Comment Nice a éliminé l’Ajax Amsterdam

Battu par l’AS Saint-Etienne pour le compte de la 1ère journée de Ligue 1, l’OGC Nice a néanmoins très bien débuté sa saison en sortant victorieux de son 3ème tour préliminaire de Ligue des Champions face à l’Ajax Amsterdam. Retour en détails sur cette double confrontation.

Une double confrontation serrée

Si l’on s’en tient au score, cela ne s’est pas joué à grand chose. Sur les deux matchs, Nice ne passe qu’à la faveur d’un but de plus inscrit à l’extérieur (1-1 ; 2-2). Au cumul des deux rencontres, les Expected Goals illustrent d’ailleurs assez bien le caractère très serré de la double confrontation : Nice termine à 3.89xG (1.29 à l’aller, 2.60 au retour), l’Ajax… à 3.90xG (0.96 à l’aller, 2.94 au retour) !

Il faut néanmoins rappeler que Lucien Favre est aujourd’hui l’un des rares coachs européens qui a pris l’habitude de faire mieux que ce qui est annoncé par ces modèles statistiques. Une « anomalie » débutée avec le Borussia Monchengladbach et qui s’est poursuivie tout au long de la saison dernière avec l’OGC Nice.

 Lire : How in the world does Nice overperform Expected Goals ? Part one : The Defence

Le match retour contre l’Ajax peut d’ailleurs servir d’exemple pour comprendre pourquoi Nice sur-performe souvent le plan défensif. Les Expected Goals ne prennent en effet en compte que les données qui concernent le tir (position ; passe pour arriver à cette position ; surface de frappe…). Or à Nice, si la défense fait parfois preuve de passivité face à la construction adverse, elle est rarement dépassée à la fin de l’action.

Concrètement, l’adversaire va réussir à obtenir des positions intéressantes, mais les tireurs ont de grandes chances d’être perturbés par la présence de défenseurs autour d’eux. Prenez ci-dessous la capture d’écran de la dernière grosse occasion de l’Ajax dans ce match (Ziyech, 77e). Le Marocain est en bonne position au point de penalty, mais il est difficile de considérer cette occasion comme une vraie « Big Chance » vu la pression des défenseurs niçois autour de lui.

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Au-delà de ces histoires de statistiques, les joueurs de l’Ajax ont surtout eu énormément de mal à développer leur jeu de passes habituels. Et pour cause, les Niçois étaient très bien préparés pour contrer leur animation et leurs habitudes sur attaques placées.

Sans le ballon : bloquer l’Ajax sur un demi-terrain

L’équipe phare d’Amsterdam a perdu pas mal d’éléments importants pendant l’été : l’entraîneur Peter Bosz est parti, tout comme Klaassen et Traoré, deux titulaires la saison dernière. Néanmoins, le style de l’équipe n’a pas changé. Van de Beek et Kluivert ont pris les postes laissés vacants par les deux partants et l’Ajax a conservé ses habitudes. La relance est courte, mettant à contribution le trio De Ligt-Schöne-Sanchez pour alimenter les autres.

L’une des composantes de l’animation de l’Ajax est l’utilisation de toute la largeur du terrain. L’équipe s’appuie sur plusieurs joueurs capables de changer le jeu à loisir et très rapidement (Davidson, Schöne, Ziyech…). L’idée est qu’à la retombée, les ailiers utilisent leur qualité de dribbles pour fixer plusieurs joueurs et ainsi créer de l’espace pour les autres.

Pour contrer cette animation, Nice a défendu de manière à enfermer son adversaire sur des demi-terrains. Face à la relance, les attaquants concédaient volontairement du terrain jusqu’au milieu, laissant De Ligt en tant qu’homme libre afin de se focaliser sur Schöne et Davidson.

Arrivé aux abords du rond central, le jeune défenseur de l’Ajax était ensuite cadré par Srarfi, qui laissait Schöne dans son ombre. Lorsque ce dernier se déplaçait pour se rendre disponible entre l’attaque et le milieu niçois, ce qu’il avait très bien su faire à l’aller, il revenait aux milieux de terrain (Seri ou Koziello) de réagir pour réduire l’espace autour de lui.

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Ensuite, c’est tout le bloc niçois qui coulissait vers le demi-terrain afin de réduire au maximum l’espace autour du porteur et des solutions s’offrant à lui. Une fois l’Ajax enfermé dans un espace aussi réduit, il fallait évidemment récupérer le ballon, sous peine d’être mis en danger côté opposé.

Hyperactive, la paire Seri-Koziello a gratté pas mal de ballons, avec une mention spéciale au second qui a fait un match dans l’ombre assez impressionnant. Les prises à deux sur les ailes (Lees-Melou + Souquet / Sarr + Eysseric) ont aussi bien fonctionné. Kluivert a fait des dégâts durant le premier acte, mais la plupart de ses actions positives ont eu lieu sur des séquences de transition et de jeu rapide, pas sur attaque placée.

