Naples 2-1 Borussia Dortmund, l’analyse tactique

L’affiche promettait et elle n’a pas déçu. Au prix d’un match à rebondissements et dans une ambiance gigantesque, le Napoli new-look de Rafa Benitez a pris le dessus sur le vice-champion d’Europe. Portés par des couloirs inspirés, les joueurs de Rafa Benitez ont frappé un grand coup : il faudra compter sur eux cette saison.

Avec l’arrivée de Benitez, et le départ de Mazzarri, le Napoli a adopté un nouveau système de jeu cette saison. Fini le 3-4-3, l’Espagnol est revenu à une défense à 4 plus traditionnelle. Face au Borussia Dortmund, c’est en 4-2-3-1 que la Napolitains se sont présentés avec Hamsik en soutien de Higuain aux avants-postes (Reina – Maggio, Raul Albiol, Britos, Zuniga – Behrami, Inler – Callejon, Hamsik, Insigne – Higuain). Evidemment, aucune surprise n’est à signaler dans le camp d’en-face. Gundogan absent, c’est Sahin qui est titularisé dans l’entrejeu aux côtés de Bender. A signaler le choix de Jurgen Klopp de faire confiance à Blaszczykowski sur l’aile droite au détriment d’Aubameyang (Weidenfeller – Grosskreutz, Subotic, Hummels, Schmelzer – Sahin, Bender – Blaszczykowski, Mkhitaryan, Reus – Lewandowski).

Naples résiste à la pression :

Comme on pouvait s’y attendre au vu des habitudes des deux formations, le début de rencontre est d’une intensité assez folle. Le Napoli met le pied sur le ballon en premier et subit l’énorme pression du 4-2-3-1 du Borussia Dortmund. Lewandowski et Mkhitaryan perturbent les transmissions entre les défenseurs et les milieux axiaux adverses, repoussant la relance vers les côtés et les latéraux napolitains. C’est dans ces zones que le Borussia déclenche son pressing : Blaszczykowski et Reus sortent sur leurs vis-à-vis, Grosskreutz et Schmelzer serrent le marquage sur Insigne et Callejon. L’objectif est de forcer les Napolitains à rejouer vers le coeur du jeu où Bender, Sahin, Mkhitaryan et Lewandowski mettent une énorme pression sur Inler, Behrami ou Hamsik.

Normalement, ce pressing suffit au Borussia pour se créer des opportunités en contre-attaque. Le problème, c’est que le Napoli réussit à passer dans les couloirs : que ce soit Zuniga-Insigne à gauche ou Maggio-Callejon à droite, les paires parviennent à faire des différences le long de la ligne de touche et permettent à l’équipe de sortir de la zone-press habituelle du Borussia, autour du rond central. Les attaques doivent toutefois rapidement se développer sur les ailes, notamment en passant par le soutien proposé par Hamsik, sous peine d’être définitivement enfermées à l’approche de la surface de réparation. Dès que le jeu doit revenir dans l’axe, le Borussia remet la machine à presser en route et défend à nouveau en avançant. Seuls quelques mouvements d’Insigne dans le coeur du jeu permettent au Napoli de résister à la pression dans l’axe.

Egarant tout de même quelques ballons, les Napolitains comptent sur l’excellent repli de la charnière Inler-Behrami pour ne pas voir leur défense centrale prise de vitesse par les contres adverses. Au final, Dortmund a très peu de situations favorables en contre-attaque. Mkhitaryan profite tout de même de quelques attaques non-conclues sur les ailes, notamment par Maggio-Callejon, pour récupérer le ballon dans le dos de ces derniers et remonter rapidement le ballon. Mais là, encore, le repli des Italiens fait le reste et le Borussia Dortmund ne se crée finalement pas d’opportunités.

Face à Dortmund, la passe latérale est à proscrire dans l'entrejeu.

