camp pour remonter les ballons. A l’inverse, Mikel avait lui plus de liberté.

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Verratti repousse Fabregas loin de ses attaquants, ce qui complique les transmissions de l’Espagnol et facilite la tâche des défenseurs parisiens.

Risque n°1 : un bloc pas assez compact 

L’activité du trio Motta-Matuidi-Verratti peut les amener à sortir loin de leur défense afin de s’opposer aux milieux adverses. Sur ces séquences, Paris peut parfois laisser plus d’une vingtaine de mètres entre sa défense et son milieu de terrain, pour peu que la première ligne ne remonte pas assez rapidement. Ces grandes distances entre les lignes parisiennes peuvent profiter aux attaquants adverses s’ils se montrent plus vifs que leurs adversaires directs.

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Pour peu que Motta ne parvienne pas à bien cadrer Fabregas, ce dernier a largement la place de trouver un partenaire entre les lignes parisiennes. A noter la position de Matuidi, embarqué dans le couloir par la course de Willian.

L’autre problème qui peut se présenter concerne Thiago Motta : l’international italien n’a plus ses jambes de 20 ans et peut se retrouver en difficulté s’il est isolé. C’est ce qui est arrivé au Parisien sur le but de Rémy Cabella lors du dernier Marseille-PSG : Rabiot était parti en attaque, et Matuidi était d’abord concerné par le déplacement de Barrada au lieu de se soucier de réduire la distance le séparant de son partenaire.

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Au lieu de revenir dans l’axe pour couvrir Thiago Motta, Matuidi ne réagit pas et continue d’accompagner Barrada.

Risque n°2 : les « dézonages » et la gestion de la largeur

On l’a vu plus d’une fois durant la saison : en défendant en zone, mais sur l’homme, les Parisiens peuvent presser très haut. L’équipe est particulièrement efficace lorsqu’il s’agit de répondre aux déplacements verticaux des adversaires (décrochages). Contre Chelsea, Thiago Silva et David Luiz ont accompagné ceux de Diego Costa. Idem pour Thiago Motta qui s’occupait de Willian et l’empêchait de créer le surnombre au milieu de terrain.

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Motta face à Fabregas, Verratti entre Mikel et Willian, Matuidi sur le Brésilien. Diego Costa veut créer le surnombre en décrochant, mais David Luiz le prend en chasse.

En revanche, les Parisiens ont été mis en difficulté sur des changements de zones latéraux. En l’occurrence, lorsque Hazard ou Pedro repiquaient dans l’axe afin d’offrir une solution dans le coeur du jeu. Les deux excentrés des Blues n’étaient en effet pas suivis par Maxwell et Marquinhos, qui privilégient la protection de leur zone sur le côté. Résultat, ils offraient le surnombre dans l’axe, ce qui créait des espaces pour leurs milieux de terrain (Mikel, Fabregas).

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Verratti-Mikel, Matuidi-Willian, Motta-Fabregas… et personne sur Eden Hazard dans l’axe.

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Conséquence, un surnombre dans l’axe pour Chelsea et un Fabregas qui gagne en liberté.

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Autre changement de zone, Pedro qui abandonne son couloir et s’infiltre dans le dos des milieux parisiens. Maxwell le laisse à Matuidi mais le Français est en retard.

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Il se retrouve donc derrière Pedro, qui a une belle occasion de lancer Hazard sur l’aile gauche mais choisit de temporiser pour jouer avec Willian ensuite. Une belle opportunité manqué par les Blues…

Gérer la largeur peut aussi être un problème lorsque les milieux parisiens se font embarquer sur les côtés. Face à l’OM, Thiago Motta, Matuidi et Rabiot se sont régulièrement retrouvés dans des positions excentrées après avoir suivi les courses de Cabella ou Barrada. Si Paris ne parvient pas à remettre le pied sur le ballon dans ces petits périmètres, l’adversaire a alors un coup à jouer à l’opposée.

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L’OM ressort du flanc gauche et se sert du jeu long de Lassana Diarra pour ouvrir le jeu à l’opposée.

Risque n°3 : duels perdus et mauvaises décisions

Se placer par rapport à l’adversaire permet de presser, couper certaines lignes de passes, aller chercher le duel et – dans le meilleur des cas – le remporter. Mais il y a aussi le risque de se faire éliminer. Si les individualités parisiennes n’ont pas d’équivalents en Ligue 1, cette approche peut forcément devenir un problème lorsque le niveau va s’élever en Ligue des Champions.

L’adage veut que l’on joue comme on s’entraîne. Il est possible de l’étendre à « on joue les gros matchs comme on joue les petits. » Ce PSG, à l’inverse de celui qu’avait construit Carlo Ancelotti, s’appuie d’abord sur les qualités individuelles de ses joueurs pour être solide défensivement. Ces dernières semaines, il s’est d’ailleurs souvent appuyé sur un Thiago Silva en très grande forme pour rattraper des situations mal embarquées.

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Au-delà des duels perdus, ce sont des mauvaises prises de décision qui peuvent aussi mettre Paris en difficulté : ici, Motta et Verratti sont sortis sur le même adversaire (Fabregas), laissant assez de temps et d’espaces à Mikel pour jouer avec Willian. Heureusement, Thiago Silva veille et couvre l’appel de Diego Costa.

Mais O Monstro suffira-t-il lorsqu’il faudra croiser la route du Bayern ou du Barça ? Cela paraît difficile, mais le PSG conserve tout de même une petite marge de progression défensive en plus d’autres atouts à faire valoir (disputer la possession ?). Ses trois attaquants peuvent en effet être encore plus impliqués défensivement, et plus particulièrement les deux joueurs de couloir.

Face à Marseille et Chelsea, Di Maria et Lucas n’ont pas eu un gros volume défensif, se tenant sans doute près pour jouer les contres. A l’inverse, à chaque fois qu’il est entré en jeu, Cavani a apporté un net regain d’activité dans ce domaine. L’Uruguayen montre l’exemple à suivre, soulageant ses trois milieux qui ont de fait une zone moins grande à couvrir sans le ballon.

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Il faudra au moins cela aux joueurs de la capitale pour espérer rivaliser avec les meilleurs en Ligue des Champions. Et cela ne suffira peut-être même pas : rares ont été les équipes à résister au Barça et au Bayern en défendant de cette manière. Le dernier exemple en date est le Borussia M’Gladbach d’André Schubert… mais il s’était retrouvé face à une formation bavaroise très diminuée.

Lire aussi : Comment battre le Bayern : le plan de M’gladbach

 

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1 réponse

  1. SIMON dit :

    Ce papier très talentueux démontre à quel point Laurent BLANC est nul. Le constat est clair Aucune progression collective. Seulement de l’Individualisme.

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