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Ce plan de jeu défensif, couvert par une défense Dante-Le Marchand aussi performante, a complètement éteint l’Ajax pendant le premier quart de la rencontre. En l’espace de 25 minutes de jeu, les Azuréens n’ont quasiment rien concédé (2 tirs). Surtout, ils se sont crées 3 occasions franches et ont pris l’avantage au tableau d’affichage grâce au but très rapide de Souquet (4e).

« Si on s’est qualifiés, c’est parce qu’on est restés très solides, très compacts et puis on a toujours cru que c’était possible de marquer des buts à l’Ajax. » (Lucien Favre)

Avec le ballon : profondeur en attaque et mobilité au milieu

On vient de le voir, l’un des points-clés de la qualification niçoise est d’avoir su stopper la progression de l’Ajax au milieu de terrain. De ce plan de jeu défensif à l’attaque, il n’y avait qu’une seule étape : la transition. Or les Aiglons se sont révélés hyper-efficaces dans cet exercice au match retour, bien aidés par la titularisation d’Alassane Pléa à la pointe de l’attaque.

En plus de faire les efforts défensifs, l’ancien joueur de l’OL a proposé beaucoup plus de courses que Balotelli aux avants-postes. Sur les récupérations de balle de ses partenaires, il a très souvent attaqué la profondeur dans le dos des latéraux, embarquant avec lui l’un des centraux adverses.

Ce mouvement de Pléa sur chaque récupération niçoise offrait une option très intéressante à Nice pour éviter le pressing à la perte de l’Ajax, qui reste un grand danger lorsque l’on décide d’attendre l’équipe néerlandaise dans sa moitié de terrain. Aligné en soutien de Pléa, Srarfi a lui aussi réalisé une bonne prestation, se montrant en progrès par rapport au match aller.

En plus de se montrer bien meilleurs sur les transitions, les Niçois ont aussi réalisé une petite démonstration au milieu de terrain. Seri et Koziello ont brillé mais ce sont surtout Eysseric et Lees-Melou qui ont fait la différence dans l’opposition tactique.

On le sait, les joueurs de l’Ajax défendent d’aborden fonction de la position de leurs adversaires directs sur le terrain. Au milieu, le 3 contre 3 était évident avec Srarfi, Seri et Koziello d’un côté, Schöne, Van de Beek et Ziyech de l’autre. Même chose dans les couloirs avec Sarr et Eysseric face à Kluivert et Veltman, Souquet et Lees-Melou face à Younes et Viergever. Devant, Dolberg se retrouvait entre Dante ou Le Marchand, permettant le surnombre derrière avec Sanchez et De Ligt pour le seul Pléa.

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Comme dans tout système, il y a des avantages et des inconvénients. En avril dernier, on en avait vu tous les avantages pour l’Ajax face à un Olympique Lyonnais à l’animation beaucoup trop rigide. Nice a au contraire su exposer les limites défensives des Néerlandais. En s’appuyant sur les changements de zone de Lees-Melou et Eysseric, abandonnés par leurs latéraux lorsqu’ils repiquaient dans l’axe, ils ont pris l’ascendant au milieu de terrain.

 

Nice a aussi exploité les limites défensives des ailiers (Younes, Kluivert). Dans des registres différents, Souquet et Sarr se sont illustrés : le premier par ses montées, le second par son calme sous pression et sa capacité à trouver des passes intéressantes dans le coeur du jeu. Des transmissions qui étaient justement permises par les mouvements des milieux et des attaquants, qui déstructuraient l’organisation défensive de l’Ajax.

D’ailleurs, l’entrée de Dalbert à place de Srarfi à la pause a un peu perturbé les Niçois. Latéral de formation, le Brésilien est souvent (et logiquement) resté dans son couloir au lieu de rentrer à l’intérieur pour offrir des solutions de passes plus courtes. Ce changement a coûté une perte de balle dangereuse à Nice (Seri, 51e) en début de deuxième mi-temps. Replacé dans l’axe au même moment, Eysseric l’a compensé en redescendant au milieu pour offrir plus de contrôle à son équipe.

Le fait que l’Ajax passe devant au tableau d’affichage (56e) a aussi changé la donne. Les Néerlandais ont adopté une posture plus attentiste, faisant le choix d’attendre Nice plus bas et cherchant le 3-1 en contre-attaque (Dolberg, 61e). Le choix pouvait se comprendre, surtout en début de saison, mais il a surtout permis à Nice de s’installer plus facilement dans le camp adverse. L’équipe de Lucien Favre a ensuite su se montrer réaliste, inscrivant le but de la qualification sur sa première grosse occasion de la 2e mi-temps (Marcel, 79e).

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1 réponse

  1. Sam dit :

    Très bonne analyse. Merci pour ce travail.

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