Face à Dortmund, la passe latérale est à proscrire dans l’entrejeu à cause de l’explosivité des milieux. Ici, Maggio est en possession du ballon et se retrouve serré de près par Schmelzer. Autour de lui, Reus, Sahin et Mkhitaryan bloquent les solutions courtes (Callejon, Hamsik, Behrami). Seul Inler parait libre, mais le Suisse risque d’être immédiatement agressé par Bender. Au bout du compte, deux solutions sont possibles : insister dans le même couloir (ce qu’a fait Naples) ou renverser le jeu.

Le revers de la médaille en cas d'attaque dans les couloirs : si Maggio et Callejon ne passent pas, le contre peut vite partir dans leur dos. En couverture, Inler et Behrami ont un rôle capital : coulisser assez rapidement pour couper la relation vers Lewandowski et Mkhitaryan. Ici, ils arrivent un peu tard...

Le revers de la médaille en cas d’attaque dans les couloirs : si Maggio et Callejon ne passent pas, le contre peut vite partir dans leur dos. En couverture, Inler et Behrami ont un rôle capital : coulisser assez rapidement pour couper la relation vers Lewandowski et Mkhitaryan. Ici, ils arrivent un peu tard…

Naples bloque Reus et Mkhitaryan :

Les Italiens étant forcés d’attaquer vite par les couloirs pour espérer créer le danger, c’est évidemment le Borussia qui met le pied sur le ballon au bout de quelques minutes de jeu. Si le Napoli va au combat dans les secondes suivant la perte de balle (grâce surtout à Maggio-Callejon, Zuniga-Insigne + Hamsik dans les couloirs), il se replie très vite dans sa moitié de terrain lorsque son adversaire parvient à se mettre dans le sens du jeu. Ne laissant que Hamsik et Higuain en pointe pour faire face à la relance adverse, qui oscille entre le 3-1 (Bender entre les deux centraux) et le 2-2 (Hummels-Subotic, derrière Bender-Sahin), les Napolitains se replient très bas sur deux lignes de quatre très compactes.

Le premier objectif est de se protéger des possibles relances longues à destination de Lewandowski. En jouant bas, les Napolitains bloquent la profondeur ; en évoluant sur deux lignes très resserrées, ils se facilitent la tâche sur les seconds ballons à récupérer autour de l’attaquant polonais. Face à la relance adverse, Hamsik et Higuain travaillent en première ligne afin de bloquer Sahin et Bender, capables de faire la transition vers les attaquants. Cela permet à Inler et Behrami de se concentrer sur les mouvements de Reus et Mkhitaryan entre les lignes. Les deux Suisses suivent tous leurs déplacements dans l’axe, jaillissant dès que le ballon arrive sur eux. En couverture, Albiol et Britos sortent de l’alignement défensif lorsque Lewandowski tente de s’ajouter dans l’entrejeu.

Sur les côtés, Callejon et Insigne travaillent d’abord pour compléter le boulot abattu par leurs milieux axiaux : les deux hommes ne se livrent pas lorsque les latéraux du Borussia héritent des ballons de relance. Et vu que les autres solutions sont bloquées par le Napoli, ces derniers doivent jouer beaucoup de ballons au cours de la première période. Ce n’est pas un problème pour les Italiens puisque l’ensemble du bloc coulisse sur la largeur, Hamsik compris, afin de limiter les solutions autour de Schmelzer et Grosskreutz. Dortmund doit attendre le milieu de la première mi-temps pour inquiéter Reina : partant de sa moitié de terrain, Hummels dépasse la ligne Hamsik-Higuain et trouve Reus dans l’intervalle entre Inler et Behrami. Une déviation plus tard, Lewandowski se retrouve face au portier du Napoli qui remporte son duel (25e).

Hamsik et Higuain évoluent très haut pour maintenir les "relanceurs" adverses loin des attaquants.

Hamsik et Higuain évoluent très haut pour maintenir les « relanceurs » adverses loin des attaquants. Si ces derniers franchissent leur ligne en revanche, le décalage peut rapidement se créer (comme sur l’occasion partant de Hummels). Derrière, les deux lignes de quatre encadrent les mouvements du quatuor offensif. Seuls les latéraux sont libres de s’avancer et disponibles.

Dortmund écarte vers ses latéraux mais le Napoli bloque les solutions qui devraient s'offrir au porteur. Ici, Inler et Behrami suivent Mkhitaryan et Reus. Hamsik se dirige vers le couloir pour bloquer la solution en retrait.

Dortmund écarte vers Grosskreutz mais le Napoli bloque les solutions qui devraient s’offrir au porteur. Ici, Inler et Behrami suivent Mkhitaryan et Reus. Hamsik se dirige vers le couloir pour bloquer la solution en retrait. En couverture, Zuniga et Britos encadrent Blaszczykowski. Insigne se dirige lui vers la zone du porteur de balle.

Le quart d’heure où tout bascule :

Les joueurs de Jurgen Klopp ne le savent pas encore, mais le match vient de basculer. Quelques minutes plus tard, Zuniga fait la différence dans son couloir gauche et obtient un corner. Joué en deux temps, il permet au Colombien de déposer le ballon sur la tête de Higuain pour l’ouverture du score (28e). Mis en confiance par ce but, Naples s’en tient à son plan de jeu et parvient à ressortir de plus en plus de ballons dans le dos des latéraux de Dortmund, qui jouent eux aussi de plus en plus haut. Insigne et Maggio/Callejon se chargent des remontées de balle, et Higuain est très vite recherché afin de mettre à contribution Hummels et Subotic. Le premier se blesse juste avant la mi-temps et cède sa place à Aubameyang (44e). Dans la minute qui suit, alors que Bender redescend tout juste en défense centrale, le Napoli le teste en envoyant un long ballon à destination de Higuain. L’Argentin prend le dessus sur son vis-à-vis mais voit le ballon dévié de la main par Weidenfeller. Carton rouge et deuxième changement pour Dortmund. La catastrophe.

Au retour des vestiaires, les Borussen font pourtant bonne impression. Leur 4-4-1 (Langerak – Grosskreutz, Subotic, Bender, Schmelzer – Aubameyang, Mkhitaryan, Sahin, Reus – Lewandowski) pose quelques problèmes au Napoli, qui doit notamment gérer la vitesse d’Aubemayang sur le côté droit. Pour peu que Higuain ou Hamsik relâchent le pressing sur les milieux adverses, le ballon peut partir très vite depuis le milieu du terrain en direction du Gabonais. Par ailleurs, les dix joueurs du Borussia répondent présents dans leur moitié de terrain : après une petite période de flottement, les deux lignes de quatre parviennent à tenir assez haut sur le terrain pour bloquer la circulation de balle napolitaine (Hamsik, Behrami et Inler).

A 11 contre 10, le Napoli ne change pas d'approche : même s'il recule, Mkhitaryan est toujours suivi par Inler, alors que Behrami reste en couverture sur cette phase. Hamsik suit lui les mouvements de Sahin.

A 11 contre 10, le Napoli ne change pas d’approche : même s’il recule sur le terrain, Mkhitaryan est toujours suivi par Inler, alors que Behrami reste en couverture sur cette phase. Hamsik suit lui les mouvements de Sahin.

Naples reprend la main :

Les Italiens vont toutefois reprendre intelligemment la partie en main en s’appuyant sur la mobilité de leurs attaquants. A tour de rôle, Insigne, Callejon ou Higuain décrochent au milieu de terrain et s’ajoutent à la circulation de balle orchestrée par Inler, Hamsik et Behrami. Ces mouvements permettent aux milieux du Napoli de se défaire de la pression de Mkhitaryan et Sahin, ce qui leur ouvrent ensuite le terrain pour orienter le jeu. L’attaque napolitaine penche largement côté gauche autour de l’activité d’Insigne et de Zuniga. Utilisant les appuis de Higuain ou Hamsik dans l’axe, les deux hommes attirent le bloc du Borussia et ressortent le ballon sur Inler. Depuis sa position reculée, le Suisse se charger de distribuer le jeu, cherchant soit la profondeur avec Hamsik et Higuain ou le renversement vers Maggio, qui prend l’espace dans le dos de Reus et Schmelzer pour se retrouver en position d’ailier.

Une merveille de coup-franc d’Insigne plus tard (67e) et l’heure est aux changements pour Rafa Benitez : Insigne et Higuain sont remplacés par Mertens (73e) et Pandev (77e). Une minute plus tôt, Jurgen Klopp réalise son dernier changement en faisant entrer Hofmann à la place de Mkhitaryan (76e). Plus défensif, l’entrant côté allemand apporte une énergie supplémentaire dans l’entrejeu qui perturbe des Napolitains de plus en plus « gestionnaire ». La physionomie du match bascule une dernière fois en fin de partie : Dortmund reprend l’avantage dans le jeu et parvient à réduire la marque en profitant d’une faute de concentration de Zuniga, qui marque contre son camp (87e). Naples tremble et subit… mais ne rompt pas grâce à un Reina décisif et rassurant sur les dernières approches adverses (coup-franc de Reus repoussé en corner, prise de balle parfaite sur celui-ci).

En venant proposer des solutions entre les milieux du Borussia Dortmund, Higuain (mais aussi Callejon, Insigne ou Hamsik) permettent à Inler et Behrami de se dégager de la pression adverse pour ensuite lancer tranquillement les mouvements dans les 30 derniers mètres. Ici, c'est Inler qui va profiter de cette liberté.

En venant proposer des solutions entre les milieux du Borussia Dortmund, Higuain (mais aussi Callejon, Insigne ou Hamsik) permettent à Inler et Behrami de se dégager de la pression adverse pour ensuite lancer tranquillement les mouvements dans les 30 derniers mètres. Ici, c’est Inler qui va profiter de cette liberté offerte par Maggio.

Après un travail de Insigne et Zuniga côté gauche, le ballon ressort sur Inler. Le Suisse recule légèrement pour s'offrir du temps et plus de solutions par rapport au pressing de son adversaire. Il va renverser le jeu vers Maggio, qui démarre dans le dos de Reus et Schmelzer. Hamsik et Higuain proposent aussi des solutions en profondeur.

Après un travail de Insigne et Zuniga côté gauche, le ballon ressort sur Inler. Le Suisse recule légèrement pour s’offrir du temps et plus de solutions par rapport au pressing de son adversaire. Il va renverser le jeu vers Maggio, qui démarre dans le dos de Reus et Schmelzer. Hamsik et Higuain proposent aussi des solutions en profondeur.

Conclusion :

Un grand match pour une première journée de C1, qui aurait sans doute pu être encore meilleur si la poisse ne s’était pas abattue sur le Borussia dans les dernières minutes de la première mi-temps. Si le Napoli s’est fait peur tout seul en fin de match, il a surtout livré une prestation de haute volée face à un adversaire qui n’avait connu que la victoire cette saison. Dans l’entrejeu, Inler et Behrami ont réalisé une superbe performance, et les provocations non-stop des joueurs de couloir ont permis de trouver une solution pour passer outre l’impressionnant pressing de Dortmund. Côté allemand, on regrettera évidemment la fin de la première mi-temps. L’absence de Gundogan dans l’entrejeu s’est aussi faite sentir, ni Bender ni Sahin n’ayant sa capacité à briser la première ligne adverse pour diminuer la distance avec les attaquants (à la manière de la montée de Hummels qui a abouti à la plus grosse occasion du Borussia en première mi-temps).

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2 réponses

  1. Dany dit :

    Excellente analyse. Merci!

  2. patrick dit :

    merci beaucoup monsieurs toniutti!

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